‹ De l'éducation des filles. Dialogues des morts, et opuscules divers, composés pour l'éducation de M. le duc de Bourgogne. Abrégé des vies des anciens philosophesChapitre 95 sur 112 · THA.LES · texte numérisé non relu

THA.LES

Qu'il n'y avait rien de si rude que de voir vieillir un tyran ;

Que ce qui nous peut consoler dans notre mauvaise fortune , c'est d'apprendre que ceux qui nous tourmentent sont aussi malheureux que nous ;

Qu'il ne fallait point faire ce qu'on reprenait dans les autres ;

Que le véritable bonheur consistait à jouir d'une santé parfaite , à avoir un bien raisonnable , et à ne pas passer sa vie dans la mollesse et dans l'ignorance.

Il croyait qu'il n'y avait rien de si difflcile que de se connaître soi-même; c'est ce qui lui fit inventer cette belle maxime , qui fut depuis gravée sur une lame d'or , et consacrée dans le temple d'Apollon : Connais-toi toi-même.

Il tenait que la vie et la mort ne différaient en rien; et quand on lui demandait pourquoi il ne se faisait pas mourir : C'est , répondait-il , parce que vivre ou être mort étant la même chose , rien ne peut déterminer à prendre un parti plutôt que l'autre.

Il se divertissait quelquefois à la poésie. On dit que c'est lui qui a inventé la mesure des vers hexamètres

Un homme justement accusé d'adultère vint un jour lui demander s'il lui était permis de se justifier par serment. Thaïes lui répondit en se moquant : Le parjure est-il un crime moins grand que l'adultère?

Mandrète dePryène , qui avait été son disciple , le vint voir à Milet, et lui dit : Quelle récompense voulez-vous que je vous donne, ô Thaïes , pour vous témoigner combien j'ai de reconnaissance de tous les beaux préceptes dont je vous suis rede vable ? Quand l'occasion vous donnera lieu d'enseigner les autres, répondit Thaïes , faites-leur connaître que c'est moi qui suis l'auteur de cette doctrine. Ce sera pour vous une modestie louable, et pour moi une récompense très- précieuse.

Thaïes a été le premier de tous les Grecs qui se soit appliqué à la physique et à l'astronomie. Il croyait que l'eau était le premier principe de toutes choses : que la terre n'était qu'une t'au condensée , l'air une eau raréfiée : que toutes choses se

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changeaient perpétuellement les unes dans les autres; mais qu en dernier lieu tout se résolvait en eau : que l'univers était animé, et rempli d'êtres invisibles qui voltigeaient sans cesse de côté et d'autre : que la terre était au milieu du monde ; qu'elle se mouvait autour de son propre centre , qui était le même que celui de l'univers, et que les eaux de la mer, sur quoi elle était posée , lui donnaient un certain branle qui était la cause de son mouvement.

Les effets merveilleux de l'aimant et de l'ambre , et la sympathie entre les choses de même nature , lui ont fait croire qu'il n'y avait rien dans le monde qui ne fût animé.

Il croyait que la cause de l'inondation du Nil venait de ce que les vents étésiens, qui soufflaient du septentrion au midi, retardaient les eaux du fleuve, qui coulent du midi vers le septentrion, et les contraignaient à se déborder dans la campagne.

C'est lui qui a prédit le premier les éclipses du soleil et de la lune, et qui a fait des observations sur les différents mouvements de ces deux astres. Il croyait que le soleil était un corps lumineux de lui-même , dont la masse était cent vingt fois plus considérable que celle de la lune ; que la lune était un corps opaque , qui n'était capable de réfléchir la lumière du soleil que par une seule moitié de sa surface : et sur cette supposition il rendait raison des différentes figures sous lesquelles la lune nous paraît.

C'est lui qui a recherché le premier l'origine des vents , la matière des foudres , la cause des éclairs et du tonnerre.

Personne avant lui n'avait connu la manière de mesurer les hauteurs des tours et des pyramides par leur ombre méridionale , lorsque le soleil est dans l'équinoxe.

Il fixa l'année à trois cent soixante-cinq jours ; il régla l'ordre des saisons , et borna chaque mois à trente jours : à la fin de chaque douzaine de mois , il ajouta cinq jours pour achever le cours de l'année : c'était une méthode qu'il avait prise des Égyptiens. •

C'est lui qui a donné la connaissance de la petite Ourse,

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