‹ De l'éducation des fillesChapitre 71 sur 129 · L. XL — Comment as-tu gouverné mon royaume · texte numérisé non relu

L. XL — Comment as-tu gouverné mon royaume

L. XII. — Tout autrement que toi. Tu te faisais craindre; je me suis fait aimer. Tu as commencé par charger les peu« pies ; je les ai soulagés , et j'ai préféré leur repos à la gloire de vaincre mes ennemis.

L. XI. —Tu savais donc bien mal l'art de régner. C'est moi qui ai mis mes successeurs dans une autorité sans bornes ; c'est moi qui ai dissipé les ligues des princes et des seigneurs; c'est moi qui ai levé des sommes immenses. Tai découvert les secrets des autres ; j'ai su cacher les miens. La finesse , la hauteur et la sévérité sont les vraies maximes du gouvernement J'ai grand'peur que tu auras tout gâté , et que ta mollesse aura détruit tout mon ouvrage.

L. XIL ^Tai montré , par le succès de mes maximes , que les tiennes étaient fausses et pernicieuses. Je me suis fait aimer; j'ai vécu en paix sans manquer de parole, sans répandre de sang, sans ruiner mon peuple. Ta mémoire est odieuse ,

DIÀIOGUES DES MORTS. 279

la mienne est respectée. Pendant ma vie , on m^a été fidèle ; après ma mort, on me pleure, et on craint de ne retrouver jamais un aussi bon roi. Quand on se trouve si bien de la générosité et de la bonne foi, on doit bien mépriser la cruauté et la finesse.

L. XL — Voilà une belle philosophie , que tu auras sans doute apprise dans cette longue prison où Ton m'a dit que tu as langui avant que de monter sur le trône.

L. XTI. — Cette prison a été moins honteuse que la tienne de Péronne. Voilà à quoi sert la finesse et la tromperie : on se fait prendre par son ennemi. La bonne foi n'exposerait pas à de si grands périls.

L. XL — Mais j'ai su par adresse me tirer des mains du duc de Bourgogne.

L. XIL — Oui, à force d'argent, dont tu corrompis ses domestiques, et en le suivant honteusement à la ruine de tes alliés les Liégeois , qu'il te fallut aller voir périr.

L. XL — As-tu étendu le royaume comme je l'ai lait ? réuni à la couronne le duché de Bourgogne, le comté de Provence, et la Gulenne même?

L. XIL — Je t'entends : tu savais l'art de te défaire d'un frère pour avoir son partage ; tu as profité du malheur du duc de Bourgogne , qui courut à sa perte; tu gagnas le con* seillerdu comte de Provence pour attraper sa succession. Pour moi , je me suis contenté d'avoir la Bretagne par une alliance légitime avec l'héritière de cette maison, que j'aimais, et que j'épousai après la mort de ton fils. D'ailleurs j'ai moins songé à avoir de nouveaux sujets , qu'à rendre fidèles et heureux ceux que j'avais déjà. J'ai éprouvé même , par les guerres de Naples et de Milan , combien les conquêtes éloignées nuisent à un État.

L. XI. — Je vois bien que tu manquais d'ambition et de génie.

L. XIL —Je manquais de ce génie faux et trompeur qui t'avait tant décrié, et de cette ambition qui met l'honneur à compter pour rien la sincérité et la justice.

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