‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 40 sur 116 · DE L'ÉDUCATION DE L'AMB · texte numérisé non relu

DE L'ÉDUCATION DE L'AMB

Rien ae révèle mieu& l'origine céletle de l*aimc humaloe , que les ^mol ions qui sont ssns rapports awc la conseïTaMoo de la vie maUrielle. Ces émotions qua n*«pronvcnt jamais les créature! inférieures « semblent être Tînlroiluction A une existence plus relevée. ,

(M™® de Saussure Necker, Ediicallon

progressive, t. n»i>- 155.)

Les faciillésde l'âme ne se développcnl pas toutes ensemble et d'un seul jet. Leur développement successii est calculé sur nos besoins ; elles paraissent au moment utUe pour éclairer, jouir ou combattre, ^.tudier l'époque précisedelenr apparition, apprendre i les rcconnaiUe, à les diriger, à les harmonier, c'est ceque nous appelons faire l'éducation de l'homme. Cette éducation appartient de droit aux femmes : elles seules savent sourire a l'enfance ; elles seules peuvent saisir, par sympa-

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thie, lés premiers élans d'une âme qui s'évcilie à leurs caresses. Nous en donnons Je travail aux rhéteurs et aux logiciens, mais ils y arrivent trop tard. Pour bien entendre la science deTâme, il faut en étudier Talphabel près d'un berceau : qui nïn a pas le commencement ne saurait en deviner la fin!

Hâtez-Yous donc d'interroger les mères de fa*

mille : elles vous diront comment , à six mois , Tenfant commence i vivre en dehors : comment il voit, il ju^e, il jouit ; comment un visage riant lui donne de la joie; comment un visage sévère Tef-* fraie et Tassombrit. Sop intelligence est encore muette que déjà son âme sympathise avec la nôtre. Les impressions répondent aux impressions , et forment une langue touchante dont peu d*hommes ont le secret. Bien plus, pendant que les animaux restent dans le cercle étroit des intérêts matériels, l'enfant s'affectionne à des objets qu'il admire. Il ne connaît point encore ce qui peutlui être utile, et déjà il s'attache à cequi lui estagréable. Avant l'intérêt matériel, les plaisirs derimagination;avant les révélations de Tintelligence , les sympathies de l'amour ; avant les merveilles de la parole, les relations mystérieuses de Tâmc, qui reçoit et communique la pensée. Il y a dans cette marche de l'être quelque chose de supérieur. Du fond de la vie sensitive Tàme s'échappe par éclairs , et dans un enfant qui s'ignore nous révèle le futur con-

templateur du beau, le méditateur de l'infini !

Yoilà les premiers faits qui signalent l'apparia lion de Tâme , mais il en est un plus dédsif et plus vif : c'est l'apparition de la conscience. L'enfant ne connaît pas le devoir que dcjà il s'irrite contre l'injustice. Ce sentiment d'une exquise délicatesse, il réprouve presqu'en naissant, sur le sein de sa mère' ou dans les bras de sa nourrice

C'est sa première émotion forte ! Vous Tavez puni injustemeut, il s'irrite, il pleure } il se passe en Ini quelque chose de sublime, un soulèvement gé* nérai contre l'injuste , qui se manifeste au dehors par la colère ou la douleur. Dès-lors la ligne de démarcation est tirée ; l'être spirituel se sépare de l'être animal : un sentiment inconnu du reste de la créature le fait homme !

Plus tard , l'enfant, blessé dans sa conscience , en appelle à Dieu du jugement des hommes. Ah ! 81 vous pouviez lire dans cette âme oppressée t si vous pouviez comprendre ces élans vers le ciel ! elle 7 aspire comme au jour de la justice. Là , le sentiment dû son innocence sera reconnu, ses blessures seront fermées : on le croira alors , car ii souffre pour la vérité et la vertu. Heureux avertissement de la conscience ; la mort, que nos préjugés et nos passions terrestres environnent d'épou-

1 Voye? V^mtle, livre I, page 71 , édition de Dupont. L'^exetnple cité par Rousseau se renouvelle chaque jour sous iios yeux.

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vante, nous apparaît dans cette première jeunesse comme le seul remède aux injustices humaines. A peine sortie des mains du Créateur, Tàme pressent que ses hautes destinées ne peuvent s'accomplir que dans une autre vie ! - • " - -

Et cette suite de jugements et de pensées n'est pas le fruit de l'imagination. Nous traçons ici l'esquisse de nos plus heureux souvenirs. Nous revivons dans notre enfance pour saisir l'âme à ses premiers élans. Nous constatons enfin par l'étude de nous-même l'apparition du sentiment moral et de la conscience ; le plus grand événement de l'histoire de l'homme ! ' •

En effet, suivant que vous développerez plus ou moins ces deux facultés, votre enfant sera plus ou moins libre, plus ou moins heureux ; ses vertus tiennent à ce premier essai de votre puissance. Vous avez entre les mains le mobile moral de l'humanité, deux facultés qui révèlent Thomme , deux facultés qui conduisent à Dieu ; mais aussi deux facultés d'une délicatesse exquise, toujours prêtes à s'exalter , et comme une cire molle recevant et conservant toutes les empreintes. Si vous les blessez, plus d'amour du prochain ; si vous les étouffez, plus de vie morale ; si vous les trompez , plus de repos , plus de liberté, plus de vérité. Les inspirations maternelles peuvent donner le vice ou la vertu, comme la parole de Dieu donne la vie! ^

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Un tel pouvoir mérite qu'on s'y arrête et qu'on le médite. En s'exerçant sur l'enfant, il réagit sur la mère, il ennoblit ses premiers offices, il change jusqu'à la nature de sa tendresse* Avant de réfléchir sur ses vérités, sa prévoyance inquiète veillait sur son enfant, ellerenvironuail de soins et de caresses; c'était son sang^ sa vie, un être aimant et souffrant : maintenant c'est une conscience qui lui parle, c'est une ame qui lui répond ; elle entrevoit le ciel dans son sourire, l'infini dans son amour; ces formes terrestres lui révèlent un ange! Oh I quelle joie de développer elle-même les dis- * positions pieuses de cette tendre créature ! de lui donner la vie de l'âme, de la rendre à la fois digne de l'amour des hommes et des regards de Dieu ! Déjà les sentiments du beau et de Tinfini se mêlent instinctivement à tous les plaisirs de l'enfance. Nous grandissons , et à mesure que les passions animales se développent , les facultés divines paraissent pour les diriger ou les combattre , jusque là que le sublime devient le sentiment le pl us énergique et le plus vulgaire de la jeunesse. Cet être insouciant, cet enfant timide que tous avez surpris jouant aux barres ou au ^cerceau , si vous touchez son âme, devient tout à coup l'émule de Bayard, le disciple d'Aristide et de Socrate : il méprise la fortune et l'ambition , tous les faux biens , toutes les fausses gloires : en face de la société qui ne comprend rien à ses transports , le voilà prêt à

mourir pour son ami, sa patrie et son Dieu. 0 prodiges! Thomme passe, sans transition, de Tinnocence à l'héroïsme ! Au moment d'éprouver le feu terrible des passions , toutes les jeunes âmes se rencontrent dans le mépris du vice, et daos les

ravisseineiits de la vertu !

Cest ce moment qu'il faut saisir : reufaut nait bon, faites que sa bonté ne meure pas dans l'homme; il se passionne pour le beau, faites que cette passion grandisse avec lui. Il y a dans le sentiment du beau nue force supérieure à tous nos penchants mauvais : je coimais un homme qui, à l'âge de dixsept ans , s'abandonnait avec fureur à ces liaisons fugitives qui trop souvent flétrissent la jeunesse; il y mettait sa vanité, il en faisait la mesure de son mérite : la religion, la morale, les conseils de ses amis, rien n'avait pu rarrcter, lorsque sa mère entreprit sa guérison. Elle ne le blâma pas, elle n'aflectti point de rigueurs vertueuses, mais chaque jour elle venait à lui avec une tendre pitié; elle recevait ses confidences, et, faisant un retour vers sa propre jeunesse, elle lui laissait entrevoir des affections plus tendres, des dévouements plus purs, une félicité inconnue dont il se rendait inca* pable. Le jeune honmie étouné cammeuce à sentir le viderde ses plaisirs : en réveillant le sentiment du beau, sa mère a pénétré jusqu'à sa conscience; c'est alors qu'elle lui fait lire la Ifauvelle Héloïëe, lecture enchantée , qui le passionne, et lui ouvre

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un nouveau monde ! Déjà il rêve une Julie, un être idéal 9 an ange; il veut trouver cette moitié de luimême : mais comment du sein de ses désordres oser lever les yeux vers le ciel? l'infortuné a senti sa dégradation^ il abandonne ses folles tendresses, et pour se rendre digne de l'amour, il entre avec transport dans le chemin de la vertu.

Tendres mères , il faut se hâter* Voyez ! les passions arrivent comme la tempête; mais le jeune homme regarde encore le ciel. Par une prévoyance de la nature , restée inutile faute d'être assez remarquée, rinstinct de la vertu s'éveille en même temps que les sens se développent et cherchent à se faire obéir. Ah ! ne perdez pas cette heure fortunée où les plus sublimes sacrifices se présentent comme le bat naturel de la vie I Ne craignez ni Tenthousiasme ni l'exaltation romanesque ! Emparezvous de Tàme si vous voulez dominer les sens; et laissez au temps et à la nature le soin de rétablir l'harmonie !

Toutes nos forces morales sont en nous. L*art

suprême de nos instituteurs serait de les dégager et de les produire; mais c'est à quoi ils songent le moins. Sans s^nqniétersi la maison est déjà pleine, ils ne s'occupent qu'à la meubler* Ils fatiguent l'intelligence de leurs tristes maximes, et les facoltés de l'âme qui pourraient rendre ces maximes intelligibles, ils les laissent dormir. Heureusement que ces facultés si négligées ont ime force qui leur est

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propre et qui les pousse au dehors. Le sentiment moral se manifeste par le seul fait d'une yiolenee

ou d'une injustice. Pour éveiller le sentiment du beau, il suffit de l'aspect de la nature ou de la présence de la vertu. C'est notre âme qui nous appelle aux sacrifices, aux dévouements les plus généreux; elle enfante les chefs-d'œuvre comme les grandes actions; et toutefois, dans ses transports, elle ne réalise jamais complètement ce modèle idéal de beauté et de yertu qui est en nous.

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