LOI MORALE DE LA SAXUAE
Voyet h noi spectacles,
Quand on peint quelque trait de candeur, de bonté, Où brille en font ton jour la tendre bomanfté , TouB les cœurs sont remplis d*ane volupté pure, El c eâL là qu'on entend le cri delà nature I
(Gresset.)
J'ai vu des liommes incapables de scîeoce« je n*en ai jamais Vu incapables de vertu*
(Gonyucius.)
Quel torrent m*entratne 1 quelle puissance m'attire ! c*est le soleil : oh .' Dieu , quelle étendue t quelle splendeur ! célestes liabilations, ineiTables ravissemeolsi
(Bërnàrdin db Saint- Pierre, Mort de Socrale , p. 67.)
Lorsque la société prend pour point d'appui le bien-être matériel , elle rend les hommes actifs ,
ardents, inquiets, intelligents, ennemis les uns des
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autres , insatiables de richesses et de plaisirs. A
voir ainsi tout un peuple attaché à la glèbe de la fortune , on le croirait incapable des actions et des pensées sublimes. Et cependant faites luire tout à coap devant cette masse avide un sentiment qui réveille son âme , présentez-lui , je ne dis pas des espérances de bonheur , mais quelque chose de grand ou de généreux à accomplir; voilà qu'aussi* tôt tontes les mauvaises passions Tout silence; voilà que l'intérêt personnel est oublié, et qu'un peuple entier prodigue ses richesses et sa vie pour faire triompher ce qu'il croit juste et beau. Le soldat le plus grossier ne brave la mort que parce qu'il met son âme dans les illusions d'une gloire dont il ne jouira pas, mais qu'il rattache à son drapeau ou i son ji^ênéraK Tous nos braves qui dorment aux: champs d'Austerlitz et de Wagram , que poursuivaient-ils avec tant d'ardeur? une parcelle imperceptible de la renommée immense de leur chef. Ce n'était pas l'homme , ce n'était pas l'empereur , ce n'était rien de terrestre que les soldats adoraient dans Buonaparte; c'étaient les illusions de sa gloire, l'infini de sa puissance et de son génie, et ce je ne sais quoi de beau qui rayonnait sur eux de la conquête du monde.
ilais quel exemple plus frappant que rétablisse* ment du christianisme ! La terre était couverte de (eniples ou les peuples adoraient leurs propres passions, lorsqu'une voix s'éleva qui, méprisant la
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figure du inonde, appelait les hommes à des biens plus parfaits que ceux de la terre » et plaçait leur avenir non dans cette vie, mais dans rticrnilé. Dès^'lors la vocation des peuples se déclare, et l'armée des martyrs se forme. On leur a montré quelque chose de plus beau que les richesses et les voluptés terrestres , et ils y courent en triomphe ,
et ils y cuureiiL à travers les supplices et la morl.
Ainsi rhomme du peuple, le soldat, le martyr et le saint, inclinent également vers ce qu'ils connaissent de plus beau. Autant de fois vous ouvrires Tbistoire, autant de fois vous verres la multitude se détacher de ses passions mauvaises en présence des passions ou des sentiments magnanimes*
Ce que nous admirons dans les masses, nous le retrouvons dans les individus. Chaque lecteur de Tacite ou de Plutarque peut rendre témoignage de cette grande loi de la nature. Notre âme vole au devant de tout ce qu'ils racontent de noble et de
généreux; elle s'y reconnaît, si Ton peut s'exprimer ainsi , acceptant avec joie l'exil ou la mort aa sein de la vertu, devenant Socrate ou Aristide, jamais Any tus, jamais Sylla, niëme dans leur puissance et leur triomphe. Ët quelle indignation pour leurs crimes ! et quel dégoût pour leurs voluptés ! et quel mépris pour cette fortune . qui les porta si haut, et qui inspirait à leur siècle tant d'envie et tant d'épouvante !
Voilà un sentiment qui blesse nos sens et nous
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mel en oppositkift aree dos* intéréto matériels les
plus vifs, avec toutes les voluptés animales, la volonté de jouir , de commander el de vivre. Ne dé* couvrez-vous pas dans cette passion du beau idéal un être d'une autre nature que le tigre et le lion ? Mourir n'est rien , mais mourir pour une idée dont la récompense n'est pas de ce monde, ô mon âme, qnelle manifestation sublime de ton immortalité !
Ainsi, pour régler les passions grossières, il suffît de leur opposer lespassious célestes ! L'homme suit la loi de son être , et , s'élevant par degrés au-dessus des biens matériels , il arrive enfin aux seals trésors qu'il n'y ait pas de grandeur d'âme à mépriser.
Me croyez pas que ces sentiments prennent leur source dans l'éducation et la civilisation ? on les retrouve parmi les sauvages et jusque dans les contrées les plus barbares de l'Afrique. Nons citerons à l'appui de cette assertion l'entrevue de Bcllo , sultan des f ellabtas ^ et du capitaine Clapperton , le premier voyageur qui , dans ses relations politiques avec des rois qui vendent leurs sujets, ait exprimé des sentiments dignes d'un peuple civilisé. Après avoir offert les présents d'usage, parmi lesquels se trouvaient une boussole et une lunette d'approche, la conversation s'engagea. « Toutes ces » choses, dit le sultan, sont admirables, mais je )» n'y vois rien d'aussi curieux que toi-même. Que )» pourrais-je te donner qui fût agréable au roi d'An-
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« gletcrre ? » Je lui répondis : »t Le plus grand scrn vice que tu puisses reudre à mon souverain est » de contribuer avec lût à mettre un terme à la }> traite des nègres sur les côtes. 11 envoie chaque n année des vaisseaux pour s'emparer des bâtiments
î» qui fout ce coninicrcc. Les équipages sont mis en
» prison-, et la liberté est rendue aux malbeurem 1
n esclaves , auxquels on donne des maisons et des
» terres sur nos établissements en Afrique. — Corn-
» ment , dit-il , vous n^avez pas d'esclaves en An-
» gleterre? — Non, et lorsqu'un esclave y met le
. » pied il devient libre dès cet instant même* — Et
>t par qui vous faites-vous servir ? — Par des per-
n sonnes qui s'engagent à le faire pendant un temps
u fixé et que nous payons pour cela. Aucun indi-
)i vidu n'a chez nous le pouvoir d'en frapper ua n autre; et les soldats sont nourris, habillés, et » p ay és par le gouvernement. — Dieu est puissanti n dit-il , et vous êtes un grand peuple ' ! »
Le barbare est surpris, mais il admire» Il sent si bien la grandeur de ces idées qui le surpassent qu'il les rapporte de suite à Dieu, comme à leur source surnaturelle.
Dans cette partie du monde , i'àme des peuples | dort avec celle des rois; ce que Dieu leur a donné, I les hommes l'ont laissé mourir j et peuples et rois, i
1 y<hfag§ê dans le Nerd et dans les parties centralêêéê l'Afrique, par le major Denham , le capitaine Clapper* ton, eus., I. III, p. %%
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sans pensées et presque sans intelligence , attenàent leur réveil d'un législaleor comme les morts
de la vallée de Josaphat attendent leur résurrection I
Nous y portons depuis tant de siècles les barbaries de nos vieilles civilisations ; il est bien temps qu'ils éprouvent les bienfaits et la philantropie* de
nos civilisations nouvelles !
Le sentiment du beau est donc partout , j'en* tends partout où il y a un homme. Il ne nous est pas permis de le comprendre, mais il nous est donné d'en jouir; c'est à la fois le plus puissant véhicule du sentiment moral et le plus puissant moyen d'arriver à la vérité. Voilà pourquoi les sciences n'enfantent rien de supérieur que par lui*-: elles lui doivent tout ce qu'elles ne doivent pas au hasard, c'est*à*-dire toutes les découvertes transcendantes du génie.
Arrêtons un moment notre pensée sur cette loi de la nature qui peut avoir tant d'influence sur le genre humain , et que nous formulerons ainsi :
hk VÉHlTt SB TEOOVB TOUJOUBS DA1I8 GB QO'a Y ▲ DE PLUS BEAU.
Le principe est vastej il ouvre aux sciences une carrière sans fin : mais pour en connaître toute la portée il faut en faire J'application aux découvertes du génie.
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Dans l antiquité , Héraelile soutient qne le soleil u'a qu'un pied de diamètre , et Âaaxagore excite rincrédalité de la Grèce ea donnant i cet astre rétendue du Péloponèse.
Ainsi un charbon ardent^ d'un pied de diamètre ou de l'étendue d'une province, voilà le soleil des philosopties anciens. Que de degrés à parcourir dans le beau avantd'arriver à l'astre^ublime, source éternelle des couleurs , des parfums et de la vie , qui enflamme notre atmosphère, rajeunit la nature, soutient les mondes par son propre poids , et qui , mesuré par Huyghens, s'est trouvé treize cent mille fois plus grand que la terre 1
Les anciens faisaient du ciel une voûte de cristal , et ils 7 attachaient les astres comme des flambeaux, a'iaiaginant que ce qu'ils croyaient voir. Mais ces cieux impénétrables, cette voûte solide qu'ils appuyaient sur notre globe, à mesure que la curiosité les observe , et que le sentiment du beau nous élève , se brisent comme des jouets d'enfant : l'infini de l'espace, l'infini des mondes, l'infini des soleils, répondent à l'infini de la puissance* Voyez près de nous, dans cette voie lactée, où notre soleil, avec toutes ses planètes qu'il vivifie et qu'il entraîne, occupe un point imperceptible, quelle multitude de merveilles inconnues des siècles passés! Là se trouvent les étoiles doubles; là deux soleils, d'une effroyable dimension , forment souvent à eux seuls tout un système î ils se suffisent,