‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 155 sur 159 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

ment dans un si étroit espace peuvent entrer et tenir les images énormes des montagnes, les images infinies des plaines et des mers; comment dans ce microscopique miroir peuvent se refléter avec leurs proportions et leurs distances, avec leurs formes, leurs mouvements et leurs couleurs, les innombrables objets que renferme le cercle de l'borizon visuel ; comment un monde d'une immense étendue, d'une richesse incroyable peut se mouvoir à Taise dans ce petit globe de Fœil, sans confusion, sans allération, sans réduction ; commentencore, à mesure que Thomme avance, marche, court, vole, qu*il est emporté par le galop d*un cheval ou par un train lancée toute vitesse, des milliers, des millions d'objets passent et se succèdent sans trouble et sans interruption dans cette petite lunette vraiment magique qui concentre le monde extérieur et le met • en communication avec Tàme.

Il est bien d'apprendre à Tenfant comment il voit, comment il entend, comment il respire, mais n^oublions pas de lui rappeler que ces organes délicats et puissants ne sont pstô le tout de Thomme. 11 y a en lui quelque chose de plus admirable encore et de plus incompréhensible.' Au centre de l'organisme il y aFàme qui le meut et lui commande; il y a la conscience avec laquelle Tenfant doit compter de bonne heure, qui lui fait sentir si cruellement ses fautes et goûter si délicieusement ses bonnes actions; il y a la raison qui lui fait concevoir un

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idéal de perrection morale, guide et lamière de la vie. Mais ni la conscience, ni la raison ne se voient, ne se touchent ; à peine le doigt du savant peut-il indiquer vaguement le point où elles résident; et cependant elles nous dirigent et nous gouvernent, et leur invisible présence se révèle par d'éclatants effets. Le corps est une belle habitation dont on a réussi à connaître les pièces, la distribution, l'arrangement; mais le maître qui l'habite, nul ne l'a jamais vu, nul ne peut le voir ; et cependant il est là toujours présent, et sa volonté se manifeste énergiquement à toute heure.

C'est par des considérations de ce genre que nous empêcherons l'enfant de glisser insensiblement sur la pente d'un matérialisme grossier ; c'est ainsi qu'à côté d'un monde admirable sans doute de réalités sensibles, nous lui rappellerons l'existence d'un monde bien autrement admirable encore de réalités invisibles.

Le véritable éducateur ne se borne donc pas à enseigner, à exposer, à décrire ou à peindre, il va au fond, au cœur des choses ; il cherche à atteindre le principe même de la vie, et partout où il entrevoit une image de beauté, il la met en lumière.

Sous quelque forme que le beau se révèle, dans a puissance mystérieuse de l'âme ou dans les merveilles de la science, dans le tressaillement d'un acte héroïque ou dans le saisissement d'une pensée sublime, sous les transparences sonores et rhythmées

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de la musique et de la poésie» ou sous les contours précis du marbre et de Tairain, sous la chaude et brillante parure des couleurs ou sous le vêtement simple et froid de la gravure et du dessin, sous les grandes lignes sévères de Tarchitecture, toujours il touche, il émeut, il élève. L*admiration qu'il inspire a une vertu singulièrement moralisatrice ; c'est comme un assainissement, un épanouissement de Tàme, dans les hauteurs sereines, sous Tinfluence bienfaisante d'une lumière plus vive et d'un air plus pur. L'&me en sort comme d'un bain de rosée matinale, rafraîchie et reposée.

Nous sommes reconnaissants envers ceux qui ont ouvert aux enfants de nos humbles écoles le domaine de l'art qui jusqu'ici leur était presque fermé. Dans un temps oh les arts comme les lettres s'abaissent et se défigurent sous prétexte de se metlre à la portée de tous, c'est une louable entreprise que d'élever l'âme du peuple jusqu'à l'intelligence des véritables chefs-d'œuvre et de la hausser jusqu'à l'idéal. Puisse ce mouvement généreux ramener les littérateurs et les artistes fourvoyés au sentiment de leurs devohrs envers une démocratie dont il faut épurer le goût et non flatter les instincts I

La musique, comme tous les arts, peut être aussi utile que nuisible, suivant le caractère qu*on lui donne et les sentiments qui l'inspirent. Malheureusement les chants dont retentissent nos écoles sont encore pour la plupart d'une insignifiance extrême ;

airs et paroles y sont marqués au coin de la banalité. Combien il serait à souhaiter que nos bons compositeurs youlussent bien faire pour la musique scolaire ce que plusieurs de nos bons écrivains ont déjà fait pour la langue! Si modeste qu'elle puisse paraître, Tœuvre a pourtant sa grandeur. C'est quelque chose de contribuer à la régénération d'un pays, et tout en songeant aux hommes faits, de travailler à faire des hommes. La simplicité qu'exige une musique destinée à Tenfance n*est pas du reste si aisée à trouver, qu'on ne puisse être tenté de chercher à l'atteindre. Rendre dans leur fraîcheur les sentiments qui s'éveillent dans l'&me encore naïve et tendre n'est peut-être pas moins difficile que de peindre les passions effrénées ou d'exprimer les sentiments raffinés; c'est une t&che à coup sûr aussi noble de faire vibrer de jeunes cœurs que de désennuyer un public blasé. La création d'une bonne, saine et forte musique scolaire serait d'autant plus désirable, que la musique ordinaire des théâtres et des cafés concerts n'est pas précisément faite pour épurer le goût ni pour élever l'âme, et que les refrains de la rue, qui forcent l'oreille et, bon gré mal gré, se logent dans la mémoire, n'ont absolument rien de moralisateur. Pour un musicien qui aspire à la célébrité, ce n'est pas non plus un auxiliaire à dédaigner que la mémoire de l'enfance, car elle est sûre et âdèle ; on oublie parfois les airs appris dans l'âge mûr, mais ceux que l'oreille encore vierge

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