PÉRIANDRE
Tyran de Corinttie, contemporain des pliilosophes précédents; on ne sait pas précisément l'année de sa naissance , ni celle de sa mort
Il esl assez extraordinaire que les Grecs aient donné le titre de sage à un homme aussi fou que Péiiandre. Ils se sont laissé surprendre à l'éclat de ses illustres maximes , sans avoir aucun égard à la vie déréglée qu'il a menée pendant qu'il a été sur la terre. Il a toujours parlé comme un véritable sage , et à perpétueUement vécu comme un enragé. Il eut pendant longtemps lin commerce infâme avec Cratée, sa propre mère, sans avoir honte de se déshonorer. Un jour il fit vœu que;
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s'il remportait le prix aux jeux olympiques , iljfi^ait ériger une statue d'or ea rh(mBeur de Jspiter : il fat victorieux dans les preniiers jeux qu'on célébra ; mais comme il n'avait pdi&t d'argent pour satisfaire à sa promesse , il fit arradier i les^ ornements à toutes les dames qui s'étaient parées magnifi<|oement pour assister à une fête , et trouva par ce moyen de quoi aooomplir son v<£n. *
Périandré était fils de Cypsèle, de la Camille des Héraclides , etexerçait la tyrannie à Corinthe , ville de sa naissance , sous le tègne d'Haliattes , roi de Lydie. Il avait épousé Lysis , fiHe de Proclëe , prince d'Épidaure. Il témoigna toujours beaucoup de passion pour elle, et changea son nom de Lysis en celui de Mélisse. II eut deux fils de ce mariage. Cypsèle, l'aîné , avait l'esprit pesant, et paraissait presque hébété; maisLycophroon , le cadet, avait un génie élevé, et était très-propre à gouverner un royaume.
Quelques concubines tâchèrent de donner ombrage à Périandre de la conduite de Mélisse sa femme, qui était grosse pour lors , et lui firent quelques rapports dont il conçut une jalousie furieuse. Il la rencontra sur-le*champ comme elle montait un escalier; il loi donna un si grand coup de pied dans le ventre , qu'il la jeta du haut en bas , et tua la mère et Tenfant qu'elle portait.<Il s'en repentit aussitôt ; et comme il était éperdument amoureux, il se jeta sur iecçrps mort , où la passion et le désespoir lui firent commettre la plus brutale de toutes les actions. Il fit éclater sa colère sur les femmes qui lui avaient mis ces soupçons dans l'esprit; il les fit prendre, et commanda qu'on les brûlât.
Dès que Prodée eut appris le crud traitement qu'on avait fiiit à'sa chère fille , il envoya quérir ses deux petits-iiis , pour qui il avait toute la tendresse possible : il les ^arda quelque temps avec lui pour se consoler; et, lorsqu'il les renvoya , il leur dit en les^embrassant : Mes enfents, vous connaissez le meurtrier de votre mère. L'atné ne prit point garde à ce que cela voulait dire ; mais le cadet éa fut touehé si sensiblement , que , qtïand il fut de retour à Ck)rinthe , il ne voulut jamais
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parler à soQ père, ni répondre à ce qu'il lui demandait. Périandre , indigné de la mauvaise humeur de son fils , le chassa de sa maison. Il fit plusieurs questions à Gypsèle son aîné , pour savoir ce que leur avait dit Proclée. Gypsèle , qui avait tout oublié, lui conta seulement le bon traitement qu'ils en avaient reçu. Cela ne contenta pas Périandre, qui se douta bien qu'il fallait qu'il y eût autre chose. 11 le pressa tant , qu'à la fin Gypsèle se ressouvint des dernières paroles que Proclée leur avait dites en partant , et en fit le récit à son père. Périandre comprit aussitôt ce qu'on avait voulu dire à ses enfants; il tâcha de mettre son autre fils dans la nécessité d'avoir recours à lui : il défendit à ceux qui le logeaient de le garder davantage dans leur maison. Lycophroon , chassé de son asile, se présenta pour entrer dans plusieurs autres maisons; mais on le rebutait partout , parce qu'on craignait les menaces de son père. Il trouva à la fin quelques amis qui eurent compassion de son sort, et qui le reçurent chez eux, au hasard de désobéir au roi. Périandre fit publier que quiconque le recevrait, ou lui parlerait seulement, serait puni de mort. La crainte d'un châtiment si rigoureux épouvanta tous les Gorinthiens ; personne n'osait plus avoir de relation avec lui. Lycophroon passait toutes les nuits à découvert sous les vestibules des maisons ; tout le monde le fuyait comme une béte farouche. Quatre jours après, Périandre, qui le vît presque mort de * fsdm et de misère, fut touché de compassion; il alla à lui : O Lycophroon , lui dit-il , quel sort est le plus souhaitable , de mener une vie malheureuse comme tu fais , ou de disposer de ma puissance , et d'être entièrement le maître de tous les trésors que je possède ? Tu es mon fils , et prince de la florissante ville de Gorinthe. S'il est arrivé quelque accident , j'en ai des ressentiments d'autant plus vifs que j'en suis moi-même la cause ; pour toi , tu t'es attiré toutes ces disgrâces en irritant celui que tu devais respecter : mais à présent que tu connais ce que c'est que de s'opiniâtrer contre son père, je te permets de revenir dans ma maison. Lycophroon , insensible comme un rocher aux discours de Périandre . lui répondit froidement :
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Vous méritez vous-même la peine dont vous avez menacé les autres , puisque vous m'avez parlé. Quand Périandre vit qu'il était entièrement impossible de vaincre la dureté de son fils, il prit le parti de Téloigner de ses yeux; il le relégua à Corcyre , qui était un pays de son obéissance.
Périandre était fort irrité contre Proclée , qu'il croyait auteur de la mésintelligence qui était entre lui et son fils : il leva des troupes , il se mit à la tête , et alla lui faire la guerre. Toutes choses lui réussirent heureusement. Après s'être rendu maître de la ville d'Épidaure, il le fît prisonnier, et le garda sans lui dter la vie.
Quelque temps après, Périandre, qui commençait déjà à devenir vieux , envoya à Corcyre quérir Lycophroon , pour se démettre en sa faveur de la puissance souveraine , au préjudice de son atné , qui était peu propre à la conduite des affaires. Jamais Lycophroon ne voulut seulement répondre un mot à celui que Périandre avait envoyé pour lui porter cette nouvelle. Périandre , qui aimait tendrement son fils , ne se rebuta point; il donna ordre à sa fille d'aller à Corcyre, croyant, qu'elle aurait plus de crédit sur l'esprit de son frère que toutes les finesses dont il s'était servi jusqu'alors pour le gagner. Dès que cette jeune princesse fut arrivée, elle conjura son frère , par tout ce qu'elle crut le pouvoir toucher davantage, de vaincre son opiniâtreté. Aimez-vous mieux , lui ditelle , que le royaume tombe à un étranger qu'à vous ? La puissance est une maîtresse inconstante qui a quantité d'amants : notre père est vieux , et près de la mort : si vous ne venez promptement, notre maison va périr : songez donc à ne pas abandonner à d'autres les grandeurs qui vous attendent , et qui vous appartiennent légitimement. Lycophroon lui assura qu'il ne retournerait jamais à Corinthe tant que son père y serait. Quand la princesse fut de retour, et qu'elle eut raconté au roi son père la résolution de Lycophroon , Périandre renvoya pour la troisième fois à Corcyre, pour faire savoir à son fils qu'il pouvait venir quand il voudrait , se mettre en possession du royaume de Corinthe, H que pour lui il était résolu
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d*aller finir ses jours à Corcyre. Lycophroon y consentit ; ils se disposèrent Fun et Tautre à changer de pays. Les <iOrcyriens en furent avertis ; ils en eurent tant de peur, qu'ils massacrèrent Lycophroon , de crainte que Périandre ne vint de^* meurer chez eux. Périandre fut au désespoir de la mort de son fils. Il fit aussitôt prendre trois cents enfants des meilleures familles de Corcyre, et les envoya à Haliattes pour en fairie des eunuques. Xe vaisseau dans lequel ils étaient fut contraint de relâcher à Samos. Quand les Samiens eurent appris le sujet pour lequel on menait ces jeunes malheureux à Sardîs , ils en eurent compassion. Ils leur conseillèrent secrètement de se jeter dans le temple de Diane : dès qu'ils y furent entrés , ils ne voulurent pas permettre aux Corinthiens de les en retirer, et leur dirent qu'ils étaient sous la protection de la déesse. Ils trouvèrent un moyen pour les faire subsister, sans se déclarer ouvertement ennemis de Périandre : ils envoyaient tous leè soirs tous les jeunes gens de Samos, garçons et filles , danser autour du temple ; ils leur donnaient des gâteaux faits avec du miel, que ces jeunes gens jetaient dans le temple en dansant. Les enfants de Corcyré.les ramassaient , et en vivaient. Comme ces danses recommençaient tous les jours, les Corinthiens s'ennuyèrent, et s'en retournèrent chez eux. Périandre eut tant de chagrin de ne pouvoir venger la mort de son fils comme il le voulait , qu'il résolut de ne pas vivre davantage : mais comme il ne voulait point que personne sût le lieu où serait son corps , il s'avisa de cette invention pour le cacher. Jl fit venir deux jeunes garçons , à qui il montra un chemin détourné. Il leur commanda de s'y promener la nuit suivante , de tuer le premier qu'ils y rencontreraient , et d'enterrer sur-le-champ le corps du mort. Il renvoya ceux-là , et en fit revenir quatre autres , à qui il commanda de se promener par ce même chemin , et de ne pas manquer à tuer et à enterrer aussitôt deux jeunes garçons qu'ils rencontreraient ensemble. Quand il eut renvoyé ceux-là, il eix fit revenir un plus grand nombre, à qui il commanda pareillement de massacter ces quatre-là, et de les enterrer dans le lieu où ilsauraletit fait le coup. Après qu'il eut
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ainsi disposé toutes choses comme il le souhaitait , il ne manqua pas de se trouver à Theure qu'il fallait dans le chemin détourné, où il fut assassiné par les deux premiers qui le rencontrèrent. I^es Corinthiens lui firent une représentation de tombeau , où ils gravèrent une épitaphe pour honorer sa mémoire.
Périandre a été le premier qui s*est fait accompagner de gardes , et qui changea son nom de magistrat en celui de tyran. Il ne permettait pas à tout le monde indifféreofiment de demeurer dans les villes. Thrasibule » de qui il suivait fort les avis, lui écrivit un jour cette lettre :
« Je n'ai rien caché à Thomme que vous m*avez envoyé; je « Tai mené dans un blé , j'ai abattu ensa présence tous les épis « qui s'élevaient au-dessus des autres. Suivez nion exemple , « si vous désirez vous conserver dans votre domination : faia tes périr les principaux de la ville , amis ou ennemis , car « un usurpateur doit se dé6er même de ceux qui paraissent << ses plus grands amis. »
Périandre disait qu'à force de rêver et de travailler, il n') avait rien dont on ne vint à bout^ puisqu'on avait trouvé le moyen de rompre un isthme;
Qu'on ne devrait jamais se proposer ni For. ni l'argent pour récompense de ses actions ;
Que les grands ne pouvaient avoir de garde plus sûre que l'affection de leurs sujets ;
Que rien n'était plus estimable que le repos;
Que le gouvernement populaire était meilleur que d'être soumis à une seule personne.
Et quand on lui demandait pourquoi il se maintenait toujours dans la tyrannie de Gorinthe qu'il avait usurpée : C'est parce , disait-il, que quand on s'en est emparé une fois, il y a autant de danger à la quitter volontairement que par force.
II croyait qu'on n'était pas seulement obligé de punir ceux qui faisaient du mal , mais encore ceux qu'on savait avoir dessein d'en faire.
Les plaisirs sont passagers, disait-il , mais la gloire est éte^ nelle.
»^^ CHILON
Il faut être modéré dans soo bonheur, et prudent dans Tad* versité ;
Ne révéler jamais le secret qui nous a été confié;
Ne point regarder si nos amis sont dans la prospérité , ou dans la disgrâce; et avoir toujours les mêmes égards pour eux dans Tune et dans l'autre fortune.
Périandre aimait les gens savants. Il écrivait aux autres sages de Grèce pour les inviter à venir passer quelque temps à Gorinthe, comme il avait fait à Sardis. Il les reçut agréablement, et fit tout son possible pour les bien contenter.
Il régna quarante ans , et mourut vers la quarante-huitième olympiade.
Quelques-uns croient qu*il y a eu deux Périandre , et qu'on a attribué à un seul les paroles et les actions de tous les deux.
CHILON
U était vieux à la SSP olympiade s ainai on peut le regarder à peu près du
même âge que Pittacus.
Ghilon florissait à Lacédémone vers la cinquante-deuxième olympiade. G'étaituu homme d'un esprit ferme et résolu, qui restait toujours tranquille et égal dans l'adversité comme dans la prospérité. Il vivait retiré chez lui sans ambition, et croyait que le temps le plus mal employé était celui qu'on passait dans de longs voyages. Sa vie était un modèle d*une vertu parfaite. Il pratiquait sincèrement tout ce qu'il disait. Son silence et sa grande modération l'ont fait admirer de tout le monde. Il réglait sa vie sur cette maxime dont il est l'auteur : Qu'en tou' tes choses U fallait courir lentement Environ la cinquantecinquième olympiade , il fut fait éphore : c'était une dignité , à Lacédémone , qui contre-balançait l'autorité des rois. Son frère, qui y prétendait, en fut jaloux ; il ne put s'empêcher de lui en témoigner son ressentiment. Ghilon lui répondit froidement : On m'a choisi, parce qu'on me croyait plus propre que vous à souffrir le tort qu'on me fait de me tirer de mon repos, pour m'embarrasser dans les affaires et me rendre esclave,
U croyait au'on ne devait pas entièrement rejeter l'art de
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deviner, et qu'un homme , par la force de son esprit, pouvait connaître plusieurs choses fotures.
Un jour Hippocrate avait sacriûé pendant les jeux olympiques : dès qu'on eut mis la chair des victimes dans des chaudières pleines d'eau froide , Teau s'échauffa tout d'un coup , et commença à houillir de telle sorte, qu'elle se répandait pardessus les bords sans qu'il y eût de feu sous les chaudières. Chilon, qui était présent, considéra attentivement ce prodige *, il conseilla à Hipprocrate de ne se marier jamais; et que si par malheur il l'était déjà , il ne différât point à répudier sa femme, et à tuer tous les enfants qu'il avait d'elle. Hippocrate se moqua de cet avis ; cela ne l'empéeha point de se marier , et il eut de sa femme le tyran Pisistrate , qui usurpa la souveraineté d'Athènes sa patrie.
Chilon , une autre fois , après avoir exactement remarqué la qualité du terroir et la situation de l'Ile de Cythère , s'écria devant tout le monde : Ah ! plût aux dieux que cette île n'eût jamais été , ou que la mer l'eût submergée dès qu'elle a commencé à paraître ! car je prévois qu'elle sera la ruine du peuple de Lacédémone. Chilon ne fut pas trompé. Cette île fut prise quelque temps après par les Athéniens^ qui s'en servirent pour désoler le pays.
Il disait ordinairement qu'il y avait trois choses difficiles : garder le secret , souffrir les injures , et bien employer son temps.
Chilon était court et fort serré dans tous ses discours. Sa manière de parler passa en proverbe.
Il disait qu'il ne fallait jamais menacer personne , parce que c'était une faiblesse de femme ;
Que la plus grande sagesse était de savoir retenir sa langue, et principalement dans un festin ;
Qu'on ne devait jamais mal parler de personne ; qu'autrement on était perpétuellement exposé à se faire des ennemis et à entendre des choses fâcheuses ;
Qu'il fallait plutôt visiter ses amis lorsqu'ils étaient dans la disgrâce que dans la faveur \
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Qu'il valait mieux perdre que da faire un gain injuste et malhonnête;
Qu'il ne fallait jamais flatter personne dans sa mauvaise fortune;
Qu'un homme courageux devait toujours être doux, et se faire plutôt respecter que craindre ;
Que la meilleure politique dans un État était d^enseîgner aux citoyens à bien conduire leur famille particulière;
Qu^il fallait épouser une femme simple , et ne se pas ruiner à célébrer ses noces;
Qu'on éprouvait l'or et l'argent avec une pierre de touche ; mais que c'était par le moyen de l'or et de l'argent qu*on éprouvait le cœur des bommçs ;
Qu'il fallait user de toute chose avec modération, de crainte que leur retranchement ne nous fût trop sensible.
L'amour et la haine , disait-il , ne durc^it pas éternellement : n'aimez jamais que comme si vous deviez haïr un jour, et ne haïssez jamais que comme si vous deviez un jour aimer.
Il fît graver en lettres d'or dans le temple d'Apollon à Delphes : Qu'il ne fallait point souhaiter les choses qui étaient trop au-dessus de nous ; et que celui qui répondait pour un autre ne manquait jamais de perdre.
Périandre fit tout ce qu'il put pour l'attirer à Corinthe , afin de se servir de son conseil pour pouvoir se maintenir dans la tyrannie qu'il avait usurpée. Chilon lui répondit : Vous voulez m'engager dans des troubles de guerres , et m'exiler loin de mon pays comme si cela devait vous faire vivre en sûreté ; sachez qu'il n'y a rien de moins assuré que la grandeur des rois, et que le plus heureux de tous les tyrans est celui qui a le bonheur de mourir dans son lit.
Chilon , se sentant approcher de sa fin, regardasses amis assemblés autour de lui: Mes amis, leurdit>il, vous savez que j'ai fait et dit quantité de choses depuis si longtemps que je suis au monde; j'ai tout repassé à mon loisir dans mon esprit , et je ne trouve pas que j'aie jamais fait aucune action dont je me repente , si ce n'est par hasard dans ce cas que je
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soumets à votre décision, pour savoir si j'ai bien ou mal fait : Je me suis rencontré un jour , moi troisième, pour être juge d*un de mes bons amis qm devait être puni de mort suivant les lois ; j^étais fort embarrassé : il fallait de nécessité violer la loi , ou faire mourir mon ami : après y avoir bien rêvé , je trouvai cet expédient; Je mis au jour avec tant d'adresse toutes les meilleures raisons de l'accusé, que mes deux collègues ne firent aucune difficulté de l'absoudre ; et moi je l'avais condamné à mo^t sans leur en avoir rien témoigné. Jal satisfait au devoir d'ami et déjuge; cependant je sens je ne sais quoi dans ma conscience qui me fait douter si mon conseil n'était point criminel.
Chilon, accablé de vieillesse, mourut à Pise d'un excès de ^oie , en embrassant son fils qui venait d'être couronné aux jeux olympiques.
Les Lacédémoniens lui érigèrent une statue après sa mort.