‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 132 sur 159 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

personnel; que serait-ce donc si noos envisagions le célibat dans ses conséquences morales, ou pour mieux dire démoralisatrices? Mais ce n'est pas à Fécole primaire qu'on peut achever ce tableau ; ce n'est pas à des enfants qu'on peut dire ce que le célibat coûte à la société, combien de forces vives il lui enlève, de combien de dangers il entoure la vertu des jeunes filles et l'honneur des familles, quelles recrues chaque jour plus nombreuses il embauche pour les ménages honteux et la prostitution, et avec quelle effrayante activité, aidé de la richesse, il travaille à l'affaiblissement du pays. A l'école, bornons-nous à présenter le célibat dans ses effets sur le caractère de l'homme, qu'il condamne à un égoïsme croissant, s'il ne le donne tout entier au dévoûment. Entre ces deux extrêmes, rares sont les exceptions.

En regard de cette vie d'isolement volontaire plaçons l'image de la vie domestique, sa plénitude, ses joies doublées, ses douleurs allégées par le partage, chacun vivant dans les autres et pour les autres, cet ennoblissement des vulgarités et des misères de la condition humaine par le sentiment du devoir et l'affection, ce courant continuel qui passe par tous les cœurs et les fait battre à l'unisson. Représentons la mère douce, active, vigilante, prévoyante, prodiguant ses soins, répandant son amour, pensant à tout et à tous, excepté à elle-même, suivant du regard l'enfant qui est près d'elle et de la

pensée celai qui est absent. Représentons le père rentrant au foyer, heureux d'y trouver Tordre, la tendresse et la paix; heureux de voir que, tandis qu*il était à Tatelier ou aux champs, pensant aux siens, peinant pour eux, ceux-ci de leur côté songeaient à lui, et lui préparaient le délassement de ses fatigues et le dédommagement de ses peines.

Mais, nous dira-t-on, c'est un idéal que vous placez-là sous les yeux de Tenfant. Sans doute toutes les familles n'offrent pas l'image parfaite de la concorde et du bonheur; aussi n avons-nous pas à donner aux enfants des leçons de réalisme; assez d'autres s'en chargent, et plût à Dieu que nos lilté* rateurs voulussent bien employer h peindre les beaux côtés de la vie, le talent qu'ils dépensent à en retracer les laideurs et les hontes I Ce que nous voulons, c'est inspirer de bonne heure aux enfants le désir et l'amour d'une vie saine et forte, remplie d'une activité féconde et ennoblie par le devoir. .

L'idéal, d'ailleurs, est pour l'homme un besoin plus élevé que les autres, mais un besoin réel, je dirais une nécessité ; sans idéal la vie n'est qu'une vie animale ; c'est une terre sans ciel et sans étoiles. Quoi qu'en puissent dire une philosophie et une littérature fourvoyées, l'homme er- a le goût la soif, la passion ; ses yeux se tournent d'eux-mêmc» et s'élèvent vers lui : partout où il entrevoit une image, une lueur, une ombre, il la suit du regard avec ravissement, avec envie; c'est Tidéfii qui dans

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