CHAPITRE PREMIER S
qui tuent s'ils ne sauvent : il nous faut une vigilance, une prévoyance, une activité patriotiques pour assurer le succès de Tépreuve, et rendre au corps social ce qu'il peut avoir perdu de force et de santé.
Quelle est donc la situation morale de la société actuelle ? L'Église catholique a été jusqu'à ces derniers temps une sorte de monarchie libérale, où l'autorité papale se trouvait tempérée par l'autorité des conciles ; aujourd'hui, c'est une monarchie absolue. A ce changement dans l'Église a répondu en France un changement politique absolument contraire ; l'Empire a fait place à la République. En outre, l'Église s'est armée de dogmes nouveaux et de miracles suspects, qui sont de vrais défis à la raison humaine ; elle a du même coup anéanti ce parti intermédiaire qu'on appelait catholique libéral, et qui cherchait un terrain de conciliation entre la foi et la raison, entre l'autorité et la liberté. Maintenant la disparition de ce parti modérateur met les deux extrêmes en présence.
Vis-à-vis du catholicisme ainsi concentré et tendu, quelle est l'attitude de la nation? Effrayée par les violences et les menaces du socialisme, une bonne partie de la bourgeoisie libérale et sceptique de la monarchie de Juillet est rentrée dans le giron de l'Église '. elle n'y a pas retrouvé la foi, car la foi perdue l'est pour toujours ; du reste, ce n'est pas ce qu'elle allait y chercher. Estimant, avec raison, que la religion est un instrument de conser-
Vftiion socîikle, elle redevenait catholique, nan; par conviction religieuse^ mais par calcul poUtique. Ces fauxi convertis oni apporté à l'Église le secours de leur fortune et dei leurs» situations, mais ils n'ont pas ajouté à son prestige; on pourrait: dire qu'ils Tont compromise et qu'en pratiquant et encourageant rhypocririe religieuse, ils ont aggravé les dangers de la situation présente. Tout accroissement de puissance matérielle qui rfest pas dû à un retour de toi, n'est qu'une fausse apparence, et un obstacle h ramélioration. réelle de Fétat social.
L'autre moitié de la bourgeoisie est venue à la République : indifférente ou sceptique en matière de religion, elle se montre ouvertement hostile au <5lergé.
Le mouvement qui a ramené à l'Église catholique la partie effrayée de la bourgeoisie ne parait pas •avoir entraîné, les classes populaire9> qui n'ont pas ressenti au ntôme degré la terreur du socialisme, parce qu'elles sont moins capables d'en prévoir' et d'en mesurer les conséquences, ou qu'elles-se croient moins intéressées à les éviter. La classe ouvrière est devenue presque entièrement rebelle àl'influence religieuse, et quant à la classe des paysans, si, dans certaines provinces et dans les campagnes reculées, la religion et le clergé conservent unegcande partie -de leur empire, ce n'est un mystère pour personne ^ue l'incrédulité se répand des villes dans les campagnes, qu'elle y fait de rapides progrès. On peut