CHAPITRE XX
LA B1ÉACTI0N EST iGAff^B A L'ACTIOH.
LOI PHYSIQUE £T MLOBALK DS LA SATUAfi.
Qna&d la politique bamaloe ttUclMO chaîne au pied d*iiQ esclive , la justiev divine en rive Tautre honi au cou du lyna. (Bebmabdin de Saihi^-Piep.be , Etndc
septième^ p. 318.)
Les couronnes sonf ôpiîiLUseSj les trùnei sont brûlants. Conihieii l'Europe a*a-t-eUe pas vu eu ce siècle d émigralions de roiSi de dccbcanccs, de rcsUuralioas, de rechutes terribles, dont ne préservent ni les chartet, ni le pouvoir absolu , ni letarméei* A cet aspect des choies, lea untavec une secrète joie, les autres avec une dou« leur muetle, sont tentés d'appliquer soi iOttveraint ce mot d*tto ancien sur Ici dieux : Lea rois s*en Tont.
Discours à la Chambre d<i Pairs, 19 avril 1831.)
La jusiice divioc sur la terre csl toujours Tac* fH>mpliaseaieiit d^une loi. Dieu a tout arrangé pour faire sortir de nos aclioiis les peines ou les récom-
LA AÉAGTlOn K9T ÉGALE A l'aCTIOU. 129
penses qu'elles incriteiil. Le bien réagil Je bien, le mal réagit le mal. La réaction est plus ou moins rapide, plus ou moins visible ; peu importe, elle existe , elle est égale à raclion ; et si quelquefois ses effets nous échappent , ce n'est pas que la loi soit inactive , c'est tout simplement que la dernière scène du drame se passe au fond d'une cou* science entre Thomme et Dieu.
On objecte qu'une pareille loi tend à détruire notre liberté morale : c'est une erreur. L'homme est toujours libre entre le crime et la vertu ^ seulement , dès qu'il a choisi , il y a un événement dont il n'est plus le maitre, ua résultat inévitable : la réaction de son action.
Nom n'en savons point assez pour cesser d'être libres : nous en savons trop pour ne pas nous sen* tir coupables d'une partie des maux qui pèsent sur rbumanité.
Tu achètes et tu vends un homme , tu as des es* elaves : tous les vices de ces esclaves entreront dans la famille.
Avec des richesses immenses , tu es sans pitié pour la misère : prends garde! de cette misère vont sortir le vol , le brigandage , l'assassinat et la prostitution ^ tous les fléaux qui engloutissent les riches.
Tu élèves tes enfants dans l'impiété , et tu oses
le jilaiadre de leur abandon ; et moi je les entends
qui disent qu'ils n'ont^ jamai? eu de père.
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Tu veux une femine riche et tir ne «lierelies que cela ; on te donnera des richesses. Mais ma femme me trompe , mais elle me mine ; la Toilà emportée
dans le tourbillon du inonde , oubliant sua mari, négligeant sa maison, abandonnant sa fille am soins d'une servante. Ah ! j'ignorais que tu eusses cherché une compagne pour toi , et une mère pour tes enfants I
L'action d'un vice peut nous paraître agréable, mais sa réaction est toujours amère. <c Si la douleur de tête et le mal de cœur nous venaient avant Tivresse , dit Montaigne , nous nous garderions bien de trop boire ; mais la volupté pour nous tromper marche devantet nous cache son affreuse suite.»
La réaction de l'impiété , c'est l'ingratitude et Torgueil.
La réaction de la haine , c'est la vengeance.
La réaction de Tégolsme , c'est rabandon.
La réaction du célibat , c'est le libertinage et la prostitution.
La réaction de la richesse , c'est la pauvreté de l'âme et les infirmités du corps.
Pi y a des réactions d'équité et de bonheur comme il y en a d'impiété et d'infamie.
Ainsi le bien et la douleur sont , jusqu'à certain point, à la disposition de l'homme. Il suffit de connaître la loi de la nature , c'est-à-dire les actiens dont la réaction est agréable, et les actions dont la réaction est douloureuse ; et nous
EST ÉAALK A L-ACTIOH.
arrivons par une route nouvelle à la connaissance
du bien et du mal , da Ticaet de la vertu.
Qu'on juge de l'importance d'une c Ludc qui renferme le secret de l'avenir, et, si l'on peut s'exprimer ainsi , la marche de toutes les destinées. Celui qui connaîtra les résuUats certains de chaque action humaine , et ces résultais sont invariables , connaitra les voies de la justice divine, et , comme les prophètes de ranliquité, il viendra les révéler au monde !
Science prodigieuse qui peut dire à l'homme : Si tu^fais telle chose , telle chose t'arrivera ; mais aussi étude difficile , et pleine d'accidents qui nous déçoivent. La réactioQ ne se fait pas toujours en ligne droite ; tantôt elle frappe l'auteur de l'action tantôt elle frappe ceux qui reuviroaaent. Ses justices nous paraissent lentes et capricieuses : elles
renversent un trône où nous ne voyons qu'un peuple de coupable ; elles détruisent un peuple où nous ne voyons qu'un tyran à punir ; puis arrivent les exceptions , qui nous irritent ou qui nous glacent d'épouvante. Tout cela vient de la faiblesse de notre vue , et quelquefois aussi de la grandeur de notre orgueil. Nous portons notre jugement d'après les lois de la justice humaine , et non d'après les vues larges et profondes de la convenance universelle , qui est la justice de Dieu.
A défaut de règles positives pour arriver à la vérité , voici un fait sur lequel on ne saurait trop
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appeler rattcntion , car il peut servir de lumière ; c'est que plus il y a de vertu dans l'homme , d'équité dans la loi , d'instruction et de religion dans un peuple , plus les réactions sont douces , la vie facile et le bien-être certain*
Ce fait est coDsidérable ; il résume l'histoire de tous* les temps et de tous les lieux ; il donne la règle des grandes réactions qui bouleversent les empires , et il en résulte que la seule base solide du bonheur des fois , c^est le bonheur des peuples ; comme la seule base possible du bonheur des peuples-est la liberté dans la vertu.
Tous renversez un trône ; vous aurez Datilon et Robespierre. Vous renversea^ les autels : vous aurez les échafauds et les bourreaux.
Les hommes à grandes destinées sont presque toujours esclaves d'une grande passion. Tant que cette passion triomphe ils paraissent heureux. Et cependant les peuples s'étonnent et tremblent } ils pressentent que le héros marche sous le joug d'une loi iatale, plus forte ^ue sa fortune, plus forte que toutes les puissances humaines , et qui le.pousse au dénouement.
Réaction terrible qui jette Robespierre à Téchafaud et qui enlevé iUionapartc au monde, qu'il avait conquis , pour le précipiter sur le rocher de Sainte-Hélène!
Je n'ai jamais jeté les yeux sur le discours dé Bossuet, sans éblouîssement et sans frayeur 1 11 y
£6T AGALS ▲ l'action.
a quelque chose de si terrible dans ces lignes qui racontent des siècles ; le jugement y est si près du crime , et la punition si près du jugement ! Ce sont des peuples qui meurent et des empires qui croulent ; c'est le liyre de li justice éternelle placé sous les regards du genre humain.
Quelle plus terrible leçon , quelle plus admirée, ^ et quelle moins écoutée ! Mais dans ces pages sublimes où le prêtre assiste à la dernière heure de toutes les nations antiques , les temps modernes
ii'oul point de déjiouemenl. Notre histoire s'y prolonge d'action en action , de catastrophe en catastrophe, à travers douze siècles de malheurs, sans arriver à cette réaction prodigieuse qui devait mar- . quer la fin d'une époque : effroyable déluge, dont les Ilots mutinés ont englouti la race entière des hauts et puissants seigneurs du moyen âge , et jeté leurs privilèges entre les mains d*un peuple-roi. Qu'est-ce en effet que la révolution française? la dernièrescèned'un grand drame commencé l'an KOO de notre ère ; la lutte de deux castes contre la nation , et de la nation contre deux castes. Ouvrez l'histoire ^ et , si vous voulez comprendre le présent, demandez-lui compte du passé. Quel oubli de Dieu et de rhumanité ! Les puissants régnent , c'est-à-dire ils écrasent le peuple ; les puissants régnent, c'est-à-dire ils se partagent. les terres, les honneurs, les places, les richesses, les dignités, ne laissant au peuple qui les nourrit que la misère,
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rignorance et le tatTail« Dans ces ténèbres , l'espé-
rauce ne luit jamais; mais les haines s'amassent, les réactions- se préparent ; pois les temps arrivent, et la loi s'exécute. Alors les gouffres de renier s'ouvrent ; on ne voit plus sur la terre que Fœuvre hideuse des bourreaux et des démons : Thomme disparaît dans des fleuves de vengeance et de sang!
De grands politiques ont épuisé leur science i chercher autour de nous les causes de cette effroyable catastrophe. Us ont accusé Richelieu et Louis XVI , blâmant tour à tour la vigueur de Pua et la faiblesse de l'autre» Rares génies qui vont imaginant qu'un peu plus , un peu moins de volonté aurait changé la loi du temps. Les armées de l'Europe entière y ont succombé comme tout le reste ; ils l'ont vu , et ils Pont oublié et ils en appellent toujours à la violence, comme s'il y avait sur la terre une violence capable d'arrêter la réaction de douze siècles de crimes et de malheurs !
Et toutefois l'histoire n'est pas complète : la dernière heure des temps gothiques sonne de toutes parts , et les rois agissent comme si le moyen âge durait encore. Yoyex^les en Espagne , en Autriche , en Hongrie , en Prusse , en Hollande, en Savoie , s'armant avec fureur contre la réactioo qui les menace. Les insensés I ils s^ppuient encore sur le bourreau ; ils lui disent : Fais-nous régueri comme si l'homme aux mains sanglantes comraaih . dait au dcsLia. Mais le bourreau ne peut plus riea