CHAPITRE XX 3tS
autres, et à se conduire envers eux comme il veut qu'ils se conduisent envers lui. La justice est un équilibre, et il n'y a pas d'équilibre possible, si l'on charge un des plateaux sans rien mettre dans l'autre. Ces vérités sont à la portée des enfants, et, bien que le temps de la scolarité soit court, oo plutôt parce qu'il est court, plus court que ne le voudrait l'intérêt du pays et de la République, mettons-le à profit et jetons dans les esprits une^ semence saine et féeonde.
Ge n'est pas sans raison que dans la devise républicaine aux mots de Liberté et d'Égalité on a joint le mot Fraternité. Bien comprise, la fraternité résume presque tous nos devoirs, elle modère les entraînements de la liberté, elle rabat les prétentions de l'égalité; c'est à nous à faire en sorte qu'elle ne reste pas un vain mot.
La liberté fait songer plutôt à ce qu'on peut entreprendre et se permettre sur les autres qu'à ce que l'on doit se refuser et s'imposer à soi-même; elle semble ouvrir à l'activité qu'elle stimule un champ^ sans limites et sans obstacles. Elle a pourtant deslimites parfaitement définies, d'an côté par les lois civiles qui en règlent l'exercice et en répriment Tabus, de l'autre par cette loi naturelle, qui domine toutes les autres et régit l'humanité tout entière, la loi morale. Elle rencontre aussi des obstaclessans nombre, et il est bon d'en avertir l'enfance, d'abord dans notre propre faiblesse, dans las défail-
lances et les contradictions de notre volonté, dans la hauteur démesurée de nos ambitions, dans la disproportion constante entre nos forces et nos désirs, dans l'effort des passions rivales ou contraires, dans la supériorité intellectuelle ou morale de nos adversaires ou de nos compétiteurs» enfin dans ce fonds de contrariété inhérente à la nature des choses et qui nous suscite à toute heure des difficultés nouvelles ou nous découvre des dangers imprévus. Énorme est la différence entre la liberté et le pouvoir de faire; ce qui est permis n'est pas toujours possible; entreprendre n'est pas réussir. Aussi Tusage de la liberté demande-t-il de la prudence, la connaissance de ses forces, et de la prévoyance. Mais ce qu'il demande avant tout, c'est le respect de la liberté d'autrui ; et par là je ne veux pas dire seulement que nous ne devons pas enlever à nos semblables l'exercice des droits qui leur appartiennent, car c'est là un acte que la loi interdit et réprime, mais que nous ne devons pas, par notre intolérance et nos violences, leur faire expier l'exercice de ces droits et les en dégoûter. C'est pourtant là un abus qui n'est pas rare. Je prends un exemple.
En république tous les citoyens doivent jouir delà liberté dépenser et d'exprimer leur pensée, mais cette liberté devient illusoire ou ingrate, si l'on n'en peut user contre l'opinion régnante sans s'exposer aux injures. On comprend encore aue les adversaires dé-