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Ce serait une histoire de haate eoDcepltoD que
celle des progrès de la vérité sur le globe. Les plus graodes gloires y tiendraieot la plus petite place : on en retrancherait tons les peuples qui n'ont rien légué au monde*
L'Égypte, malgré ses castes^ son idolâtrie^ l'esclavage et la mutilation des hoiiiincs, pourrait y obtenir quelques lignes. C'était un vaste atelier » où une multitude de mains travaillaient au profit du maître. Mais pendant que les ténèbres couvraient le peuple , une lumière cachée brillait dans les temples et dans les tombeaux. Pythagore et Platon Tinrent y chercher la sagesse, et avec elle le sceptre de la civilisation passa à la Grèce,
Athènes et Sparte offraient le spectacle de deux peuples libres. C'était le premier essai de cette vérité, encore inconnue, que tous les hommes, étant égaux devant les dieux, doivent être égaux devant la loi. La Grèce légua ce principe à Rome, déjà victorieuse, avec les doctrines de Socrate, l'exemple de sa mort et la pensée d'un Bien nniqae, source de toute vérité !
&ome profita peu du legs. Elle s'honora par l'amour de la patrie et les vertus de famille. La pudeur d'une femme et un temple élevé à la piété filiale établirent sa puissance , et la firent grande aux yeux des hommes et des dieux. Elle tint la terre dans ses chaines; elle- lui donna l'exemple des dévouements les plus héroïques : mais, en mou*
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rani, elle ne loi laissa aocaoe de ces grandes mérités qui sont le palrioiaine du genre humain.
Et ce n'est point ici une de ces accasations irréfléchics que Tbistoire se plaît à contredire. Ouvrez Ïiie-Live et Tacite : Rome, la puissante Home sait combattre, conquérir, civiliser; elle exerce Tempirede sa suprême intelligence, mais elle n'ajonte rien au legs de la Grèce , elle ne retranche rien aux férocités de sa civilisation; le polythéisme, ridolâtrie , Tesciavage , la gloire du snjr cide, les jeux sanglants du cirque, les sacrifices humains, la terre déclarée barbare, les peuples considérés comme une proie , et le droit des ar<* mes érigé en droit des gens : erreurs populaires, «niautés religieuses, .patriotiques et politiques contre lesquelles, pendant plus de vingt siècles, il ne s'élève aucune réclamation.
L'antiquité en est couverte 4»>mnie d'un voile qui dérobe à son génie la grandeur de Dieu, la dignité de l'homme et les lois de la nature*
Les progrès de la société ancienne se concentrent dans ces trois pensées : unité dans le mariage, liberté civile et politique , égalité devant la loi. Ces deux derniers principes sont d'ailleurs resserrés dans les -limites les plus étroites; ils ne sortent pas de la nation , ils ne sont d'aucun secours aux vaincus. Ce n'est, pas l'homme que la loi honore, <^est le citoiyen.
Voilà l'œuvre morale de quarante siècles. Alors
1^2 DE LA PERFECTIBaiTÉ
le grand empire s^écronle, et avec lui teute la sch
ciété ancienne. Au milieu de ces décombres, les droits du citoyen se perdent, mais ceux de l'homme se retrouTent. Ils doivent fonder un ordre de cho* ses plus large, plus fécond, et surtout plus humain : ils sont appuyés sur l'unité de Dieu, d'oi
sort l'unité du genre humain.
C'estdeJésus-Christ que nous vint cette lumière» Il fit tomber le voile qui cachait au monde le Dieu de Moïse, transfiguré par l'amour; il rendit leseofants au père et le père aux enfants; et il se trouva tout à coup que la plus haute pensée de Socralc drcttlâiit parmi les peuples»
Le premier effet de cette vérité sur le globe fut on événement prodigieux : la destruction de Tesolavage. Cent peuples savent aiyourd'hui ce que
ne sut aucun sage de l'antiquité , qu'acheter et vendre un esclave » c'est acheter et vendre le sang d'un homme, c'est violer d'un seul coup les lois de Dieu et les droits de l'humanité» Vérité simple, . vérité naturelle, q/n s'élève comme une muraille entre les temps antiques et les temps modernes. Ai^Qurd'hui l'esclavage est uoe barbarie des nations barbares; c'était autrefois un usage des nations civilisées : jusque-là que Platon en fit un des éléments de sa république idéale«
Aristote lui-même, l'homme de la raison, y fut trompé; il prit l'assentiment de tous les peuples pour une loi de la nature; de l'usage , il conclat
le droit* Ne pouvant reconnaître i'bomme dans les dijections de Tesclave, il annonça une race inférieure faite pour servir , comme le cheval est fait pour porter, ne a'apercevant pas que ces atyec»
lions, qu'il prenait pour le caractère d'une espèce, étaient Tœavre de Tesclavage, et non l'œuvre de la nature ^
La vie morale des peuples s'est donc agrandie d'une pensée qui manquait à Socrate, à Platon, à Aristole, et qu'on cherche en vain dans Moïse. Jésus-Christ la fit entendre du haut de la croix; elle se perdit an milien de la barbarie, et, après dix-huit siècles de combats, nous Tavons retrouvée dans l'Évangile.
Ce fut une grande révolution que ccUc seule pensée jetée au milieu d'un monde de maîtres et d'esclaves. Rome régnait encore sur toute la terre, et sur toute la terre il y avait des marches où l'homme vendait et achetait l'homme. La pensée de Jésns^ Christ m fut comprise que des victimes; ie reste, peuples, rois, moralistes, sophistes, n*y vit qu'une conception idéale, une théorie qu'on pouvait disrcuter, peut-être le rêve d'un philosophe; et tout à coup la volonté vertueuse da monde civilisé est SOI lie de ce rêve.
l Voyez Aristote , PoliL , liv. 1 , ch. Ui et IV. — Voyez aussi d'excellentes réflexions sur ce passage d' Aristote dans la Philosophie du Droit, de M. Lerminier , t. Il , . p. 40.
1S4 B£ LA PBRFKCTIBILITÉ
L'humanité marche donc, et elle marche à la conquête de la vérité. La loi de la nature l'entraîne vers ce but, dont la régcnéraLion du globe sera le couronnement. Que cette marche ait d'abord été un peu lente, cela devait être : les premières vérités sont les plus difficiles à découvrir ; mais aujourd'hui le mouvement s'accélère et les progrès se muiUplieat.
L'oniTt m Dieu , L'unité w g£nb£ humaux,^
L'AfeOUR DE L'HVHAnîTfi,
L'abolition des castes,
L'abolition m l'esclavage,
La soumission des drotts bu citoyen aux droits
DE l'hOMHE,
Et la liberté de conscience.
Toutes vérités inconnues des anciens, et remarquez-le bien, toutes vérités qui s'harmonieni aux lois de la nature. Mais ces progrès ne sont que le.' premiers éléments des progrès qui nous restent i faire. Tant que nos yeux verront triompher le crime et persécuter la vertu; tant que les masses popa* laircs seront privées d'intelligence et de ces nobles développements de Tâme qui nous séparent de b brute; tant qu'il existera des mendiants, des tyrM et des bourreaux, et que le sang humain coulcr«^ sur la terre, la loi ne sera point accomplie. L'œune
m OINEK HUMAin. IKK
de la perfectibilité est de faire tomber uo à un tous ces vêtements d'angoisse et d'opprobre dont la soeiété nous revêt eu naissant. Loi divine et fatale qoi ne nous laisse aucun repos, qui parle au genre tiujnain comme la mort parle à l'homme daiis le terrible passage de Bossuet : u Marche, Marche ! n et tous les peuples civilisés lui répondent en regardant le ciel : u Nous marchons I »