‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 11 sur 116 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

MâH CUàflKKAI. BS CSX aOVSAfiB.

n &*y a que nous loutres Laceriémopien* nés, disait ]*épouse de Léonfdat, qui com-

nandiotis à nos mcrlI^vT*'^ ^'T * que nom qiti &sitoof dethoiumea.

( Plutarque. )

Les tiièrcs agisseal Il i volontiers pai' les itioyi ns mar.Hix , nuiius par les inres- «Ités extérieures, tile^ ne sont paicharg(?es de faire seatirà leurs ciifanU les rudesses de la vie« cependant ieur mission est de les y préparer.

^ijUme GqisOT) Lett. de FamlU«t I. li

Tai montré les vices de nos éducations à la mode, et, cependant, je ne propose ancane réforme générale. Édiicalion de couvent , éducation de pensioDQat, éducation de famille, méthode ancieDDc, méthode nouyelle, peu importe, je les i^is toutes ; mais cette première éducation termiDée, je m'empare de Télève, et la mienne commence! • ^

La jeune femme a quitté la maison paternelle; elle est épouse, elle est mère : sa sollicitude ne lui laisse plus de repos. La voilà Usant, relisant Féné- Ion, Jean-Jacques, madame de Beauraont, madanoe Guizot, madame de Rémusat, et, cherchant partouldes ni(;thodes et des directions, un instinct secret lui révèle que , pour se ' rendre digne de l'édncation Me son enfant , elle doit recommencer la sienne.

La première pensée qu'il faut lui donner, c'est

de s'occuper un peu moins de ce qu'elle doit lui apprendre, et peu plus de ce qu'elle doit loi inspirer. Assez d'antres le feront savent, elle seule peut le rendrp vertueux : bonne mère ! emparetoi de l'âme aiiin de diriger un jour l'intelligence.

Ceci est le point capital ou, pour mieux dire, le sommaire de l'éducation des mères de famille. 11 s'agit, en effet, défaire sortir les femmes du cercle étroit où la société les renferme, et d'étendre leurs pensées à tous les ubjets qui peuvent nous rendre meilleurs et plus heureux.

C'est un monde religieux, philosophique et moral qui s'ouvra devant elles. Leur oiissiou est d'y introduire notre enfance comme dans on temple saint, où l'ânie s'étudie et se reconnaît eu présence de son Dieu 1

Arrêtons- nous un moment sur un sujet si grave.

La pensée de l'homme ne se renferme pas

D£S MÈBES DE FAMILLE. 111

comme celle des animaux , dans les limites de ce

globe. Elle quitte le visible pour rinvisible, et, se dégageant de la malière, elle ?a se .perdre daM les contemplations de l'infini. Là est toute notre grandeur, puisque là seulement nous trouvons le pribcipe de notre être, les bases de notre morale, le dernier pourquoi, le dernier comment de notre eiistenee fugitive. La vérité jaillit dn monde im^ matériel : c'est le flauibeaude Tantre vie, qui jette sa lomière sur celle-ci.

Ainsi, notre âme est attirée vers ce monde iocoona par les nécessités mêmes de notre aistenoe terrestre. Bieu y plaça les sources de la vérité et de la vertu , avec la révélation d'une vie meUleore I

L'étude de ces grands phénomènes compose ce que Socrate aurait appelé la science importante. Elle est le sujet même de ce livre :

Sciencede nous-mêmes qui conduit à la connais^ sance du Dieu.

Science des lois morales de la nature qui conduit à la connaissance de la vérité.

L'homme peut y atteindre puisqu'il y aspire; c'est laterre promise et entrevue: elle nous sera donnée^

parce qu'elle est promise et entrevucj et j'ose dire que ceux qui liront ce livre avec attention auront dit un pas dans la carrière» On iVaborde point un sujet si riche sans participer à ses ricliesses. Toute ime qui s'y plonge en ressort plus brillante et ploa

lis DS l'fiBIFGAZIOS

pare : il suffit de s'y essayer pour s'y agrandir.

On objecte la profondeur du sujet, la faiblesse de notre nature, et cette résistance passive qu'elle oppose aux méditations qui Taecablent, et l'on ne voit pas que la véritable philosophie est pleine de clarté, et que les philosophes seuls sont obscurs. Par sa langue barbare et pédaïUcsque, clic est la science du petit nombre; par le fond même de ses pensées , elle est la science universelle : 'n'est-ce pas elle qui unit l'homme à l'homme et 4p genre humain à Dieu? Ces questions, si vastes de néant et d'éternité , qui absorbcat les méditations du sage, eombien de fois je les ai retrouvées occupant le villageois dans sa cîiaamicre elle soldai au bivouac ! Je ne connais pas de métaphysique plus transcendante que celle qui se fait au camp la veille d'une bataille. Que de contemplations silencieuses des mondes et de l'infini? que de pensées vers les • créations invisibles? que de prit res ardentes vers cette vie céleste qu'on oubliait hier^ et qui, maintenant, est quelque chose de plus qu'une espérance. Si une balle me frappe, demain tous ces soleils brilleront sous mes pieds ! Dieu se révèle â ceux qui vont mourir; et du sein de cette loule, qu'aucune instruction n'adoucit, qu'aucune religion n'humanise, de ce cloaque impur de débauches, de: crimes et d'impiété, s'élève tout à coup une pensée immortelle qui traverse toutes les âmes, cl les transporte au sein de JDieu !

BS8 MÈRBS BE FASIIX8. 11S

linsi les méditations de Socrate expiraot ani-

ment une armée entière; que dis-je! elles animent toole créature possédant une àme : les plus laibies s'y plongent ayec délices, elles en ont le pressentiioent el le besoin. Lorsqu'à quinze ans, dans nos promenades solitaires, nous rêvons une vie idéale de vertu et d'amour; lorsque la mort nous paraît si belle, que nous y aspirons comme au bonheur; lorsque le mot toujours devient intelligible, et que sur cette terre où tout passe , où tout meurt, nous parlons d'aimer éternellement, c'est un voile qui tombe, c'est un nouveau moude qui se découvre : lesentiment dubeau, le sentiment de ilnûni, se placent entre le ciel et nous, comme des degrés qui y conduisent.

Quelle jeune fille ne s'est fait une image divine de rhomme qu'elle doit aimer ? La pudeur ne cède à l'amour que parce qu'elle le rêve dans le ciel : saria terre, elle le sanctitie par Téternité.

Quel jeune homme , en lisant la profession de foi du Vicaire savoyard , n'a pas conçu la pensée d'y ajouter un chapitre , de chercher à son tour le secret de l'être , et les preuves de l'Immortalité? Au milieu de notre admiration pour un si bel ouvrage, nous sentons qu'il est incomplet. Chaque âme de jeune homme en renferme un plus beau , plus décisif, qu'elle brûle de réaliser , et ce sentiment énergique n'est point une vanité terrestre , c'est on appel , c'est une révélation de la Divinité. 1. 10

114 BB l'ébucatioii

Entrez dans nos églises , voyez cette foule prosternée à l'ombre des autels : les plus hambles communiqtient avec le monde invisible. Oh! si TOUS pôuviez entendre leurs prières I ces questions adressées au ciel , cette inquiétude de nos destinées futures , ces vœux ardents pour demander la foi et la lumière ; vous reconnaltiriez toutes les questions, tous les doutes qui tourmentent les pbilôsophes. /

u Chacun est philosophe à son insu, et pour ainsi dire en dépit de lui-même, dit un écrivain

sensible cL profond ^ Kant , dans son cabinet, à Kœnigsberg , passait sa vie à méditer sur i'àme et le devoir; son vieux domestique avait sans doute aussi l'esprit tourmenté des mômes problêmes. Tout en brossant dans le jardin Thabit de son maître , il pensait que Kant était bien vieux , qu'il mourrait un jour ^ bientôt peut-être i que deviendra après sa mort M. le professeur , si savant et si bon est-ce que tout sera fini pour lui quand il sera là bas dans le cimetière , derrière la tour ? ce que le ministre nous prêche le dimanche est-il bien vrai ? qu'est-ce que M. le professeur fera de toute sa science dans l'autre monde Pet moi, le reverrai-je de l'autre côté? quand on n'a jamais fait de tort i personne , il me semble.... Et pais

1 M. Dudaus, dans un article inséré au Journal des Débats.

D£S RiLÏXES D£ FAMILLE. 1 1 il

?eiiaii rheare de servir le déjeùnér 9 et le bonhomme pensait à autre chose, n N'admirez-vous pas coBunent le grand philosophe et rbumhle serviteur, occupes des mêmes pensées, arrivent aux mêmes solutions , l'un par la force de son gé* nie transcendant, et Tautre par la simple convii>^ Uon d'une bonne conscience!

Mais ces inquiétudes qui vous tourmentent 9 la foule ne les connaît pas? — Et moi, je vous réponds que parmi les êtres les plus vulgaires , les plus stupides, il n'en est pas un seul, non, il n'est pas un seul homme à qui un jour, dans une cir*» constance grave , ces questions mélancoliques , qui suis-je? d*où viens-je? où vais-je? ne se soient présentées comme un trait de lumière t Nos scien^ ces manquent au peuple , la misère l'avilit , et la ci? ilisatiofl le néglige ! n'importe l il y a un mai** tre puissant chargé par la nature de réveiller ce sentiment; et ce maître qui doit nous compléter, ce mattre , grâce à Dieu , n'a jamais manqué à aucun homme : c'est le malheur !

Dieu et le néant , ia fatalité et le devoir , grandes questions qui nous agitent tous suivant l'étendue de nos passions et la portée de.notre âme. La philosophie et la religion sont là pour les résou» dre : sentinelles vigilantes, elles avertissent le genre humain qu'il y a quelque chose au-delà de ce qu'il voit !

Il y a peu de jours , une jeune fille coquette et

légère , absorbée pour un moment dans la douleur où la jetait la mort de son fiancé , me disait : u De grâce , monsieur, indiquez-moi quelques bon» livres où l'on traite de l'immortalité de Tâme ; non que je doute , mais depuis qu'il a quitté la terre , depuis qu'il n'est plus là , j*aî besoin de me nourrir de cette pensée , et d'en avoir rintelligence. » Puis avec un profond soupir et un triste regard, elle murmura : Les hommes sont bien heureux de pouvoir se livrer à ces études qui consolent f » Et comme si elle eût fait un effort pour vaincre sa timidité : u Vous comprenez , ajouta-t-elle en perdant un peu de son extrême pâleur, c'est, je crois, ce que vous appelez de la philosophie ! »

Ainsi le malheur et la mort tiennent les ànics dans une salutaire activité. Ce sont les grands précepteurs du genre humain : ils dématérialisent nos pensées, ils spiritualisent nos affections!

Et en vérité je ne connais rien qui marque mieux les misères de nos éducations que le mélancolique retour de cette jeune lille sur ellemême! Dans notre sut orgueil nous gardons pour nous cette philosophie qui nous est un parement de collège ; mieux vaudrait sans doute en teindre l'âme de nos femmes : c'est daps ce livre de consolation et d'amour , livre vivant , tmijours ouvert à la faiblesse et au malheur, qu'il serait sdoux, ô Socrate! 6 f énélon ! de ressaisir vos insp^tions *

1IB8 HÈBB8 DB FAÏUIIB. 117

les plus sublimes, toutes palpitaotes de la tendresse de nos mères et de Tamoarde nos femmes ! fafltons- Qoas donc , versons la lumière dans leur cœur , afin qu'elles en projettent les rayons amoureux sur notre vie tout entière !

Quel sort que celui des femmes ! également en proie à toutes les séductions des plaisirs , à toutes Icsangoisses de la douleur , comme amante , comme épouse ^ comme mère , sans autres armes que leur iaiiiie^se j qui ne couiprendra combien il est imporlanlde leur donner une éducation large , profonde, qui Ji ur [irépare la ressource d'une vertu plus puîssanie que les douleurs qui les attendent , et que les séductions qui les menacent?

Autrefois la religion les instruisait du haut de la chaire , mais en concentrant sa morale dans la péaileiicc, elle donnait plus de ressort au repentir qu*à la vertu. Les MassiUon , les £ourdaloue , les

Bossui't, Irc'n aillaiL'ut à cLoufler les passions : ils auraient dd apprendre à les diriger. Loin de soutenir lliumanité , ils la brisaient sous le joug d'une doctrine violente, qu'ils éclairaient des feux de Tenlier.Etvoyex ! leurs plus grands prodiges n'étaient ftti de nous faire vivre honnêtement dans le inonde, mais de nous en arracher : à leur voix, Lavallière se

contre du sac (le la pénitence ; les Chevrcuse elles Looguevilie courent au désert pleurer leurs fautes, les reines élèvent des temples , fondent des clottxcs, et vont s'humilier sous leurs voûtes!

118 DE l'ÉDICATION

Certes , les hantes vérités morales , répétées sans

cesse à Tautel en présence de Dieu , n'ont pas été sans fruits poar l'hamanité , et si on les dégageait de toutes les superslitioiis qui les rapetissent, et des doctrines cruelles sur Téternité des peines sur les vengeances d'une Divinité impitoyable, les femmes pourraient encore aujourd'hui y puiser une instmction forte et paissante ; mais la solitude est dans le temple, les prêtres y veillent seuls, prêtant Toreilie au brait lointain d'un monde qui ne veut plus de leurs idées d'un autre siècle. Autrefois le peuple allait à eux , parce qu'ils mar* chaient en avant; aujourd'hui le peuple les attend à son tour , parce qu'ils sont restés en arrière. C'est ainsi que Pinstruction morale leur échappe ; triste réaction de nos excès : les impiétés théologîqiies ont amené l'oubli de la religion ; et l'oubli de la religion nous livre sans force à toutes les vanités de notre intelligence.

Maintenant , que reste-t-il aux femmes? quelques pratiques de dévotion et la messe du dimanche ; point de direction morale et religieuse , car je ne puis appeler de ce nom cette instruction courte et étroite , confiée à la mémoire dtk^remier âge , et qui n'étant appuyée ni par la convie tion des parents , ni par l'exemple de la famille , tient presque la place d'un songe dans te songe de la vie. Toutefois l'impression religieuse existe, et elle suffit avec Tamour maternel pour ranimer

BBS KÈRSS BB FAHILLB. 119

Vim tout eniière. Ces deux sentiments, inaltérables dans les femmes , sont anjonrd^lrai le def-

nier espoir de la civilisation , cl lorsque toutes nos édoations tendent à les affaiblir , notre but , k ooQs,*est de les fortifier et de renouveler leur puissance.

Cette puissance est toute morale : nous la chercherons d'abord dans l'étude approfondie de nos (acuités matérielles et spirituelles ; il faudra tracer la ligne qui les sépare : quelles de la terre ! quelles du ciel ! division importante trop négligée jusqu'à ce jour , et dont l'ignorance nous plonge dans les ténèbres. Avant de tirer cette ligne, vous êtes oppressés des vains fantômes du matérialisme : le doute vous écrase ; mais une lois la séparation bite^les fantômes s'évanouissent, les ténèbres s'ef* faceat, et la vérité consolante nous apparaît !

Vous remarquerez comment cette séparation si simple suffit pour établir l'existence de Dieu et l'imioorlalité de l'âme , non comme des dogmes , maïs comme des faits indépendants à la fois des illusions de la pensée et des formes du raisonnement. U y a plaisir à voir des vérités si hantes se dégager du monde invisible, toutes lumineuses, toutes irrécmables , comme Tinconnii d'un pro^ blême de maméma tiques.

^ vérités se font jour, il est vrai, à travers les sensations icrresLrcs , mais sans venir d'elles !

14 , nous trouvons une connaissance nouvelle

UiQiiizea by <^oo^lc

ISO DE l'éducatioiv

de rétre, et par conséquent de nouveaux éléments

d'éducation. L'enfant se présente à sa mère comme une créature divine : ii ne s'agit plus seulement d'instruire une intelligence , mais de développer une âme; et cette âme, la mère la connaît : elle sait où porter la lumière, où adresser ses leçons. Assez d'autres pourvoiront le vaisseau de ses voiles et de ses agrès ; elle seule s'entretient avec le pilote , l'asseoit au gouvernail , le munit de boussole , et, avant de le lancer sur l'océan du monde, lui montre dans le ciel l'étoile qui doit le conduire.

De l'étude de l'homme , nous passerons à la recherche delà vérité. La vérité, c'est l'opposé de l'erreur ; et l'erreur, c'est la barbarie et le crime qui ravagent le monde*

La vérité n'appartient ni à un homme , ni à une caste , ni à un [teuple , ni à une religion. Son ca** ractère est la beauté , l'utilité , l'universalité. Nos passions et nos superstitions sont les ténèbres qui l'environnent : les lois de la nature sont sa lumière.

Notre but est d'ei^aminer les questions morales, philosophiques , politiques , religieuses, qui importent à l'homme, et de les ramener à la vérité en les soumettant à une. autorité imxuuable.

Ainsi nous arrivons par degrés à la partie la plos importante de ce livre : les études morales de l'Évangile; nous disons la plus importante, car toute éducation qui n'est pas religieuse décompiète

Uigiiizca by LiOO^l

DES MteBS DB FàMIIXS* 121

rhomme, etne réussit tout au plus qu'à former un animal iotelligent. C'est une erreur de penser que

rhommeest grand par la science ; il n'est grand, il n'est ibomme, que par la connaissance de Bien. ' Hors de là, nous ne voyons rien que sa vie bornée, eiane philosophie sans lumière.

Pourquoi Tégolsme général ? pourquoi rameur ' dePor, Tamour du pouvoir, Tamour de la vengeance, au lieu de l'amour de Thumanité ? Pourquoi tant d'ambition qui enranttî Lazit de crimes? pourquoi tant de meurtres, d'adultères, dlngratitudes, de calomnies , de jdivagations , de dépravation ? Deux causes : l'errèàr etlà mïsére* Un seul remède : la religion.

Vous aurez beau vous agiter, vous tourmenter , creuser votre cerveau ; pour suppléer à celte puis-^ sancc divine, vous interrogerez en vain toutes les sciences dont vous êtes si orgueilleux , et les chiffres de l'algèbre et les lignes de la géométrie ; ces vastes déploiements de rinlelligeuce ne vous donneront rien que la matière d'un savant. Pour faire un homme, il faut dcvelopper une âme, et dès que râme parait , elle cherche son Dieu : ainsi nous revenons toujours à cette chose tant méprisée : la rclîgioa.

Tel est en résumé le plan de ces études. Nous

l'adressons aux mères , non pour qu'elles en con- hent les principes à la mémoire de leurs enfants , mais pour qu'elles les leur impriment généreuse-

189 BE l'êducatioh des mèms de famille.

ment et profondément en i'àme : leur mission n'est

point un enseignement, elle est une influence; co n'est point le savoir qu'elles donnent, c'est l'inspiration et la direction. Au sein de sa famille , Fen-faut reçoit un certain nombre d'idées qui appartiennent à son siècle, à sa nation et an rang qu'il y occupe. Ces idées sont plus ou moiiis élevées, plus ou moins vraies ; il y en a qui n'expriment que des passions politiques ou religieuses, d'autres qui ne sont que des préjugés ou des superstitions : n'importe ! plongé dans cette atmosphère , il s'en im<> prègne ; il devient tout ce qu'il voit, tout ce qu'il entend , royaliste ou jacobin , fanatique ou athée , comme jadis on était Armagnac ou Bourguigaou . Navarrois ou Ligueur. Les impressions de son enfance le passionnent pour un parti, pour un intérêt, jamais pour la vérité ! »

Ne sentez-vous pas que là est la source de toutes nos erreurs?

C'est donc dans la famille qu'il faut porter Té- , ducatiou. La vérité doit nous y apparaître comme le devoir à Sparte et la patrie à J&ome* La vérité, ce mobile des nations modernes , le monde entier lui est promis : et si de l'amour de la patrie on a vu sortir des peuples de héros , de cet amour plus vaste et plus sublime on verra sortir la civilisatiuu du genre humain»

CHAPIXAfi lUlh .

ÏÏE L'iDirGATIOn PHYSIQUE DES EEFAHTft» ET DE

SES PEOCUKÉS.

C*ctt merveille, coMbien Pkton te monlre soigneux en §e9 loir, de la gayetc et passetemps de la jeunesse : et combien Il s*arrète à leurs «eUriei , jea^K , ehaniont, •anlU et dansei : desqnêUei il dit que l'anlfqûué a donné la conduile et le patron n a aux dieux mesuiel.

(IVIoMAiG^K, Essais, liy. I, ch. 2S.)

La inotalc est si nouvelle en Europe que les gouvernements ont igoon» jiisq\i*aujourd'hui qu'ils devaient protcgei- • les enfants.

(Bernardin de Saint-Piehre , Discours sur i'Ëducaliou des Femmes.)

Au moment de commencer réducation des aicres de famille , je vois lear sollicitude s'éveiller. Elles demandent quelle iiislruction jedestîneà leurs dis, et comment et par qui cette instruction sera donnée. Iront-ils au collège? apprendrônl-ils le gree €t le latin , les mathématiques et la chimie ? suivront^ils les méthodes anciennes ou les nouvelles ?

184 n l'ébugatior

Dans la situation présente des esprits^ tout est péril, l'ignorance comme la science , la rudesse des maîtres comme la mollesse des principes ; tout, jusqu'à la liberté d'enseignement , qui menace de porter dans les écoles les doctrines violentes qui divisent la société*

Avant de répondre à ces questions, et nous y répondrons à la fin de ce livre , il importe de constater les changements qui se sont opérés i la fois et dans la discApiine des familles et dans la discipline des collèges. Notre révolution , j'entends la première, n'a pas été moins favorable au bonheur matériel des enfants qu'au bonheur matériel des peuples. Les temps ne sont pas encore très éloignés où la sévérité des pères encourageait la sévérité des professeurs : les yeux d'un pauvre écolier ne rencontraient alors que des fronts austères et des mains armées de fouets. Partout l'abus de la force et l'oubli de l'humanité. On appliquait à l'éduca lion toutes les formes des gouvernements despotiques, et jusqu'à leurs punitions infamantes. Les collèges avaient des/ouetteurs à titre d'office , et c'est ainsi que le boumaïi-se t'r^^ introduit dans les classesdes petits enfants.

Hais aujourd'hui tout est changé : les écoles ne sont plus jonchées de verges. Les dons des souverains < n'y servent plus i renouveler les instru-

1 Louis XI s'étant fait inscrire à la téte des boursiers

D£S ËNFAKTS.

mentsde tortures. Vous n'y oyez pins, comme da

temps de Montaigne, les cris des enfants suppliciés par des mattres enirrés de colère. Le fonet, la faim, les gênes , ont cessé d'être les puissances morales de l'éducation , et les professeurs , choisis enfin parmi les pères 'de famille^ ont renoncé a traiter nos enfants dans les collèges , ces âmes tendres et mintives, comme on traitait les criminels sur les places publiques.

L'origine de ces réformes est tout entière dans| les améliorations de la vie domestique. A mesure * que s'effaçaient les sévérités paternelles, les cruautés scolastiques devaient s'évanouir. Dans notre ^ nouveau régime, la puissance tyrannique des pères a été décroissante, comme celle des rois, dont elle était rimage ; mais ce que nous avons perdu en despotisme, nous l'avons regagné en bonheur* Autrefois lespères étaient longtemps privés de la vue de leurs petits enfants j puis, après des années d'absence, la grossièreté de ceux qu'on leur rapportait de nourrice les rebutait. Ignorant tous les charmes de rinnocence, Fhomme se croyait obligé de comprimer sa famille avec des verges et un visage tou- . jours sévère. Il n'osait se montrer ni bon ni affectueux, crainte de tout gâter : ainsi la rudesse

du Collège de Navarre , le prix de sa bourse était consacré à acheter des verges pour le châtiment des écoliers. ( Voyeï Coquille, Hiâtoire du Niwmifia, p. 159. )

196 DB L'ADirCâTION

étonffîiit ramoiur. Mais comment, montrer un front

chagrin à l'enfant qui se joue sur le sein de sa mûre? comment exiger une obéissance servile, une politesse froide, de cette douce et ymignonne créature qui choque jour, en nous faisant admiréfèés grâces^ nous habitue à craindre ses làrmes et à aimer ses caresses? Eh bien, les maris ne sont plus despotes! les rois ne sont plus absolus! et les pères daignent aimer leurs enfants ! Est-ce donc un si grand maljheur ? Voilà que toutes les formes austères disparaissent, et partout à leur place nous retrouvons les jeux, les ris, les chansons et l'amour!.

Youlez-irous jouir de tous les enchantements d'un si doux spectacle? entrez au jardin des Tuileries un jour d'été, à l'heure où le soleil et l'ombre tombent du haut des massifs et parent le sol d'une lueur dorée et des molles découpures du feuillage. Le monde élégant ne foule guère^ 6e ta^ pis aérien; il ignore qu'à midi, sous ses voûtes étincelantes, on peut goûter Tombre et le frais. A peine quelques promeneurs solitaires apparaissent de loin en loin, glissent et se perdent dans la profondeur des avenues. Mais alors de tous cotés on voit des groupes d'enfants dans les toilettes les plus gracieuses et les plus commodes; petits gar* çons, petites filles, en pantalons, en tuniques, en robes larges et courtes^ aux ceintures flottantes de toutes couleurs, courant, dansant, chantant des rondes, et jouant à la corde et au cerceau, am

1IB8 E1IFAIIIT8. 1S7

ces grâces vives el naïves qui n'appartiennent qu'au

premier âge. Charmantes créatures, elles remplissent de leur joie ces longues allées, où elles apparaissent auprès de leurs mères, comme des ombres beareuses, sous la lumière des Cbamps-Élysées*

Afa ! jouissez de ces momepts ri doux ! ils vous appartiennent tout entiers. Bonacs mères ! provideocede vos chers enfants, laissez la bienfaisante natare développer leurs membres délicats; d'autres bientôt orneront leur esprit, cultiveront leur intelligence : mais c'est à vous, à vous seules, à les armer pour le moude, qui déjà les réclame. Sons ces frais ombrages, prêtez un moment l'o* rcille, écoutez ces rumeurs prolongées : on dirait les roulements lointains de l'Océan ; c'est la cité qui gronde, c'est sa voix qui vous menace. Hélas ! pauvres enfants ! ils n'auront fait que traverser ces bocages! Encore quelques jours, et ils iront se perdre à jamais dans ces tempêtes dont les bruits formidables arrivent jusqu'à vous.

Page 1