DB L’ENFANCE
L’homme civil, à l’instant de sa naissance, est étroitement garrotté dans un maillot ; il semble que ses parents veuillent déjà l’accoutumer à l’esclavage éternel qui lui est préparé ; dans cet état de gene et de souffrance, sa mère le repousse et l’éloigne d’elle ; elle le prive de la chaleur maternelle qui convient seulle à sa faiblesse ; elle lui refuse le laict préparé pour sa substance. Ce n’est pas ainsi qu’est traité l’enfant naturel; au moment ou sa naissance s’annonce un état d'abattement, de malaise et d q déplaisance porte sa mère à chercher la solitude. Les membres endoloris demandent un coucher plus doux, et sans pénétrer la cause, déjà elle prépare le lieu où se doit accomplir l’œuvre de la nature. Couchée tranquillement, elle attend sans crainte, comme sans prévoïance, un événement qu’elle ne connoit pas. Cependant une douleur salutaire vient lui rendre du ressort, la sollicite au mouvement nécessaire pour faciliter
de l’éducation des femmes
cctic opération, l'engage meme à prendre la situation la plus favorable à la sortie de Tentant. Il naît enfin, et la cessation de la douleur (état si semblable au plaisir) est le 1 er sentiment qui attache la mère à l’enfant. Qui voudra sçavoir combien est délicieux et fort le sentiment de l’amour maternel qu’il n’aille pas dans les palais des grands où l’intérêt et la vanité sollicitent seulles la génération ; qu’il évite les cabanes des pauvres où la misère l’étouffe quelquefois ; qu'il fuie les hommes aujourd’hui trop dépravés ; mais qu’il consulte les animaux ; en est- il un, si timide, qu'il ne devienne courageux pour la deffense de ses petits, un, si cruel, qu’il ne soit doux et folâtre avec eux ; un, si volage, qu'il ne se fixe à leur donner ses soins ?... la femme seulle consent à se séparer de son fils... mais non; chez elle-même la nature est violée et non pas séduite, encore sensible. Répondez, qui de vous s’est vû enlever son enfant nouveau-né sans l’arroser de quelques larmes? La femme naturelle est plus heureuse ; rien ne la prive, rien ne la sépare de l’objet de son affection ; tous ses soins lui vont être consacrés ; peu d’heures après l’enfantement, elle se lève, elle va baigner son enfant dans un ruisseau voisin ; elle s’y baigne elle-même ; après s’être séchée sur le gazon, elle le 6èche à son tour, non par des frictions irritantes, non en l’exposant à une chaleur dessi calive , mais en le plaçant sur son sein ; c’est là qu’il trouve à la fois une chaleur salutaire et une nourriture qui lui convient. Le laict est le lien naturel qui unit la mère et l’enfant; s’il est nécessaire à l’un de le recevoir,
il est au moins dangereux à l’autre de l'en frustrer. Heureuse société dont la hase est un bienfait réciproque. Aussi, la mère ne veul-cllc jamais abandonner son enfant ; dans ses courses, que nécessite le besoin de sa nourriture, elle le porte entre ses bras ; dans ses moments de repos, elle joûe avec lui et lui fait exercer ses forces naissantes ; s’il survient un danger, elle cache son enfant, elle s’expose seulle et revient à lui le plutôt possible: pareillement l’enfant ne scauroit rester loin de sa mère ; s’il ne la voit plus auprès de lui, il pleure, il s’agite ; lui est-elle rendûe ? il est tranquille, ses mains encore foibles cherchent à s’étendre vers elle, son sourire enfantin décèle sa joie, et cette joie retentit dans le cœur de sa mère. Nous le demandons maintenant, malgré l’appareil fastueux des accoucheurs, des gardes, des nourrices, des gouvernantes, lequel du fils d’un prince ou de cet enfant sauvage, lequel des deux est abandonné en naissant (1) ?
(i) S’il se trouvoit quelqu’un, qui voulût douter qu’une femme, nouvellement accouchée, eût la force nécessaire pour remplir facilement les soins indispensables de la maternité, nous le renvoyons aux négresses de nos colonies qui, peu d’heures après l’enfantement, vont elles-mêmes laver leurs enfants; aux vivandières de nos armées, qui accouchent pendant une marche, emmaillotent leur enfant à la hâte, et continuent de conduire devant elles le mulet qui porte leurs provisions, et peu de jours après reprennent les travaux pénibles auxquels elles sont assujéties; aux femmes du pauvro artisan, qui, bien plus près de nos mœurs, ne laissent pas, pendant la cérémonio du baptême, de se lever, de ucttoïer leur chambre et préparer la collation, puis se recouchent pour être malades, h l’imitation de nos dames. Notes de Ch. de L.
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Cependant, le laict devenu plus rare, rend l’enfant moins utile à sa mère, et la mère moins nécessaire à son enfant ; déjà il a acquis quelque force, l’instinct d’imitation lui a appris, à l’exemple de sablière, à chercher, connoître et prendre une nourriture étrangère. Il scait marcher comme elle, il n’y a plus de différence entre eux, que dans le degré de force et d’expérience usuelle, que le temps seul peut lui faire acquérir. Icy finit, avec la nécessité, le contrat d’union qu’elle avait établi entre la mère et l’enfant; le i <r hazard qui les désunit, les séparera pour toujours ; bientôt ils ne scauront plus même se reconnoître, l’enfant va exister seul sous la garde de la nature. Icy commence le second âge de l’homme.