‹ De l'éducation des femmesChapitre 8 sur 33 · DB L'AGE VIRIL · texte numérisé non relu

DB L'AGE VIRIL

La puberté se trouvant, suivant nos principes, plus retardés, dans l’état de nature, que chez les peuples civilisés (1), l’intervalle qui la sépare de l’âge viril est moins long. Celuy-cy commence au moment où le corps a pris son entier accroissement, et finit, pour les femmes, au temps ou elles deviennent stériles (2). Cet âge est proprement celuy de la génération, et, c’est alors que se rapportent les soins de la maternité décrits cy-dessu s au chapitre de l’enfance. Nous ne voyons pas qu’il apporte aucun autre changement dans la vie uniforme de la femme naturelle; mais elle est parvenüe à son point de perfection ; elle ne peut plus que déchoir. Avant qu’elle commence à ressentir l’abandon de la nature, arrêtonsnous un moment à la considérer. Nous observerons

(1) Voir le commencement du chapitre précédent.

Note de Ch. de L.

(2) Nous faisons toujours abstraction des exceptions. Voir cidessus la note, page 31.

Note de Ch. de L.

DK l’kDUCATION DES FEMMES

d’abord que la femme naturelle jouit de trois biens, telle que leur privation est la source de toutes nos peines, sçavoir : la liberté, la force et la santé. Nous laissons à nos lecteurs le soin de la comparer, sur ces articles, avec la femme civilisée, et nous ne perdrons pas notre temps à discuter ces avantages ; mais il est deux biens sans lesquels les femmes comptent pour rien tous les autres ; la beauté et l’amour. Icy nous aurons besoin de plus de réflexion, pour reconnoître les richesses de la femme naturelle : en effet, sa beauté n’est pas celle de la femme que nous connoissons ; elle n’a ny la peau blanche et délicate, dont le toucher nous flatte si voluptueusement, ny la douce flexibilité, apparente foiblesse, qui semble provoquer l’attaque, par l’espoir du succès, et préparer la deffaite, par la facilité de l’excuse ; elle n’a, surtout, aucune des ressources de la parure dont les femmes de tous les climats sçavent si bien tirer party ; sa peau, colorée par le soleil, est d’une teinte plus brune, mais plus animée ; elle est moins fine, à la vérité, mais, si par là la sensation du toucher est moins générale, elle devient plus forte dans les parties qui en sont le siège et l’organe, et qui ont conservé toute leur sensibilité ; ses chairs, continuellement battues par un air vif, sont plus fermes et plus vivantes. On no peut mieux comparer ces deux femmes qu’à des fruits, dont les uns seroient venus en pleines campagnes, et les autres dans des serres chaudes. Le caractère de sa figure est ordinairement la tranquille sérénité ; cependant, qu’elle s’anime, elle a de la phisionomie ; non qu’on puisse dire d’elle, comme

PAR CHODERLOS DE LACLOS

de tant d’autres femmes, que sa figure a plus d’esprit qu’elle ; elle ne scait pas minauder, mais elle scait encore moins se contraindre: son âme se peint sur son visage, et s’il exprime avec force la colère ou la terreur, le désir ou la volupté ne s’y peignent pas avec moins d’énergie. Sa taille est grande et forte, et ses embrassements, que sans doute l’homme naturel trouve trop faible encore, étoufferoient nos délicats petits maîtres.

Sa parure est sa chevelure flottante, scs parfums sont un bain d’eau claire (1). Cet état, nous osons l’assurer, est le plus favorable à la jouissance (2). Mais, dira t’on, qu’est-ce que les jouissances sans amour ? Ames sensibles, nous pensons comme vous. L’amour est le consolateur de la société. L’homme social a paie ce bien de tous ceux que possède l’homme naturel. Tels nos 1 er6 pères, suivant la tradition, ne connurent la jouissance qu’après leur expulsion du paradis terrestre. Cependant, la femme naturelle est-elle sans amour? Nous convenons qu’il ne sçaurait y avoir de passion suivie entre deux êtres qui se joignent sans s’être jamais vus, et, dans un moment vont se séparer pour ne plus se rcconnoîlre. Mais ce moment n’est pas indivisible et, si nous l’observons

(1) Pour douter de la propreté rigoureuse de la femme naturelle, il faudroit n’avoir jamais observé les animaux sauvages. A ote de Ch. de L.

(2j Femmes coquetes et dédaigneuses, regardez autour de vous. L’ardent jeune homme vous recherche. Ce n’est pas l'àge difficile; mais celui qui commence à perdre ses forces n’en trouve plus pour vous ; il se ranime encore à la vue d’une jeune et naïve villageoise. Tant est grand le charme de la nature.

Note de Ch. de L.

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