DE LA VIEILLESSE ET DB LA MORT
Il est triste de passer du spectacle de l’amour a celui de la mort ; mais telle est la loi de la nature dans la succession éternelle des temps et des choses : soigneuse des espèces, elle paroit se soucier ^peu des individus ; ils ne sont, entre ses mains, que des instruments de la reproduction généralle qu’elle abandonne, après en avoir fait usage ; alors commence la vieillesse, que termine la mort. Cet âge est celui des infirmités ; tout y annonce le dépérissement, les cheveux blanchissent, les dents tombent, les chairs mollissent (1), la peau se ride, tous les membres sont vacillants, tous les organes émoussés ; à ces effets naturels et inévitables de la vieillesse, à ces maux communs, à tous se joignent trop souvent la goûte, les rhumatismes, les pitliuites abondantes, etc... etc... fruits amers des déréglements en tous genres, tourment presque inévitable de tous les vieillards, mais dont
(1) Nous disons que les chairs mollissent, lorsqu’au contraire elles durcissent ; mais il faut nous entendre.
Xote de Ch. de L.
de l’éducation des femmes '
seront exempts l’homme et la femme naturelle. Plus heureux encore ils n’auront ny les regrets du passe, ny les craintes de l’avenir; il ne seront ny tourmentants ny tourmentés, par leur humeur chagrine (1). Ecoutez ce vieillard ; à l’entendre, tout s’altère, tout périclite autour de lui ; les mets sont moins succulents, les femmes moins belles, la joie moins franche, tous les plaisirs moins vifs. Semblable à ce passager qui vogue pour la l re fois, séduit par son jugement, il croit que les objets le fuient et ne s’apperçoit pas que c’est lui qui s’éloigne; comme lui, il paroit oublier le terme de sa course et ne s’occupe que de son départ ; cette terre, qu’il ne doit plus revoir, occupe encore touttes ses affections; ses regards, fixés vers elle, décèlent assez les idées qui l’occupent, bientôt il ne distingue plus les objets, mais il regarde la place où il les a vûs ; il cherche à se faire illusion, il veut croire qu’il voit encore. Tandis que l’homme naturel suit tranquillement la pente douce et facile qui doit le conduire au repos éternel, le vieillard du siècle dispute avec acharnement une place que la nature destine à sa postérité. Placé dans un sentier étroit, entre le roc escarpé et un précipice sans fond, il s’y traîne en tremblant, il se tient à tout ce qu’il rencontre, il voudroit gravir encore et remonter vers la jeunesse ; retour impossible ; son temps est fait. L’un arrive enfin,
(i) Nous no craignons pas do mettre Thumeur au rang des maladies, et d’assurer qu’elle est plus pénible encore pour celuy qui l’a que pour ceux qui la supportent.
Note de Ch. de L.
sans s’en appercovoir, au terme de sa course ; le dernier pas de l’autre est une chute affreuse au sommet do la vie dans l’abîme du néant. Triste effet d'une imagination déréglée, qui sans cesse transporte l’homme de la place qu’il occupo à celle qu’il désire. Touttes les armes de la philosophie ne sont pas trop fortes pour combatre ce penchant : malheur inévitable des esprits foibles, fléau éternel des femmes, qui, jamais, ne trouvent dans leur esprit les ressources nécessaires pour vaincre leur imagination. Et quel spectacle hideux présente cette femme effrénée, dont l’àge n’a pu modérer les désirs, et qui recherche encore un plaisir qu’elle ne peut plus faire partager ! Que de peines lui sont préparées, à combien d’hu miliations elle doit s’attendre. L’homme, dans ce même cas, n’est pas moins ridicule ; mais il peut être moins malheureux ; il possède un reste de puissance, le vil intérêt lui fera trouver une fille complaisante, qui aidera sa vanité à lui faire illusion ; il sera le jouet de tout ce qui l’entoure, mais il pourra l’ignorer ; il n’aura pas le sentiment de son état. La femme n’a pas même cette ressource douteuse ; en vain, a-t-elle emploie les mêmes moyens pour s’attacher un homme ; il perd, entre ses bras, la force qu’il avoit promise; il reste mort, entre elle et sa fortune. Heureuses les femmes qui, par un travail pénible, parviennent au moins à donner le change à leur imagination ardente, et scavent le détourner sur des objets non moins futiles, mais analogues à leur âge; plus heureuse la femme naturelle, qui n’a à redouter aucun de ces malheurs. L’imagination des femmes sociales fait naître leurs sens et
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leur survit ; celle de la femme naturel naît et meurt avec eux; l’àge des plaisirs passé, elle n’est plus qu’un enfant mieux instruit ; tranquille, elle n’a pas besoin de se repaître d’illusions; elle pourra vieillir, sans être joueuse, médisante ou dévote. A ces avantages, dont on sentira facilement le prix, la femme naturelle en joint un plus précieux encor, dont quelquefois l’homme social se vante sans en jouir, et dont elle jouit sans s’en vanter : elle ne craint pas la mort. Ce moment, si redouté, n’existe pas pour elle ; elle n’en a point d’idée, son dernier moment est aussi serein que tous les autres ; elle finit plutôt qu’elle ne meure, mais elle se laisse aller sans se défendre ; si elle a l’agonie du corps, elle n’a pas celle de l’esprit ; elle est exempte des terreurs de tout genre, qui, parmi nous, ne cessent d’assiéger le mourant. Nous remarquerons, à ce sujet, que ce n’est pas un des moindres avantages de l’homme et de la femme naturels, d’être délivrés de la crainte de prévoiance; sans doute ils seront effraiés, quelquefois, mais, au moins, il n’auront à combatre ou à fuir que le danger présent, et non les phantomes de leur imagination. Cet avantage est peut-être inestimable, surtout pour les femmes, que nous voïons, tous les jours, tourmentées par mille craintes, qui, pour être puériles, ne leur sont pas moins pénibles ; pareillement, dans leurs maladies, ils ne souffriront que de leurs douleurs ; ils n’auront ny impatience ny inquiétude ; c’est chez eux qu’il faut chercher une résignation parfaite ; au reste ils auront peut-être des accidents, mais leurs maladies seront rares, et qui les leur causeroient? ils n’ont ny passions, ny cuisiniers, ny médecins.