LIVRE IV
CHAf ITBE PEEMIER.
On ne rendra désormais quelque jeunesse à la race humaine qu'en retournant à la religion par Ja philosophief el au scntimeol par la raison.
(M^° de StA£l, aei'ÂUemagne,i.ill,
Je vais traiter de la religion eo présence de ses troH plus grands enneoiiBy llncrédolité^ i'todiffé^ rence et le fanatisme, n'ayant pour moi que la raison et ne cherchant que la vérité. Tâche diifi*cilc cl que je voudrais remplir sans blesser les consciences. C'est pourquoi je me hâte de le déclarer : jl ne s'agit ici ni de changer les cultes, ni de renverser les dogmes. Au-dessus de ces croyances spéciales et mobiles de chaque secte, règne une
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religion immuable qui les embrasse toutes comme le del embrasse ruai?ers. Notre but est d'empran** ter i eette religion, qui se résume dans l'Évangile, les principes éternels qui conviennent à toutes les religions, de les y introduire d'une manière inaperçue par l'influence des femmes, et de marcher ainsi doucement au triomphe du christianisme, €'e8t4-dire à la emlisation dn inonde.
Je ne frapperai que les dogmes qui nous décomplètent^ c'est-à-dire les erreurs qui nous dégradent.
Dans ce but, j'adopte toutes les communions chrétiennes. Soyez catholiques, luthériens, presbytériens, anabaptistes, calvinistes, n'importe : fils du même Dieu, nous ne pouvons être ennemis. Vous garderez votre nom, votre cuite, vos prières, tout ce qui tient à la forme, tout ce qui tient à la foi, tout ce qui ne blesse pas la morale et la dignité humaine ; mais aussi vous recevrez dans votre ftme les semences de la véritable sagesse; de cet amour de Dieu et des hommes, qui fait une seule famille de tous les peuples, et une seule religion de tontes les religions. Que la sagesse sorte donc des ténèbres de la superstition, comme Moïse sortit de l'obscarité de la montagne les tables de la loi à la main !
Ce travail, que j'entreprends avec ardeur, avec une foi entière, je le destine surtout aux femmes de TEurope et des deux Amériques, puisque sur
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toute la terre il n'y a de civilisation que là où règne rÉvangile. £t toutefois, il faut qu'il puisse être la, même des disciples de Mahomet, sans offenser leurs croyances. Une femme arabe, persane ou turque, qui en adoptera les principes, pourra se croire mahométane lorsque déjà son cœur sera chrétien. Les ablutions, le ramazan, les prières dans la mosquée, l'abstinence du vin, tous les objets de sa foi, tous les mystères de son culte, subsistent encore; mais, déjà initiée aux lois de la nature, elle cesse de comprendre la polygamie, elle s'étonne de Tesclavage, et ces deux sentiments nouveaux commencent la régénération de l'Orient. Le fanatisme résiste au fer, il meurt sous les progrès de la pensée !
Poser des principes qui conviennent i tous les hommes, et qui, sans rien changer aux apparences de lewtÀ cultes^ en détruisent peu à peu les immoralités; voilà le problème à résoudre* Il constitue la mission du monde moderne, du monde civilisé. Les apôtres de ces principes seront désormais les véritables apôtres du christianisme. On ne fait plus un chrétien en lui montrant une croix et en lui jetant quelques gouttes d'eau sur la tête. Le baptême n'est que le symbole ; l'amour de Dieu et des hommes, voilà la loi. Ajissi est-ce une chose vraiment remarquable que TÉvangile fut inspiré pour ramener toutes les croyances à l'unité morale, et non pour ajouter une religion aux autres religions
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qui divisent la terre* les paroles saintes n*onl pas
d'autre but : elles ne règlent que les passions, elles ne détruisent que les vices* Tout y est prévu, jusqu'aux moyens de propager la doctrine. Jésus sait que les vérités nouvelles pénètrent difficilement dans Tesprit de Thomme : on y a logé tant d^crreurs. Eh bien! ce n*est point à resprit, c'est | au cœur que l'Évangile adresse ses doctrines. 11 nVnseîgne la vérité qu'en réveillant des sentiments, toujours et partout les mêmes, toujours et partout étouffés, toujours et partout vivants.
Que ces doclrines si pures aient élc méconnues par les passions et les ambitions, qu'y a-t-il là qui doive surprendre? L'homme n'arrive pas simplement et spontanément à la vérité : on Ty traîne à travers les siècles. En étudiant le gouvernement de l'Église, nous avons dù rencontrai des exemples de cette résistance j car l'Église touçbe par un point à l'humanité. Rapporter œs faits c'est éerire l'histoire : s'étounera-t*on de trouver des crimes et des passions dans l'histoire? ce serait s'étonner d'y trouver des hommes. Tout ce que peut faire Tbistorien^ c'est de parler sans prévention et sans haint. Ma haine à moi n'est que pour le crime. Je plaiai les criminels, je plains surtout raveuglement; mais je ne sais pas plus renoncer à la vérité qik ma conscience. D'ailleurs c'est encore une chose vraie que la vérité est toiqours bonne, toiyosrs Qtile^. toujours favorable au genre humain. Quand
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le sacerdoce a fait le mal, c^est qu^ii s'appuyait sur l'erreiir ; qaànd il a fait le bien, c'est quUl était dans la vérité. La vérité est innocente de tout le sang qui a été répandu sur la terre.
A présent, si l'on me demande pourquoi j'adresse f ce livre aux mères de famille, voici ma réponse : { le peu de vraie piété qui existe encore sur la terre, \ on le doit aux femmes bien plus qu'aux théolo- \ giens* Notre religion, c'est celle de notre mère. L'CTseignement des prêtres, froid, dogmatique, ' terrible, ne se grave que dans la mémoire, et Jé- ' sas-Christ nous apprend que la religion ne vent
ctrc gravée que dans le cœur. Les passions la trouveront là à sa place avec la prière de notre enfance, eette prière apprise mot 'à mot, répétée chaque matin; cette prière qui fit poindre dans notre àme le sentiment inné de Tinfini, le jour où notre mère, joignant pour la première fois nos petites mains, nous apprit à prononcer le nom de Dieu. Doux enseignements du berceau, prière des anges, qui nous revient toujours au milieu de nos joies ou de 'nos douleurs, comme un écho de la voix maternelle !
Si ces observations sont vraies, si elles parlent à tous les cœurs, je n'ai pas besoin de justifier ce livre. Plus la religion de notre mère sera sublime, plus nos impressions seront vives et profondes.
Négliger d'instruire nos maîtres, ce serait renoncer à notre propre instruction. Que la pensée de
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Dieu descende donc sur nous à la yoix de notre
mère, que cette pensée nous pénètre, que sa lumière nons environne ; qu'elle sott la joie de noire enfance, la science de notre cœur, la vie de notre âme et le soutien de cette vie nouvelle à l'heure fatale où les derniers rayons de notre innocenee tremblent et s'évanouissent sous le feu des passions.
O femmes! voici une étude sans fatigue et sans travail, une étude de contemplation et d'amour i Cest Bien lui-même qui vient parler à votre âme dans le double livre de l'Évangile et de la nature. Ne redoutez pas les foudres de sa voix, elle s'adoucira pour vos oreilles; ne redoutez pas les splendeurs de sa magnificence, elles se voileront pour vos yeux ; et cependant vous reconnaîtrez sa voix, vous reconnaîtrez ses splendeurs, vous reconnaîtrez ses pensées, les pensées d'un^ Dieu ! vous les reconnaîtrez à vos transports, comme vous reconnaîtrez sa puissance à votre admiration^ et votre âme brûlera en l'écoutant!
CHAPITHE IL
DE LA EBLlCtOH DU GEHBB HiniAIII»
Ce qui diitingne le dtriatlanîame entre louteilesreligîoDfde Hiomme» c*ett qu'au lieu de placer ton lancluaîre dans J*iinagi^ nation « il l'a placé dans le coBur | et e'ett qu'au lien de venir pour les riches et pour lei privilégiéi de la vie , il est venu pour les pauvret et les malheurenz; c'est qu'au lieu d'Imposer un joug nouveau à Faveoir, il a htîié le joug de fer qui pesait sur la tte des générations passées.
(Charles Nodier, de TA mour et de son Influence,. p. 3.)
Dieu a gravé son nom sur son ouvrage; c'est une lumière qui ne brille que pour nous. Partoul eeUe
lumière a fait naître un sentiment, et ce sentiment un culte ; Yoilà Torigine de toutes les religions pri* mitives.
La religion du Christ date d'une autre époque; elle est née des besoins de rhumanité, et non de la
recoanaissance des hommes; au milieu des crimes