ZENON
Mort dans la f 29* olympiade.
Zenon , chef de la secte des stoïciens , était de la ville de Cittie, dans l'île de Chypre. Avant que de se déterminer à • rien , il alla consulter l'oracle, afin de savoir ce qu'il devait faire pour vivre heureux. L'oracle lui répondit qu'il devînt de même couleur que les morts. Zenon conçut que ce dieu lui voulait dire qu'il fallait qu'il s'attachât à lire les livres des anciens. Il prit cela fort sérieusement; il commença à s'y appliquer, et à employer tous ses soins pour suivre les conseils de l'oracle.
Un jour , comme il revenait d'acheter de la pourpre de Phénicie, il fit naufrage au port de Pirée. Cette perte le rendit fort triste; il s'en revint à Athènes; il entra chez un libraire , et se mit à lire le second livre de Xénophon , pour se consoler ; il y prit beaucoup de plaisir ; cela lui fit oublier son chagrin. Il demanda au libraire où demeuraient ces sortes de gens dont parlait Xénophoq. Cratès le cynique passa par hasard ; le libraire le montra du bout du doigt , et dit à Zenon : Tenez , suivez cet homme-ci. Zenon était pour lors âgé de trente ans; il suivit Cratès , et commença dès ce jour-là à être son disciple. Zenon avait beaucoup de pudeur et de retenue ; il ne pouvait s'accoutumer aux manières effrontées des cyniques. Cratès s'aperçut que cela lui faisait de la peine ; il voulut le guérir de sa faiblesse : il lui donna un jour une
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marmite pleine de lentilles , et lui commanda de traverser le bourg dé Céramique avec cette marmite : Zenon rougissait de honte et se cachait , de crainte que quelqu^un ne le vit. Cratès s'approcha de lui ; il lui donna un grand coup de bâton au travers de la marmite^ et la cassa en plusieurs morceaux ; toutes les lentilles lui coulaient le long des cuisses et des jambes. Cratès lui dit : Comment, petit fripon , pourquoi f enfuis-tu, puisque tu n'as point eu de mal?
La philosophie plaisait fort à Zenon ; il remerciait ordinairement la fortune d'avoir fait périr tout son bien dans la mer. Ah ! disait-il , que les vents qui m'ont fait faire naufrage m'étaient favorables ! Il étudia plus de dix ans sous Cratès , sans pouvoir jamais s'accoutumer à l'impudence des cyniques. A la Gn , quand il voulut le quitter pour alla sous Stilpon de Mégare , Cratès le prit par son manteau , et le retint de force. O Cratès , lui dit Zenon , on ne saurait retenir un phi- . losophe que par les oreilles ; persuadez-moi par de bonnes raisons que votre doctrine est meilleure que celle de Stilpon , sinon , quand vous m'enfermeriez, mon corps serait bien à la vérité chez vous , mais mon es[»it serait perpétuellement chez Stilpon.
Zenon passa dix autres années chez Stilpon, Xénocrate et Polémon ; ensuite il se retira , et établit une nouvelle secte. Sa réputation ne tarda guère à se répandre par toute la Grèce. Il devint en peu dé temps le plus distingué de tousjes philophes du pays. Quantité de gens venaient de divers endroits pour s'attacher à lui et être ses disciples , et comme Zenon enseignait ordinairement sous une galerie , c'est de là que ses sectateurs ont été appelés stoïciens.
Les Athéniens l'hbnoraient tellement , qu'ils l'avaient fait le dépositaire des clefs de leur ville. Ils lui érigèrent une statue , et ils lui firent présent d'une couronne d'or. Le roi Antigonus ne pouvait se lasser d'admirer ce philosophe. Il ne venait jamais à Athènes qu'il n'allât écouter ses leçons ; souvent même il allait manger chez Zenon , ou bien il le menait souper avec lui chez Aristocle . le joueur de harpe. Mais
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Zenon évita dans la suite de se rencontrer dans aucun festin , ni dans les assemblées, de crainte de se rendre trop familier. Antigonus fît tout ce qu'il put pour Fattirer auprès de lui ; Zenon s'excusa de faire ce voyage, et envoya en sa place Perseus et PhHonide , et lui fit réponse qu'il avait une joie très-sensible delà forte inclination qu'il faisait paraître pour les sciences ; que rien n'était plus propre à le détourner des plaisirs sensuels , et à lui faire embrasser la vertu , que l'amour de la philosophie. Enfin , ajoute-t-il , si la vieillesse et ma mauvaise santé ne m*empéchaient de sortir , je ne manquerais pas de me rendre auprès de vous comme vous le souhaitez; mais puisque cela ne se peut , je vous envoie deux de mes amis qui me valent bien quant à l'esprit et à la doctrine , et qui sont beaucoup plus robustes que moi. Si vous conversez sérieusement avec eux , et que Vous vous appliquiez à suivre les préceptes qu'ils vous donneront , vous verrez qu'il ne vous manquera rien de ce qui regarde le souverain bonheur.
Zenon évitait la foule. Il ne se faisait jamais accompagner que de deux ou trois personnes au plus. Lorsqu'il y en avait davantage qui le voulaient suivre malgré lui, il leur donnait de l'argent pour les faire retirer. Quelquefois , quand il se voyait pressé par la grande multitude dans la galerie où il enseignait , il montrait à ceux qui l'embarrassaient certaines pièces de bois qui étaient au-dessus de son école, et il leur disait : Tenez , voyez-vous bien ces pièces dé bois que voilà là- haut? elles n'y ont pas toujours été : elles étaient autrefois au milieu de cette place comme vous; mais comme elles embarrassaient, on les a ôtées, et mises où vous les voyez. Retirez-vous donc en arrière, et ne m'embarrassez pas davantage.
Zenon était grand et menu , et avait la peau fort noire : c'était de là que quelques-uns l'appelaient le Palmier d'Egypte. Il avait la tête penchée sur une des épaules ; ses jambes étaient grosses et malsaines ; il s'habillait toujours d'une étoffe trèslégère , et du plus bas prix qu'il la pouvait trouver; il vivait en tout temps d'un peu de pain, de figues, de miel et de vin
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doux , sans jamais rien manger de cuit. Il était d'une si grande continence , que quand on voulait louer quelqu'un sur ce sujet, on disait : 11 est plus chaste que Zenon. Il eut pourtant quelque commerce avec une petite servante : la vertu des païens n^était pas ferme. Il avait la démarche grave, Tesprit vif, l'humeur sévère. £n parlant, il ridait son front, et tordait sa bouche; quelquefois cependant, dans ses parties de plaisir, il était fort gai, et réjouissait toute la compagnie. Quand on lui demandait la raison d'un si grand changement ,il répondait : Les lupins sont naturellement amers; mais quand on les a laissés quelque temps tremper dans Teau , ils s'adoucissent. 11 affectait une très-grande austérité, en sort« que sa manière de vivre tenait davantage d'une simplicité barbare que d'une véritable frugalité; et hors l'effronterie, dont il était fort éloigné , il avait retenu beaucoup de la morale des cyniques; c'est ce qui a fait que Juvénal a dit que les stoïciens et les cyniques ne différaient entre eux que par leurs habits, mais que leur doctrine était la même.
Il était fort concis dans tous ses discours. Quand on lui en demandait la raison , il disait que les syllabes dont se servent les sages devaient toutes être brèves, si cela se pouvait. Quand il voulait faire une réprimande à quelqu'un, il n'y employait jamais que très-peu de paroles , et toujours indirectement.
Il se rencontra un jour dans un festin avec un homme fort gourmand, qui faisait mourir de faim tous ceux qui mangeaient avec lui : Zenon prit pour sa part un grand poisson , et sembla ne le vouloir partager avec personne. Le gourmand le regarda aussitôt de travers : Comment, lui dit Zenon, croistu qu'on te laissera faire tous les jours de pareils tours, si tu ne peux pas souf&ir que je le fasse une fois.'
Un jour un jeune homme le pressait avec beaucoup d'instance sur une matière au-dessus de la portée de son esprit. Zenon fit apporter un miroir, il le fit regarder dedans , et lui dit : Te semble-t-il que ces questions-là conviennent avec ton visage?
11 disait que les mauvais discours ies orateurs ressemblaient
è la monnaie d'Alexandrie , qui était belle en apparence , mais dont le métal ne valait rien.
Il disait que le plus grand tort qu'on pouvait faire aux jeunes gens était de les élever dans la vanité ; qu'il fallait les accoutumer a être civils et à ne rien faire qu'à propos. Voyant un jour un de ses disciples enflé d'orgueil , il lui donna un soufflet, et lui dit : Caphésius, quand tu seras élevé au-dessus des autres, tu ne seras pas honnête homme pour cela; mais si tu es honnête homme, tu seras élevé au-dessus des autres.
Il croyait qu'il était dangereux à un jeune homme qui avait envie de devenir savant, de s'appliquer à la poésie.
Quand on lui demandait ce que c'était que son ami : C'est un autre moi-même, répondait-il.
Il disait qu'il valait mieux glisser des pieds que de la langue ; et qu'il n'y avait rien dont la perte nous dût si sensiblement toucher que celle du temps , parce qu'elle était la plus irréparable.
Il se trouva un jour dans un festin qu'on faisait aux ambassadeurs de Ptolémée. Il ne dit rien pendant tout le souper. Ces ambassadeurs en furent surpris ; ils lui demandèrent s'il ne voulait rien faire savoir au roi Ptolémée : Dites-lui , répondit-il, qu'il y a ici un homme qui sait se taire.
Les stoïciens tenaient que la fin qu'on devait se proposer était de vivre selon la nature; or, que de vivre selon la nature, était de ne faire rien de contraire à ce que nous dictait la raison qui était une loi générale et commune à tous les hommes :
Que chacun devait embrasser la vertu à cause d'elle-même , sans avoir égard à aucune récompense; qu'elle suffisait pour rendre les gens heureux; et que ceux qui la possédaient jouissaient d'un parfait bonheur, même au milieu des plus grands tourments :
Qu'il n'y avait rien d'utile que ce qui était honnête , et que rien de criminel ne pouvait jamais être utile ;
Que le bien honnête est celui qui rend parfaits tous ceux qui le possèdent :
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Qu*il y avait des choses qui n'étaient ni un bien ni un mal , quoiqu'elles eussent la force de mouvoir notre appétit, et de nous porter à choisir les uoes plutôt que les autres; comme la vie , la santé , la beauté , la force , les richesses , la noblesse , le plaisir, la gloire ; et celles qui leur étaient opposées , comme la mort, la maladie, la laideur, la débilité, la pauvreté, la basse naissance , la douleur et Tignominie. Car, disaient«ils , aucune chose ne saurait être bonne , si elle ne rend malheureux ceux qui la possèdent , et si elle ne rend heureux ceux qui en sont privés : or, la vie, la santé, ni les richesses ne rendent point heureux ceux qui les possèdent, ni malheureux ceux qui en sont privés : donc la vie, la santé, ni les richesses, la mort , la maladie, ni la pauvreté, ne sont ni des biens ni des maux. D'ailleurs, ajoutaient-ils, les choses dont nous pouvons nous servir en bien et en mal ne sont ni un bien ni un mal ; or, nous pouvons nous servir, et en bien et eu mal, de la vie , de la santé et des richesses; donc la vie, la santé, ni les richesses, ne sont ni un bien ni un mal.
Enfin, ils admettaient une autre espèce de choses indifiérentes , qui n'étaient pas capables de faire aucune impression sur notre esprit; comme d'avoir un nombre pair ou impair de cheveux à la tête, étendre le doigt ou le fermer, tenir une plume en Tair, lever une paille.
Ils disaient que les plaisirs sensuels n'étaient pas un bien , parce qu'ils étaient déshonnêtes; or, que rien de déshonnéte ne pouvait jamais être un bien :
Que le sage ne craignait rien; qu'il n'avait point de faste, parce qu'il était indifférent pour lu gloire et pour Tigoominie; que le caractère du sage était d'être sévère et sincère; qu'il ne lui était pas défendu de boire du vin , mais qu'il ne devait jamais s*enivrer, afin de ne pas perdre un seul momeat de la vie l'usage de la raison; qu'il devait avoir un grand respect pour les dieux , leur faire des sacrifices , et s'abstenir de toutes sortes de débauches :
Qu'on pouvait appeler of&ces en général tout ce que nous faisons par inclination ; que les bons offices étaient d'honorej
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ses pareats, défendre sa patrie , se faire des amis et les assister : les mauvais, au coo traire, négliger ses parents, mépriser sa patrie, n'avoir aucune complaisance ni affection pour ses amis.
Ils croyaient que tous les biens et les maux étaient égaux, qu'ils ne pouvaient jamais être augmentés ni diminués; car, disaient-ils , il n'y a rien de plus vrai que ce qui est vrai ; et rien de plus faux que ce qui est faux ; aussi il n'y a rien de meilleur que ce qui est bon, ni rien de plus méchant que ee qui est méchant. £t comme un homme qui ne serait éloigné que d'un stade de Canûpe ne serait pas davantage dedans qu'un homme qui en serait éloigné de deux cents stades ; ainsi celui qui ne commet qu'un péché médiocre n'est pas davantage dans la vertu que celui qui en commet un énonne.
Que le seul sage était capable d'amitié ; qu'il devait se mêler des afifoires de la république , pour empêcher le vice , et exciter les citoyens à la vertu ; qu'il n'y avait que lui qui dût avoir part au gouvernement de l'État , puisqu'il était le seul qui pût décider de tout ce qui regardait le bien et le mal ; qu'il n*y avait que lui d'irrépréhensible et d'incapable de nuire à personne ; et qu'il était le seul qui n'admirait rien de tout ce qui avait coutume de surprendre le reste des hommes.
Ils tenaient , comme les cyniques , que toutes choses appartiennent aux dieux, et qu'entre amis toutes choses sont communes.
Us tiennent que toutes les vertus ont un si grand enchaînement les. unes avec les autres , qu'on n'en peut jamais posséder une sans les posséder toutes :
Qu'il n'y a point de milieu entre le vice et la vertu ; car, disaient-ils , comme il est absolument nécessaire qu'on soit droit ou tortu , aussi toute action doit être bonne ou mauvaise.
Que le sage était le seul heureux ; qu'il n'avait jamais besoin de rien ; qu'il devait s'exposer aux tourments les plus Qxueh pour sa patrie et pour ses amis ; qu'il ne craignait rien ; qu il faisait du biçn à tout le monde, et qu'il était incapable
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de nuire à personne; qu*enfin il était de toutes sortes de professions, quand même il n*en exerçait aucune, et qu'on le pouvait comparer à un comédien parfait , qui sait représenter également le personnage d*Agamemnon et celui de Thersite.
Zenon voulait que toutes les femmes fussent communes entre les sages , et que chacun eût commerce avec la première qu*il rencontrerait, sans s'attacher à aucune; que c'était le moyen d'empêcher la jalousie et les soupçons de l'adultère , et que chacun regarderait en particulier tous les jeunes gens comme ses propres enfants.
I^s stoïciens tenaient qu'il n'y avait qu'un seul Être souverain, mais qu'on lui donnait différents noms; qu'on l'appelait quelquefois Destin, quelquefois Esprit, et d'autres fois Jupiter ; que cet Être était un animal immortel , raisonnable, parfait, bienheureux, et éloigné de tout mal; que c'était sa providence qui gouvernait le monde et tous les êtres qui y étaient.
Ils admettaient deux principes , l'agent et le patient, c'està-dire Dieu et le monde.
Ils tenaient que la matière était divisible à l'infini ; qu'il n'y avait qu'un seul monde , et que ce monde était de figure ronde, qui est la plus propre au mouvement. Ils croyaient, comme Pytbagorcjet Platon, qu'il était animé par une subs-. tance spirituelle répandue dans toutes ses parties; que cette substance n'était point distinguée de Dieu , et qu'elle formait avec le monde un même animal , dont les uns disaient que la principale partie était les deux , et les autres le soleil; que le monde était placé au milieu d'un espace infini de vide; que tout était plein dans le monde, parce que la matière fluide , qui s'accommode à toutes sortes de figures, remplissait les espaces que laissaient les corps girossiers qui ne pouvaient pas se toucher immédiatement partout , à cause de leur irré* gularité :
Que le monde était corraptible; car, disaient-ils, un tout est corruptible lorsque chacune de ses parties est corruptible :
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or, chacune des parties da monde est corruptible; donc le monde entier est corruptible : que les étoiles fixes étaient emportées par lé mouvement du ciel ; que le soleil était un feu dont la masse était plus grosse que celle de la terre, puisque la terre jetait son ombre en cône : que le soleil et les autres astres se nourrissaient des vapeurs qui s^exhalent de la terre et de la mer. Ils ont connu la véritable cause des éclipses du soleil et de la lune, et celle du tonnerre et des éclairs. Ils tenaient que les deux zones glaciales étaient inhabitables à cause du grand froid , et que la zone torride Tétait aussi à cause de la chaleur excessive.
Le stoïcien Ariston voulait bannir la logique : il comparait ordinairement ses arguments subtils aux toiles d*araignées , qui faisaient bien paraître quelque chose de fort ingénieux et de bien arrangé, mais entièrement inutile.
Chrysippe,au contraire, estimait fort la logique, et excellait tellement dans cet art, que tout le monde convenait que si les dieux en eussent eu besoin , ils ne se seraient jamais servi d'autre logique que de celle de Chrysippe.
Zenon vécut jusqu'à Fâge de quatre-vingt-dix-huit ans , sans avoirjamaiseiv aucune ii^oommodité. Il fut fort regretté après sa mort; quand le roi Antigonus en apprit la nouvelle , il en parut sensiblement touché. Bons dieux! dit-il, quel spectacis. ai-je perdu ! On lui demanda pourquoi il estimait tant ce philosophe : C'est , répondit-il , parce que tous les grands pré* sents que je lui ai faits ne l'ont jamais pu obliger à faire aucune bassesse.
Il députa aussitôt vers les Athéniens, pour les prier de faire enterrer Zenon dans le bourg de Céramique.
Les Athéniens, de leur côté, ne sentirent pas moins vivement la perte de Zenon que le roi Antigonus. Les principaux magistrats le louèrent publiquement après sa mort; et afin que cela fût plus authentique ils en firent un décret public en ces termes.
c Décret
* Puisque 2^non, fils de Mnasée, deCittie, a passé plu-
« sieurs années à enseigner la philosophie dans cette ville ; « qu'il s'est montré homme de bien dans toutes sortes de cho- <. ses, qu'il a perpétuellement'excitéà la vertu les jeunes gens > qu'il avait sous sa discipline ; qu'il ^ toujours mené une vie « conforme aux préceptes qu'il enseignait : le peuple a Jugé à « propos de le louer publiquement, et de lui faire présent « d'une couronne d'or, qu'il a justement méritée à cause de « sa grande probité et de sa tempérance; et de lui ériger un « tombeau dans le bourg de Céramique aux dépens du public. « Le peuple veut qu'on choisisse cinq hommes dans Athènes « pour avoir soin de faire la couronne et le tombeau : que le « scribe de la république grave ce présent décret sur deux co- « lonnes, dont l'une sera mise dans l'Académie, et l'autre * dans le Lycée ; et que l'argent nécessaire pour cet ouvrage « soit promptement mis entre les mains de celui qui a soin des « affaires publiques , aCn que tout le monde connaisse que « les Athéniens ont soin d'honorer les gens d'un mérite dis* « tingué, et pendant leur vie, et après leur mort. »
Ce décret fut donné pendant qu'Arrhénidas était archonte d'Athènes, quelques jours après la mort de Zenon.
Or, voici de quelle manière on rapporte que finit Zenon. On dit qu'un jour, comme il sortait de son école, il se heurta contre quelque chose, et qu'il se cassa le doigt. U prit «ela pour un avis que les dieux lui donnaient qu'il devait bientôt mourhr. U frappa aussitôt la terre avec sa main, et dit : Me demandes-tu? Je suis tout prêt. Et sans tarder davantage, au lieu de songer à se fsdre guérir son doigt , il s'étrangla de sang* froid. U y avait quarante-huit ans qu'il ense^nait sans inter* ruption , et soixante-huit ans qu'il avait commencé de s'appU- ^er à la philosophie , sous Cratès le cynique.