CHAPITRE XI
IiE PRÊTRE ÉVABGÉLIQCE.
Dieo n'6tt pat 1« Dieu det morSs, aiaif
des vivants.
(Saint MatL» xzii» c. 32.)
Il De faot pas être us tujet de scandale.
(Saint Marc, ix, 44.)
Quant A la virginité, je n*ai reçu aucva
précepte du Seigneur.
^ (Saint Paul, Epitre i aux Corinthiens.)
Elablittea les prêtres selon l'ordre, c'està-dire narft d'une seule femme.
(Saint Paul, Epitre & Tite, c. I, 6.)
Toutes les raisons de TÉglisepour défendre le mariage sont d'ambition ; tontes eelles du prêtre sont de vanité ou de misère. Sous ce dernier point de vne, le remède est simple. Supposons qne TÉ* glîse , cette sainte épouse de Jésus-Christ , comme une femme forte, mûrie par rexpérience, se détache de ses préjugés, de son luxe, de son faste , de
1 Voyez le chapiure YIIl , du Célibat eecléâûuêiqtie, p. 376.
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ses ornements , et donne an monde le spectacle
divin de la simplicité évangélique; pourquoi, si elle porte un cœur de mère, ne dirait-elie pas à ses
fils : Je viens consacrer en voys une vie humaine.
Vous n'épuiserez plus votre corps dans des aus^ térités stériles, et votre âme dans des aumônes flétrissantes ; vous ne serez plus bercés * ni dans la pourpre, ni dans Tignominie : hommes, vous édifierez le monde par des vertus religieuses ; prêtres, vous donnerez Texemple des vertus civiles : vous serez pères de famille et citoyens. Allez ; faites-vous des cœurs chastes, et choisissez vos épouses sous le chaume du laboureur, parmi les dernières de vos brebis, dans cette classe utile et laborieuse , qui a aussi son sacerdoce, carellenourritlegenrehumain.
S'il abritait d'heureux époux , loin du monde , et cependant au milieu des hommes , le toit du presbytère s'élèverait dans nos campagnes comme le temple de l'amour conjugal* La religion , sous les traits d'une femme pieuse, y compâtirait à tous . les maux de l'âme , que les femmes seules ont le secret d'adoucir. Âh! sans doute elle serait heureuse la jeune fille qui, n'ayant jamais connu que les vrais biens , goftté que les véritables plaisirs , se verrait élevée à cette sublime mission par le choix d*un homme vertueux 1 Nourrie de ses pacoles , cultivée par ses soins , elle se glorifierait dans la sagesse de son époux, et le cœur de son époux se reposerait en elle.
308 IM PAÈXAS fiVAKOÉUQUS.
Mais , dira-l-on, quel charme une femme grossière et sans lettres répandra-t-elle sar la maison du pasteur? qaels exemples donnera-t-elle au y\U lage.^ quelle instruction donnera-t-elle à ses enfants? Questions dignes d'un monde où l'on ne saurait comprendre que , pour inspirer la vertu , il suffit d'être vertueux.
Et toutefois rignorance de la fille des champs n'est point aussi profonde qu'on le suppose. La femme du laboureur, a plus d'idées, plus de prévoyance, plus d'autorité que celle de l'artisan. Souvent, il est vrai, son langage maqque de politesse et ses manières de douceur ; mais percex ce voile, rassurez ce cœur timide , avancez avec elle dans la campagne, et ses connaissances toutes naturelles deviendront pour le savant Im-mémeune source de savoir. Elle vous dira le nom des plantes utiles, leur usage et leur culture ; vous apprendrez d'elle quels sont les signes qui font pressentir les lem«* pètes ou espérer un beau jour, la saison prescrite au retour des oiseaux , la fleur qui parait la première , celle qui montre les heures ou qui se ferme i l'approche de la pluie ; sa science comprend rexpérience du village, les souvenirs des vieillards 9 les exemples de sa mère et les travaux de ses compagnes : car tontes ces jeunes filles ont appris à élever les troupeaux , à préparer le laitage, à blanchir le linge, à filer le lin > à aimer et à soigner les petits enfants.
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Riebe de ce fonds naturel et de Tinstraction primaire que rÉtat promet enfla aux enfants de nos campagnes , la jeune fille élue par le pasteur ne quitterait les trayanx de la ferme que pour cultiver et perfectionner les arts domestiques, si nécessaires et si négligés au village ; arts charmants qui polissent les mœurs, développent les grâces, donnent le bien-être , et rendent la vie plus douce et
plus innocente.
L'ordre et Texquise propreté régneraient donc sous le toit du pasteur. Sa table hospitalière serait toujours couverte d'un linge blanc , filé dans sa propre maison ; on y verrait , avec tous les biens que donne la saison , des légumes et des fruits conservés par les soins de sa compagne* Des fleurs embelliraient ses jardins, une vache ou des chèvres animeraient sa prairie j enfin tout ce que la main gracieuse d'une femme peut ajouter à l'abondance,* se trouverait sous le tojt du presbytère* £t voyez quelle multitude de trésors inestimables sortiraient de ses doux exemples i
Une des causes les plu»* triâtes de la grossièreté des villageois, c'est l'espèce de dégradation où des travaux trop rudes jettent les femmes. Ces travaux, qui sont ceux des hommes , leur font perdre de bonne heure leur beauté et jusqu'à leur sexe. La connaissance des arts domestiques introduite graduellement dans les chaumières rétablirait tout dans l'ordre. Que le cultivateur laborieux porte
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dans ses bras d'inépuisables richesses , elles ne surpassent en rien les trésors qui reposent entre
les mains d^uiie femme industrieuse. 11 suilii de fiure ce partage , c'est-à-dire de rentrer dans la loi de la nature, qui donne à rbommc puissant et robuste les travaux des champs» et à la fenune économe' et ménagère le gouvernement de la mai* son.
C'est dans cet accord de mutuels secoors, pres^
que inconnu au village ; c'est dans ces travaux féminins , dont le charme nous délasse et nous ravive ; c'est dans ces arts domestiques, qui adoucissent la rusticité en flattant à la fois le goût et les yeux, que repose aujourd'hui l'avenir de cent millions de paysans.
Depuis le renouvellement delà société, les cam* pagnes sont séparées des villes par l'ignorance et le mal«étre. Les choses ont été arrangées de façon que le citadin et le laboureur n'ont pas un senti* ment commun ; ce sont deux nations qui se ton* chent sans se confondre , se méprisent sans se connaître. Le douxiémé siècle est resté debout dans les cl^anips avec ses superstitions et ses habitudes grossières : rendez aux femmes leurs occupations naturelles , et vous feres entrer dans la chaumière la vie patriarcale, premier degré de civilisation.
Rapprochée des paysans par sa famille , de la bourgeoisie par son mari , la femme do pasteur
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deviendcait le lien gracieux de toute TécheUe sociale. Assise à la table du château, elle en admirerait la délicatesse sans eu envier l'abondance ; elle modifierait la simplicité du village par la politesse du monde , et la politesse hIu monde par la franchise du village. Un chapeau de paille abriterait son visage , et ses adroites mains apprendraient à relever avec grâce sa belle chevelure. Modèle de ses compagnes, elle formerait leur goût , dégrossirait leur parure, épurerait leur langage : avec le temps, ces douces influences passeraient des femmes aux maris, des mères aux enfants, et il arriverait unjour oA les deux extrémités sociales se trouveraient rapprochées par le vêtement, le langage et le bien-être; par l'amour du pays, sentiment nouveau dans nos campagnes, dont les habitants ne savent point encore que cette révolution , qu'ils ont vue passer toute sanglante, leur apportait la liberté et leur léguait une patrie.
Devenue mère, la femme du pasteur verrait croître son influence de tout l'amour qu'elle por<teraità ses enfants. Elle inspirerait aux autres mères la douceur des paroles , qui conduit à la douceur des actions, et, avec le temps et les leçons du pasteur, ses exemples deviendraient des principes* Adoucir au village le sort des petits enfants, c'est comme ficer la régénération des hommes. Nos modernes châtelaines sont placées trop haut pour exercer jamais cette inflnence : mais la femme du.
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pasteur s'adresse à ses anciennes com|iagnes , et
peut facilement devenir leur modèle. Entre le château et le hameau 9 il y a des parcs , des avenues, des grilles, des forêts; entre le presbytère et la cabane, il n'y a que le temple où les fidèles se rassemblent pour entendre la parole divine , et rhumble cimetière où le pasteur et le troupeau doivent se retrouver un jour, à l'ombre de la même croix.
Je suppose toujours que l'indépendance du pasteur est assurée; qu'il a la passion de son état; qu'il est profondément instruit de ses devoirs de chrétien et de prêtre ; qu'il a lé goût du beau , da juste , du vrai ; qu'il ne s'est marié qu'après de mûres réflexions ;^ et qu'il a choisi, dans une fa- | mille vertueuse , une fille bien née, douée dua i bon cœur , d'un esprit juste et d'une figure agréa- 1 ble. Je suppose encore que, dans la douce intimité du mariage , il s'est fait un échange de pensées entre les deux époux ; que l'ftme de la femme s*est formée aux enseignements d'une science facile |i ces conversations charmantes , inépuisables , oà l'homme redit à sa compagne les événements de toute sa vie, où il l'initie à ses études les plus dé* licieuses, à ses émotions les plus profondes, où il forme avec elle les projets d'un riant avenir^ et la conduit ainsi, par des sentiments de reconnaissance, aux certitudes ravissantes d'un bonheur .éternel. Doux entretiens , épanchements célestes 1
LK PRÊTAS ÉVAlIGiLIQCS. SIS
liens sacrés du cœur et de l'intelligence , instructions, vertus ^ amour , vous débordez de la coupe nuptiale ! A qui vous a goûté, il ne faut plus d'autre bonheur, former Tâme d'une femme, y éveiller le sentiment de l'infini , y diviniser la sagesse , nourrir sa pensée de vos pensées, ses émotions de vos émotions, donner à son âme les ailes d'un ang€ , et voir tous les trésors que nous lui prodiguons se fondre dans son cœur, et revenir à nous par l'amour , c'est jouir sur la terre des félicités du ciel, c'est anticiper sur notre immortalité*
Ainsi s'adouciraient par le bonheur les sévérités du sacerdoce. Le mariage des prêtres , c'est , en d'autres termes , la réforme du clergé et la civilisation du monde. Mettez un peu moins de magnificence dans nos églises , et un peu plus de bien* être dans les presbytères. La vue de l'or sur les autels ne rappelle aux hommes que leurs passions mauvaises. Dans les temples pauvres, au contraire, le cœur éprouve une piété profonde : là, nul n'est tenté de se mettre à la place de Dieu. Sans doute la gravité du pasteur disparaîtrait en partie dans le' mariage; mais, pour être moins grave, en serait-il moins honoré ? Tout ce qu'il perdrait en hommage, ne le regagnerait*il pas en amour i Un ne redoute plus sa présence, et lorsqu'il parait dans la chaire de vérité, portant le livre des Évangiles, un murmure flatteur s'élève autour de lui , et les hommes se disent entre eux : Écoutons celui-ci, la
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parole de vie est en lui; il nous console , il nous aimet îi rompt son paia a?ec le pauvre, ei, comme une poule, il rassemble nos enfants sons ses^aiks* Ses filles sont Texemple de nos filles, ses fils ment an milieu de nbus , et, un jour, par d'beureox mariages , ils entreront dans nos familles. Âinri s'évanouiraient ces apparences austères qui effraient les regards sans attirer les âmes , et qui n'ofifrent en exemples que des vertus stériles, puisqu'elles sont insociables.
Pour faire revivre le culte et la prière, pour redevenir Tftme de la société , que manqae4p>il au ministre du Seigneur? il lui manque d'en être le modèle i
En effet, dans Tétat des choses, rien ne rapproche le prêtre catholique de son troupeau : c'est un homme sévère, qui vit seul, qui fuit le plaisir, qui le blâme, qui le défend, qui voit partout les tentations du diable et lesépouvantements de Tenfer.
Ce qu'il y a de pis, c'est qu'on travaille chaque
jour à continuer cet état de choses. Pour s'en convaincre , il suffit de jeter les yeux sur renseignement de nos petits séminaires. Au lieu d'ouvrir devant le jeune lévite une large carrière d'intelligence et de vertu, on l'élève dans la superstition ; au lieu de le former au désintéressement , oa lui infuse une ambition collective ; au lieu de le soumettre à la règle, on le condamne à la double pri-
vation de sa raison et de ses sens ; au lieu de loi inspirer ramour de Tordre et de la simplicité ^ on le consacre à la domination . puis on le jette au monde pauvre, isolé et dénué» «
Sans doute la vie du prêtre évangcliquc a ses privations comme toute vie humaine : elle a ses devoirs et ses combats , plus , la mission du pas» teur, qui est toute de bienveillance et d'indulgence. Celui-là ne prêche pas les austérités, mais la règle; il sanctifie par sa présence jusqu'à la joie des festins, et, chaque dimanche, sa douce compagne conduit les chœurs dans le temple et la daiisc sous la feuillée; car , au village, toutes les fêtes sont religieuses, et se célèbrent àFégliseet 'auxdiamps.
En terminant cette faible esquisse du prêtre romain et du prêtre évangélique J'éprouve le besoin de protester contre le scandale de toute espèce d'interprétation. Personne plus que moi ne rend justice aux vertus des curés de campagne , personne plus que moi ne désire étendre leur inflnenee en relevant leur dignité; mais si les mi- . nistres sont bons, les institutions sont mauvaises. C'est une armée qui combat pour des vanités éva-nouies , sans autre bénélice que la misère et le mépris* On la condamne à continuer le travail du douzième siècle et Ton ne voit pas que tout est perdu si elle ne commence enfin le travail du dix-neuvième. C'est dans le mouvement qui emporte les peuples vers une perfectibilité indéfinie