CLÉOBULE
elle-méiDe de laver les pieds aux amis et aux étrangers qui étaient à quelque festin chez son père.
Gléobule fut clioisi pour gouverner le petit État des Lindiens. 11 s'en acquitta avec autant de facilité que s*il n'avait eu qu'une famille à conduire. Il éloigna tout ce qui pouvait attirer la guerre, et entretint toujours une bonne intelligence , tant entre les citoyens qu'avec les étrangers. Son plus grand mérite dans les lettres était d'expliquer et de proposer subtilement toutes sortes de questions énigmatiques. Ce fut lui qui rendit fameux dans la Grèce cet usage des énigmes , qu'il avait appris des Égyptiens. Il est l'auteur de celle-ci :
a Je suis un père qui a douze fils , dont chacun a trente a filles , mais de beauté bien différente. Les unes ont le visage a blanc , les autres l'ont fort noir. Elles sont toutes immortela les , et si elles meurent tous les jours. »
Cette énigme signifie l'année.
Cest aussi lui qui a faitl'épitaphe qui est sur le tombeau de Midas , où il loue extraordinairement ce roi. Quelques-uns ravalent mal à propos attribuée à Homère, qui est beaucoup antérieur de Midas.
Ciéobule faisait principalement consister la vertu dans la fuite de l'injustice et des autres vices. C'est dans ce sentiment qu'Horace a dit :
Virtus est vitiam fugere , et sapienUa prima Stuititia caruisse'
Il disait ordinairement qu'il fallait garder l'ordre , le temps et la mesure en toutes choses ;
Que pour bannir la grande folie qui régnait dans tous les États , il fallait obliger chaque citoyen à vivre selon sa condition ;
Qu'il n'y avait rien de si commun dans le monde que l'ignorance et les grands parleurs.
Tâchez , disait-il , d'avoir toujours des sentiments relevés , et ne soyez ni ingrat ni infidèle. Faites du bien à vos amis et
' £pitL lib. l,ep,i,y. 41 ,42.
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à VOS ennemis; vous conserverez les uns , et peut-être gagne, rez-vous les autres.
Avant que de sortir de votre logis , songez toujours à ce que vous allez faire; et dès que vous serez rentré , examinezvous et repassez dans votre esprit tout ce que vous aurez fait.
Parlez peu , et écoutez beaucoup.
Ne dites jamais de mal de personne.
Conseillez toujours ce que vous croirez de plus raisonnable.
Ne vous abandonnez point à vos plaisirs. .
Accommodez-vous avec vos ennemis , si vous en avez.
Ne &ites rien par violence.
Appliquez-vous à bien élever vos enfants.
Ne vous moquez point des malheureux.
Si la fortune vous rit, ne vous enorgueillissez point : mais aussi ne vous laissez point accabler lorsqu'elle vous tourne le dos.
Mariez-vous toujours selon votre condition : car, si vous épousez une femme d'une naisssance plus relevée que vous, vous aurez autant de maîtres qu'elle aura de parents.
Il disait qu'on devait avoir un soin particulier des filles , et qu'il ne les fallait jamais marier que lorsqu'elles étaient filles d'âge , mais femmes par la conduite et par la raison ;
Qu'un homme ne devait jamais caresser sa femme ni la quereller devant les étrangers ; car dans l'un il y avait de la faiblesse , et dans l'autre de la folie.
Lorsque Cléobule sut que Solon avait entièrement abandonné son pays « il fit tout ce qu'il put pour l'attirer chez lui. 11 lui écrivit cette lettre :
« Vous avez une grande quantité d'amis qui ont tous des « maisons à votre service : je crois pourtant que vous ne pou- « vez être mieux qu'à Linde. C'est une ville maritime entière- « ment libre : vous n'aurez rien à craindre de Pisistrate , et « tous vos amis pourront vous venir voir en sûreté. » Cléobule sut ménager heureusement toutes sortes d'avanta-