‹ De l'éducation des femmesChapitre 6 sur 33 · CONTINUATION DU MÈ.UB SUJBT · texte numérisé non relu

CONTINUATION DU MÈ.UB SUJBT

L’enfance de l’homme a deux époques distinctes pour lesquelles notre langue ne fournit qu’un môme mot. Les latins, qui les ont distinguées, les ont exprimées par les mots infans et puer. La signification de ce mot infans (qui ne scait pas parler) prouve qu’ils avoient plus considéré l’homme civil que l’homme naturel. Pour nous, nous fixerons cette époque au temps où l’enfant peut pourvoir lui-même à ses besoins, c’est-à-dire, marcher et manger seul; sans prétendre indiquer ce temps au juste, nous ferons remarquer que, pour les enfants des paysans, cette époque est ordinairement de 3 à 4 ans. Nous observons de plus que l’enfant naturel doit être plus précoce et que la comparaison avec quelques animaux nous porte à croire que ce temps doit être, à peu près, la 30® partie do la vie ordinaire. Après cette courte digression, nous continuerons de nous servir du mot enfant pour désigner le second âge de l’homme que nous allons considérer.

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PAR CHODERLOS DE LACLOS

recueille peu à la fois ; les fruits, pour la plupart, sont élevés, il faut apprendre à monter sur les arbres ; le poisson, les animaux, offrent plus de difficultés encore. Dénué de force, l’enfant ne peut s'attaquer qu’aux animaux faibles, mais ceux-là sont d'ordinaire timides et fuiards ; la course est une ressource mal assurée, si la ruse ne s’y joint, et la ruse est le fruit do l’expérience ; il sera donc journellement exercé, souvent même fatigué, mais jamais affligé ny rebuté et qui pourroit trouver pénible un travail que le désir fait entreprendre, que soutient l’expérience, et que le succès couronne ? Cependant, ce n’est pas assez de manger, il faut boire; nouvelle course à faire, mais celle-ci se fait plus lentement que les autres, car, d’une part, l’enfant a déjà dissipé une partie de ses forces ; de l’autre, il marche vers un but certain et fixe ; il n’est poussé ny par l’inquiétude de trouver sa proie, ny par la crainte de la manquer : il arrive donc plus fatigué qu’échauffé.

Là il boit et se baigne ; il nage même, car il a appris de sa mère cet art, qui n’est ignoré que des peuples instruits ; il trouve à la fois dans cette occupation un délassement, un plaisir, et le seul tonique qui soit toujours efficace et’ jamais dangereux. On croit donc que manger et boire occupent une grande partie du temps de notre éleve. A quoi emploiera t’il le reste ? A dormir, Belle vie, dirai t’on. Qu’on nous dise donc ce que font de plus la plus part des hommes, sinon tromper, s’ils sont foibles et opprimés. S’ils sont puissants, de pareilles oecupations’valentelles le sommeil qui les remplace V Notre éleve dort,

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disons-nous, tantôt d’un sommeil profond, pendant lequel la nature élabore en silence ; tantôt de ce sommeil léger, qui se laisse sentir, doux repos que ne connoit pas le coupable et dont l’ambitieux se prive, qui délasse le voluptueux, lorsque ses excès 11e l'en ont pas privé, que l’homme innocent et juste goûte quelquefois, malgré nos institutions, et qui, pour l’homme naturel, est un plaisir également sain et assuré. Cependant, guidé par ces besoins, notre élève s’instruit peu à peu ; bientôt il sçait franchir un buisson, se frayer une route dans un bois fourré, sauter un fossé, gravir une montagne escarpée, escalader un arbre. Chaque jour il reçoit de la nature une leçon nouvelle ; chaque proie qu’il poursuit lui est un sujet d’étude, chacun de ses repas est le prix de son adresse ou de ses réflexions.

Ainsi se passe ce long intervalle que la nature (si l’on peut parler ainsi) emploie à préparer l’espèce humaine, temps où chaque individu, n’étant encore qu’ébauché, n’a encore aucun caractère distinct, où les différences sexuelles sont encore nulles, ou du moins sans influences ( 1 ) où chacun, suivant l’expression d’Evagrius, est homme avec les hommes, et femme avec les femmes. Mais enfin la nature se sépare, et se ramifie en quelque sorte ; elle perfectionne son ouvrage et divise les sexes. Nous la suivrons dans sa marche ; jusqu’icy nous avons

(i) Analise raisonnée de Bailc , t. IV.

Note de Ch. de L .

PAU CHODERLOS DE LACLOS

généralisé 110s expressions, parce que nos discours convenoient également à l’enfant mâle et femelle. L’état de puberté les sépare, nous abandonnons le male et nous nous bornons au sujet que nous nous sommes proposé de traiter.

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