‹ De l'éducation des filles. Dialogues des morts, et opuscules divers, composés pour l'éducation de M. le duc de Bourgogne. Abrégé des vies des anciens philosophesChapitre 94 sur 112 · THALÈS · texte numérisé non relu

THALÈS

Né la première année de la 53* olympiade, mort à la 38», Agé de quatrevingt-douze ans.

Thaïes, Milésien, originaire de Phénicie, descendait de Cadmus , fils d'Agénor. L'indignation que ses parents avaient contre les tyrans qui opprimaient les gens de bien les obligea de quitter leur pays ; ils vinrent s'établir à Milet , ville d'Ionie , oii Thaïes naquit la première année de la trente-cinquième olympiade. C'est lui qui a mérité le premier le glorieux titre de sage, et qui a été l'auteur de la philosophie qu'on a appelée ionique , du nom du pays où il avait pris naissance

Il passa quelque temps dans la magistrature , et , après en avoir exercé avec éclat les principaux emplois , le désir de connaître les secrets de la nature lui fit quitter l'embarras des affaires publiques. Il s'en alla en Egypte , où les sciences florissaienl pour lors. Il employa plusieurs années à converser avec les prêtres , qui étaient les docteurs du pays ; il s'instruisit des mystères de leur religion, et s'appliqua particulièrement à la géométrie et à l'astronomie. Il ne s'attacha jamais à aucun maître ; et , hors le commerce qu'il eut avec les prêtres égyptiens pendant ce voyage , il ne dut qu'à ses expériences et à ses profondes méditations les belles connaissances dont il a enrichi la philosophie.

Thaïes avait l'esprit élevé , parlait peu et réfléchissait beaucoup ; il négligeait son intérêt particulier , et était fort zélé pour celui de la république.

Juvénal , parlant des gens qui croyaient que la vengeance

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était un bien plus désirable que la vie niêine, dit que ces senliments-là sont fort éloignés de ceux de Chrysipe et de la douceur de Thaïes.

At vindicta bonuin vita jncundius ipsa : Chrysippus non dicet idem , nec mite Thaletis Ingcnium'....

Quand Thaïes fut de retour à Milet, il vécut dans une grande solitude, et ne songea plus qu'à contempler les choses célestes. L'amour de la sagesse lui fit préférer la douceur du célibat aux soins qui accompagnent le mariage. Il n'était encore âgé que de vingt-trois ans lorsque Cléobuline sa mère le pressa d'accep ter jun parti avantageux qui se présentait. Quand on est jeune, dit Thaïes, il n'est pas temps de se marier; quand on est vieux , il est trop tard ; et un homme entre ces deux âges ne doit pas avoir assez de loisir pour se choisir une femme. Quelques-uns disent qu'il épousa , sur la fin de sa vie , une Égyptienne qui a fait plusieurs beaux ouvrages.

Un jour, des étrangers de Milet , passant par l'île de Cos, achetèrent de quelques pêcheurs ce qu'ils allaient tirer du coup de filet qu'ils venaient de jeter dans la mer. Ces pêcheurs tirèrent un trépied d'or massif, qu'on dit qu'Hélène revenant de Troie avait jeté autrefois dans cet endroit, à cause d'un ancien oracle dont elle s'était souvenue. Cela fit d'abord de la contestation entre les pêcheurs et les étrangers, à qui aurait le trépied. Ensuite les villes s'y intéressèrent , et prirent parti chacune pour ses gens. On était prêt à passer à une guerre ouverte, lorsqu'on s'accorda de part et d'autre de s'en tenir aux décisions de l'oracle. On envoya à Delphes; l'oracle fit réponse qu'il fallait donner le trépied au premier des sages. On alla aussitôt le porter à Thaïes, qui le renvoya à Bias. Bias , par modestie , le remit à un autre , et cet autre à quelque autre qui le renvoya à Solon. Solon dit qu'il n'y avait rien de plus sage qu'un dieu ; il fit porter le trépied à Delphes , et le consacra à Apollon.

Quelques jeunes gens de Milet reprochèrent un jour à Thaïes

' Jlv. Sut. XIII, V. 183 et seq.

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que sa science était fort stérile, puisqu'elle le laissait dans riiidigence. Thaïes voulut leur faire connaître que si les sages n'amassaient pas de grands biens , c'était par un pur mépris pour les ricliesses , et qu'il leur était facile d'acquérir les choses dont ils ne faisaient aucun cas.

Il prévit, à ce qu'on dit, par ses observations astronomiques, que l'année serait très-fertile ; il acheta avant la saison tous les fruits des oliviers qui étaient autour de Milet. La récolte fut fort abondante; Thaïes en tira un proflt considérable : mais comme il était tout à fait désintéressé , il fit assembler les marchands de Milet , et leur distribua tout ce qu'il avait gagné.

Thaïes avait accoutumé de remercier les dieux de trois choses : d'être né raisonnable plutôt que bête , homme plutôt que femme, Grec plutôt que barbare.

Il croyait que le monde avait été disposé de la manière que nous le voyons par une intelligence qui n'avait point de commencement, et qui n'aurait jamais de fin.

C'est le premier des Grecs qui ait enseigné que les âmes étaient immortelles.

Un homme vint un jour lui demander si nous pouvions cacher nos actions aux dieux. Nos pensées même les plus secrètes, répondit-il , ne sauraient jamais leur être inconnues.

Il disait que la chose du monde la plus grande était le lieu , parce qu'il renfermait tous les êtres ; que la plus forte était la nécessité, parce qu'elle venait à bout de tout ; que la plus prompte était l'esprit, puisque en un instant il parcourait tout l'univers; que la plus sage était le temps , puisqu'il découvrait les choses les plus cachées : mais que la plus douce et la plus aimable était de faire sa volonté.

Il répétait souvent que de parler beaucoup n'était pas une marque d'esprit ;

Qu'on devait se souvenir également de ses amis présents ou absents ;

Qu'il fallait assister son père et sa mère , pour mériter d'être assisté de ses enfants ;

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