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poésie chrétienne seraient le plas grand de tous les secours pour dégoûter des plaisirs profanes ; mais, dans les faux pré« jugés où est notre nation , le goût de ces arts n'est guère sans danger. H faut donc se hâter défaire sentira une jeune fille qu'on voit fort sensible à de telles impressions, combien on peut trouver de charmes dans la musique sans sortir des sujets pieux. Si elle a de la voix et du génie pour les beautés de la musique, n'espérez pas de les lui faire toujours ignorer : la défense irriterait la passion; il vaut mieux donner un cours réglé à ce torrent , que d'entreprendre de l'arrêter.
La peinture se tourne chez nous pins aisément au bien : d'ailleurs elle a un privilège pour les femmes; sans elle leurs ouvrages ne peuvent être bien conduits. Je sais qu'elles pourraient se réduire à des travaux simples qui ne demanderaient aucun art; mais , dans le dessein qu'il me semble qu'on doit avoir d'occuper Fesprit en même temps que les mains des femmes de condition, je souhaiterais qu'elles fissent des ouvrages où l'art et l'industrie assaisonnassent le travail de quelque plaisir. De tels ouvrages ne peuvent avoir aucune vraie beauté, si la connaissance des règles du dessin ne les conduit. De là vient que presque tout ce qu'on voit maintenant dans les étoffes, dans les dentelles et dans les brode* ries, est d'un mauvais goût; tout y est confus, sans dessin, sans proportion. Ces choses passent pour belles, parce qu'elles coûtent beaucoup de travail à ceux qui les font , et d'argent à ceux qui les achètent; leur éclat éblouit ceux qui les voient de loin , ou qui ne s'y connaissent pas. Les femmes ont fait là-dessus des règles à leur mode : qui voudrait contester passerait pour visionnaire. Elles pourraient néanmoins se détromper en consultant la peinture , et par là se mettre en état de faire , avec une médiocre dépense et un grand plaisir, des ouvrages d'une noble variété, et d'une beauté qui serait au-dessus des caprices irréguliers des modes.
Elles doivent également craindre et mépriser l'oisiveté. Qu'elles pensent que tous les premiers chrétiens, de quelque condition qu'ils fussent , travaillaient, non pour s'amuser.
mais pour faire du travâl une occupation sérieuse , suivie et utile* Uordre naturel, la pénitence imposée au premier homme, et en lui à toute sa postérité; celle dont Thomme nouveau, qui est Jésu&^Christ, nous a laissé un si grand exemple, tout nous en^ge aune vie laborieuse, chacun en sa manière*
On doit considérer, pour Téducation d'une jeune Glle , sa condition, les lieux où elle doit passer sa vie, et la professiou qu'elle embrassera selon les apparences. Prenez garde qu'ell * ne conçoive des espérances au-dessus de son bien et de sa condition. Il n'y a guère de personne à qui il n'en coûte cher pour avoir trop espéré ; ce qui aurait rendu heureux n'a plus rien que de dégoûtant , dès qu'on a envisagé un état plus haut. Si une 011e doit vivre à la campagne , de bonne heure tournez son esprit aux occupations qu'elle y doit avoir, et ne lui laissez point goûter les amusements de la ville ; montrezlui les avantages d'une vie simple et active. Si elle est d'une condition médiocre de la ville , ne lui faites point voir des gens de la cour ; ce commerce ne servirait qu'à lui faire prendre un air ridicule et disproportionné : renfermez-la dans les bornes de sa condition , et donnez-lui pour modèles les personnes qui y réussissent le mieux ; formez son esprit pour les choses qu'elle doit faire toute sa vie; apprenez-lui l'économie d'une maison bourgeoise, les soins qu'il faut avoir pour les revenus de la campagne, pour les rentes et pour les maisons qui sont les revenus de la ville , ce qui regarde l'éducation des enfants , et enfin le détail des autres occupations d'affaires ou de commerce^ dans lequel vous prévoyez qu'elle devra entrer, quand elle sera mariée. Si au contraire elle se détermine à se faire religieuse» sans y être poussée par ses parents, tournez dès ce moment toute son éducation vers l'état où elle aspire; faites-lui faire des épreuves sérieuses des forces de son esprit et de son corps , sans attendre le noviciat, qui est une espèce d'engagement par rapport à l'honneur du monde; accoutumez-la au silence : axercez-la à obéir sur des choses contraires à son humeur et à ses habitudes ; essayez peu à
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peu de voir de quoi elle est capable pour la règle qu*elle veut prendre ; tâchez de raccoatonier à une vie grossière , sobre et laborieuse ; montrez-loi en détail combien on est libre et heureux de savoir se passer des choses que la vanité et la mollesse, ou même la bienséance du siècle, rendent nécessaires hors du cloître; en un mot, en lui Msant pratiquer la pauvreté , faites-lui-en sentir le bonheur que Jé^us-Cbrist nous a révélé. Enfin , n'oubliez rien pour ne laisser dans son cœur le goât d'aucune des vanités du monde, quand elle le quittera. Sans lui Mre faire des expériences trop dangereuses, découvrez- lui les épines cachées sous les feux plaisirs que le monde donne; montrez* lui des gens qui y sont malheureux au milieu des plaisirs.