‹ De l'éducation des filles. Dialogues des morts, et opuscules divers, composés pour l'éducation de M. le duc de Bourgogne. Abrégé des vies des anciens philosophesChapitre 40 sur 112 · XXX. — PYRRHUS ET DEMETRIUS POLIORCÈTE · texte numérisé non relu

XXX. — PYRRHUS ET DEMETRIUS POLIORCÈTE

La vertu seule fait les héros.

DÉM. — Je viens saluer ici le plus grand héros que la Grèce ait eu après Alexandre.

Pyrr. — N'est-ce pas là Démétrius que j'aperçois? Je le reconnais au portrait qu'on m'en a fait ici.

DIALOGUES DES MOBTS. 180

DÉM. — Avez-vous cutendu parler des grandes guerres que j'ai eu à soutenir?

Pybb. — Oui; mais j'ai aussi entendu parler de votre mollesse, et de votre lâcheté pendant la paix.

DÉM. — Si j'ai eu un peu de mollesse, mes grandes actions l'ont assez réparée.

Pyrr. — Pour moi , dans toutes les guerres que j'ai faites j'ai toujours été ferme. J'ai montré aux Romains que je savais soutenir mes alliés ; car lorsqu'ils attaquèrent les Tarentins, je passai à leur secours avec une armée formidable, et fis sentir aux Romains la force de mon bras.

DÉM. — Mais Fabricius eut enlin bon marché de vous ; et on voyait bien que vos troupes n'étaient pas des meilleures , puisque vos éléphants furent cause de votre victoire. Ils troublèrent les Romains , qui n'étaient pas accoutumés à celle manière de combattre. Mais, dès le second combat, l'avantage fut égal de part et d'autre. Dans le troisième, les Romains remportèrent une pleine victoire ; vous fûtes contraint de repasser en Épire, et enfin vous mourûtes de la main d'une femme.

Pyrr. -^ Je mourus en combattant; mais pour vous, je sais ce qui vous a mis au tombeau ; ce sont vos débauches et votre gourmandise. Vous avez soutenu de rudes guerres, je l'avoue , . et même vous avez eu de l'avantage; mais au milieu de ces guerres, vous étiez environné d'un troupeau de courlisanesqiii vous suivaient incessamment, comme des moutons suivent leur berger. Pour moi, je me suis montré ferme en toutes sortes d'occasions , même dans mes malheurs ; et je crois en cela avoir surpassé Alexandre même.

DÉM. —Oui ! ses actions ont bien surpassé les votresaussi. Passer le Danube sur des peaux de boucs ; forcer le passage du ^> ^-^ di Granique avec très-peu de troupes , contre une multitude infinie de soldats ; battre toujours les Perses en plaine et en défilé; prendre leurs villes; percer jusqu'aux Indes; enfin subjuguer toute l'Asie : cela est bien plus grand qu'entrer en Italie, et êlre obligé d'en sortir honteusement.

PvRR. — Parées grandes conquêtes, Alexandre s'attira la

mort, car on prétend qu'Antipater, qu'il avait laissé en Macédoine , le lit empoisonner à Babylone pour avoir tous ses l^:tats.

DÉM. — Son espérance fut vaine, et mon père lui montra bien qu'il se jouait à plus fort que lui.

Pybr. — J'avoue que je donnai un mauvais exemple à Alexandre , car j'avais dessein de conquérir l'Italie. Mais lui, il voulait se faire roi du monde, et il aurait été bien plus heureux en demeurant roi de Macédoine, qu'en courant par toute ^'i^sie comme un insensé.

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