HÉGESSITÉ EXCEPTIONNELLE DE L'ÉDUCATION
Que rétablissement du régime républicain «end Téducation l'ius nécessaire. — État moral de la société actuelle. — Affaiblissement des croyances relgienses. — Une société peut-elle yiyre sans religion positiTef — Le catholicisme contemporain. — Disparition du catholicisme libéral. ~ Bourgeoisie cléricale et bourgeoisie républicaine. — La classe ouTTière. ~ Les paysans. « Les femmes. — L*aristocratie. — Le présent et Tavenir de la religion. — Les partisans de la morale philosophique. — Les partisans de la
. morale vulgaire. — Les gens sans morale. — Ajbsence d*enseignement moral dans la société. — Philoscphies anciennes et philosophies modernes ; leurs différences. — Nécessité d'un grand effort d*éducation nationale. — Nécessité de former une génération d'éducateurs.
L'éducation est toujours nécessaire, mais il est des temps où cette nécessité se fait sentir plus impérieusement, où l'éducation devient la res-
source suprême et rinstrument du salut commun. Nous sommes à l'un de ces moments. L'établissement du régime républicain, en réduisant la part de l'autorité matérielle qui s'impose, exige en retour uii accroissement proportionnel de cette autorité morale qui s'accepte; étant moins gouvernés par une volonté extérieure, il faut que les hommes sachent mieux se gouverner eux-mêmes ; ce qu'ils faisaient par force et par crainte, il faut qu'ils apprennent à le faire de plein gré et par devoir. Si à l'établissement d'institutions libérales et généreuses ne répond pas un progrès dans la moralité publique, si les hcmmes sont devenus plus libres sans devenir meilleurs, la liberté accrue ne peut qu'accroître la somme du mal, ^tles institutions nouvelles, au Beu d'assurer le relèvement du pays, ne font qu'en accélérer la décadence. La moralité doit donc se développer, dans la mesure où se développe la liberté elle-même, et les hommes doivent se conduire d'autant mieux qu'ils sont plus libres de se mal conduire; à ce point de vue, l'éducation est l'espoir de la République et la garantie de sa durée, pour ne pas dire Ja condition même de son existence.
L'autorité religieuse va s'afTaibliss ant. Que cet affaiblissement provienne des abus, des excès, des exigences de cette autorité même, qu 'il Koit dû aux progrès de la science et de la raison humaines, ou, ce qui est phis vraisemblable, qu'il goit l'effet de
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i'UJie et Fautre canse^ il y aurait puérilité à nier un ùli aussi évident, il y aurait danger à en méconnaître rimportan^e. En sortant des Âmes, la religion Jaisse un yide qa'û y à urgence^à combler; il faut se hÂter de créer une force et une influence morales qui compensent la perte de l'influence religieuse.
Si Von peut se résigner sans p^ne à la di^^rition des dûgmes inintelligibles et des superstitions grossières, la résignation est moins £acilequand il s'stgit de la morale elle-même qui pendant une longue suite de «iôcles a été mêlée h ces superstitions, comme For est mêlé à l'alliage; s'il est bon dé rejeter l'alliage, il serait absurde d'abandonner l'or. Prise dans Tenëemble, à quelques lacunes et quelques exagérations près, la morale chrétienne s'accorde avec la raison, et dans ses prescriptions essentielles elle se concilie avec la doctrine républicaine de l'égalité >et de la ft*ateriiité humaines. Si la raison condanuie h la fois et les rigueurs d'un ascétisme qui tue le corps et les rêveries d'un mysticisme qui déteod la volonté, elle n'en reconnaît pas moins la nécessité de la subordination des sens à l'esprit et la nécessité d'an idéal qui s'impose à l'admiration comme à l'imitation des hommes.
L'abandon des croyances religieufies peut être sans danger quand il est aaienépar le Xravail delà pensée, et qu!il arrive comme le terme ûe l'émancipation de la raison et la conséquence d'une. évolution intellectuelle; il devient dangereux quand il
est l'effet d'un entraînement irréfléchi et d'une sorte de contagion. Si Ton renonce aux croyances religieuses, il faut les remplacer par des croyances philosophiques; et si l'on n'enseigne pas à l'enfance une morale religieuse, il faut lui enseigner une morale rationnelle ; on peut changer la nature de l'autorité, il ne faut pas la détruire ; la substitution peut être utile, elle peut même, dans un certain état social, être nécessaire, mais la suppression ne peut qu'être funeste.
C'est cette suppression de tout frein moral qu'il importe atout prix d'arrêter. Elle est malheureusement déjà faite dans une partie de la classe ouvrière, et Ton peut voir au déchaînement des passions subversives, quel danger elle ferait courir à la société tout entière, si l'on ne parvenait à enrayer le mal.
Notre devoir est d'envisager la situation, de reconnaître l'étendue du mal et d'en chercher le remède. C'est une grande expérience qui se tente aujourd'hui ; une société peut-elle vivre sans religion? L'histoire répond non ; mais le passé n'est pas nécessairement l'avenir ; et il peut se faire que le progrès général de la raison assure aux sociétés modernes une force conservatrice et des éléments de moralité qui manquaient aux sociétés anciennes. Toutefois, ce n'est pas en spectateurs désintéressés, ce n*est pas les bras croisés que nous devons assister à cette expérience, la plus redoutable qui ait jamais été faite, car elle ressemble aux remèdes héroïques