DB U RAI80E
^ C*est par la raiion que oous dëcoa? tont
l«s r^let générales de justice qui doivent diriger nos actions.
(Smith, Théorie des SentiraeDts moreoz, t. II9 p. S76.)
TonTre pour la première fois la répablîque de
Platon. Toutes ses pensées me sont nouvelles, et cependant mon àme n'éprouve aucune surprise ; ^ elle se reconnaît, si j'ose dire, dans ces hautes conceptions ; elle y entre avec transport, comme un conquérant dans son empire* Bien plus, sans autre secours que sa propre lumière, elle sépare la vérité de Terreur : il y a en elle un juge qui pèse , discute, choisit ; un juge qui dit : Voilà le bien, voilà le mal. Ce juge, c'est la raison.
La raison est le sentiment du vrai ; c'est une révélation de la sagesse et de l'ordre. Tantôt elle
21 â FACULTÉ DE l'a31£.
plonge dans le inonde des vérités transcendantes ,
tantôt elle nous environne des simples notions du sens commun. Raison pratique et raison pure, elle touche d'une part aux intérêts matériels de l'humanité, de l'autre à Dieu.
DB Là RAISON PRATIQUE.
Les philosophes l'ont calomniée faute de i enlendre. Ils lui reprochent de fléchir sous le joug des passions, comme si elle nous était donnée pour les combattre. Ils ne voient pas que la raison est une lumière, et non une force ; que son oflBce n'est pas de vaincre, mais d'éclairer^ qu'elle ne maîtrise pas nos mauvais penchants, mais qu'elle en montre les supplices ; qu'elle ne commande pas la vertu , mais quelle en signale les ravissements^ voilà la raison : positive , iuOexible , il faut que ses oracles s'accomplissent, soit à la face d'un monde qui la méprise, soit dans les ténèbres de la conscience, où elle jette en fuyant son ilambeau.
C'est donc ici le pouvoir le plus énergique de la nature, car, en s'adressant à Tintelligence, il ne lui laisse d'autre choix que la vérité ou le mensonge, la sagesse ou la folie, la vertu ou le remords. Entre les extrêmes, la raison fait briller sa lumière, dont les reflets divins se projettent au loin dans le ciel !
m hk MAiflon.
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DB LA BAISOIf PURE.
Il y a deux révélations universelles ; Tune exicrieure, c'est la nature ; l'autre intérieure , c'est la raison. La nature parie aux sens; toutes ses perceptions sont locales, diverses et fugitives. La raison est indépendante delà matière ; toutes ses idées sont unes, générales, clernellcs. Unité, géuêraiilé, éternité : triple caractère de la raison !
Vainenient Montaigne et Pascal lui déclarent une guerre furieuse , menaçant de la condition des bêtes quiconque marchera à sa lumière. Personne n'est tenté de les croire. On sent qu'ils se trompent par humilité ou par orgueil ; que si vous leur demandez ce qui les blesse dans la raison, ils vous répondent en dcciiaiil la politique, la médecine, l'histoire, la jurisprudence , toutes les sciences physiques et morales % réduisant la raison à des plaidoyers (ravocats , à des disputes de sophistes , à rimpuissance du génie , aux contradictions des savants ; singulière raison qui ne parle jamais rai* son. Les voilà donc ces hautes intelligences ; méconnaissant l'œuvre de Dieu , calomniant le seul
iJ^Mai» de Montaigne, liv. II, ch. XII 9 P* et ch. XVII , p. 427 , édition de Lefèvre. Penêées de Pascal, art. XI , p. 1!^6 , édition de Lefèvre. #
214 FACULTÉ liE l'aU.
gaide qui poisse nous conduire à la yertu, Vun pour se précipiter dans une loi aveugle dont le dernier terme fut pour luj^ lefèiijce du bonz^et le gris-gris du sauvage ; l'a uLrè pour faire triompher le doute et rincréduiilé.
Quel panégyrique de la raison que cette chute proforidc de ses deux plus puissants adversaires ! Et 9 après cela, comment ne pas s'étonner Jors* qu'on voit Kant , le génie transcendant du siècle , dans le but de frapper la raison, soumettre l'existence de Dieu et l'immortalité de Tàme aux abstractions d'one logique mensongère ; peser les arguments pour et contre, déclarer leurs poids égaux, el triompher ensuite de Fimpuissance de la raison, comme si la raison véritable avait rien de commun avec ces tristes raisonnements, il est très vrai que la philosophie de Kant s'appuie sur cette confusion inaperçue qui altriiiue à la raison tous les sophismes de l'entendement. L'entendement est une puissance composée , par conséquent variable : ses facultés sont à la fois spirituelles et animales ; elles comprennent les sensations et les passions , qui ont chacune leur logique : aussi ne leur est-il pas donné de produire la conviction. Mais la raison est une puissance simple ; elle n^a point d'arguments, point de catégories, poitit d'antinomies; elle es la raison, c'est-à-dire la lumière? Que peuvent les ténèbres contre la lumière ? la raison a toujours raison.
os LA RAISON. 215
Somte inlerrogeaol M enon * , lui demande ce
que c'est que la vertu. « 11 y a, dit Menon , vertu d'homme et de femme, d'eofant et de vieillard, d'esdaye^t de citoyen. — Voilà qui va bien, ré<poiid Sucratc ; nous clierchions une seule vertu , eH'admirable Menon nous en présente un essaim ! » Nos philosophes modernes ont traité la raison comme Meiioii traitait la vertu.
Concluons. La raison n'explique rien, mais elle nous montre Dieu comme Texplication de tout. En •eflFet, tous les [)roblènies que présente reuleudemeiil;ot6u&>les phénomènes que présente la nature, ikè^m^t se résoudre qu'en Dieu; et c'est ainsi que la raison y arrive.
l^Ciai^ par le témoignage des sens , Thommc sait que Te monde existe ; par le témoignage delà riMson,^^c!ei>t-à-dire par ie heu Liment du vrai, il sait
q^ |(ef 9iQnde a un Auteur. £t cette raison ii'est pas4eutement la raison d'un homme, c'est la rai-
&W 4li> rge^re humain !
de Platon ; Menon ou de la Feriu^ t* Vlll ,
' i -Ai
CHAPIIAE XIY.
FACliliTÉ DE L'AVE.
DB LA C01ISGIB1IGE.
Nous formoiu notre conteionce au gré de nos pusionsf et nous croyoàs avoir font gagné pourra que nous puissions notts tromper nous-mêmes.
(BossvBT, Sermons.)
Avec les notioas du bien et du mal, du juste et de rinjuste , s'éveille la conscieDce. C'est la première faculté de Tâme qui apparaisse en nous; elle est énergique, mais aveugle. Qui trompe la conscience peut faire un Ravaillac ou an Marat. L'bomme n'est pas toujours innocent quand sa conscience l'absout! il n'est pas toujours coupable quand sa conscience l'accuse ! Prends garde, jeune mère , voici le moment d'épurer ta raison , d'agrandir ton âme , car elle va passer tout entière dans râmc de ton enfant ! Ah ! ne souffre pas qu'une autre pensée que la tienne pénètre dans ce sanctuaire ! 11 s'agit du vice ou de la vertu , des joies
01 LA GOlfSCISlIGS. SI 7
OU des remords de toule aoe vie : tu graves sur rairaÎD. La première éducation se fait tonte dans la Gooscience , et la conscience n'est qu'éclairée par la raison !
La conscience? c'est le bourreau de nos passions mauvaises. Elle a des joies qui nous ravissent au ciel, et des supplices qui nous précipitent aux en* fers : inflexible à la forLuae, au pouvoir, à la volupté, la conscience ne cède qu'au repentir et à la verto.
Cesi d elle que nous vient la foi. La conscience et la foi, deux aveugles qui se jettent en tâtonnant dans les routes du fanatisme , de la superstition , . de Tidolàtrie, et qui enfin arrivent à Dieu. Là se rencontre le genre humain : le besoin de croire, le sentiment du beau, les contemplations de Tinflni, Ty empori<'nt éternellement* Ainsi, de toutes parts, Tâme se fait jour à travers les sens : elle éclate dans ïa niatiùre comme le feu dans les ténèbres, Jblle veut qu'on la voie ; elle veut qu'on la connaisse : manifestant son existence par le sentiment de la vertu , sa grandeur par la pensée de Dieu , elle répand sur cette vie terrestre des lumières sublimes, dont la source n'est que dans le ciel !
CKi»ITllE XY.
bAsULTAT DS8 CIHQ CHâPITBBS miGiDsim.
Et c'est ainsi , dis-je à mon âme* Oue de romluvde ce bu iiest Tu brûles, invisible flamme, fin la présence de ton Dîea.
(LA.VA»TtiiC, Harmooiei poéliq« et relîg.)
Ainsi la direction de toutes les facultés de Pâme indique un point de rencontre placé en dehors de cette vie.
Ainsi rhouime véritable, dégagé de la matière, est une essence qui tend à Dieu par tous les points
de son être.
11. y a donc une vérité universelle dont l'autorité est infaillible , non parce qu'elle est universelle, car on connaît des erreurs universelles, mais parce qu'elle est en nous , parce qu'elle apparaît divinement à chaque naissance pour former le té* moignage du genre humain.
Cette vérité, c'est Dieu.
Toutes les facultés de Tâme le découvrent.
HÊSDLIAT DES COQ CHAPITRES PRÉGÉDEMS. 219
Son existence est la condition de notre grandeur.
Son existence est la consolation de notre misère.
Son existence est l'explication de tout.
\ crité fécuiide, source de toute vêrilc, instinct céleste, source de toute vertu, Dieu ne vous a pas confiée à cette intelligence infirme qui a des arguments égaux pour le mensonge et pour la vérité ; il vous a placée au-dessus des raisonnements, dans le sanctuaire immuable de la conscience, de la raison, du beau, du bon et de l'inlini ; il vous a placée dans ses propres attributs, comme pour nous instruire de nos glorieuses destinées : en imprimant son nom sur sou ouvrage, Dieu consacrait notre immortalité.
Aind, deux natures dans les animaux : Finstinct,qui les attache à la terre j rintclligence, qui les unit à Thomme.
Deux natures dans Vhommé : nntel1igcnce,qui Tunit à la création; Tinstinct de Tàme, qui lui révèle un Dieu. La sphère des êtres s'élève de la matière à Tcsprit, du néant à l'éternité.
donc uoe J compense'
C'est ain raie, nous en réaliser passent la Créateur!
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