DE LA PUBERTÉ
Le choix des aliments, plus ou moins nourrissants, la vie sédentaire ou active sont des causes phisiques qui contribuent, presque autant que le climat, à accélérer, ou retarder, le moment de la puberté. Le feu de l’imagination qui, dans la société, ne manque presque jamais d’être allumé, soit par la veü d’actions, ou de tableaux relatifs, soit par des discours ou des lectures peu chastes, et par les réflexions solitaires, qui les suivent, est une cause morale, non moins puissante, pour hâter la nature. Elle paroît céder alors à une force étrangère, et les signes de puberté se manifestent bien avant quel’individû soit perfectionné ; mais ce dérangement des lois naturelles n’a jamais lieu sans porter sa peine avec lui ; le sujet qui existe trop tôt n’existe jamais pleinement. Si surtout il se presse d’user de sa jouissance, s’il s’y livre avec trop peu de ménagement, il n’a bientôt plus qu’une vie languissante et faible ; en vain cherche-t-il des ressources dans des aphrodisiaques, souvent illusoires, et toujours
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dangereux, il ne fait qu’empirer son mal. Le plaisir s’obstine à le fuir, si même il le rencontre quelquefois ce plaisir lui semble imparfait, il n’a plus la force de le goûter ; semblable à ces fruits précoces, que l’art arrache à la nature, il n’a ny qualité ny saveur, ce n’est qu’une apparence vaine : ainsi se venge la nature de l’ètre imprudent qui ose violer ses loix. Heureux encore, s’il portoit seul la peine de sa témérité ; mais sa postérité la partage ; de là, ces générations vaporeuses, rachitiques ctpituiteuses, si communes aujourd'huy dans nos grandes villes, de là ces hommes dégénérés, qui nous font regarder, comme un roman invraisemblable, les monuments de la force de nos pères. La fille naturelle est à l’abri de ce danger ; jamais une table délicatement servie n’a provoqué un appétit satisfait ; jamais une oisiveté molle n’a laissé circuler dans son sang une trop grande quantité de sucs nourriciers ; jamais, surtout, des idées lascives n’ont enflamé son imagination. Vingt fois, cent fois, elle a vu s’accomplir devant elle l'acte de la génération ; elle n’a pas rougi, elle n’a pas fui, mais elle a continué sa route avec indifférence, et elle n’a pas jeté derrière elle un regard furtif ; elle a vû des yeux du corps, et non de ceux de l’àme ; ses sens donnent encore ; ils attendent, pour s’éveiller, le cri de la nature. On peut donc assurer, avec vraisemblance, que la puberté de la fille naturelle ne se manifestera (au moins dans un climat semblable au nôtre) qu'après que le corps aura presque fini sa croissance, et l’on peut assurer avec certitude que, dans tous les climats, la nature, livrée à
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elle-même, n accordera à une fille la faculté de devenir mère qu’après lui avoir donné la force d’en remplir les devoirs ; qu’on ne craigne pas de la voir, dans la forêt, comme dans nos villes, trahir quelquefois la tendresse d’une mère, en lui refusant le laict qu’elle destinoit à son onfant. Enfin, le moment arrive où l’enfant va cesser de l’être, où son existence, jusqu’icy concentrée, va se partager et se répandre au dehors. Déjà les formes s’arrondissent, la gorge croît sensiblement, les parties de la génération se resserrent et se couvrent d’un poil naissant. Souvent, jusqu’à ce jour, dans une société de chasse, ou dans quelque autre occasion, notre jeune fille s’étoit trouvée parmi des hommes (1), sans inspirer, ny éprouver aucune sensation ; un nouveau hasard l’y ramène ; mais à peine a-t-elle touché la main de l’un d’eux, qu’un doux frémissement se répand dans tout son corps ; sa main se retire ; involontairement elle rougit, non de pudeur, mais de trouble ; elle désire, mais elle craint de s’approcher encore ; ce sentiment inconnu va l’occuper tout entière. Déjà elle cherche la solitude ; là elle se replie en quelque sorte sur elle -même, pour la 4 rc fois elle va s’occuper de ses pensées ; le morne ennui, la vague inquiétude la tourmentent tour à tour ; un léger engourdissement dans les aines, une sensibilité presque
(1) Supposons cette association momentanée ; ce n’est pas tomber dans la faute, si souvent commise, de transporter à l’état do nature un fait qui ne convient qua letat de société. On en trouve plusieurs exemples parmi les animaux chasseurs et pourtant solitaires.
Xotc de Ch. de L.
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douloureuse dans les jointures, rendent son état encore plus pénible ; elle se fatigue facilement dans ses marches et reste en place sans trouver le repos ; bientôt elle éprouve des pesanteurs de tète, et tous lc3 indices de plénitude, tant dans les mamelles que dans toutes les parties qui appartiennent à la génération. Elle reste dans cet état jusqu’à ce que le premier flux menstruel vienne, à la fois, la soulager, et préparer le laboratoire de la nature (1) ; sans doute, pendant ce temps, la fille naturelle se croit malade, non qu’elle puisse avoir l’idée de la maladie, telle que nous nous la formons, mais elle sent qu’elle souffre et qu’il se fait un changement en elle ; cependant ces simptômes disparaissent ; mais ils laissent après eux ce feu dévorant que la nature a allumé, et que le plaisir seul peut éteindre.
Victime d’un besoin qu’elle ignore, une secrète ardeur la consume ; à des jours inquiets, succèdent des nuits plus agitées encore ; la première aurore ne la trouve plus dans les bras du someil, elle ne goûte plus le repos rafraîchissant du matin ; tout dort autour d’elle, elle veille seulle dans la nature ; à peine une foible clarté fait-elle distinguer les objets, et déjà elle erre avec in*
(i) On sçait aussi qu’il y a eu des exemples de femmes devenues mères avant d’avoir eu aucun écoulement périodique ; on cite mémo un peuple entier où les femmes n’y sont pas sujettes ; mais, outre que ces exceptions sont rares, n’est-on pas fondé à croire qu’alors l’écoulement a lieu intérieuremeut, ainsi que quelques autheurs le prétendent pour toutes les femmes dans les temps de grossesse.
Note de Ch . de L.
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quiétude ; elle court au ruisseau le plus voisin, elle veut éteindre dans les eaux le feu qui la tourmente, les premiers rayons du soleil l’éclairent dans le bain. Vain remède ! elle en sort et brûle de nouveau. Elle porte autour d’elle des regards ardents et inquiets ; ils se fixent enchantés par le spectacle du matin ; elle a senti les 1*” feux de l’amour ; la nature va s’animer pour elle ; le doux parfum des fleurs la prépare à la volupté ; le ramage des oiseaux n’est plus un vain bruit : c’est une harmonie touchante, qui répond à son cœur. Leurs caresses réitérées l’affectent plus encore ; les mains élevées, la bouche entr’ouverte, les yeux humides, elle regarde et craint de les distraire. Sa respiration courte et pressée, le mouvement précipité de son sein, tout monire assez le trouble de son âme. C’est alors, qu’à quelque distance, elle apperçoit un homme ; un instinct puissant, un mouvement involontaire, la fait courir vers lui ; plus près, elle devient timide, elle s’arrête. Mais, emportée de nouveau, elle le joint et le serre entre ses bras... Jouissance délicieuse, qui, jamais, osera te décrire?