‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 3 sur 116 · MISSION DE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

MISSION DE ROUSSEAU

cefte toi qui prépare aTec tant de sîoIlicitBde des

affections à son enfance , des conseils et des exemples à sa jeanesse? On ne touche point aux lois de la nature sans déranger des prévoyances , sans anéantir des bienfaits. Observez seulement les résultats de cette théorie dans la perte des relations, €0 apparence si peu importantes , du vieillard et de renfant : la Providence ne les réunit qu'un moment an coin du foyer domestique; mais que de profondes impressions dans cette entrevue si conrtel c'est ane vie qui se dégage , et une vie qui se prépare : l'enfance se joue autour de la vieillesse pour lui donner ses dernières joies, pour en recevoir ses premières instructions : doux échange , où les faiblesses des deux âges produisent les plus touchantes consonnances. Voyez comme les deux extrémités de la yie se rencontrent dans les mêmes penchants, et comme ces penchants sont favorables aux délassements de l'un et à l'éducation de l'autre : il y a un charme qui les rapproche ; le vieillard aime à parler , l'enfant à écouter j le vieillard ne s'aperçoit pas qu'il se répète, l'enfant ne se lasse pas des répétitions ; il s'amuse de ce qu'il sait, comme le, vieillard de ce qu'il redit. Contemoi l'histoire d'hier , s'écrie l'enfant , et son attention est captivée aujourd'hui comme elle l'était hier, et cent choses nouvelles le frappent dans cette histoire déjà contée cent fois ; ainsi les infirmités mêmes de la vieillesse entrent dans les pré- 1. 4

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voyances de la nature ; ainsi la troupe folâtre des

petits enfants est attirée par Tamour, retenue par la curiosité, sous la main du vieillard qui la bénit !

Certes , le but de Rousseau ne pouvait dtre de détruire ces ravissantes harmonies : et en effet son livre ne détruisait rien , puisque rien n'existait alors. La dépravation de la société avait lue la lamille , et de toutes parts succombaient sous le ridicule les derniers débris de notre moralité , la vertu conjugale et la tendresse maternelle. Le mal était au comble : il ne s'agissait pas seulement de corriger une nation , mais de la refaire en lui donnant des mceurst Rousseau n'aborde point la question en face ; il peut bien foudroyer le vice, mais la vertu qui donne un ridicule , il n'est pas assez fort pour la faire aimer : dans cette extrémité il s'adresse à l'amour maternel , il réveille un senti*ment avant d'imposer un devoir; il émeut les âmes avant de leur montrer la félicité des vertus qu'elles délaissent. Il feint d'isoler son élève pour le sou«straire aux corruptions du siècle , mais il le place en effet sur le sein maternel pour reconstituer la famille , et rendre toutes les précautions dont il s'environne inutiles dans l'avenir. Plus je le lis, plus je l'étudié , plus il me semble que ce gouverneur idéal n'est qu'un moyen transitoire pour arriver à la mère de famille.

Cette pensée secrète de Rousseau devient visible au cinquième livre , livre divin , où le gouverneur

m ROUSSEAU.

laisse échapper tme partie de son empira , el où la laoïiiie commence à repreodre le sien. £mile , quoique élevé dam la solitude , est destiné au

monde : il éprouve le besoin d'aimer , et dès qu'il souhaite une compagne son isolement cesse; le voilà tout à coup transporté dans une retraite charmante ; là , nous retrouvons la famille «de bonnes gens, dont la vertu orne la vie; une femme, un mari , une fille , soutiens l'un de l'autre , modèles de piété , modèles d'union conjugale I un mari véritablement honnête homme, une fille élevée sous les jreux de sa mère , et qui promet de l'égaler un jour. Cest ainsi que Rousseau prépare le renouvellement de la société : les scènes qu'il esquisse sont toutes naturelles et communes, elles vont droit au €œur : ce n'est point un roman , c'est la vie. Il oppose au tableau gracieux des ravissements de ramour, le tableau plus sévère, mais non moins désirable, de la félicité domestique : les amants avec leurs espérances inquiètes , les parents avec

idre sécurité; le point de départ et le point

diirrivée ; délicieux contraste de toutes les joies c^j%|unille , qui couronne l'ouvrage comme pour nous en montrer le but,

£t toutefois ce livre admirable commence par aoe impossibilité : Rousseau peut bien nous pro* mettre des Émiles , mais où trouvera-t-il des gouveroears? Aux perfections qu'il en exige, qui sera digne de ce noble emploi ? Certes , si un être aussi

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