‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 12 sur 116 · ILLIMITÉ · texte numérisé non relu

ILLIMITÉ

DE L'EDUCATION UIJLTE.

repentir, «t qu'il éteindra les affections naturelles de frère , de sœur , de père, de mèrct qui sont les plus fortes et les plus douces chaînes dont la nature nous-atfaelie k la patrie*

(BBRNAliDIN DE SaiIIT-PiSBBS , tluàe

L'homme est susceptible de trois éducations : rédacation physique, l'édacation morale, Téducatien i niellée tuelle*

La première occupait une grande place dam les institutions politiques des anciens. On aime i voir Socrate passer du gymnase à l'académie, exercer ses membres à la fatigue, et son âme à la sa-

.... On l'envoie aux écoles, on Téloigne dans des pensions ; c'est î;t qu'il répandra des larmes que n'essuiera plus une main maternelle; c'est la qu'il t'ormera desami- Ués étrangères pleines de regrets ou de

septième. )

m l'éducatioh publique. 129

gesse; se leair prêt enfin à servir sa patrie comme magialrat et comme guerrier.

Chez les peuples modernes, b gymnastique n'est plus un moyen de défense. ; aussi a-t-elle cessé de bm parlie des lois de TÉtat. Devenue inutile par la taute-puissance du canon, elle fut trop négligée dm l'hygiène des peuples. Je ne sache pas que les historiens, ou même les physiologistes, en aient jamais Cait la remarque, et toutefois il est impossible qu'une pareille révolution se soit opérée sans apparier de notables changements dans la constilolîon physique de l'homme.

Après réducation physique vient Téducation BMnle ; œlle-là, nous la confions à la tendresse nialernellc; c'est le sujet de ce livre : et quauL i réducation de Tintelligence, qui est la troisième, eUe appartient aux professeurs, et son but est de • feriiiAser la pensée, comme le but de l'éducation . monde est de vivifier Time, et de l'appeler aux jugements de nus actions.

De ces trois éducations bien faites et maintenues dans (le justes proportions , nous voyons sortir l'homme complet. Leur développement isolé ou superfietel ne produit rien de bon : à l'éducation phj^ue, la cruauté de Tanimal ou la barbarie du laevage ; aux deux autres, soit l'exaltation reli* gieusc et le fanatisme, soit Torgueil scientifique et le néant ; loiqoars la barbarie : l'arbre de la science et l'arbre de rignorance poi lent le même fruit.

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Nous parlerons de réducation de rintelligence dans ses rapports avec l'éducation de l'âme ; il faudrait établir rharmoiiic, chose assez difficile, vu la mauvaise direction des études. 11 est vrai que l'instruction publique appelle la réforme, et que de toutes parts des voix s'élèvent pour réclamer la liberté de renseignement ; mais ce dernier moyen est plein de périls, car en même temps qu'il ouvre un vaste champ aux progrés de la pensée, il détroit l'unité de doctrine, seule puissance qui fasse durer les empires.

On veut, et je l'ai bien lu, et je l'ai bien en« tendu, que toutes les opinions soient représentées : à chaque passion son professeur, à chaque système son école ! Pour échapper à la surveillance de la loi, on se précipitç dans les servitudes de Terreur ! La vérité triomphera, dit-on; soit : mais ne pourrait-elle triompher hors du chaos I pour arriver au ciel est-il indispensable, comme dans le Dante, de traverser l'enfer?

Il faut, dites-vous, que les écoles répondent à toutes les opinions, afin que toutes les familles puissent exercer leurs droits. Or, c'est le droit du père d*élcver son enfant dans les principes qui lui conviennent.

Et moi je réponds, n'est-il aucun droit supérieur?

Fénélon a dit qu'on doit plus à sa famille qu'à

soi-même, à sa patrie qu'à sa famille, et au genre

humain qu'à sa patrie. Pensée généreuse, qui ne Cul longtemps qu'uae maxime chrétienne , mais qui, dans Tàme de Montesquieu, devient le lien du monde politique : h Si je savais quelque chose utile à ma patrie, dit-il, et qui fût préjudiciable an genre humain, je le regarderais comme un crime ! » Voilà comment les bea'tax génies enteur

(li'iit les droits. Celte applicatioii de la murale de rÉvangile aux institution^ humaines est le plus grand pas que nous ayons fait depuis douze siècles dans cette perfectibilité indélînie, dont il faut bien * reconnaître l'action, environnés que nous sommes de ses bienfaits.

Qniconqne ne cherchera dans cette question que

rintcrél isolé d'un père de famille, rétrogradera vers le passé, et se fera le défenseur de Tordre d'idées le moins large et le moins libéral. La question aujourd'hui n'est plus seulement dans le bien personnel de la famille, elle est dans le bien particulier de la pairie, soumis au bien général de l'hamanité. Ici la gradation des devoirs devient la mesure des droits ; et formulaal ce principe d'une manière plus précise, je dis : où est le devoir, là est le droit.

Eu résumé : ♦ L'éducation est la chose publique même; la di« viser dans des intérêts particuliers, c'est troubler Tordre, c'est nuire à l'intérêt général, c'est orga* niser l'anarchie au profit du despotisme. Loi terri^

blc (le la Providence, loi éteraelle et sans exception : du sein des anarchistes, il sort toujours un maftre qui les flatte et les écrase, mais après leur avoir appris à obéir.

Les droits étant reconnus, venons à Tapplication des principes ; qu'est-ce que rinstniction pabliq^e ? . un pouvoir qui agît perpétuellement sur l'eidstence politique et morale des peuples.

La définition est simple et précise; elle ne laisse pas même au gouvernement le droit d'accorder une liberté illimitée ; et comment pourrait-il , sans manquer au premier de ses devoirs, livrer le peuple à toutes les séductions de la licence, aux aberrations, auxiniquités de la pensée humaine? Quoi! sa surveillance s'étend jusque chez le boui^ict j langer pour reconuaitre le poids et la qualité da pain destiné à notre corps, et cette surveillance s'arrêterait à la porte des écoles; elle ne pourrait s'assurer du poids et des qualités de la nourriture iiitellec tuelle, du pain de vie que les maîtres distri- ^ buent à nos enfants?

Vous ne reconnaissez i aucun membre dela.société le droit de conspirer contre Tordre légal ; el ce droit, vous proposez de l'accorder à tous les professeurs, à tous les chefs d'institution !

Quoi! les Français ne pubUent leurs opioious que sous la garantie d'une loi forte et répressive , et vous reconnaîtriez à tous le droit d'enseigner ces mêmes opinions librement et sans garantie ?

FUBUQUE. ISS

El cependant Topinion de celui qai fait on U?re

ne s'adresse qu'à des hommes doués de raison , tandis qae les leçons des maîtres s'adressent à des enfiuilg incapables de choisir et de discerner. Voili le résultat de la doctrine : elle attaque la génératioD dans sa fleur, elle prépare une multitade de coupables, elle aiguise dans les écoles le fer dont nos enfants s'égorgeront dans le monde!

Et qu'on ne croie pas, comme on a voulu le faire entendre, qu'il s'agisse ici de violenter les consciences : la patrie n'arrache point les enfants des bras de leurs pères, elle les reçoit de leurs mains, c'està^lire qa'eile n'est appelée à remplacer la famille que lorsque la famille renonce elle-même à ses droits, li'État doit alors à Tenlant ce que la famille ne peut Ini donner, Téducation* Ce n'est pas seulement un droit qu'il acquiert, c'est une obligation qn*on hii impose. Dans oette occurrence, il prend in^idniauément la place du père ; il devient responsable comme loi, et dès^lors, les droits qu'on loi cède, il ne peut les céder sans garantie. Voilà comment la lamiile appelle le pouvoir public au dosble maintieD de la morale et des institutions !

Dtins ce système, la liberté du père est garantie pnr l'èdn^tîon de la famille, et la liberté de la na* < tion fiar l'éducation publique. Ces deux pouvoirs, qmi se bilaneeot, établissent un équilibre moral et INililiqae, favorable à la justice et aux progrès de ia pciiâêe. U est bon, lorsque la société penç|^.

vers ^oligarchie, c'est-à<:dire versTamonr de Tor, qu'un père puisse seul guider son fils, et Tinstruire au plus noble désintéressement. Il est bon que, sous le règne des tyrans , l'éducation de famille façonne des âmes libres, dont la résistance sanve ' l'honneur du pays. L'enfant qui demanda à Sarpédon une épée pour tuer Sylia ne sortait pas des écoles de Sylla, si toutefois Sylla établit on permit des écoles. Mais il est bon aussi, lorsque des familles, égarées par d'étroites passions oa d'o* dieux préjuges, élèvent leurs enfants dans Tignorance complète des intérêts de la patriç, il est bon, dis-je, que le gouvernement puisse opposer à ces individus isolés, mais dangereux par leur fana* tisme, la masse entière de la nation instruite, dans tes écoles, à l'amour de la patrie et des lois.

Aux périls d'une liberté sans limite dos adver* saires ne manqueront pas d'opposer les périls d'un

« enseignement privilégié, la routine, l'esprit de parti, l'esprit de jésuitisme, qui dominaient hier, rindilTérence morale et religieuse qui domine aujourd'hui, et la démoralisation universelle, suite de ces deux excès. Nous ne chercherons point à le

* déguiser, cei périls sont grands ; ils égalent peut* être les périls de la licence; mais que peut-on en conclure ? rien en faveur de l'un ou de l'autre sfstème. Un danger égal semble les condamner tous deux : d'où il résulte que ce n'est pas dans une loi sur rinstruetion publique, fût-elle bonne , qu'il

faut chercher le remède au mal qui nous (févore. Le remède, il est daas le mélange des deux édacations domestique et publique; il est là, et il n'est queli: c'est Tancre de salut au milieu du naufrage. Qoefenfant reçoive donc, comme externe dans les cuiiiges, cette instruction scolastiqueà laquelle on attache tant de prix; qu'on éveille son intelligence, qu on féconde sa mémoire, Tàme est eu surclê si cliaquesoir, au sein de sa famille, il peut entendre la Toix de sa mère, et s'imprimer ses exemples, iinsi tout se résume par l'éducation des femmes. ' Noos ne laissons aux collèges que renseignement classique et presque mécanique de riiUeiligeiice, MSatiatisani les vices de cet enseignement par la plus douce. la plus pénétrante et la plus duraLIe des iniluences !

Maintenant, qa^importe le sort de nos écoles, et la loi qui doit les régir, et le monopole, et la li* berté? les destinées du pays leur échappent : il ne s'agit plus de la vie ou de la mort morale de nos eniants, mais d'une instruction plus ou moins bonne, plus ou moins appropriée aux besoins du siècle^ Rien de vital : tout se réduit à la supprefir;* sion de quelques méthodes vieillies , i Tiatrodue^ tion de quelques études nouvelles, et, sur ce point, les reformes opérées depuis cinquante ans suffisent pour décider les réformes à venir.

En même tempSi que l'éducatioa mixte nous soustrait aux périls de l'éducation publique, elle

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nous en laisse tous les avantages. Vous évitez à votre élève, et Tapatbie des études solitaires , et l'ennui d'une vie monotone ; vous donnez à son corps le mouvement, à son &me l'activité : un peuple d'enfants travaille et joue avec lui; il a de$ i camarades, des rivaux, un ami, et, sans quitter sa famille, sans perdre un seul jour les caresses de sa mère, il fait Tessai de la vie avec la génération au milieu de laquelle il doit s'avancer dans le monde

Ainsi tout se concilie, la sûreté de Tenfant ét la liberté de la famille* Remplissez vos devoirs d'homme et de citoyen : soyez magistrat, guer- , rier, négociant, cultivateur; représentez dans nos I Chambres les intérêts du pays , travaillez à votre ' fortune, servez votre patrie : ces travaux, ces devoirs, loin de troubler votre famille, lui servent d'exemples et de leçons. 11 n'y a que le vice, le désordre , l'extrême misère , tout ce qui flétrit ou ; déshonore , qui soit incompatible avec le devoir I sacré de cultiver vous-même l'âme de vos enfants. Ah ! vous faites un enfer de votre maison, vous y portez le désordre et la terreur I Des domestiques insolents, uu mari brutal, colère, joueur, ivrogne,

^ Le système d^éducation mixte est applicable aux enfants des deux sexes. Il devient donc indispensable d^établir dans chaque ville des ex^ternats de jeunes demoiselles : c'est une brandie d'indnsfne toute neuve à exploiter parmi uous.

UigitizûQ by ^uo^lc

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