‹ De l'éducation des fillesChapitre 20 sur 129 · V. — ULYSSE ET ACHILLE · texte numérisé non relu

V. — ULYSSE ET ACHILLE

Caractère de ces deux guerriert.

Ul. — Bonjour, fils de Thétys. Je suis enfin descendu , après une longue vie , dans ces tristes lieux , où tu fus précipité dès la fleur de ton âge.

AcH. — J'ai vécu peu , parce que les destins injustes n'ont pas permis que j'acquisse plus de gloire qu'ils n'en veulent accorder aux mortels.

Ul. — Ils m'ont pourtant laissé vivre longtemps parmi des dangers infinis, d'où je suis toujours sorti avec honneur.

ACH. — Quel honneur , de prévaloir toujours par la ruse ! Pour moi, je n'ai point su dissimuler; je n'ai su que vaincre.

Ul. ^ Cependant j'ai été jugé après ta mort le plus digne de porter tes armes.

AcH. — Bon ! tu les as obtenues par ton éloquence , et non par ton courage. Je frémis quand je pense que les armes faites par le dieu Vulcain, et que ma mère m'avait données , ont été la récompense d'un discoureur artificieux.

Uii. — • Sache que j'ai fait plus que toi. Tu es tombé mort

DIALOGUES DES lUHKTS. 107

devant la vitie de Troie ^ €|u^était encore danst toute sa gloire; et c'est moi qui l'ai renversée.

AcH. ~ Il est plus beau de périr par T injuste courroux des dieux, après avoir vaineu ses ennemis, que de finir une guerre en se cachant dans un cheval , et en se servant des mystères de Minerve pour tromper ses ennemis.

Ul. — As-tu donc oublié que les Grecs me doivent Achille même? Sans moi , tu aurais passé une vie honteuse parmi les niles du roi Lycomède. Tu me dois toutes les belles actions que je t'ai contraint de faire.

AcH. — Mais enfin je les ai faites , et toi tu n'as rien fait que des tromperies. Pour moi , quand j'étais parmi les filles de Lycomède , c'est que ma mère Tbétys, qui savait que je devais périr au siège de Troie, m'avait caché pour sauver ma vie. Mais toi, qui ne devais point mourir, pourquoi faisais-tu le fou avec ta charrue quand Palamède découvrit si bien ta ruse? Oh! qu'il y a de plaisir de voir tromper un trompeur! Il init( t'en souviens-tu? ) Télémaque dans le champ , pour voir si tu ferais passer la charrue sur ton propre fils.

Ul. —Je m'en souviens; mais j'aimais Pénélope, que je ne voulais pas quitter. ^'as*tu pas fait de plus grandes folies pour Briséis , quand tu quittas le camp des Grecs , et fus cause de la mort de ton ami Patrocle ?

AcH. — Oui ; mais quand je retournai , je vengeai Patrocle et je vainquis Hector. Qui as-tu vaincu en ta vie , si ce n'est Iras , ce gueux d'Ithaque ?

Ul. — Et les amants de Pénélope, et le cyciope Poliphéme? AcH. — Tu as pris les amants en trahison : c'étaient des hommes amollis par les plaisirs, et presque toujours ivres. Pour Poliphéme , tu n'en devrais jamais parler. Si tu eusses osé l'attendre, il t'aurait fait payer bien chèrement l'œil que tu lui crevas pendant son sommeiL

Ul. — Mais enfin j'ai essuyé pendant vingt ans, au siège de Troie et dans mes voyages , tous les dangers et tous les malheurs qui peuvent exercer le courage et la sagesse d'un homme. Mais qu'as-tu jamais eu à conduire? Il n'y avait en toi qu'un<

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impétuosité folle , et une fureur que les hommes grossiers ont nommée courage. La main du lâche Paris en est venue à bout.

AcH. — Mais toi . qui te vantes de ta prudence , ne f es-tu pas fait tuer sottement par ton propre fils Tél^one qui te naquit de Circé ? Tu n'eus pas la précaution de te faire reconnaître par lui. Voilà un plaisant sage, pour me traiter de fou!

Ul. — Va , je te laisse avec Tombre d'Ajax , aussi brutal que toi , et aussi jaloux de ma gloire.

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