‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 156 sur 159 · CHAPITRE XXn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXn

^ a entendus tomber des lèvres d'une mère, ceux qui

ont fait résonner Técole, ceux qui ont traduit les impressions premières et accompagné la naissance des premières passions, ceux-là restent gravés dans la mémoire, et les années passent sans les emporter.

Il nous faudrait, dans nos écoles, des chants qui respirent à la fois l'honnêteté et la gaîté ; de ces chants qui annoncent la santé de Tàme et la bonne humeur des consciences paisibles, des vies bien réglées, des devoirs facilement et résolument remplis.

On entendait bien autrefois retentir dans les rues quelques accents fiers et généreux, quelques douces et touchantes mélodies, mêlées aux inévitables refrains bachiques, qui sont de tous les temps. Aujourd'hui il semble que la musique courante ait pris à tâche d'abêtir et d'abrutir. Ne cherchez dans les paroles ni la malice et la raillerie, ni la bonne et franche gatté, ni l'ardeur des grandes passions, ni même l'épicurisme sceptique et rieur ; les paroles sont simplement niaises quand elles ne sont pas grossières, et les airs, à l'avenant, respirent une sorte de bestialité.

Reste un chant patriotique et puissant, mais dont on use et abuse, et qui serait usé s'il n'était d'une vitalité indestructible, qui serait défiguré s'il ne portait l'empreinte d'une inaltérable beauté : c'est la Marseillaise. Ce chant patriotique, il ne faut pas le prodiguer et l'entonner à tout propos nî surtout en

tout lieu ; il ne faut pas en dénaturer te caractère, ni en forcer le rhythme, ni en rabaisser la grandeur. J'éprouve une impression pénible quand j'entends des buveurs à moitié ivres entonner la Marseillaise^ ou un orchestre forain en faire le prélude d'une danse ou d'une parade; c'est une véritable profanation. La Marseillaise veut la solennité et le recueillement ; apprenons à nos enfants à respecter cet hymne sacré ; rappelons-leur dans quelles tragiques circonstances elle a pris naissance ; quels efforts gigantesques elle a secondés, quels héroïsmes elle a enfantés; ils ne seront plus tentés alors de la fredonner, de la siffler ou de la crier à tue-tète ; la Marseillaise se chante et ne se braille pas.

Indépendamment du secours qu'il prête aux autres arts, à la science, à l'industrie, à presque tous les métiers, le dessin peut rendre des services d'un ordre plus élevé, il peut venir en aide à Thistoire, à la poésie, à la morale, à l'éducation. N'est-il pas une véritable langue qui parle aux yeux et au cœur, langue comprise sans étude, sans effort, avec une rapidité instantanée par ceux-là même qui ne savent pas lire, langue qui traduit avec une admirable clarté les sentiments, les passions, les pensées? Seul et sans le secours des couleurs, par la puissance de la forme et des traits, le dessin réussit à imiter la vie, il arrive à l'illusion, il atteint à la beauté; il peut toucher, émouvoir, ravir, il peut faire naître dans rame de nobles désirs, de grandes pensées, de gêné-

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reoses ambitions. Gr&ce au dessin, à la sûreté de ses imitations» à Texactitude et à la facilité de ses reproductions, nous pouvons contempler les portraits de ces hommes illustres dont le temps ou la distance nous dérobent la vue, et que Ton brûle de connaître, parce qu'ils sont les plus beaux types moraux de l'humanité; grâce au dessin, tous ces chefs-d'œuvre de la sculpture et de l'architecture que leur nature attache au sol et qui sont loin de nous et loin les uns des autres, ces chefs-d'œuvre nous arrivent de tous les points du monde et se rassemblent sous nos yeux ; gr&ce au dessin, auxiliaire précieux des livres qu il illustre, l'enfant de nos écoles voit se transformer les noms en portraits, les récits en tableaux ; autrefois vides et ternes, les pages s'animent, les abstractions prennent corps et vie, l'histoire devient un théâtre, la lecture un spectacle, les sciences . naturelles et physiques une représentation. A son utilité pratique et morale, cet art joint donc encore une utilité esthétique et didactique.

Mais de tout ce qui est utile et bon on peut faire un mauvais usage ; l'art du dessin peut donc être rabaissé, avili et perverti. Je ne parlerai pas de la prostitution trop fréquente du crayon mis au service d'une plume licencieuse ; il n'est rien au monde de plus pernicieux.

Sans descendre jusqu'à cette complicité dégradante, le crayon s'égaie volontiers, et non toujours innocemment ni sans dommage dans un ffenre

très français et très populaire, je veux dire la caricature.

Sans doute, il y a une espèce de caricature que Fart ne désavoue pas et que la morale approuve, qui a ses grands noms et ses chefs-d'œuvre, et qui est une des formes de la satire. Celle-là cache toujours une instruction morale, elle est utile aux mœurs. Par le relief saisissant qu'elle donne aux défauts ou aux vices, par les laideurs, les difformités, les monstruosités qu'elle étale, et où nous reconnaissons les effets de la démoralisation, elle inspire un dégoût ou un mépris salutaires, elle est un avertissement, elle contient une leçon.

Mais il y a une autre espèce de caricature qui est à l'art ce que la blague est à la littérature, et l'opérette d'Offenbach à l'opéra de Meyerbeer, qui s'attaque aux hommes illustres, aux belles choses pour les défigurer, les rendre ridicules et grotesques, et faire rire de ce qui devrait faire pleurer.

Sans être précisément immorale, cette sorte de caricature est dangereuse à l'art ; elle affaiblit, elle dessèche le sentiment de l'admiration ; car la vue du chef-d'œuvre réveille inévitablement le souvenir de sa caricature et ce souvenir gêne et gâte l'impression ressentie, il en détruit ou au moins il en compromet l'efficacité. Ce genre pourtant est fort à la mode, il répond à notre goût naturel pour la moquerie, il flatte l'instinct secret de la jalousie, enfin il est à la portée des talents les plus médiocres

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