‹ De l'éducation des fillesChapitre 46 sur 129 · XXXV. - F. CAMILLUS ET FABIUS MAXIMUS · texte numérisé non relu

XXXV. - F. CAMILLUS ET FABIUS MAXIMUS

La générosité et la bonne foi sont plus utiles dans la politique que la finesse et les détours.

Fâb. — C'est aux trois juges à nous régler pour le rang, puisque vous ne voulez pas me céder; ils décideront , et je les crois assez justes pour préférer les grandes actions de la guerre Punique , où la république était déjà puissante et admirée de toutes les nations éloignées , aux petites guerres de Rome naissante , pendant lesquelles on combattait toujours aux portes de la ville.

Càm. — lis n'auront pas grand'peine à décider entre un Romain qui a été cinq fois dictateur, quoiqu'il n'ait jamais été consul; qui a triomphé quatre fois, qui a mérité le titre de second fondateur de Rome ; et un autre citoyen qui n'a fût que temporiser par finesse, et fuir devant Annibal.

Fab. -— Tai plus mérité que vous le titre de second fondateur, car Annibal et toute la puissance des Carthaginois, dont j'ai délivré Rome, étaient un mal plus redoutable que l'incursion d'une foule de barbares que vous avez dissipés. Vous serez bien embarrassé quand il faudra comparer la prise de Véies, qui était un village, avec celle de la superbe et belliqueuse Tarente, cette seconde Lacédémone, dont elle était une colonie.

Cah. — Le siège de Véies était plus important aux Romains que celui de Tarente. Il n'en faut pas juger par la grandeur de la ville , mais par les maux qu'elle causait à Rome. Véies était

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alors à ' proportion plus forte pour Rome naissante , que Ta* rente ne le fut dans la suite pour Rome , qui avait augmenté sa puissance par tant de prospérités.

Fab. — Mais cette petite ville de Véies , vous demeurâtes dix ans à la prendre ; ce siège dura autant que celui de Troie : aussi entrâtes-vous dans Rome, après cette conquête, sur un chariot triomphal traîné par quatre chevaux blancs. Il vous fallut même des vœux pour parvenir à ce grand succès; vous promîtes aux dieux la dixième partie du butin. Sur cette parôle, ils vous firent prendre la ville ; mais dès qu'elle fut prise, vous oubliâtes vos bienfaiteurs , et vous donnâtes le pillage aux soldats , quoique les dieux méritassent la préférence.

Câm . — Ces fautes-là se font sans mauvaise volonté, dans le transport que cause une victoire remportée. Mais les dames romaines payèrent mon vœu ; car elles donnèrent tout For de leurs joyaux pour faire une coupe d'or du poids de huit talents, qu'on o^rit au temple de Delphes : aussi le sénat ordonna qu'on ferait l'éloge public de chacune de ces généreuses femmes après sa mort.

Fab. — Je consens à leur éloge , et point au vôtre. Cest vous qui avez violé votre vœu ; c'est elles qui l'ont accompli.

Gam. — On ne peut point me reprocher d'avoir jamais manqué volontairement à la bonne foi ; j'en ai donné une belle marque.

Fab — Je vois déjà venir de loin notre maître d'école tant de fois rebattu.

Gam. — Ne pensez pas vous en moquer ; ce maître d'école me fait grand honneur. Les Falériens avaient, à la mode des Grecs , un homme instruit des lettres pour élever leurs en* £ants en commun , afin que la société , l'émulation , et les maximes du bien public , les rendissent encore plus les enfants de la république que de leurs parents ; ce traître me vint livrer toute la jeunesse des Falériens. Il ne tenait qu'à moi de subjuguer ce peuple, ayant de si précieux otages; mais feus horreur du traître et de la trahison. Je ne fis pas comme eeux qui ne sont qu'à demi gens de bien , et qui aiment la

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