CHAPITRE y
I>E L>11ITELL1GE]IC£ LES ABIM AUX.
Quand nous songeons à cescliosei, nons sommes tentés fie saluer Wans ce quadrupède fntéressant (le cliiea) la seconde intelligence visible que le ciel ait placée «ur la terre.
(KÉRATRY, Inductions morales et physiologiques, p. 255.)
Ainsi lei lêtet tenteot, comparent , jngent , réfl^liiitent ^ conduent, wè KBsoliviennent, etc.; ellet ont, eo fait d'idéet sniviet , tout ce dont on a besoin ponr pader.
(LiROTt Lettres philosoplitqnesaur lintelligencc des Animaux, p. 52.)
Noas ne voyons de rhomme que son corps : un
corps soumis à tous les besoins, à toutes les passions des animaux ; une chair dont les infirmités inspirent le dégoût, et dont la nndité imprime la honte ; un cadavre animé par rintelligence, mais promis à la corruption, et gardé par la douleur ; des sens que nous partageons avec la brute, et dont
la privation nous réduirait aa néant, voilà en effet tôni 'ce-qoi tne^^pjpe en jetant les yeux sur moimême. Mais lorsque je viens à songer que tout à rheuie^nne autre partie de mon être, que je ne vois^ pas, '^élàit absorbé dans la contemplation de Dieu, mon âme se relève ! je m'étoiuie dr coucex <u*r autre cbose«^quei>ia>4iiatière, de pressentir autre chosetqiie te^teiHps r-jeme réconnais deux natures, car j'aspire à riiiliui ; j<; uie surprciids deux vuIumlét^eftp /^i^ouve- des combats ; je me sens double parle désaccord demies passions célestes-et terrestres, par mei> a^jpéUls et mes seiitiuieiils, par lues be»Blitf9|tiaeB criàintes et mes espérances ! il y a imminoi dans rhomme l «^Mné*^ -
i Touteids,^ ce corps m'embarrasse : il marque QiGlélii»|p pàri|u IjE»s^ animaux ; il me^ flêtftrtt'une i^;^^ rèiiMblltaiuce> fatale. N'avons-nous pas les mêmes organes? et ces organes ae produisent-ils pas les iMniM lâiéiromènes ? Voyee ce chien qui repose à
mes pieds : les nerfs de sou cerveau se projettent aux i>£ganes des cinq sens, et le metteul eu rapport aiW^ iàlMide 'extérieur : la lumière agit sur ses
yeux, le sou sur ses oreilles, le j^ouL sur sou [)alaisj iLen reçoit des sensations et des images qui déter* mÎDilIlîlifie ai^tion^ Locke ne donne pas d'autre
oriiriue à nos pensées ! Or, dans ces [)ro(li|^es d'une iaieUigi^Q^ matérielle , comment Tanimal mon«- ItinNMl^eiÉnlns'que^l -homme ne descende?
Quelle différence! s'écrie le philosophe : les sons
176 D£ L*lllTSLUâ£NC£
de rhommtî leçoiveiit des impressions, mais l^auie esl là pour les recojQiiaiire, fit c'est elle qui voit^ qui seni,qai enlend etqai rmtl daos lesanimux rien de tout cela! — Alors, je vous le demande, pourquoi Ja vue, Touïe, le toucher et le goût dans les animaux? pourquoi des sens, s'ilsdoiyeQt rester inutiles, sans perception et sans action?
De deux choses Tune : ou ce n'e&t pas Tame qui voit , entend , sent et veut dans .rfaomme ; ou les animaux ont comme nous une âme qui voit, qui entend, qui sent et qui veut !
Ces deux âmes seront de même nature, puisque, servies par les mêmes organes, elles reçoivent les mêmes sensations. Donnerex^voiis aux animaux une âme immatérielle, e'est-^à-dtre immortelle? le pourrcz-vous sans porter votre propre accusation, vous qui les égorgez, vous qui les dévorex depuis le commencement du monde?
ht coiiuneat une vérité dont Tigoorance constitue le genre humain dans le erijm serait-ette restée stérile pendant six mille ans ?
Réduirons-nous les animaux à l'instinct? dironsnous qu'ils agissent sans intelligence comme les
ressorts d'une machine? xivaut de sauver notre àme par d'aussi tristes sophismes, observons ce qi^i se passe autour de nous* Yoilà mon chien qui i^ient de s'endormir au coin de mon feu : son sommeil est agité, U a un songe, et dans ce songe il poursuit sa proie, il attaque son ennemi, il leToit, il
DANS LBS ANIMAUX.
Teetend, il le dévore ; il a des sensations, des passions et des idées. Je l'appelle, je le lire de ses visions; il redevient calme. Je prends mon ehapem^t il s'élance, saute, me regarde, m'étudie, se traîne à mes pieds, court à ma porte, se réjouit ou s'al» . Iriste, suivant la volonté que j'exprime. Que s'estil donc passé dans son cerveau? quelle liaisoii d'idées entre mes paroles et la promenade qu'il prévoit ! Comment cette seule action de prendre mon chapeau éveille-t-elle en lui un souvenir, un désir et une volonté? Il espère, et il me iiatte ; il me caresse, et il s'humilie pour que je Texance; il cherche à me séduire par sa joie, et à n^e toucher par sa tristesse* Les combinaisons de .mon^ntelligence n'iraient pas au-delà ; c'est à hnoiiNiu orateur pathétique et un courtisan plein de i:jLises. Je Itobserve, et je tb'effraie; voilà un animal qui pense, qui veut, qui se ressouvient, qui combine. Il y a des moments où je suis tenté de lui croire unrâme : car enfin je trouve dans son intelligence les phénomènes qui sont dans la mienne ; il s'établit méme une correspondance entre nos volontés etiiios»pénsées, nos deux moi se rencontrent et se comprennent. Si je l'appelle, il accourt ; si je le jgrokûle^il gémir; si je l'oublie, il me pousse : nous
néfe^>|Étendons, parce qu'il pense les pensées
d'un animal! La matière penserait-elle? et si la matière peut penser dans 1^ brute^ pourquoi ne penserait-elle pas aussi dans Thomme?
178 DE L'llfT£IXIfiENGjB
Mais^ difa-t^^ le» marques d'inteUigenee ifoi
vous étunnerit ne sont que les inspirations d'un maître. Le chieo, aDimal civilisé, répète des pensées comme un perroqaet répète des mots sans en connaître le sens, — Et cependant, si le chien est susceptible de perfectionnement^ si l'éducatioo peut changer ses habitudes^ modifier ses actions, il faudra toujours en conclure qu'il y a quelque chose en lui qui réfléchit et qui se ressouvienl. I/éducadon des bètes^ sans réflexion de leur pari, serait aussi incompréhensible que celles des hommes sans lil)erté Le chien de .bassç-cour^ par. exemple, dont rien n'éveille rin^eiïigehcé/ condamné qu'il est à la chaîne comme un esclave , reste toute sa rie dans un état complet de stupidité, tandis que le chien de berger se développe par tous les accidents de sa vie active et attentive. Ck>ntiaueUement occupé de la garde d'un troupeau, tous les faits relatifs à cet office prennent place dans sa mémoire; il en résulte pour lui un ensem* ble de connaissances qui le guident fit qui Tinspirent. Son œil veille, son oreille écoute ; il se concentre dans une double attention , regardant son maître pour lui obéir, regardant son troupeau pour le guider. Il y a des actions qu'il tolère, et d'autres qu'il défend; il distingue le champ de blé vert
i Lettres philosophiques sur l'Intelligence et la Perfectibilité dee Ainimam, par Leroy , p. 09.
uiyiii^ed by
qui doit être épargné, du pâturage qui peut être pesmisj^ii tire uoe ligne eotre l'on et Tautre, ra* meimt^tDqjgiâv à ^«fdre/ la Iroape ande et ignora u Le, imposant aux téméraires par des mouvemrats qui les épouvantent, et châtiant lea obstinés auquela lui premier avertissement ne suffit pas* Or, que d- intelligence dans ces opérations variées ! JUapîmaL distingue^ ciioi&it, gronde, châtie, obéit, coMMiiMle ; il reçoit des ordres qu'il ezéeiite, et d'autres qu'il transmet ; tout cela avec rapidité ^ ÎDStiee^ et discernement. Lorsque les bétes font des éâbÊài^<fBLe nous ne pourrions faire sana raisonner eiaws juger, il faut bien croire qu'eUes raisonnent ét qofeUea jugent, . Des animaux privés, dont l'intelligelice se déve* lûn^:F^^d^o^^^!^*^ l'homme, passons aux animàiOMiavages, dont l'intelUgenee se développe par le péril et la faim. Les chasseurs remarquent tmiMris- grande différence entre les actions d'un loup jefiÉe^ et ignorant et celles d'nn loup vieilli au milieu des embûches. La marche du premier eal4aBjoarsi librê et hairâie, la marche du second esMtR^^mirs prudente et inquiète ; partout où il évente un homme , il soupçonne un piège : alors la prcnela plus séduisante ne le tenterait pas , et cette sensation , devenue terrible pour lui , l'^n^ porte même sur les fureurs de la faim. ^ Le cercle de ses idées s'étend donc par le péril ; il perd son caractère naturel , qui est Taudace; il
ISO fis L'mXKLLIQllieB
se compose un caraotère faetice , qui est la crainte ;
il devient défiant, c'est-à-dire qu'il fait des rapprochements , des raisonnements , et que du passé il conclut Tavenir. Ceci est pour l'individu isolé ; mais l'association passagère de deux individus de la même espèce exerce une influence bien autrement prodigieuse. Et d'abord , si les ruses qui nécessitent le concours de deux animaux supposent des idées , Texécution de ces idées supposera nécessairement des moyens de communication. Voilà donc les animaux qui tiennent conseil y comme dans les fables de La Fontaine ; ils combinent un projet , ils arrêtent une suite d'actions dont chaque résultat est prévu. Par exemple , il s'agit d'attaquer un troupeau ; sa garde est confiée à un chien , on le sait ; il faut donc écarter le chien. La louve se présente , insulte le parc , se faitpoursuiyre , et pendant ce temps , sans péril et sans combat , le mâle enlève une brebis dont la louve , après avoir dévoyé le chien , ne tarde pas i venir réclamer sa part. — Faut^il attaquer quelque bête/fauve^ les rôles se partagent en raison des forces : le loup se met en quête , efiraie ranimai, le poursuit et le dirige vers un lieu convenu où la louve , placée eu embuscade , le prend avec des forces f ratehes , et recommence une course dont celle fois le résultat est certain'. Hciusera-t-
1 Voyez les LnHnê pkiUmphiqu€B sur VlnMU^Bmce
UèMB LES ANIMAUX. 181
oa la pensée à ees combioaisona hardie» dont lou*
tes les chances sont prévues, dont tous les résultats sont assurés , et qui varient toujours suivant les temps , les lieux , les besoins et le péril ? La mécanique de Descartes n'explique rien, et, ce qui est plus triste , elle flétrit tout* r
Hais cherchons des exemples d'une nature plus sauvage ; pénétrons avec Audubon dans les forêts vierges 4le l'Amérique , et demandons à ce sablime contemplateur quelques-unes de ses obser«^ vations sur les mœurs primitives des animaux.
ic fin automne, au moment où des milliers d'oi* seaux fuient le nord et se rapprochent du soleil, laissez votre barque /efi^eur^r Tçau du Mississipi,
Quand vous ven^iÉ^défix arbres 'dont la cime dépasse toutes les autres cimes s'élever en face Tun de Tautre sur les bords du fleuve , levez les yeux ; l'aigle est là , perché sur le faite d'un des arbres : son œil étincelle dans sou orbite , et parait brûler comme la flamme ; il contemple attentivement toute l'étendue des eaux : sonvent son regard s'arrête sur le sol ; il observe , il attend ; tous les bruits qui se font entendre , il les écoute , il les recueille, il les distingue. Le^daim, qui eiHeure à peine les feuillages , ne lui échappe pas. Sur l'arbre opposé , Taigle femelle reste en senti*
dèàaWliim^^ par Leroy , p. 24 et 87. Voyez aussi le Par- ^sftâibwMiiïdiinlHirivkp. Un vol. in^».
182 DE L'iNT£LU6ËNC£
neile : de momenl en moment son cri semble
exhorter le mâle à la patience; il y répond par un battement d'ailes, par une inclination de tout son corps , et par un g^pissement dont la discordance et l'éclat ressemWent au ï^ire d'un maniaque; puis ' ' > il se redresse : à son immobilité , à son silence , vous le croiriez de marbre. Les x^anards de toute espèce, les^poules d'eau, les^out^rdes,, fuient par bataillons s^rr^s, que le cours de l'eau emporte ; proie que Taiglle dédaigne , et que ce mépris sauve de la mort. Un son , que le vent fait voler sur le courant, arrive enfin jusqu'à Toule des deux brigands; ce son a le retentissement et la raucité/L.4M<^ d'un instrument de cuivre : c'est le chant du cy- ^^*'^ " < V gne, La femelle avertit le mâle par un appel com* posé de deux notes ; tout le corps de Taigle frémit ; deux ou trois coups de bec dont il frappe rapidement son plumage , le préparent à son ex* pédition : il va partir. j u Le cygne vient comme un vaisseau flottant i dans l'air, son col d'une blancheur de neige I étendu en avant, Tœil ctincelant d'inquiétude. Le mouvement précipité de ses deux ailes suffît à peine i soutenir la masse de son corps , et ses pattes, qui se reploient sous sa queue , disparaissent àrœii. Il approche lentement, victime dévouée. Un cri de guerre se fait entendre : Taigle part { avec la rapidité de l'étoile qui file ou de l'éclair qui resplendit. Le cygne voit son bourreau , abaisse
BAiis ju» ànvÊÈMX. 183
son col, décrit ua demi-cercle, et manœuvre dans Tagonie de sa crainte pour échapper i la mort. Une seule chance lui resLc, c'est de plonger dans le courant} mais Taiglc prévoit la ruse; il force sa proie à rester dans Fair , en se tenant sans relâche au-dessous d'elle, et en menaçant de la frapper an ventre et sous les ailes. Cette pro* fondeur de combinaison , que rhomme envierait à l'oiseau, ne manque jamais d'atteindre son but : le cygne s'affaiblit , se lasse et perd tout espoir de salut ; mais alors son ennemi craint encore qn*ii n'aille tomber dans l'eau du fleuve. Un coup des serres de Taigle frappe la victime sons l'aile , et la précipite obliquement snr le rivage !
u Tant de puissance , d'adresse , d'activité, de prudence , ont achevé la conquête. Vous ne verriez pas sans effroi le triomphe de l'aigle :i4 danse sur le cadavre ; il enfonce profondément ses armes.d'airain dans le cœnr dn cygne mourant ; il bat des ailes , il hurle de juie , les dernières convulsions de l'oiseau renivrent} il lève sa téte chauve vers le ciel , et ses yeux enflammés d'or* gueil se colorent comme le sang ; sa femelle vient le rejoindre 9 tous deux ils retournent le cygne, percent sa poitrine de leur bec , et se gorgent dn sang encore chaud qui en jaillit ^ »
1 Voyez Tannoncedu magnifique ouvrage sur les oiseaux d'Audubon , dans la Mevue Britannique , seplem-
184 BB L'mmtiGnfGS
Dans ce drame terrible l'intelligence s'unit à rinstinot : il est impossible de n'y pas reconnaître rattention, l'observation, la réflexion. Une prévoyance qui nait de l'expérience , des combinaisons qui supposent la mémoire , iineânlelligeiice qui satisfait une passion, un langage qui éveille des idées , et une volonté qui les dirige.
L'existence des animaux est incompréhensible , c'est un abîme où brillent quelques éclairs qui ajoutent à notre effroi. Jetés comme nous sur ce globe , dont ils possèdent une partie, ils y développent comme nous mille industries diverses ; ils y combattent , ils y travaillent , réduits qu'ils sont à défendre contre tous les éléments une vie livrée, comme la notre , au double ^ravage du plaisir et de la douleur I
La imture ne les arme et ne les conserve que dans l'intérêt d'une harmonie générale, et tous leurs rapports avec Tbomme sont ceux du serviteur au maître : troupeaux paisibles , ils fournissent à nos vêtements et à notre nourriture; manœuvres patients, ils labourent ilos terres; sentinelles vigilantes, ils gardent nos maisons; partout leurs travaux nous soulagent , et pour nous les prodiguer ils consentent à recevoir de notre main une nourriture que la terre leur offrait sans
bre 18Si. Cet excellent article est tiré du Blackwocd^s MagaMinc, et admirablement traduit par M. Chaies.
condition. Partout leurs chants nous égaient , et pour nous les faire entendre , ils se rapprochent instinctivement de nos demeures ; c'est toujours à la portée de notre oreille que les oiseaux modulent leurs concerts. Dieu a voulu que le point harmonieux d'acoustique fût de Thabitation de rhomme.
Anéantissez l'homme , et les animaux , mattres
du monde, continuent de le peupler et de le posséder } anéantissez les animaux , et ce globe cesse d'être habitable , et le genre humain périt.
Ainsi notre existence tient à la leur; ils nous touchent de toutes parts sans toutefois s'éleyer jamais jusqu'à nous : la nature ne leur donne de lumière que ce qu'il en faut pour nous échapper ou nous servir; mais cette lumière c'est une intelligence ; mais cette intelligence nous comprend et nous obéit. Sous cette grossière enveloppe il y a une pensée qui me connaît , il y a des affections qui me cherchent. La nature semble avoir prodigué à la matière tous les dévouements que nous attribuons à l'amour i Ce chien que j'aime, qui m'en* tend, et dans lequel j'ai trouvé un ami, je me sens à la lois confondu de sa puissance aimante et pensante, et écrasé de son néant. Pourquoi tous ces milliers d'êtres vivent-ils pour mourir? dans quel but se perpétuent-ils ? que font-ils sur ce globe , qui ne leur appartient qu'en notre absence ? Ont-ils un avenir comme nous? alors pourquoi les livrer 1. 16
186 a£ I.'xilTEI.UGjBIICS
aux caprices du genre humain? ne sont-ils qu'une proie préparée à notre voracité? alors pourquoi les passions? pourquoi le plaisir? pourquoi la douleur? pourquoi la vie et la pensée?
Lorsqu'une vérité nous trouble, nous la nions comme si notre témoignage pouvait Tanéantir; il arrive aussi quelquefois que des esprits supérieurs lui opposent un système, et s'imaginent avoir sauvé rhumanité. Mais la vérité existe, il fiiut que son jour arrive, car tous les yeux la cherchent sur la terre. Qu'importent alors les erreurs sy stéma-* tiques de Descartés , de Bossuet , de Locke , de Buffon ! le géi^ie n'a point d'autorité pour le mensonge.
Cette peur de la vérité vient de Tignoranee d'une
vérité supérieure : c'est que la vérité est toujours bonne I il faut donc l'adopter lorsqu'elle sepré^ sente, quelles que soient d'ailleurs les api^arences fâcheuses dont nos préjugés l'environnent» Comment ferait-elle du mal aux hommes? n'est«-eUe pas la pensée même de Dieu?
Fort de ces maximes, nous ne reculerons pas devant la vérité. Nous dirons : Les idées *des animaux et les idées de l'homme ont une source commune ; elles s'engendrent par le même principe : la sensation ; elles se multiplient par le même moyen : la mémoire, la comparaison, le jugement; elles s'exereent par la même faculté i le vouloir. Ainsi penser, sentir, se ressouvenir, vouIcMr, sont
BAH» usa AIUUCX. Ul
des facultés animales , et non des facultés spirituelles i il faut s'arrêter à ce premier puiot , car dans tes systèmes des philosophes , ces facultés appartiennent à l'âme , et coiislituent pour ainsi dire Tétre humain tout entier. Une pareille vue donne le vertige! en vain pour sauver Fâme et l'arracher à la matière, nous en appelons à l'étendue de notre intelligence, à la supériorité de nos pensées. Le physiotogbte nous répond le scalpel à la main, en nous montrant la supériorité de nos organes ; il mesure la perfection de l'intelligence , à la perfection de rinstrument. Passant du coquiI«/^'^' lage à l'insecte , de Tinsecte au chien , du chien à l'homme , il nous montre la pensée attachée à la forme , et se développant avec elle toujours plus vaste , toujours plus puissante à mesure que l'animal s'élève dans l'échelle des êtres, et que ses organes se perfectionnent. Il recoanaitdans la libre palpitante une loi matérielle qui enveloppe toutes les créatures : Thonme n^est pour lui que le pre* mier des animaux !
Ses observations sont vraies, les conclusions qu'il en tire sont justes : on peut tout lui abandonner, tout lui accorder ; il raisonne sur des ca- davres !
Remarquons d'abord que la force de ses arguments repose sur une erreur métaphysique ! c'est que la sensation, la pensée , la mémoire et les volontés animales sont des facultés de Fâme.
188 DE l'iivtelligenge dans les animaux.
Et si toutes ces choses n'appartiennent pas à Tàme que deviennent les arguments?
La question se réduit donc à séparer les facultés intelligentes de l'animal des facultés intellectuelles de riiomme ; à savoir ce qui constitue l'homme : cette séparation n'a jamais été tentée , car on ne peut appeler une tentative les divisions systématiques qui régentent les écoles depuis tant de siècles, et qui tendent à une confusion funeste !
Voici le principe : aucune des facultés que l'homme partage avec les animaux n'appartient a l'ame.
De ce principe, à la fois simple et transcendant, il résulte ce fait, que les facultés de l'àme sont indépendantes des sens et des organes.
Or, la science du physiologiste est toute matérielle : il juge de l'intelligence par les corps; les • formes lui révèlent les facultés. Comment jugerat-il de l'àme, qui ne touche à rien de ce qu'il , voit? où cessent les rapports, cesse la science; l'étude de l'esprit ne peut plus être confondue avec l'étude de la matière ; la physiologie s'arrête sur les bords de la métaphysique !