CHAPITRE XX
n'est après tout qu'une affirmation et une revendication de la dignité personnelle méconnue et rabaissée. Pour former de bons citoyens, elle doit aussi pénétrer les enfants d'un respect religieux pour la loi. C'est là en effet la première vertu du citoyen ; car le régime républicain n'est que le règne de la loi ; du moment qu'on cesse d'obéir à la volonté d'un seul, ou à la volonté de quelques-uns, il ne reste qu'à obéir à la volonté du plus grand nombre, ou à sortir de la société ; en d'autres termes, hors de la monarchie et de l'oligarchie,' il n'y a de possible que la république. Aussi celui qui refuse obéissance à la loi, celui-là n'a-t-il plus le droit de se dire républicain.
Comment donc se fait-il qu'il y ait en république non seulement des particuliers, mais des corps élus, des conseils municipaux, voire des conseils généraux, qui tiennent parfois la loi pour non avenue, et même qui la violent de parti pris? C'est que dan^ nombre d'esprits, l'idée de la loi n'est encore ni claire ni précise, et que pour eux la république est le régime où l'on fait prévaloir sa propre volonté et non celui où Ton se soumet à la volonté générale. Ce^ prétendus républicains sont des roitelets qui disent chacun à la façon du grand roi : L'État, c'est moi.
Faisons donc bien comprendre aux enfants que tant qu'une loi n^'a pas été abrogée, elle doit être observée. Puisqu'elle est l'expression de l'opinion dominante, c'est l'opinion qu'il faut change, si l'on veut arriver au changement de la loi. Les citoryens
ont pleine et entière liberté de parler et d'écrire, c'est-à-dire de modifier Topirlion ; mais, tant que cette modification ne s'est pas produite et traduite en une loi nouvelle, l'ancienne subsiste et a droit au respect.
S'affranchir de ce respect, c'est substituer une volonté individuelle à la volonté générale, c'est violer le principe fondamental des institutions républicaines, c'est se mettre soi-même hors de la république. Or, si l'on comprend la révolte de tous contre une volonté arbitraire, on ne peut comprendre la révolte d'un seul ou de plusieurs contre la volonté de tous. Sans ce respect nécessaire, il n'y a plus que conflits perpétuels de volontés individuelles, et par suite anarchie.
On croit assez volontiers que le républicanisme consiste dans l'exercice des droits ; il consiste bien plus dans l'accomplissement du devoir ; le premier est chose relativement facile et même agréable; l'autre est chose difficile et souvent pénible. User d'un droit, c'est en somme s'accorder à soi-même une satisfaction légitime ; remplir un devoir, c'est presque toujours se refuser une satisfaction illégitime. Dans le premier cas, il n'y a qu'à se laisser aller, dans le second il faut se retenir ou s'efforcer et même se forcer. Le droit représente l'mtérôt personnel, le devoir, l'intérêt général ; le droit c'est notre part, c'est nous; le devoir, c*est la part des autres, c'est le prochain ; le droit, c'est l'égoîsme