‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 60 sur 116 · CHAPITRE YUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YUI

Les vraies causes finâles de la aalure, ce sont les rapports avec notre âme et avec noire sort immortel. Les objets physiques eux-mêmes ont une dciliuatioQ , qui ne se borne polo t à la courte existence de riiommc ici-bas. Ils sont là pour concourir uu de-, vcloppcmt'ut de nos pensées cl à l'wuvrc , de noire vie morale.

(jj^uic Stàel, de rAllemague, t, 111, p. 381.)

11 ne s'agit pas de vouloir connaître ce que Dieu cache , il attifit d*élre attentif ù ce qu^ilnuontrc.

(F^NJ^LON, Lettres, 1. 1, p. 106.)

Mais ce Dieu créateur, qui se manifesle dans ranilé de ses œuvres, quel nom lui donner ? Ëst^ il le Dieu des miséricordes ou le Dieu des vengeaaces? A-t-il couçu dans soo sein le vice et le crime ? Oîra-t-on que tous les maux de rhumanité, tous les bouleversements de la nature, les maladies, les poisons, la peste, la guerre, ce^ horribles

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barmonies de la douleur , dont le dernier acte est la mort , sont les présents d^nne Divinité bienfaisante ? Gomment reconnaitre la bonté dans ce chaos de misères et d'agonies ? Si je remonte aux pre- ^ miers jours du monde, les prêtres me parlent du dieu des armées , du dieu terrible , du dieu vengenr. Si j'interroge les nations , elles regardent les taches sanglantes de leurs autels en poussant des cris de terreur ! Si j'en appelle aux sages , je vois un sourire amer sur leurs lèvres. Les plus beaux génies succombent sous le poids de tant de mystères; les autres lèvent un front impie, et veulent cacher leur néant dans les néants de l'incrédulité.

A ces objections , à ces raisonnements , je vois « deux causes : notre grandeur et notre petitesse. Notre grandeur : nous jugeons les lois de la nature d'après le sentiment exquis du beau qui est en nous ; nous apprécions ce raoïule sur une révélation secrète de l'autre ; nous lui appliquons ce type de perfection idéale placé dans notre âme , non pour mesurer les choses de la terre, mais pour nous appeler vers une création plus parfaite. Notre faute n'est pas d'étudier les lois de cet univers , mais de vouloir le régler d'après un sentiment sublime qui n^est pas fait pour lui. "

Ainsi , Je me hâte de le remarquer, nos doutes et nos objections ne servent qu'à nous élever # Us prouvent que nous portons en nous le type d'un état plus parfait. Ce n'est pas un souvenir , c'est une

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piéyision , c-est oae promesse. L'espéranee et le

beau idéal sont la clef d'un monde où nous dev ons entrer puisque nous l'avons entrevu.

Hais sile sentimentdabeau idéal eslone lainière, nos objections et nos raisonnements ne sont que ténèbres. On s'étonne d'abord de leur force, puis vient Texpérienee, et Ton s*étonne de leur faiblesse. Combien de fois il nous arrive de blâmer un fait i^ié, faute de nous élever jusqu'à l'ensemble. Une ▼érité reste cachée ; nous la nions : la nature se dérobe à notre intelligence; nous Taccusons. Qu'y a-t-il dans tout ceci ? un monde livré au génie du mal? non* Il y a un homme qui blasphème, parce qu'il ne s'explique pas l'œuvre d'un Dieu. Grande misère que des objections qui peuvent se réduire à cinq mots : un homme n'a pas compris.

Pour justifier la nature des accusations qu'on loi adresse aujourd'hui^ il suffit de montrer ce que sont devenues les accusations qu'on lui adressait hier. Où l'on avait signalé des désordres, nous recneillons des bienfaits ; où les yeux de nos pères ne voyaient que le chaos, nous apercevons la sagesse et la prévoyance. Pense-t*on que les sciences n'ont plus rienà répondre ? ce serait penser qu'elles n'ont plus rien à découvrir. Les sciences n'ont pas tont dit ; mais ce qu'elles ont dit a été décisif. Chose remarquable , quoique non remarquée : toutes leurs découvertes ramènent à l'ordre, et constatent des lois : toutes sont l'expression de la puissance et

la févélalioii de U bonté» Le génie du mal n'a rieo i gagner au progrès des sciences. Chaque observation rétrécit son empire; chaque rayon de lumière dégrade ses ténèbres ; c'est un usurpateur

qui doit tomber du troue au grand jour de la vè* rité.

Voici un beau livre i faire, livre de philosophe, non de compilateur. Imaginez Féuéiuu ou Bernardin de Saint-Pierre recueillant toutes les accusa* tions des sophistes contre la nature, et leur opposaiit de siècle en siècle les découvertes de la science» Ce serait comme une nouvelle création* Entre le globe de Pline et le globe de Newton il y a des abîmes* Quelle histoire morale de l'univers, et quel glorieux spectacle que celui du genre humain se débarrassant peu a peu de ses erreurs, et arri* vant à la connaissance de Dieu par le travail de sa propre intelligence !

Je voudrais voir , d'une part , le cliaos , les ténèbres , la confusion des éléments et des plantes , des plaines et des montagnes ; l'air, le feu et Teau se disputant le giobe^ et ne laissant à l'homme qne sa misère et sa nudité : c'est ainsi que Pline et Lucrèce nous représentent le monde. D'autre part, les déserts, les mers et les montagnes ordonnés au cours des vents, à la fécondité des climats, aux harmonies du ciel et de la terre* Dans les sables brûlants de l'Afrique , les vents qui doivent réchauffer nos hivers , sur les glaces des pèles les

M Lé imniit* SI

lenapètes qui doiyent rafraîchir nos étés. Partoot

les éléments appelés à l'ordre , les saisons à la variété, les campagnes à l'abondance. Aux désordres de la végétation snccéderait uné géographie bota* nique qui unirait tous les peuples du monde : à chaque contrée , ses guirlandes de fleurs et ses corbeilles de frnits ; à chaque plante, une patrie. On verrait avec ravissement les végétaux distribués par zones, comme sur le penchant d'une montagne, et à travers cette multitode infinie de formes et de couleurs, toiqours variées suivant les climats, le peuple des graminées, traversant seul toute Ift terre, de la ligne aux pùles, et formant autour du globe une couronne d'épis pour la nourriture du genre humain.

De ces grandes harmonies, l'auteur descendrait aux plus petits détails de la création. Là, près de nous, se trouve souvent l'origine des phénomènes les plus éloignés : dans un morceau d'ambre , le secret de la foudre; dans une goutte d'eau, l'ex*plication de rarc-en-ciel. Une simple mousse , un grain de sable , ont reçu la pensée de Dieu , et peuvent en raconter les merveilles. Vois-tu ce caillou informe qui roule sous tes pieds? cVsL l'image de la science : tu le méprises , et n'aperçois que ses grossières molécules; un antre l'observe, Têtu* die, et en fait jaillir la lumière.

Des tableaux ravissants, des découvertes imprévues, féconderaient chaque page de cette histoire ,

DB QUELQUES ATTRIB0T8

OÙ la Térité ▼iendrail peu à peu prendre la place

de l'opinion. Je voudrais qu'on y développât tous les prodiges de la science moderne, en opposiiioo avec les erreurs morales et physiques des anciens. £t, par exemple, qui ne connaît les accusations intentées contre la Providence sur la couleur de$ nègres ! Ifa-t-on pas trouvé cent fois que le noir absorbe tous les rayons de la lumière et qu'il eo reçoit toute la chaleur* En noircissant la peau de toute une race d'hommes , et eu la jetant sous le soleil brûlant de TÂtrique, la nature n'a donc fait C(ue l'attacher aft supplice ; combinaison effiroya- . ble qui manque à Tenfer du Dante !

Ouvrez la Bible, et voyez les descendants da second fils de Noé maudits pour le crime de leur père. Leur peau noire est la marque de leur condamnation, le titre éternel de leur servitude. Maudit soit Chanaan ! il sera rcsclave des csclavesde ses frères \ Et voilà les théologiens citant,^ argumentant, maudissant^ et voilà les chaînes, la traite, l'esclavage, l'abjection de toute une race justifiée par le péché de Cham.

Pour tuer un préjugé, pour renverser une mslédiction, que fallait-il? observer la nature... Si, pendant les rigueurs de Thiver , je visite les ehmt» où le blé commençait à poindre, tout a dispam sous des tapis de neige ; j'interroge le laboureur ^

* Genèse, c. iX.

DE LA DITIiaTÉ. â5

je me plains de Toir une plante si frêle livrée aox

influences mortelles de la glace et des frimas. 11 me répond en souriant que Dieu y a pourvu , et que la moisson est en sûreté. Il sait par expérience qae ce manteau blanc jeté sur la terre ^ aux premières atteintes du froid , est comme une chaude fourrure, comme un vêtement dMiivcr, à l'abri duquel la l^rovidence prépare les trésors de toutes les saisons.

Vient le printemps. Les bois, les vergers, les buissons 9 se couvrent de fleurs^ et toutes ces fleurs ont réclat de la neige ; la nature leur a confie les fruits des saisons suivantes. La cerise , la fraise 9 la poire, la ponune , sortent d'une fleur d'albâtre , et jusqu a la nourriture des petits oiseaux , se dérobe au froid sous le voile lé^er des buissons d'aubépine.

Si les gelées du printemps enlèvent quelquefois les fruits de l'amandier et du péeher , c'est que leurs fleurs sont roses : cette exception me frappe d'autant plus que ces deux arbres appartiennent au soleil de l'Orient.

A me&ure que les frimas s'éloignent , les fleurs se rembrunissent, et^ dans les chaleurs de l'été, je les vois toutes revêtues de robes éclatantes.

Ainsi partout le blanc est opposé aux frimas ; le brun, le rouge, le noir, à Ja chaleur. Cette loi gé» aérale se perpétue dans la couleur de la race humâmes ooîre sons les rayons du soleil» et blanche

K4 os QinECQvis attribvts

dans les régions tempérées. Poînlde condamnatioti

sur vous, pauvres Africains; si les docteurs vous maudissent, la nature vous bénît; si d'horribles préjugés TOUS jettent dans nne terrible exception, la nature , comme une tendre mère , tous enveloppe dans la généralité de ses lois.

L'étude de ces phénomènes , le rapprochement de ces prévoyances , qui se répètent dans les végétaux et dans les hommes , suffisaient pour nous conduire à la vérité. On y est arrivé par une autre ronte , et c'est en cherchant les causes de la rosée que les savants ont découvert le pourquoi de la couleur des nègres. Nous ne développerons point ici la théorie du calorique rayonnant; maïs il est bon de remarquer que les expériences des physiciens viennent toujours justifier les observations des vrais philosophes : l'un explique les propriétés des couleurs , l'autre admire leur emploi dans le grand tableau de l'univers , et leur double science constate au moins cette double expérience que, pour rafraîchir les habitants des climats les plus . chauds , comme pour réchauffer les moissons des climats les plus froids, il suffit à la nature d'un coup de pinceau.

Une exception charmante vient encore confirmer la règle. Au pied de ces buissons et de ces vergers , tout resplendissants de leurs bouquets ' d'albâtre, la violette fait briller dans la neige les couleurs sombres de l'été. Voilà un contraste qui

semble violer la loi delà nature ou accuser sa pré*

voyance. Ne nous hâtons pas de la condamner. Nos systèmes se réduisent à des classifications monotones, parce qu'ils ne souffrent aucune exception ^ la nature au contraire s'embellit des exceptions qui viennent si souvent détruire nos systèmes^

Remarquez que la violette se cache sous son (euiiiage : on en a fait rembicmc de la pudeur ; ce n'est cependant que la crainte du froid qui la tient ainsi voilée.

La physique nous apprend que tous les corps rayonnent leur chaleur vers le ciel. Si le ciel est serein, il reçoit la chaleur sans la renvoyer, et les corps se refroidissent* Telle est la cause de la ge*

lêedans les nuits si claires du printemps; mais qu'un nuage couvre l'atmosphère , aussitôt la tempéra* ture change; ce nuage rayonne vers la terre, comme la terre rayonne vers lui, c'esL-à-dire qu'il loi rend autant de calorique qu'elle lui en donne. Voilà puuKjuoi la chaleur est si étouffante, l'air si lourd dans les temps couverts de l'été. Le rayon* nement se fait du ciel i la terre, et de la terre au ciel. Plus le temps est chargé d'humidité , plus il est chaud.

Ce qui se fait en grand dans l'atmosphère, se fait en petit dans la violette. 1^ rayonne vers le feuillage qui la couvre , et le feuillage qui la couvre rayonne vers elle. Dans cet échange perpétuel , sa chaleur se maintient. C'est un second vêtement que

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la nature jette sur le premier; mais ce vêtement la

réchauffe sans la loucher, il laisse un libre passage  Tair , qui l'agite et nous apporte ses par* fums. Ainsi la violette est préservée du Iroid ; et ses habits d'été ne sont qu'un charme de plus que la nature accorde an printemps.

Règle générale, la nature n'a rien fait pour rendre l'homme malheureux, et quand il gémit, c'est qu'il manque au contraire des biens qu'elle prodigue à son bonheur* Le prisonnier se plaint de la perte de la liberté qu'il tenait de la nature : celui qui a faim , de la privation des fruits qu'elle fait naître pour tous : le malade lui demande la santé, et l'orphelin lui demande sa mère. Dans tous ces maux , je cherche le génie du mal } je ne vois que les conditions de notre vie mortelle, ou l'absence des biens que nous devions à la nature.

11 est bon de le remarquer , tous les maux qui ne- tiennent pas à notre constitution physique viennent de notre ignorance. Pour* les guérir , il fallait guérir nos erreurs , nous avons trouvé plus commode d'en accuser je ne sais quel génie du mal auquel nous livrons l'univers. La nature nous ou* vrait son livre , où Dieu lui-même a empreint sa pensée ; et c'est dans les livres des hommes, œuvres d'ambition et de corruption, que nous allons che^ cher la vérité. Voilà comment elle s'est perdue sur la terre ; voilà comment le Dieu de l'univers, Tinfiniment bon , l'infiniment juste , Tinfiniment

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