‹ De l'éducation des femmesChapitre 21 sur 33 · DOCUMENTS · texte numérisé non relu

DOCUMENTS

SUR CHODERLOS DE LACLOS (i)

Section de La Montagne. L’an deuxième de la République 4 e Région Françoise et le quatorze du

deuxième mois.

Par devant nous, Jean Lacoste, juge de Paix de la section de la Montagne, assisté de notre greffier ordinaire ;

Sont comparus les citoyens Pierre-Henry Caplain, Pierre Rivaux, membres du Comité Révolutionnaire de Saint-Cloud, y demeurant, et Serize, greffier du dit Comité.

Lesquelx nous ont présenté, pour être rendu à l’instant, un arretté du Comité de Sûreté générale de la Convention en datte du jour d’hier, signé : Vadier, Voulland, Louis de Bosrhis, Bayle, La Vicoraterie et

(i) Archives Nationales , F 1 46 86.

de l’éducation des femmes

Jagot, portant que le nommé Laclos sera saisi partout où il se trouvera et mis sur-le-champ en état d’arrestation [dans la maison] dite delà Force ou tout autre maison de détention.

Que les autorités constituées et tout dépositaire de la force publique sont chargés de l’exécution du présent arretté.

Nous, en conséquence, lesdits citoyens sus-nommés, [requis] de nous transporter de suite Cour des Fontaines, Palet (sic) égalité, maison où loge ledit Laclos, a l’effet de tout ce que dessus, et encore d’apposer nos scellés sur les titres et papiers, ont signé avec nous, après lecture, signé : Caplain, Rivaux, Serize, Jean La Coste, juge de Paix, et Sarazin, secrétairegreffier.

Nous, juge de Paix, susdit et soussigné, assisté de notre greffier ordinaire et accompagné comme dessus, nous nous sommes transporté cour des Fontaines, Palet égalité, maison où loge ledit Laclos, dans laquelle étant au deuxième sur ladite cour, nous y avons trouvé ce citoyen, son épouse, et d’autres citoyens. Avons exibé audit Laclos l’arretté susnommé du comité de Sûreté générale de la Convention. Il nousauroit dit qu’il n’empêchoit l’execution du susdit arretté, mais seulement observé qu’il étoit étonné des motifs qui ont fait prendre cet arretté, que, en ce moment même, il se disposoit à aller au champ d’épreuve, butte Montmarte, où il devoit trouver le ministre de la Marine et deux membres du Comité de

DOCUMENTS SUR CHODERLOS DE LACLOS 115

Salut Public pour une expérience de guerre fort importante; qu’il étoit chargé, par le même ministre et avec l’agrément du comité du Salut Public, d’une sérié d’expérience de guerre également importantes, et qui ont également été retardés à l’époque où elles dévoient comencer, par une première arrestation, par suite de laquelle il est encore en ce moment sous le cautionnement du citoyen représentant Laurent Guyot, de la Côte-d’Or, dont le patriotisme est bien connu ; nous a, au même instant, ledit Laclos, représenté son portefeuille, dont même présence que dessus, y avons trouvé onze pièces. Celle cottée neuf en datte du vingt- neuf septembre dernier, signée Dalbarade, ministre de la Marine, portant ordre audit Laclos de rester à Paris pour la suite des expériences dont il étoit chargé, ledit ordre donné par le Comité de Salut Public. De cette pièce et des dix autres, par nous cottées paraphées, en avons composé une liasse qui sera déposée au Comité de Sûreté generale de la Convention ainsi que le présent procès verbal.

Ce fait, ledit Laclos nous a ouvert les meubles et placards ferraans a clefs et étant dans ses appartements, et après vérification scrupuleusement faite et n’ayant trouvé aucun papier, si ce n’est dans son secrétaire, pratiqué dans les murs de son cabinet, sur lequel nous avons apposé nos scellés aux extrémités d’une bande de toille blanche, après l’avoir fermé avec la clef restée en nos mains ; desquels scellés nous avons etably gardienne a justice la citoyenne Marie-

116 de l’éducation des femmes

xMargueritte-Julie Coquet (i)(sic ), femme de Jean-François Dupuis, cuisinier, elle, attachée au service de la citoyenne Laclos, et a la charge par elle de les représenter quant et à qui il appartiendra.

Fait et clos ledit jour, mois et an que dessus, onze heures du matin, et ont tous les susnommés et la gardienne, signé avec nous. Signé : Laclos, Caplain, Rivaux, Serize, Jean Lacoste, juge de paix, Coquet et Sarrazin, greffier, pour expédition conforme à la minute étant au greffe.

Sarrazin, secrétaire-greffier.

(i) Il faut lire Poquet ainsi qu’on peut le voir par la requête adressée par cette femme lorsqu’elle quitta le service de M me Laclos (Cf. Doc., n° XVII 0 ).

Il*

Tableau à remplir par le comité de surveillance de la section de la Montagne sous sa responsabilité , dans le délai de huit jours } à compter du jour de sa réception .

Nom dudétenu y son domicile avant sa déiention t son âge t le nombre de ses enfants y leur âge ; où ils sont ; s'il est veuf y garçon ou marié.

Pierre-Araboise-François Chaderlos Laclos, exnoble, demeurant cour des Fontaines, maison Egalité, n° u 13 ;

Agé de 53 ans ;

A deux enfants, l’un âgé de 9 à 10 ans et l’autre, de 5 à 6, tous deux demeurant chez lui avec leur mère, même maison, n° 1110;

Est marié.

de l’éducation des femmes [ 2 e colonne]

Le lieu où il est détenu ; depuis quand ; à quelle époque ; par quel ordre ; pourquoi .

A la maison d’arrêt de Picpus et précédemment à la Force ;

Depuis quatre mois et demi, arrêté le 14 brumaire) par ordre du Comité de Sûreté générale, nous en ignorons le motif.

[3 e colonne]

Sa profession avant et depuis la Révolution .

Officier d’artillerie depuis l’année 1760 jusqu’au 29 mai 1791, époque de sa démission;

Secrétaire surnuméraire des commandements de d’Orléans, depuis le commencement de l’année 1789 jusqu’au I er octobre 1792;

Commissaire du Pouvoir exécutif dans le courant d’août de la même année. Rentré au service dans le courant de septembre en qualité de chef de brigade, jusqu’au 21 septembre dernier, époque où il donna sa démission ; a depuis et jusqu’au moment de son arrestation été employé par le ministre de la Marine et le Comité de Salut public, à différentes expériences et nouveaux moyens de guerre; à ce qu’il nous a assuré.

[4 0 colonne]

Son revenu avant et depuis la Révolution.

Se composait, avant la Révolution, de 1.800 h de

DOCUMENTS SUR CHODERLOS DE LACLOS

rentes provenant de la succession de son père, plus de 5 à 6.000 1. du chef de sa femme, plus ses appointemens de capitaine en I er d’artillerie.

En 1789, il a eu, de plus, 6.000 1 . d’appointemen de d’Orléans; à datter de 1790, ils ont été réduits à 4000 1., ensuite à 3.000, puis supprimés au i er octobre 1792 ;

Au I er juin 1791, il a obtenu une pension de retraite de 1.800 1. ; en 1792, il hérita de sa mère d’environ 1.200 à 1.400 1 . de rentes. Son revenu actuel est de 1.000 à 1.200 1., ayant vendu le reste dans le dessein d’acquérir un tond d’industrie qui le met à même de faire vivre sa famille. Tel est le résultat de son dire.

[ÿ colonne]

Ses relations , ses liaisons.

Avant la Révolution, il voyait beaucoup de nobles ; au commencement de la Révolution il fut de deux clubs qui étaient composés, en grande partie, de nobles ; les Lameth, les d'Orléans en fesaient partie ; ces deux clubs étaient, l’un, rue des Bons-Enfants, à la ci-devant chancelerie, sous le nom de Club des Patriotes , l’autre galerie du jardin de la Révolution, sous le nom de Club National. Dans ce tems-là ils jouissaient d’une assez bonne réputation, mais actuellement que les traîtres sont démasqués, il se trouve qu’il y a de ses membres qui sont émigrés, ou arrêtés, ou frappés de mort comme conspirateurs.

Depuis la dissolution de ces clubs, Laclos n’avait

pour sa société que son épouse, ses enfants et son frère, lequel est aussi en état d’arrestation.

[6 e colonne]

Le caractère et les opinions politiques qu'il a montrés dans les mois de mai , juillet et octobre 1789; au 10 août ; à la fuite et à la mort du tyran ; au yi mai et dans les crises de la guerre ; s'il a signé des pétitions ou arrêtés libcrticides.

Homme de génie, très froid et très fin, auteur des Liaisons dangereuses (1), orateur : dans le cours de notre Révolution et dans ses époques les plus mémorables il s’est comporté, à Paris, d’une manière à plaire à tous ; ce qui lui a valu la confiance d’une grande partie de notre section ; cependant les vrais républicains ont à lui reprocher d’avoir été complaisant, de n’avoir point employé tout son talent à combattre la faction ennemie de la République qui existait alors dans notre section. Nommé commissaire à la Commune pour l’affaire du 10 août, il en a été rejetté par le scrutin épuratoire, motivé sur ce qu’il avait été un des auteurs de la scission de la Société des Jacobins, qu’il quitta pour se réunir aux Feuillans. Dans notre section, il fut un de ceux qui parla contre la Commune du 10 août. Nommé électeur, il n’accepta point ; ce fut dans ce temps qu’il fut appelié par le Conseil exécutif à une fonction militaire. Il nous a

(1) Ces mots rejetés au bas de la 5 e colonne.

DOCUMENTS SUR CHODERLOS KE LACLOS

été assuré que c’est lui qui proposa aux Jacobins la pétition qui a du être signée au Champ de Mars, le 17 juillet 1791 ; la motion ayant été adoptée, il en fut un des rédacteurs.

Paris , le 16 ventôse , Van deux de la République.

Fait en notre Comité Révolutionnaire de la section de la Montagne, ce I er prairial, l’an deux de la République une et indivisible.

Signé : Jobert ; Lemerlier, commissaire ; Frété, commissaire; Jienck, commissaire; Briant- Baillet, commissaire ; Simon, commissaire ; Boubon, président; Mazurier, commissaire ; Jarlat, commissaire; Mottht, commissaire; Daoust-Danbauton, commissaire.

Page 1