‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 139 sur 159 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

clarés de la liberté ne respectent pas l'usage d'un droit qu'ils nient ; mais que des partisans convaincus de la liberté de la presse s'emportent en invectives contre ceux, qui n'ont d'autre tort que de penser autrement qu eux, c'est à la fois une inconséquence manifeste et une intolérance coupable. U faut de bonne heure habituer les enfants à souffrir la contradiction comme un effet de l'égalité civile et de la diversité des esprits, et leur bien faire comprendre que si la liberté comporte la discussion même vive, ardente, passionnée, elle exclut la menace et l'outrage, puisque par ces moyens on enlève aux autres l'exercice de leur droit, ou qu^au moins on les détourne d'en user.

Si dans les relations ordinaires de la vie nous employions le langage familier à certains publicistes, ces relations deviendraient impossibles et tourneraient bientôt en rixes et en querelles ; et cependant, l'homme qui écrit a le temps de peser ses termes et de les choisir ; il devrait être plus mesuré que l'homme qui parle et s'échauffe en parlant. Il n'en est rien; les excès calculés de la presse égalent, s'ils ne les dépassent, les écarts souvent involontaires de la discussion orale. On traite en ennemi celui qui professe une opinion contraire et on lui rend impraticable en fait ou tout au moins pénible et dangereux, Texercice d'un droit qu'on lui accorde en principe et dont on abuse contre lui. Ce n'est point là delà liberté, mais de la licencCi et une véritable

tyrannie. Cette manière de pratiquer la liberté rappelle la fable du lion en chasse; le lion fait k part de se» compagnons de chasse, mais s'ils y louchent, ils les étrangle. Ainsi en est-il de certains droits; si Ton en use, on est sôr de recevoir coups de griffes et coups de dents.

Pas de vraie liberté sans la justice, sans cette réciprocité delà tolérance qui fait de l'exercice des droit* un plaisir et non un danger. A quoi bon avoir combattu rintolérance religieuse si on la remplace par rintolérance politique? Soyons un peu moinssévère» pour les opinions et un peu plus sévères pour la conduite ; et qusmd nous avons affaire à un honnête homme, permettons-lui même de n'être pas républicain, si nous voulons qu'il le devienne.

L'égalité qui vient en seconde ligne dans l'immortelle devise, est un principe d'une simplicité redoutable ; suivant la valeur morale et l'intelligence des> hommes qui l'appliquent, il devient un instrument de progrès ou de ruine, un levier puissant ou ua pesant niveau. L'égalité a ceci de particulièrement dangereux, qu'elle se conçoit en dehors de la liberté,, et même en son contraire, dans l'esclavage, et qu'elle est si ardemment désirée que, pour la posséder, les peuples vont jusqu'au sacrifice de la liberté même, c'est-à-dire, jusqu'à l'avilissement. C'est l'histoire du peuple romain ; il commandait encore au monde, que déjà il obéissait à un maître, roi au ddiors, esclave au dedans. Cette histoire est courte^

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