‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 17 sur 116 · CHAPITRE UI · texte numérisé non relu

CHAPITRE UI

GOHHiU8-tOI TOI-lliMB«

Oue sont tous les intérêts de la terre , que sont totitrs les passions^ anptts de ce grand iotérét de l'être Spirituel te clierchaat lui-niéiiie?

(VlLLEMAiK , Méiaoges iiuêraircs , p. 374.)

Deux choses me troublent en eomniençani Té-

tude de rhomme :

L'abrutissement, qui peut le faire tomber au rang des animaux ,

El riotelUgence , qui soulève quelqueiois les animaux jusqufà lui !

Je voudrais saisir les extrémités de cette chaîne, et savoir si elles se touchent. Je voudrais counattre les phénomènes de Tinstinct et de Tintelligenee, et savoir s'il y a quelque chose au-delà. Je voudrais enfin comparer la perception , la ré*

flexion, le jugement, la mémoire^ la volonté dans les animaux et dan^ rhomme ; fixer d'une raison

ferme les rapports qui les miissent, ou les lails qui les séparent; et eela sans autre intérêt, sans autre bot que la vérité : ayant le jcourage de la voir en face, n'eùt-elle à m'offrir que le fantôme de Berkeley, oa le cadavre du matérialisme.

Science importante, seule base possible de la morale universelle, tout homme qui pense doit faire effort pour s*y reconnaître j la foi n'est permise qu'après la réflexion.

Et pour m'y préparer, je veux oublier tout ce que je sais, tout ce que je crois, tout ce que je désire : les épouvantes du néant, et les ravissements de rimmortalité! Je veux chercher seul dans les ténèbres cette étincelle qui peut me donner la vie, ou cette vérité qui peut m'écraser.

Mais avant tout, je me demande qui a pu éveiller en moi des curiosités si sublimes ? d'où me vieniieiit-elies ? pourquoi cette inquiétude qui dépasse tout ce que je vois ? V ous vous étonnez de la faiblesse d'une créature qui ne peut résoudre aucune de ces questions, et moi j'admire la grandeur de Tàme qui a pu sé les adresser l

Cherchons donc si cette grandeur" n'appartient

qu'à rhomme : étudions rintelligence humaine

dans les animaux qui se rapprochent le plus de

nous, et rintelligence des animaux dans les hommes

qui se rapprochent le plus de la brute. Comparons

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les phénomènes instinctifs et inteilectnels qui dé-

pcndenL de Taction da système nerveux, avec les phénomènes de la conscience et de la raison, et marquons, s'il se peut, le point précis où s^arrèle l'influence de l'organisa tion, et où commence notre liberté morale.

Et sur cet examen , vous déciderez lequel fui dupe, d'Aristîppe ou de Socrate, de Dubois ou de Fénélon ; lequel entend ses véritables intérêts, du voluptueux qui vit dans ses sens et dans ses pas*sions, ou du sage qui vit dans son âme et dans la vertu. L'éducation, la politique, la vie des individus et des peuples, toute la science philosophique de rhomme sort de ces questions, si vivifiantes et si vastes, qu^essayerde les résoudre, c'est déjà bien mériter du genre humain.

CUAPITBE IV.

nfi L'JJIATllGT.

Il efl dangereux de Irop faire vuir ù Thomme combien il ef l égal aux bétet , Mirtltti montrer ta gnùàma» Il ett daag«reux de lut faire trop vqir M gvaii'denr tant sa bassesse ; il cal encore plus dangereux de lut laiiter ignorer l'un et r«iilre.

(Pascal.)

L*ins(incl est cette impulsion saâs ralsontienneiil

qui (iélermine d'une manière invariable le caractère, les mœurs et les habitudes des^ animaux. L'instinct pur, ou presque sans mélange didtelHgence réfléchie, se montre surtout dans les insectes : leur existence est si courte que Dieu ne pouvait confier an temps le soin de les instruire ; ils arrivent donc tout instruits sur la terre, sachant lemrsrôles, si je peux m'exprimer ainsi, et n^ayant besoin ni de leçons ni (rexemples pour accomplir leur d€[»iinée. £o voyant les ruses, les travaux, les

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combats, Tattaque, la dérense de ces muililudes armées, je m'étoane que le tableau n'ait pas changé depuis Je commencement du monde : toutes les espèces sont en guerre, et cependant aucune oe s^anéantit ; aucune n'est plus puissante que Tautre. Il y a dans ce chaos de destructions et de reproductions, dansxette variété de forces et d'instincts, une harmonie qui règle, une intelligence qui veille. On sent que tous ces petits drames joyeux ou funè< bresont été composés par le même auteur j qu'une seule main en tient le fil, que c'est une seule œuvre, dont les entrées et les sorties sont combinées de manière à durer éternellement : Tunité de Dieu se . manifeste jusque dans les merveilles de ce petit monde !

Les prévoyances de l'instinct sont quelquefois 4oublesdanslemême insecte : une chenille ravage i'arbre qu'elle aime, se file un }inçeul ous^nsevelit dans sa chrysalide, y cfiangé ^ïe'^ioSrme, et reparaît ensuite avec les ailes brillantes du papillon* Pendant ce long sommeil l'esprit s'est métamorphosé comme le corps; on dirait qu'au fond de sa tombe, un maître est venu l'instruire. Point de ,ty%^t.*. tâtonnement, point d'apprentissage, point d'essai de sa nouvelle vie ! l'insecte rampant et dévorant déploie tout à coup ses ailes, abandonne la plante sans laquelle il n'aurait pu vivre, dédaigne le ftuillage, sa nourriture habituelle, s'élance de fleurs en fleurs, et vole droit a leurs nectaires pour y

us ii*i]i8îiHcr. usa

puiser uo suc qu'il ne coanait pas : suu caractère, son goût, 868 habitudes, tout est changé I il a la m d'une abeilie, Ja vie d'un oiseau, après avoir eu l'instinct d'une chenille.

T a-t-il deux înslincis dans le même animal ? que faisait le second pendaîit faction du premier? luie nouvelle organisation sutht-cUe pour détermi» œrde nouvèlles habitudes? Qu'importe ? toutes les solutions imaginables •de ce double phénomène, qu'elles soient morales, qu'elles soient physiologie que», ne peuvent constater que ce seul fiiit : il y a prévoyance !

L'instinct est donc une prévoyance; de plus, c'est une prévoyance éternelle* Les yeux de nos entants verront l'insecte aux ailes brillantes fendre sa tombe et s'élancer vers k ciel, comme le virent jadlit'let yeux de Platon lorsqu'il en fit TemblSme de rimmortalité.

Mifal «l'instinct produit quelque chose de plus qtÉeles ruses, les combats et le caractère des ani<* maux; il a ses lois générales qui agissent d'une manière uniforme sur toute la matière organisée : tel est l'amour maternel, sentiment énergique, force protectrice dont les êtres les plus faibles se trouvent partout environnés à leur naissance. Il est vrai que cette loi, qui remonte par degrés de Tinsecte à l'homme, soutire quelques exceplious, mais ce sont des exceptions et non des abandons* Où mauqucut les soins d'une mère, la nature ne man-

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que pas. Voyez seulement les poissons, ils sèment leurs œufs par milliers, comme les plantes sèment

leurs graines ; en sorte que ia multiplicité des germes sauve l'espèce, comme aurait pu le faire la vigilance maternelle !

Ailleurs je vois un oiseau destructeur dont la Providence semble vouloir borner la multiplication* La forme de son estomac ne lui permet pas dcicouver, et l'art de se construire un nid lui est inconnu.'Toutelois il ne jette pas au hasard sur la pelouse Tipuf unique qui renferme sa postérité, il cfierche un nid comme s'il en connaissait l'usage ; il y dépose son œuf comme s'il prévoyait les soins de la couvée ; il donne une mère à son petit comme s'il pressentait le sentiment maternel. Toutes ces combinaisons ne sont point de lui, mais elles sont en lui : elles renaissent dans chaque oiseau de sa race; elles sont, non son intelligence, mais l'intelligence de celui qui voulait conserver son œuvre. C'est ainsi que Texception vient i l'appui de la loi générale ; on y reconnaît ia même pensée!

Je me plais à signaler également et les prodiges de Finstincl, et les grandes prévoyances qui s'y rattachent. L'instinct isolé sera toujours inexplicable : le vol d'un moucheron, l'industrie d'une araignée, les travaux d'une ^uépe * pour abriter >/^< le berceau d'une postérité qu'elle ne verra jamais^

1 La guêpe maçonne.

DE L^niSTIlfCT. 171

écrasent rinielligence humaine* Mais l'ensemble

de CCS faits, leur action dans les harmonies da globe, rinstinct, loi générale de la nature, établissant l'équilibre, fondant la durée , révèlent nne cause intelligente, et cette cause une fois trouvée, tout s'explique^^

L'instinct pur Vest qu'une loi de la matière, comme la germination ; seulement il y a un degré de plus vers la vie. Les insectes cherchent leur proie , les racines des végétaux choisissent leur terre; ils enveloppent et défendent leurs œufs, comme la plante enveloppe et réchauffe ses germes : leur science est innée sans volonté et sans conscience. Vous arrachez l'aiguillon d'une guêpe, et longtemps après il s'efforce de piquer ; vous arrachecla pince d'un crabe, et longtemps après elle s^Sprce de saisir. Il est évident que c'est ici une loifmpiAée à la matière : or cette loi est toujours Texpression d'une sollicitude maternelle pour l'individu, soumise à la conservation des espèces et à l'harmonie de l'ensemble.

C'est ainsi qu'en voulant aprofondir l'instinct je n'ai pas tardé à reconnaître qu'il ne s'agissait pas d^dnelsoalté, mais d'une loi. Dès-lors, j'ai dù abandonner Félude des phénomènes, et chercher le but de la loi pour remonter à sa cause ; voilà loiltod^Ml nous est donné desavoir sur ce sujet. Demander quelque chose de plus, c'est ouvrir le chaos des questions insolubles, parce qu'elles sont

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ioatiles ! Toutes les explications du génie tombeal , devant un insecte ; tontes les diflBcnltés de la métaphysique s'évanouissent en présence de Dieu.

Donc si les animaux n'avaient que de rinstînct» la question serait sans péril pour notre âmOé Elle se bornerait à Texamen d'une loi au-dessus de la* quelle l'homme se trouve placé par la conscience, la volonté et la liberté. Mais en m'élevant dans Téchelle des êtres, en passant des animaux à système nerveux ganglionique (les insectes), aux ani-* maux vertébrés (les quadrupèdes, les mammifères, etc.), je rencontre quelque chose de supérieur à l'instinct. Ses actions cessent d'être imposées : elles se modifient, elles se multiplient suivant les circonstances et le besoin. J'observe des perceptions, des souvenirs, des idées, des volontés. Ce n'est plus la géométrie transcendante, mais nécessaire, de l'araignée, et de l'abeiiie ' ; c'est l'intelligence libre d'un être qui réfléchit et qui choisit. L'organisation change en même temps que les facultés. Les insectes n'ont point de cerveau; j'en vois un dans le cheval et dans le chien ; il y a un instrument pour l'intelligence comme il y en a un pour l'instinct. Ici la difficulté n'a plus de bornes! Tant que je n'ai va dans les animaux que l'instinct,

'Un savant mathématicien allemand, Sc1imidius,a publié lin ouvrage spécial sur la géométrie trauscen- . dante des araignées et des aheiUes.

m L'inmKCT. 173

mon âme a été calme; à présent, j'y découvre un ceirean, des sens, une intelligence, et mon éme s'inquiète. Elle comprend que la question pourrait bien remonter jusqu'à elle. Dans son anxiété, elle s'interroge, elle compare, elle cherche à se dépouiller d'une animalité odieuse. Luilv pénible de la matière et de l'esprit, où Tesprit reconnaît eniin sa grandeur, dans le besoin même qu'il éprouve de se séparer du reste de la création !

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