ÉPIMBNIDE
ges dans une condition médiocre , et dans une ville dégagée de rembarras du monde. Il fut heureux père , beureux mari , heureux citoyen, beureux philosopha, et mourut enfin âgé de plus de soixante-dix ans , après avoir été fort honoré pendant toute sa vie. Les Lindiens témoignèrent un regret très* sensible de Tavoir perdu. Ils lui érigèrent un tombeau magnifique , sur lequel ils firent graver yne épitaphe pour honorer sa mémoire.
EPIMENIDE.
Vint à Atbènqi dans la 48* olympiade. On a prétendu qn*il avait été endormi cinquante-sept ans dans une caverne; qu'il en avait vécu cent dnquante^uatre, d'autres disent cent dnquante«ept, et d'autres deux cent quatre-vingt-dix-huit.
Épiménide , de Gnosse , florissait dans File de Crète vers le temps que Selon était en grand crédit à Athènes. C'était un saint hoirime , qui vivait fort religieusement. On le croyait fils de la nymphe Balte. Tous les Grecs étsfient persuadés qu'il était inspiré de quelque esprit céleste , et qu'il avait souvent des révélations divines. Il s'appliquait entièrement à la poésie et à tout ce qui regardait le culte divin ; c'est lui qui a commencé à consacrer les temples , et à purifier les campagnes , les villes et même les maisons particulières. Il n'avait pas beaucoup d'estime pour les gens de son pays. Saint Paul , dans l'Épître à Tite , a cité un de ses vers où il disait , en parlant des peuples de Crète, que c'étaient de grands menteurs , des paresseux , et de méchantes bétes.
Son père l'envoya un jour quérir une brebis à la campagne : Épiménide, en revenant, se détourna un peu du grand chemin, et entra vers le midi dans une caverne pour se reposer quelque temps, en attendant que la chaleur fût passée; il y demeura endormi pendant cinquante-sept ans. Quand il fut éveillé, comme il croyait n'avoir pas fait un long sommeil , il regarda tout autour de lui pour chercher sa brebis ; il ne l'aperçut point : il sortit de sa caverne , et fut fort surpris de voir la
BPIMEMUE.
ZVù
face de la terre changée entièrement. Il courut fort étonné au lieu où il avait pris la brebis ; il trouva que la maison avait changé de maître , et que personne ne savait ce qu*il voulait dire. 11 s*en retourna tout effrayé dans la ville de Gnosse : il rencontrait partout des visages inconnus , sa surprise augmestait à tous moments. Comme il entrait dans la maison de son père , on lui demanda qui il était , et ce qu'il voulait ; à la fin il se fit reconnaître avec bien de la peine par son jeune frère, qui n'était qu'un enfant lors de son départ , et qu'il trouva déjà cassé de vieillesse à son retour. Une aventure si extraordinaire fit beaucoup de brgit par tout le pays ; chacun regarda aussitôt Épiménide comme le favori des dieux. Ceux qui ne sauraient s'imaginer qu'Épiménlde ait pu dormir sî longtemps croient qu'il employa ces cinquante-sept ans à voyager inconnu dans les pays étrangers , et qu'il s'appliquait à connaître les simples.
Après que Mégadès eut fait massacrer cruellement ceux de la faction de Solon jusqu'au pied des autels*, les Athéniens furent saisis d'une frayeur qui les troublait tous les jours de plus en plus. Outre la peste qui désolait tout le pays, ils croyaient qu'il revenait des esprits par toute la ville. On consulta les devins, qui connurent par. leurs sacrifices qu'on avait commis quelque abomination dont toute la ville avait été souillée. On envoya aussitôt Nicias en Crète : on lui donna un vaisseau pour amener Épiménide , dont la réputation s'était déjà étendue dans toute la Grèce. Dèsqu'Épiménide fut arrive à Athènes, il prit des brebis noires et des blanches, qu'il mena dans l'aréopage, d'où il les laissa aller partout où elles voulmeat' Il 1^ fit suivre toutes, et commanda à ceux qu'il avait cboi3i8 pç^r cela de lesin^iaoler chacune en Thon* neur de quelque, dieu particulier, dans le propre lieu oti elles se seraient reposées. C'est de là .qu'on voyait encore autour d' AthèQteji t du temps de L^ërce , plusieurs autels consacrés à des àiem dont qa ne levait poiiit kn^m. Tout cela fut exécuté fidèlement. La peste cessa aussitôt, et les fantômes ne troublèrent plus personne.
396 EPIMENIDE.
Épiménide, en arrivant à Athènes, fit grande amitié avec SoloQ , et contribua beaucoup à rétablissement de ses lois. Il lit connaître à tout le monde Tinutilité des cérémonies barbares que les femmes observaient dans les funérailles. Il accoutuma peu à peu tout le peuple d'Athènes à s'adonner à la prière et à faire des sacrifices , et le disposa par ce moyen à vivre selon Féquité , et à ne se point révolter contre les magistrats.
Un jour, après avoir considéré le port de Munichie, il dit à ceux qui étaient autour de lui : Les hommes vivent dans des ténèbres bien épaisses touchant les choses futures. Hélas ! si les Athéniens savaient combien ce port doit causer de malheurs à leur pays , ils le mangeraient tout à Theure à belles dents.
Quand Épiménide eut demeuré quelque temps à Athènes , il se disposa à s'en retourner. Les Athéniens lui firent préparer un vaisseau et lui présentèrent un talent pour sa peine. Épiménide ies remercia fort honnêtement, et ne voulut jamais prendre de leur argent. Il se contenta de leur demander leur amitié , et d'établir une liaison très-étroite entre les Athéniens et les Gnossiens. Avant que de partir, il fit oonstrubre un beau temple à Athènes en l'honneur des Furies.
Épiménide tâchait de persuader au peuple qu'il était Éacus , et qu^il ressuscitait souvent. On ne l'a jamais vu manger. On dit que les Nymphes le nourrissaient, et qu'il gardait dans Fongle d'un bœuf la manne qu'elles lui apportaient; que cette manne se convertissait toute en sa substance, sans que jamais aucun excrément sortît de son corps.
Il prédit aux Lacédémoniens la dure servitude que les Arcadiens leur feraient souf&ir.
Un jour, comme il bâtissait un temple qu'il avait résolu de consacrer aux Nymphes, on entendit une voix du ciel qui lui cria : O Épiménide, ne dédie point oe temple aux Nymphes, mais à Jupiter même !
Quand il eut appris que Solon s'était retiré d'Athènes , il lui écrivit cette lettre pour le consoler, et tâcher de l'attirer dans rne de Crète :
ÉPlMéNlD£. 59^
«c Ayez bon courage , mon cher ami. Si Pisistrate avait ré- « duit des gens accoutumés à la servitude ou qui n'eussent « jamais vécu sous de bonnes lois, peut-être que sa domina- « tion pourrait durer longtemps; mais il a affaire à des hom- « mes libres , qui ne manquent pas de courage. Ils ne tarderont « guère à se ressouvenir des préceptes de Solon. Ils auront n honte de leurs chaînes , et ne pourront pas souffrir qu'un « tyran les tienne plus longtemps en esclavage. Enfin , quand • Pisistrate resterait le maître pendant toute sa vie, son royaume « ne passera jamais à ses enfants ; car il est impossible que « des gens accoutumés à vivre librement sous de bonnes lois « puissent jamais se résoudre à rester éternellement dans la « servitude. Pour ce qui est de vous , je vous prie de ne point « demeurer toujours errant de côté et d'autre : dépéchez vous « de nous venir trouver en Crète, où il n'y a aucun tyran qui « tourmente personne. Car je crains fort que si les amis de « Pisistrate vous rencontraient dans leur chemin, comme cela « peut arriver, ils ne vous fissent un mauvais parti. »
Épiménide passa toute sa vie dans l'exercice des choses saintes. Comme il aimait fort la poésie , il écrivit plusieurs ouvrages en vers. Il fît entre autres un poème de la génération des Curetés et des Corybantes, et un autre de l'expédition de Colchos. Il composa aussi un traité en prose des sacrifices et de la république de Crète , et un ouvrage dont le sujet était Mines et Rhadamanthe. Il mourut âgé de cent cinquantesept ans; d'autres disent de deux cent quatre-vingt-dix-huit. Comme toute la vie d'Épiménide fut mystérieuse , quelquesuns rapportent qu'il vieillit en autant de jours qu'il avait dormi d'années. Ceux de Crète lui firent des sacrifices comme à un dieu , et ne l'appelaient ordinairement que le Curète. Les Lacédémoniens gardèrent son corps très-précieusement chez eux, à cause d'un ancien oracle qui les avertit de le faire.
rtMBLOH.
39S ANACUAfiSIS.