‹ De l'éducation des mères de familleChapitre 73 sur 116 · LOI PHYSIQUE ET MORALE DË LA NATURE · texte numérisé non relu

LOI PHYSIQUE ET MORALE DË LA NATURE

Maisciicot e (luand l'homme aura porté (lu dehors en hi maison ce qui esl oéce^faire, si esl-il bcsoing d'avoir quelqu'un ^ui le garde, et qui fusse les choses qui ne peuvent estre fuicles que ân ns le logis.

(0B BoiTiE en la Metoagerle de XénophoD.)

A ujourd'liui les hommes uc rougissent pas de prendre \>our eux IfS métiers commodes , et de laisser les plus rudes aux femmes ; ainsi les sexes se dénaturent, les liommcs s'eilcminent et lei femmes s'hooiniassent.

(BSAJiiAROlM DE SaimT-Pi£AB£« Ëiude

septième.)

Le mariage donne à l'honime une compagne et | à la femme un appui. Il réunit sous le même toit 1^ on être fort et un être faible : or, à ne considérer ^ la société que dans son ordre primitif, un tel état ^ de choses doit a?oir.été prévu : aussi l'a^l-il été.

laS DU PAKTAGS BU GLOBE

En multipliant les biens terrestres, Dieu en a tait deux parts , ou plutôt il a doublé ses dons comme s'il voulait établir une double souveraineté. L'homme règne sur le globe : son génie soumet le taureau au joug, le cheval au frein et le renne aa traîneau. Il envoie le faucon dans les airs» et l'oblige à lui apporter sa proie ; il envoie le cormoran au fond des eaux, et Foblige à lui apporter sa pèche ) il envoie le chien sur la terre, et l'oblige à lui apporter sa chasse. Voilà la puissance de la force : on dirait qu'elle va tout soumettre ; et cependant il suffit de contempler la nature dans ses plus charmants ouvrages pour voir qu'à la suite de ce maitre superbe , elle attend un maître plus doux,

La femme vient, et c'est avec des caresses qu'elle établit son empire. Tout s'apprivoise autour d'elle. La poule lui donne son œuf , et la vache son lait : elle soigne la mouche qui lui apporte le suc des fleurs , et le ver qui change en soie la feuille da mûrier. Il y a même des animaux qui semblent créés pour sa faiblesse et celle de ses enfants : tel est Pâne , plus patient que le cheval ; la chèvre, plus facile à nourrir que la vache, et la brebis, doat elle file la toison, plus chaude que la peau des bêles sauvages. Si la nature a attaché à l'homme le chien vagabond, et irascible comme lui^ pour le défendre contre les animaux carnassiers , elle a soumis à la femme le chat sédentaire , et patient comme

ENTRE l'aOIUIS ET LA FEHME.

elle, pour veiller aax proTisions qu'elle amasse

dans ses armoires et dans ses greniers.

L'homme lire des animaux plusieurs genres d'industrie : le lapin lui apprend à creuser des souterrains; le castor, à élever des digues; le cygne , à naviguer. Mais la femme recueille autour d'elle des instructions bien autrement variées sans être moins utiles. L'araignée lui enseigne a filer et à tisser la toile , le papillon , à nuancer sa robe de diverses couleurs ; l'abeille , à extraire les sacs les plus doux des végétaux. Ce n'est donc pas sans raison que les Grecs donnèrent , non à des dieux, mais à une femme , à une déesse , à Cérès^ à Minerve , la gloire de toutes ces ingénieuses inventions* L'homme lutte avec la nature , et cha<- («me de ses victoires le rend plus fier et plus in* domptable. La femme au contraire s'adoucit et s'embellit de toutes les siennes , et les grâces de notre demeure , et les jouissances de notre bien-^ être , soBt des chaînes invisibles avec lesquelles elle nous attire à la civilisation I

Dans le règne végétal, le partage se continue. L'homme y choisit ce qui peut flatter son courage , et la femme ce qui peut ajouter à sa beauté : àTun^ les forêts , oùi il déploie sa force et son audace ; à l'autre, les prairies, où elle conduit nos troupeaux.

C'est sur leurs tapis émaillés que la femme se montre avec le plus de charmes , soit qu'elle y danse avec ses compagnes, soit qu'elle y cherche

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la solitude, et qu'elle eu reçoive des pensées eélestes d^amour ou d*bumaAité f

Et que de bienfaits encore elle sait y découvrir ! Cest la femme qui , par sa patience , son industrie et ]i('ut-être sa curiosité, a Lire des plantes céréales la farine et le pain ^ des bulbeuses, diverses boissons; des filamenteuses, telles que le chanvre et le lin , la matière première de nos vêtements. Plus on se rapproche des mœurs primitives , plus on retrouve des traces de ce partage de la nature. Chez les sauvages , ce sont les femmes qui recueillent les premiers bienfiedts de Tagriciilture; les hommes vont à la chasse et à la pêche, et tandis qu'ils parcourent les déserts, quelques plantes semées autour de la caban(3 préparent leur civilisation par les attraits d'une nouvelle jouissance.

Mais à mesure que l'homme se civilise , le partage s'adoucit. La femme alors rentre dans sa maison ; elle y reçoit les biens que l'homme Tient déposer à sa porte , et Tordre et l'économie commencent son nouvel empire. Il faut voir dans la Meinagerie y ou l'Art de bien mesnager, de Xénoplioii , charmant tableau de l'union conjugale chez les anciens , comment l'élève de Socrate a fondé les devoirs de Thomme et de la femme sur les plus douces harmonies de la nature : u £t Dieu » ayant faict le corps de la femme , moins vigoa- » reux que celui de l'homme , pour cela il m'est » advis qu*il ordonnoit pour elle le seing des chu

ENTRE l'homme ET LA FEMME.

» ses domestiqaes ; et leur ayant enjoint naturel-

»• lement qu'elles nourriroicnt leurs enfants en bas » âge y il leur départit aussi plus qu'à l'homme » d'affection naturelle envers eux. Et aussi , après » qu'il eut baillé à la femme le soucy et la garde » des choses portées à la maison , cognoissant que, » pour bien garder, il n'est pas mauvais d'avoir » le cœur un peu craintif, il ht plus grande part 1» de la crainte aux femmes qu'aux hommes ; et » voyant , de l'autre part , que celuy qui feroit le » travail de dehors auroit besoing de se mettre en » défense si quelqu'un l'outrage, il l'avantagea » aussi en courage et en hardiesse. Mais pour au- » tant qu'il falloit qu'aussi-bien l'un que l'autre 1* fist estai de prendre et de donner , il leur mit » en commun à tous deux le seing et la mémoire ; w de sorte qu'en cela on ne saurait choisir lequel » des deux sexes , ou du masle ou de la femelle , » a eu plus d'avantage..... Voilà pourquoy ils ne se » peuvent passer l'un de l'autre ; et d'autant plus » en est utile l'union^ l'un ayant en soy ce dont .

» Tautre est défaillant

Dans tous les pays , les femmes aiment les Heurs ; dans tous les pays , elles en forment des bouquets; mais ce n'est qu'au sein du bien -être qu'elles con-

* Voyez la Mesfiagerie de Xvnophon , tracluil par Estienne de la Boétie , et publiée par Michel Montaigne,

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çûivent l'idée d'en embellir leurs demeures. La calture des fleurs , chez les villageois , annonce une révolution dans tous leurs sens. C'est un plaisir délicat qui se fait jour à travers des orgaaes grossiers; c'est une créature dont les yeux s*oa* vreut; c'est le sentiment du beau , une faculté de rftme qui se réveille. L'homme comprend alors qu'il y a dans les dons de la nature quelque chose de plus que le nécessaire : les couleurs , les formes , les parfums , sont aperças pour la premi^ fois, et ces charmants spectacles ont enfin des spectateurs. Cens qui ont parcouru nos campagnes peuvent en rendre témoignage : un rosier sur une fenêtre, un chèvrefeuille à la porte d'uoe chaumière, sont toujours d'un bon augure pour le voyageiir fatigué. La main qui cultive des fleurs . ne se ferme niila prière da pauvre, ni an besoin de l'étranger.

Le n^éme partage de la nature que nous admirons sur la terre , un sentiment instinctif nous le fait découvrir dans les astres. C'est le double empire d'Apollon et de Diane. Empire bien tranché, et dont la moitié appartient au courage et l'autre à la pudeur. Le règne de l'homme est le jour, le règne de la femme est la nuit. Les grands poètes sont pleins des ravissantes harmonies qu'ils tireot de ces deux mondes. C'est A la clarté des cieox que TAjax d'Homère demande à combattre. C'est aux lueurs de la nuit, que Virgile nous montre

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la mère de famille allumant sa lampe , et reprenant le travail qui doit fournir aux besoins de ses enfants. Tableau enchantear , aaqael notre âme émue ajoute quelquefois les douces rêveries de l'amour. Voyez 9 lorsque la lune ramène le sérénité dans le ciel et sar la terre , la jeune villageoise s'acheminer mystérieusement, vers une source peu connue, fille se plonge dans ses eaux limpides , et , sons Tabri des saules touffus , elle y lafraichiL ses laem- • bres fatigués. Bientôt elle distingue parmi les roucoulements des ramiers la voix de son amant qui l'appelle. Inquiète, elle se liàte de revêtir ses habits 9 et, toute tremblante, elle court vers le toit palernel. C'est là qu'elle retruuve celui qu'elle évite et qu'elle désire. L'un et l'autre, à voix basse , vous prennent pour témoin de leur foi mutuelle, reine paisible des cienx. Ils s'entretiennent, non des passions qui agitent les villes , mais de ce que les champs et leur hymen futur ont de plus doux. Ils parlent du site charmant qu'ils habitent au fond d'une vallée , au confluent de deux ruisseaux ; de la vigne groupée à l'orme qui doit ombrager leur cabane ; de leur tendresse mutuelle et de la ten<lresse de leurs parents , qui dure encore au dccUn de leur vie , et qu'ils espèrent bien égaler on jour : leur ambition ne va point au-delà, lieureux, mille fois heureux amants! tout leur avenir se compose des biens dont ils jouissent et (les sentiments dont ils sont animés.

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