‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 25 sur 116 · DU SENTIMENT DE L'INFINI · texte numérisé non relu

DU SENTIMENT DE L'INFINI

Il est donc vrai , et je ne me trompe point en le disant, je porte toujours au dedans de mot, quoique j(> sois fini, uoe idée qui me repteseute uuc chose infinie.

(FÉKiLON, de ]*Exislencc de Dieu, seconde partie , chap. 2.)

Tout nous échappe sur la terre^ Ions noiM {Mi^e de notre néant : la vie se compose des jours qui S# sont plus, et le présent n'est rien que l'avenir qui passe : encore si le temps épargnait nos :souvenir8; 4

mais après les transports de joie et de douleur , • viennent l'indifférence et l'oubli. Notre e^jstenee s'effiaice jusque dans notre mémonre; nous nous en allons par débris, el ces débris, tombés jour par jour sur notre route, disparaissent à mesure que nous avançons. Ainsi le passé meurt, le présent s'évanouit, et l'avenir n'eàt qu'une espérance ! Une espérance! ô mortel, voilà ta grandeur! au milieu

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de ce inonde de destruction , en présence de la mort et de l'oubli, lorsque tout finit autour de toi, tu espères une vie qui ne doit pas finir. Le mot éternité n'étonne pas ton âme; elle y répond par l'infini, sentiment sublime qui nous détache de l'espace et du temps , et nous ravit au sein de Dieu.

C'est parce que le sentiment de l'infini vit en nous, que rien de ce qui est fini ne peut remplir notre âme.

JL'horreur du néant est une révélation de l'infini.

Mais qu'est-ce que l'infini ? tous mes efforts pour le concevoir sont inutiles. Il m'est également irapossible de le nier et de le comprendre. Ce que je sais, c'est que hors de l'infini il n'y a rien. Guidé par cette faible lumière, je pose unchifi^re auquel j'ajoute sans eesàe d'autres chiffres : je remplis de mes calculs rimmensité; peine inutile : la somme, éternèllemcnt croissante , ne se composant que • de choses finies, mes yeux rencontrent toujours ses deux extrémités, le commencement et la fin. Alors mes regards plongent en deçà et au-delà : point de fin, point de commencement ; ce que le chiffre poursuit sans jamais l'atteindre, ce qui est avant, ce qui est après , ce qui est partout et toujours; voilà l'infini !

Le sentiment de l'infini donne l'idée de tout ce qu'on ne peut saisir par les sens : il réalise pour nous l'inconnu.

810 M tntrmriT vs l'mniii*

L'infini ! c'est Diea ! C'est Diea qne ta cherches, A mon âme s puisque rien de ce qui est fini ne peut t'arrêter ici-bas» l u te détaches de toutes les joies de la tene, parée qne Contes ces joies ont une fin;

tuas horreurde toute limite, parce que toute limite est le néant. Tu ne te reposes qu'en loi-méme dans cet infini, qui dépasse toutes nos passions, et qui est à \;\ fois tua es^iérance , ta lumière et ton ras- •^sasiement.

Ainsi, l'homme est le point d'union entre la nature et son Créateur, tout ce qu'il éprouve au-delà de ses désirs terrestres est un avertissement de l'éternité. Cest par rintelligence et Tamour que la nature arrive à lui, c'est par le senUment de l'infini qu'il arrive à Dieu. La chaîne commencée sur la terre ne se rompt pas, elle va se perdre dans le ciel.

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