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une nouvelle méthode qui aurait pour objet de supprimer entièrement l'emploi du langage des signes. Il voudrait restreindre exclusivement les instrumens employés pour l'instruction du sourdmuet , à l'art de lui faire lire sur les lèvres de ceux qui parlent , et à lui faire imiter la prononciation. Mais le moyen qu'il propose, contraire en lui-même aux indications de la nature, et qui priverait l'instituteur de son premier moyen d'action , est directement contraire aussi au but même qu'il a prétendu atteindre.
Il nous resterait à passer en revue une dernière classe d'écrivains, celle des auteurs qui, en Allemagne , ont publié soit des modèles d'exercices , soit des sujets de lecture , soit des instructions , spécialement destinés aux sourds - muets. Si nous ne pouvons, sans trop nous écarter de notre plan, nous y arrêter avec détail , nous ne saurions du moins assez applaudir à la louable émulation qui a donné le j,our à ce grand nombre de productions, au zèle qui les a inspirées, au but vers lequel elles sont dirigées. En écrivant pour une classe particulière d'infortunés trop oubliés, ces auteurs n'ont pu espérer ni le suffrage , ni même l'attention du public; mais les amis de l'humanité leur tiennent compte de leurs efforts. Ici encore Heinicke a donné l'exemple (i), et cet
( i ) Neues A. B. C. , etc. , nebst einer anweissung des
exemple a été suivi par ses disciples. A leur tète, nous trouvons celui qui a été son successeur, M. Petschke (i). Les modèles d'exercices (2) publiés par ce dernier, spécialement destinés aux élèves de l'institut des sourds-muets de Leipsick , et qu'il jugeait propres à être employés avec fruit dans l'éducation ordinaire , sont en partie empruntés à Thieme (3). Ils sont gradués sur une échelle progressive, en partant des idées sensibles les plus familières , pour s'élever jusqu'aux notions morales et religieuses, et en commençant par la proposition la plus simple, pour arriver à de petites périodes. Chaque exercice est composé d'un petit nombre de phrases détachées qui ont pour objet, soit de présenter une même idée sous ses différentes faces, soit de faire le dénombrement des différentes parties d'un même tout, et d'une série de questions qui correspondent à ces mêmes
lesen , etc. Leipsig, 1820. == Bïblische Gœschichte, etc. Hambourg, 1776.
(1) M. Petschke a été enlevé lui-même, il y a peu de temps, a l'Institut de Leipsig, dans la direction duquel il assistait madame la veuve Heinicke.
(2) Erste anfangsgrunde der Menschlichen Wissens , etc. Leipsig, 1800.:= Lesebuch fur Taub-Stumme. Ibid., i8oo< === Anleitung in Kurger-Zeit lesen zu lernen, etc. Ibid., 1 799',
(3) Erste Nahrung fur den gesunden menschen vers tond.
1 l6 DE L ÉDUCATION
phrases , et qui ont pour but de faire répéter à l'élève ce qui vient de lui être enseigné. L'homme, ses alimens , ses vétemens , son habitation , les métiers qui se rapportent à ces trois ordres de besoins, l'école, les jeux de l'enfant, forment la première portion de ces tableaux : viennent ensuite les animaux et leurs diverses espèces , depuis les quadrupèdes jusqu'aux insectes et aux vers ; puis les plantes; puis^la terre, l'air, le ciel et leurs principaux phénomènes ; puis le temps et ses divisions. Alors l'élève arrive à la société humaine, aux groupes qui la forment, aux diverses conditions qui y sont comprises, aux rapports de ses membres , aux fonctions qui y sont exercées. Enfin, les sens de l'homme, son âme, la Divinité, sont l'objet des trois dernières divisions. On peut critiquer dans ce plan plusieurs irrégularités : on peut lui reprocher, par exemple , d'attendre à la fin de l'instruction, pour exposer les fonctions des sens de l'homme , lorsqu'on a débuté par décrire les parties de son corps, et lorsque les fonctions des sens sont aussi communes aux animaux. On peut lui reprocher encore de vouloir expliquer les rapports qui unissent les hommes en société , avant d'avoir appelé l'attention de l'élève sur l'âme et ses facultés , lorsque cependant nos rapports sociaux dérivent de nos facultés morales ; de prétendre expliquer ce qu'il y a de bien et de mal dans les actions humaines, ce qui mérite d'être
DKS SOURDS-MUETS.-— PATIT. II, CHAP. XIII. 1 lj
récompensé ou puni (i), avant d'avoir enseigné ce que c'est que la raison, la liberté, les passions, le vice et la vertu (2). Nous lui reprocherions encore de donner la notion du vice avant celle de la vertu, et, par conséquent, de présenter la violation de l'ordre, avant d'avoir fait connaître l'ordre lui-même, si cette grave erreur, qui entraîne aussi de fâcheuses conséquences dans la pratique , ne lui était malheureusement commune avec la plupart des instituteurs. Mais nous louerons la simplicité, la clarté, l'exactitude qui caractérisent généralement ces thèmes, et la méthode qui règne dans les détails. Le digne émule de M. Petschke, le professeur Eschke, a fait un semblable présent aux élèves de l'Institut de Berlin, confiés à ses soins (3) , et a composé de petits récits à leur usage ; MM. Sttuve (4) , Hensen (5) ,
(1) Beleuchtung eines aufsatzes, etc., sect. 21, §. 85, 86,
(2) Beleuchtung eines aufsatzes, etc., sect. 23 , §.95, 97, 98>99> Pages !»9 etsuiv.
(3) Erz'àhlungen fur Taub-Stumme. =■ Lesebuch fur Taub- Stumme. Berlin , 1796 , 1 799. ( Une 2e édition de cet ouvrage a été publiée en i8o5. ) = À. B. C. Buchfur Taub-Stumme. Berlin, i8o3. Ce dernier ouvrage a eu trois nouvelles éditions en i8o5, 1806, 1811.
(4) Kurzer unterricht fur Taube und Taub-Stumme. Leipsig, 1804.
(5) Unterrichtcursus fut Taub-Stumme. Schleswig, 1819.
Il8 DE L EDUCATION
Hauer (i), Jh May (2), se sont exercés dans le même genre de productions. L'abbé Storck, MM. Berger et Ernsdorffer ont publié des programmes d'exercices. L'instruction morale et religieuse des sourds -muets a inspiré en particulier une juste sollicitude à MM. d'Ernsdorffer (3), Czech (4) , Knoll (5) et Schmahling (6). Les écrits des trois premiers auteurs sont spécialement destinés aux élèves catholiques. M. d'Ernsdorffer a embrassé tout l'ensemble de l'enseignement religieux, pour les élèves de l'Institut de Freysing; M. Czech a voulu rappeler aux élèves formés à l'Institut de Vienne les leçons qu'ils y ont reçues, et les entretenir, lorsqu'ils sont de retour chez leurs parens, dans les bonnes dispositions qu'ils y rapportent ; M. Knoll a cru devoir appuyer l'exposition des idées religieuses sur
(1) Elementar unterricht fur Taub - Slummen Kinder. Quedlinb et Leipsig, 1821.
(2) Erste Rentrasse fur Taub-Stumme. Cet ouvrage a eu deux éditions. Vienne, 1798, i8i3.
(3) Volstandiger unterricht in der christichen lehre, etc., Landshut, 1821.
(4) Kurz gefasster religions-lesebuch , etc. Vienne , 1821.
(5) Kattolische normal schule fur Taub-Stumme. Augsbourg, 1788. Cet ouvrage a paru aussi en latin; l'apologie publiée en 1790 est précédée d'une Préface de Heinicke.
(6) Eine lehrart Taub-Stummen in der christlichen religion zu unterrichten. Halle, 1802.
DES SOURI)S-J\IUITS. PART. Il , flfl A.P. XII I . I 1 C)
une suite de gravures, pour les rendre plus sensibles à ses élèves.
Il est encore deux branches de travaux que les écrivains allemands ont cultivées avec leur zèle accoutumé , et qui offrent un intérêt assez marqué à l'instituteur des sourds-muets. La première est relative à une sorte d'enseignement figuratif donné à l'aide des dessins et des gravures ; la seconde a pour objet l'art de la pantomime et les recherches qui s'y rattachent.
La célébrité qu'acquit VOrbis pictus , d'Amos Comenius(i), le succès général qu'il obtint dans l'enseignement, lui attira, dès le dix -septième siècle, de nombreux imitateurs. Un siècle après,
(i) Ce singulier ouvrage, publié pour la première fois en 1 658, à Nuremberg, avec de mauvaises gravures sur bois, a eu une foule d'éditions, et a été traduit en onze langues différentes.
Indépendamment de sa Janua linguarum reserata , et de sa Magna didactica, qui renferment beaucoup de vues sur l'éducation, Comenius publia aussi, sous le titre de Schola materna gremii, un ouvrage qui eût mérité d'être plus connu , et surtout d'être mis en pratique. Il s'y propose d'indiquer aux mères comment elles doivent élever elles-mêmes leurs enfans, depuis le berceau jusqu'à l'âge de six ans.
Les sarcasmes que Bayle a jugé à propos de diriger contre Amos Comenius, ne sauraient affaiblir la reconnaissance qui lui est due pour avoir tenté le premier de substituer dans l'enseignement la lumière de l'intuition aux routines du pédantisme.
Bazedow, dans sa généreuse tentative pour réformer les méthodes d'enseignement, s'emparant des vues d'Amos Comenius , les reproduisit avec un nouveau caractère et avec les développemens demandés par les progrès qu'avaient obtenus les connaissances humaines (i). Le Philantropinum de Dessau fut le théâtre de l'application de ces nouvelles méthodes. De l'école de Bazedow sortirent de nombreux instituteurs où écrivains, pénétrés de ses intentions, émules de son zèle, et continuateurs de ses travaux. M. Wolke , dont nous venons de rappeler les services pour l'instruction des sourds -muets, donna sa Méthode naturelle d'Instruction; Crapp, auteur d'un traité estimé sur Y Education, a joint des explications aux gravures de Bazedow; Bienrod a appliqué ce moyen aux premières notions offertes à l'enfance ; Lohr, dans un ouvrage cité comme le modèle du genre, l'a employé pour commencer, chez les enfans qui ne savent point encore lire, la culture de l'intelligence et des facultés du cœur (2) ;
(1) Voyez son Elementar weick, vol. 3, avec 100 gravures. Leipsig , 1774 et 1785. Cet ouvrage a été traduit en français sous le titre de Manuel éléme?itair& d'Education, en 4 vol. 1774- = Voyez aussi son Methodenbuchfùr vater und Mutter. Leipsig, 1773.
(2) Erstelehren und Bilder. Leipsig, i8o5. = Erweckungen fur das herz der Kinder. 1806. s=s JVeinachts abendin der familier Thalberg. i8o5 , etc. , etc.
Seidei (1), Glats, Salzraann, Hahn , Spreker, etc. , ont également tenté de s'aider de ce secours pour le début de l'éducation. Les ressources qu'il offre spécialement pour les notions élémentaires des diverses parties des sciences naturelles, la technologie et l'histoire naturelle de l'homme, ont été exploitées avec un mérite reconnu par Voit (2) , Bertuch (3) , Crossmann (4), Hirschmann (5), Wilhem (6). Le procédé figuratif, à l'aide des gravures, a été introduit dans l'enseignement de l'histoire (7) ; Vossius l'a fait servir à celui de la morale religieuse et de l'histoire sacrée (8). On peut discuter l'opportunité d'un semblable mode de procéder dans l'éducation ordinaire , y trouver du moins de graves inconvéniens quand l'usage en est prolongé au-delà de la plus tendre enfance; on peut craindre qu'il ne donne
(1) Bilderbucher, etc. B. erste Nahrung fur das ver stand '.
(2) TJnterhaltungenfùrjunge leute aus der naturgeschichte. = Schule der vergnugens fur hleine Kinder.
(3) Bilderbuch fur Kinder, avec deux textes, l'un allemand, l'autre français.
(4) Historisch-Tecnologischer schauplatz. Leipsig, 1804.
(5) Tempel der natur und Kunst. Leipsig, i8o5.
(6) Unterhaltungen ùber der menschen. Augsbourg, 1804 -, i8o5.
(7) Historicité Bilderbuch fur die jugend. Leipsig 1797-
(8) Moralischc Bilderbuch. Gotha, î8o5, 1810,
trop à l'étude le caractère d'un amusement puéril; qu'il n'affaiblisse la raison , alors qu'il s'agit de la fortifier ; on peut en redouter l'exagération , les abus. Mais, de même qu'un emploi sobre et bien entendu du procédé figuratif, peut faire servir les premiers jeux de l'enfance à préparer les voies à l'instruction, écarter quelques uns des obstacles qu'offre l'étude à son début; il peut être appelé avec une convenance toute particulière, dans le Plan d'Education des Sourds- Muets , encore dominés par les impressions sensibles, (i)
Nous ne saurions le dissimuler cependant : tous ces procédés figuratifs sont encore empreints d'une grande imperfection; ils manquent généralement
(1) On peut citer encore, comme pouvant servir d'exemples en ce genre , les recueils suivans :
Schauplatz der natur und der Kunste , en quatre langues. Vienne, 1774.
Neue Bilderbuche fur Kinder, avec le texte en allemand , en français , en anglais , en italien.
Neue Bildergallerie fur sohne und tochter, aus dent Reich der Natur, Kunst , und Zitten. Berlin, 1804.
On consultera avec fruit, sur le mérite de ces dïfferens ouvrages , l'excellent traité de Niemeyer, que nous nous plaisons souvent à citer : Grundsatze der erzichung, etc., 7 e édition, tome II, 4e beilage, §..9, pages 445 et suiv. ; et l'estimable bibliothèque de Gutsmuths. = Bibliolek der zeitschrist. fur pœdagogih , erziehung und schulwesen. Gotha et Leipsig, 1800, 1807. ( Voyez l'année 1801, vol. IT , 3e section. )
de méthode; leurs auteurs ont trop peu étudié les opérations de l'esprit humain ; les instituteurs de sourds -muets en Allemagne se plaignent euxmêmes de ne point posséder encore un choix de gravures fait avec intelligence , dont ils puissent faire dans leur enseignement un usage véritablement utile, (i)
Le langage mimique a été étudié par Engel (a) , Seckendorff (3), Gurber (4), Lowe (5) , Solbrig(6), en le considérant spécialement sous le rapport de la déclamation ; par Rlodius , dans ses relations avec les beaux -arts (7); mais il a été étudié par Veinberger dans ses rapports directs avec le système des signes méthodiques employés dans l'in-
(1) Voyez M. Neumann , Die Taub-Stummen-anstalt zu Paris, etc., note de la page 12.
(2) Ideen zu einer mimik. Berlin, 1785, i8o4-
(3) Vorlesungen ùber déclamation und mimik. Brunswick ,
(4) Brie/ an Kotzebue ùber Ifflands mimik. Vienne, 1801 .
(5) Kurz gefasste Grundsàtze von der Beredsamkeit der leibes. Hambourg, 1755.
(6) Die Kunst der Rednerischen und theater, etc., déclamation, Berlin, 1819. (C'est un extrait de l'ouvz'age anglais d'Austin. )
(7) Grundritz der Korperliche Beredsamkeit , etc. Hambourg, 1792.
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struction des sourds-muets (i), avec l'espoir d'en tirer une application générale.
Mais , un examen détaillé de ces branches accessoires de travaux, nous écarterait trop de notre but , et nous forcerait de dépasser les limites que nous avons dû nous prescrire. Il nous suffira de les avoir indiquées sommairement ici aux instituteurs de sourds -muets, dont le zèle ira y chercher de précieux matériaux pour leurs études.
Nous ne saurions quitter l'Allemagne, sans ajouter ici quelques indications que nous puisons dans l'ouvrage nouvellement publié par M. Neumann ; ouvrage qui n'avait point encore vu le jour, quand le premier volume de celui-ci a été imprimé. A la tète de tous les inventeurs de l'art d'instruire les sourds -muets en Allemagne, dont nous avons offert le tableau au troisième Chapitre de cette deuxième Partie, il conviendrait de placer Joachim Pascha, prédicateur de l'électeur Joachim II de Brandebourg, mort en 1578, lequel instruisit, par le moyen des estampes, sa fille, devenue sourde -muette dès le berceau (2). Il faudrait y joindre encore, d'après M. Neumann,
(1) Versuch einer allgemeine anwendbare inimik , etc., Vienne, 1816.
(2) Ce fait est tiré de Seidel [Bilder galleric. Berlin, 1 75 1 ,
page 72.)
Conradi, en 1^98, et Lhar Schulze, en 171 1. Il ne nous donne d'ailleurs aucun détail sur les travaux de l'un ni de l'autre (1) ; nous n'en avons trouvé d'ailleurs dans aucun autre recueil.
(1) Die Taub - Stummen - anstalt zu Paris, etc. 1827 pages 58, 73.
i6 de l'éducation
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