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demain , on lui fait répéter ce qui a été corrigé la veille. (1)
En même temps que M. Watson enseigne la langue à ses élèves , il applique à l'instruction positive l'instrument dont il les met en possession : les leçons de religion, de morale, d'histoire, de géographie, forment le sujet de leurs dialogues. Il saisit la première occasion qui se présente naturellement pour faire connaître aux sourdsmuets les notions du juste et de l'injuste, appliquées aux actions humaines , du mérite et du démérite, pour les conduire par là à celles d'une récompense et d'une punition au-delà du tombeau; pour les élever à la pensée d'une intelligence suprême, de ses perfections, et des rapports qu'il est permis à la créature humaine d'entretenir avec son Créateur. (2)
M. Watson a trouvé un grand avantage à employer des moniteurs sourds-muets comme auxiliaires ; les élèves les plus avancés sont distribués en classes de vingt ou trente; tous y sont à la fois en action : ils se portent à l'étude avec ardeur, et se montrent avides de succès. (3)
(1) Instruction of the Deaf and Diunb , page 11.
(2) Ibid,, pages 124 et suiv.
(3) M. Watson, auquel j'avais demandé quelques renseignemens sur l'ouvrage de Bulwer {voyez ci-devant, 1' Chapitre de cette Partie, tome Ier, page 33o ) , n'en connaît,
C'est dans les principes de M. Watson qu'a été rédigé l'article sur les Sourds- Muets que nous trouvons dans le Supplément de l'Encyclopédie d'Edimbourg (i) : cet article, d'un petit nombre de pages , est un véritable traité élémentaire sur la théorie et la pratique de l'art, aussi remarquable par la méthode et la clarté, que par l'esprit philosophique qui l'a dicté. Son auteur est M. le docteur Roget, membre de la Société royale. Quoiqu'il n'approuve point le système des signes méthodiques, il n'en rend pas moins à la mémoire de l'abbé de l'Epée le plus éclatant hommage. Il combat les préjugés trop généralement admis à l'égard des sourds - muets , et réfute les exagérations de l'abbé Sicard sur l'incapacité dont il les supposait atteints avant qu'ils aient participé aux bienfaits de l'éducation. Il reconnaît en eux des facultés qui n'attendent, pour être excitées, qu'un éveil convenable; une sensibilité qui peut être développée comme celle des autres enfans; des affections qui demandent à prendre leur cours , et qui peuvent être mises heureusement à
comme nous, que le titre, et n'a pu le découvrir pour le consulter. J'ai reçu la même réponse de M. Orpen , secrétaire de la Société de Dublin.
(3) Supplément to the fourth and firth édition of the Encyclopœdia britannica. Edimbourg, 18 19, vol. III, 2e Partie, page 467.
i8o de l'éducation
profit pour le succès de l'instruction elle-même, aussi recommande-t-il aux instituteurs de s'attacher, avant tout, à obtenir l'affection de leurs élèves, à pénétrer dans des jeunes coeurs à peine entr'ouverts encore; il recommande également d'éviter tout ce qui pourrait les décourager ou les blesser, en leur faisant sentir leur infériorité; il blâme l'abbé Sicard d'avoir fait, sous ce rapport, aux jeunes sourds - muets , des révélations indiscrètes, (i)
On ne peut mieux fixer le terme auquel doit tendre l'art d'instruire les sourds - muets , que ne l'a fait M. Roget , ni caractériser plus exactement ce qui constitue son essence.
Il est le seul qui, dans le nombre des instrumens mécaniques de communication , ait fait entrer une espèce d'écriture aérienne, c'est-à-dire des lettres tracées en l'air avec le doigt, ou du moins qui ait donné à l'emploi de cet instrument une attention spéciale. Pour s'adresser, par un semblable moyen, à une personne placée en face, celui qui parle devrait écrire à rebours ; mais on évitera cet inconvénient en se plaçant devant une glace ou derrière la personne dont on veut se faire entendre, et prolongeant le bras en avant d'elle, (a)
(i) Voyez l'art. Deaf and Dumb , dans le Supplément de l'Encyclopédie d'Edimbourg, page 471.
(2) Ibid., page 473.
DES SOURDS-MUETS. -~r PART. II , C1IAP. XVI. , I 8 I
En adoptant l'articulation artificielle, d'après les procédés de M. Watson , la lecture sur les lèvres et la dactylologie, M. Roget ne voit encore, dans cet appareil de moyens , qu'une préparation : c'est dans l'ordre et la suite des idées présentées au sourd - muet qu'il cherche l'instruction véritable (i). Il n'admet qu'avec sobriété l'usage des signes mimiques , et ,. s'il consent que le maître rectifie ceux de l'élève, il ne lui permet pas d'en instituer de nouveaux , ni « de civiliser, suivant son « expression , l'idiome encore sauvage du sourdce muet, pour l'introduire à la langue de la civilisa- « tion. » Il ne voit, dans le système des signes méthodiques, qu'un long détour qui retarde la marche de l'enseignement : il recommande , comme plus rapide et plus direct, l'emploi des gravures. (2)
Loin de retenir pendant long-temps l'élève dans les arides exercices d'un alphabet vide de sens , il commence par lui présenter des noms entiers, accompagnés de la valeur qui leur est propre , et c'est par la décomposition des mots qu'il le conduit à classer les élémens alphabétiques. (3)
De même aussi, loin de laisser l'élève épuiser tour à tour les longues séries des vocabulaires destinés à chacune des parties du discours; mar-
(1) Voyez l'art. Deqf and Dumb, etc., page 468=
(2) Ibid. , page 472.
(2) Ibid,, page 47 !■•
che suivie dans les écoles du continent, et qu'il censure justement, il fait produire à la fois, dès le début , dans une composition entière , ces mêmes parties, avec leur mutuelle correspondance; il fait marcher concurremment, dans la construction d'une suite de phrases, les élémens de ces vocabulaires, mis en scène à la fois (i); il provoque la création d'un vocabulaire méthodique , d'après le plan indiqué par Locke. (2)
L'indication des objets, les signes mimiques de la création du sourd-muet , les estampes surtout , expliquent la valeur des mots. Les exemples servent d'explication pour la syntaxe. L'auteur n'approuve point que la grammaire et la métaphysique soient appelées pour introduire à l'étude de la langue maternelle. Ces notions scientifiques ne sont nécessaires , à ses yeux , que pour apprendre une langue étrangère, à l'aide de la langue usitée dans son propre pays; mais tel n'est point, suivant lui, le genre d'études auquel le sourd -muet est appelé : la langue du pays doit être aussi pour le sourd-muet la langue maternelle ; il n'y a point, entre les idées qu'il apporte et celles de son maître, l'analogie qui permettrait de l'instruire par la voie d'une traduction.
Nous avons vu plusieurs instituteurs de sourds-
(1) Voyez l'art. Deaf and Dumb , etc., page 477. (a) Ibid., page 472.
DES SOURDS-MUETS. PART. II , CHAP. XVI. l83
muets recevoir cette mission de la tendresse paternelle ; en voici un qui la reçoit de l'affection fraternelle : c'est M. John Pauncefort-Arrowsmith. M. Arrowsmith a entrepris l'éducation d'un frère sourd -muet de naissance, sans connaître aucune des méthodes existantes, et n'ayant d'autre guide que l'expérience acquise chaque jour dans ses propres essais. Une simple maîtresse d'école commença cet enseignement ; les deux frères fréquentaient l'école à la fois. La maîtresse exerça celui des deux qui était privé de l'ouïe, à lire, sur les lèvres , les mouvemens produits par l'émission des sons articulés. Rentrés à la maison , celui qui entendait et parlait faisait répéter à l'autre la leçon qu'il avait reçue. La mère fit graver les lettres de l'alphabet sur autant de jetons, et l'enfant s'accoutuma à reconnaître dans ces caractères, les élémens de mots correspondans à ceux de l'alphabet labial ; il en forma bientôt des mots ; on lui expliqua ces mots , en lui montrant les objets qu'ils signifient. On lui montrait ainsi beaucoup de mots dont il ne connaissait pas encore, dont il ne pouvait connaître la signification : M. Arrowsmith en convient ; mais il répond qu'on lui faisait suivre, en cela, la même marche qu'aux enfans ordinaires, auxquels on fait épeler des mots dont ils sont encore incapables de concevoir le sens ; réponse très vraie quant au fait , mais qui ne saurait justifier une telle erreur, en lui donnant
i84 de l'éducation
un exemple(i). Ailleurs, cependant, il recommande de ne jamais se servir de termes qui soient au-dessus de l'intelligence de l'enfant. (2)
On ne peut s'attendre à rencontrer, dans les tentatives faites par M. Arrowsmith, des vues nouvelles sur les principes de l'art; il était même inévitable que les procédés essayés de la sorte , sans le secours d'aucune lumière théorique, ne fussent atteints d'une imperfection assez notable. Mais ils sont utiles, du moins, à consulter comme une expérience ; et le résultat qu'ils ont obtenu , malgré cette imperfection, est d'un véritable intérêt, comme pouvant faire apprécier ceux qu'avec des procédés mieux conçus, on pourrait obtenir dans la simple éducation domestique. On comprend que l'instituteur a dû se rectifier souvent lui-même , et le tableau des difficultés qu'il a rencontrées ne serait guère moins utile que celui de ses succès. Il est, au reste, des difficultés qu'il s'est imposées sans nécessité , comme lorsqu'en voulant enseigner le verbe, pour la première fois, à son élève , en le rendant témoin de l'action correspondante, et l'exprimant dans une phrase, il prétend enseigner en même temps le verbe auxiliaire pouvoir y et faire concevoir ainsi la possibilité ou
(1) The Art instructing the infant Deaf and Dumb , etc^ Londres, 1819, in-8°, chap. Ier, pages 33 et 34-
(2) Ibid., page 44.
DES SOURhS-MUETS. PART. II, CIIAP. XVI. 1 85
l'impossibilité d'exécuter cette même action (1); idée bien abstraite pour le sourd-muet qui commence.
Du reste, M. Arrowsmith n'acheva point son ouvrage d'après ses propres idées. Il commençait à introduire , dans l'esprit de son élève , quelques notions relatives à la religion et à la géographie , avec plus d'empressement peut-être que de prudence, lorsque les ouvrages de l'abbé de l'Epée lui tombèrent entre les mains. Dès-lors il abandonna entièrement ses recherches personnelles ; il se persuada qu'il n'y avait rien à perfectionner dans la méthode de l'instituteur français , et il se hâta d'en donner une traduction pour la faire connaître à l'Angleterre.
M. Arrowsmith conseille de commencer, dès l'âge de quatre ans, l'enseignement de l'alphabet au sourd-muet, et, à six ans, l'explication des mots et des propositions les plus usitées.
La privation de la vue lui paraît un plus grand obstacle à l'acquisition des connaissances, que la surdité (2). Il faudrait sans doute distinguer : la proposition est vraie, s'il s'agit des connaissances que l'homme peut acquérir directement par luimême sur le théâtre de la nature sensible ; car le
(1) The Art of instructing ihe infant Deaf and Ùumb, etc., cliap. II , page 64.
(2) Ibid. Introduction, page iij.
ï86 de l'éducation
sens de la vue nous apporte beaucoup plus de perceptions instructives sur les objets extérieurs, que celui de l'ouïe ; mais il en est tout le contraire , s'il s'agit des connaissances acquises par la voie de la tradition, par le commerce des autres hommes, et de celles qui se rattachent au monde moral.
M. Arrowsmith émet , sur les instituts de sourdsmuets, une opinion sinon juste, au moins originale. Il estime "qu'il serait beaucoup plus utile d'élever un sourd-muet dans une réunion d'enfans entendant et parlant , qu'au milieu de ses camarades d'infortune. « En effet, dit-il, lorsqu'on « veut apprendre la langue française à un Anglais, « ne préfère-t-on pas de l'envoyer dans une école « française? (i)» Cette réflexion, malgré sa singularité apparente , mérite d'être approfondie , et pourrait bien se trouver fondée à quelques égards. Une idée plus singulière encore est celle des avantages que trouveraient, aux yeux de M. Arrowsmith, les enfans entendant et parlant, à être élevés dans des instituts de sourds-muets ; idée qui pourrait cependant encore se justifier, si elle était traduite en cette réflexion qui en a été la source : que les enfans apprendraient beaucoup mieux leur langue maternelle, et concevraient des notions plus
(i) The Art of instructing the infant Deaf and Dumb, etc., page io3. b= Note sur le chap. Ier de la méthode de l'abbé de l'Épée, page io3.
exactes des choses, si leurs parens et leurs instituteurs étaient soumis aux mêmes nécessités qui commandent de ramener l'enseignement du sourd-muet à la marche tracée par la nature.
Parmi les infirmités dont la créature humaine peut être atteinte, il en est peu qui imposent des privations aussi cruelles que celle qui consiste dans la réunion de la cécité avec la surdité. Ce malheur, qui inspire la compassion la plus profonde , est du moins très rare ; il n'en est pas moins nécessaire de lui apporter tous les soulagemens qu'il comporte, et la recherche des soulagemens qu'il peut recevoir, en même temps qu'elle est d'une haute importance pour l'ami de l'humanité, est assurément aussi une des questions les plus intéressantes et les plus profondes pour la vraie philosophie; elle se lie à l'art d'instruire les sourds-muets ; car elle tend au même but, en luttant contre de bien plus graves difficultés, et sans obtenir les mêmes secours. L'abbé de l'Épée, l'abbé Deschamps, l'abbé Sicard, mais le second surtout, s'étaient occupés de ce grand problème. L'Angleterre a offert dernièrement un phénomène de ce genre, qui a fixé l'attention des hommes les plus éclairés de ce pays : c'est celui du jeune James Mitchell, fils d'un ministre dans le canton de Murray, que sa sœur a réussi à élever et à instruire elle-même, d'après les di-
rections de M. Parker. Les trois autres sens, le tact, l'odorat et le goût, ont été mis en réquisi tion pour suppléer à ceux dont cet infortuné était privé. Des caractères en relief, tels que ceux que l'on emploie pour l'instruction des aveugles dans la méthode ordinaire, ont servi pour lui faire connaître les lettres et la formation des mots , pendant qu'on lui faisait remarquer les objets, d'après celles de leurs qualités sensibles par lesquelles il pouvait être affecté (i). Ce phénomène a été l'objet d'une suite de questions judicieuses , d'observations fort curieuses, et de réflexions du plus haut intérêt de la part de l'illustre philosophe M. Dugald Stewart , de sir James Makintosch, de MM. Gordon, Dewar, Glennie, Wardrope (2). Nous nous laisserions entraîner hors de notre but, si nous cédions à l'attrait qu'inspire un sujet aussi neuf; mais nous devons signaler ces documens à l'attention de ceux qui s'occupent de l'éducation des sourds-muets : nous ne pouvons nous dispenser aussi de noter ici, eu passant, un fait d'une extrême importance pour
(1) Transactions of ihe royal Society of Edimbourg, vol. VIII, Part first, art. vi, page \Zi.
(2) Ibid., vol. VII , Part first, art. 1 ; vol. VIII , Part first, art. vi, vu. = Articles de MM. Dugald Stewart, John Gordon et Henny Dewar. Ce phénomène a occupé aussi M. Watson. {Instruction of the Dca/ and Dumb, etc., p, 63.)
l'étude de la nature humaine , et qui tend à confirmer la conviction que nous avons exprimée sur la moralité du sourd -muet; c'est que James Mitchell distinguait le bien et le mal, avait le sentiment de ses fautes , et s'indignait de l'injustice. (1)
M. Dugald Stewart a voulu voir par lui-même l'enfant atteint de la double privation ; il l'a jugé capable de réflexion ; il a été frappé de l'affection que cet enfant portait à ses parens : il n'a pas hésité à penser qu'en tirant un parti convenable des trois sens qui restent au sourd-muet-aveugle , on peut l'introduire aux connaissances indispensables pour la vie civile. En recommandant d'employer pour cet enseignement les procédés indiqués par l'abbé Sicard , M. Dugald Stewart remarque cependant que l'instituteur français a beaucoup trop méconnu et négligé les ressources de l'odorat, sens qui acquiert chez le sujet dont il est question , une perspicacité surprenante , et qui , devenant pour lui comme une seconde vue , lui sert pour juger à distance (2). Ce profond penseur, l'honneur de l'Ecosse, que nous vénérons comme le prince de la philosophie de notre époque, a jeté, à cette occasion, un coup d'oeil ra-
(1) Voir la note I, à la suite de ce Chapitre.
(2) Transactions of the royal Society qf Edimburg, vol. II, Part first. 1824.
pide sur l'art d'instruire les sourds -muets, et a établi, en passant, sur l'histoire de cet art, un fait aussi important qu'ignoré , en replaçant Dalgarno au rang des premiers inventeurs (i). Pourquoi M. Dugald Stewart ne nous a-t-il pas donné, sur les principes de cet art, et les perfectionnemens qu'il attend encore, le résultat de ses propres méditations? Il n'est personne qui eût pu y répandre plus de lumières.
Parmi les écrits qui ont dans ces derniers temps contribué, en Angleterre, à perfectionner ou à propager l'art d'instruire les sourds-muets, on cite encore la Chyrologie de M. Lucas, instruction abrégée pour enseigner au sourd-muet à lire, à épeler, et pour lui montrer l'alphabet manuel (2), une suite de lettres insérée dans le Cottanges monthly visitor (3) , une suite d'articles dans le journal pour la médecine , la chirurgie étrangère (4) , un Traité élémentaire sur l'éducation des Sourds- Muets , par M. John England (5). Un observateur anonyme, dans un tableau où il expose les principes,
(1) Voir la note J, à la suite de ce Chapitre.
(2) Chyrology, etc. Londres, 1812.
(3) Londres, n° 48 ; décembre , 18245 v°l- ^ '■> n° 49 a ^4» janvier, 1825 à juin, tome V.
(4) Londres, vol. I, n° 3, mai, 1819, art. vu; vol. II, n° 5, novembre 1819, art. m, n° 3; février, 1820, art. vm.
(5) Montrose, 1819,^-8°.
DES SOURDS-MUETS. PART. II, CHAP. XVI. IQl
la direction et les besoins de l'Institut des sourdsmuets de Dublin , a peint sous des traits fort défavorables l'état naturel des sourds-muets (i); mais le zèle qu'il témoigne pour l'utile Institut auquel il désire procurer des souscripteurs , peut l'avoir porté à exagérer, même sans le vouloir, le tableau du malheur auquel il s'agit de porter remède. Nous ferons la même remarque à l'égard d'un rapport fait en 1 826 sur l'Institut des sourds-muets de Birmingham.
L'Amérique , qui s'est placée si rapidement au niveau de l'Europe , dans la culture des sciences et dans la création de toutes les institutions utiles à l'humanité, ne pouvait rester en arrière dans l'étude de l'art bienfaisant qui nous occupe. Dès l'année 1793 , nous trouvons dans les Transactions philosophiques de Philadelphie , un Mémoire de M. Willams Thornton sur la manière d'enseigner la langue au sourd-muet (2). L'auteur donne une préférence marquée à la prononciation artificielle, comme à l'instrument le plus favorable aux communications sociales et connues, celui dont l'usage est le plus constant et le plus rapide. Il se borne à indiquer en peu de mots comment le sourd-muet
(1) An investigation into the principles, etc. Dublin, 1825, (52) Transactions of the american philosophical Society held at Philadelphia , etc., vol. III, page 3 10.
doit apprendre à connaître l'alphabet, à former des mots ; il fait servir à l'interprétation des termes de la langue , les signes mimiques propres au sourd-muet, et les représentations des objets par le dessin. Il recommande la classification des idées, comme la condition d'un enseignement fructueux, et donne le modèle d'un cadre général dans lequel peuvent être répartis les objets qui appartiennent aux divers ordres de la nature.
Ceux des philosophes américains qui se livrent à l'étude de la théorie du langage humain sont favorablement placés pour comparer les idiomes des peuples sauvages , et nous leur sommes redevables de recherches intéressantes sur ce sujet. Quelques uns d'entre eux ont étendu leurs observations aux signes mimiques en usage chez ces peuplades encore barbares. M. Williams Dunbar, dans un Mémoire daté de l'État des Natches , a donné un certain nombre d'exemples de ces signes (i), tels qu'il a pu les recueillir parmi les peuplades qui habitent les rivages du Mississipi et les côtes de l'ouest, vers le nord de l'Amérique. Il nous apprend que ces sauvages font un usage abondant et fréquent de la pantomime, l'employant avec une extrême rapidité , et préfèrent souvent au langage articulé cette manière de communiquer. Il ajoute que
(1) Transactions of the american philosophical Society held at Philadelphia , etc., vol. VI , Part. I, art. i.
Dl<S SOURDS-MUETS. PART. II, CIIA1». XVI. I g3
ces peuplades, quoique parlant des langues entièrement différentes, emploient les mêmes signes mimiques ; il croit qu'on peut trouver une ressemblance frappante entre ce même langage des signes et les formes des caractères de l'écriture chinoise (i). Il remarque, au reste, que ce langage d'action est soumis à une étonnante régularité , et forme un système lié par l'analogie. M. Samuel Akerly a eu l'idée ingénieuse de comparer les signes des sauvages américains avec ceux des sourdsmuets , tels que les avait donnés l'abbé Sicard (i). Il a découvert que si , parmi les premiers , il en est un certain nombre qui sont particuliers aux sauvages et qui se rapportent à leurs habitudes et aux circonstances qui leur sont propres , il en est aussi quelques uns qui se trouvent avoir une ressemblance frappante avec ceux qui sont employés
(1) C'est ainsi que dans l'un comme dans l'autre, par exemple, le soleil est désigné par un cercle, la lune par un croissant , l'homme par deux lignes droites formant un angle, dont le sommet est tourné en haut.
(2) Observations on the language qf signs, read before the New -York Lyceum qf natural history , on the 3 3 , june 1823.
On peut consulter aussi le rapport de l'expédition du major Long , auquel M. Akerly a emprunté ces exemples : Account on an expédition to the Rossley mountains , by Major J. H. Long. Londres , 1823 , tome I", page ia3 , et Appendice B, page 271.
ig4 »E l'ÉDUCA-TION
dans notre institution de Paris ; et ce qu'il y a de fort remarquable, c'est que cette analogie ne tombe pas seulement sur les expressions de quelques idées familières et sensibles , comme boire, dormir, manger, etc. , mais sur celles de quelques idées d'un ordre relevé comme vérité, mensonge , bon , joli, etc. (i). M. Akerly a publié aussi une suite d'exercices élémentaires à l'usage des sourds-muets, qui renferme la pratique de Fart telle qu'il l'exerce dans l'Institut de New-York, dont la direction est confiée à ses soins. (2)
La création des Instituts de sourds-muets dans quelques villes des États-Unis , les démarches faites pour leur procurer des souscripteurs, les assemblées où se réunissent les bienfaiteurs de ces établissemens , ont donné lieu à diverses circulaires , à des adresses , à des discours, à des rapports imprimés ensuite, qui ont répandu dans les États-Unis la connaissance des principes sur lesquels Fart se fonde , du but qu'il se propose et des moyens qu'il emploie (3). Dans le nombre de ces ouvrages, nous
(1) Voir la note K, à la suite de ce Chapitre.
(2) Elementary exercices for the Deqf und Dumb , etc. New-York, 1822 , in-8°.
(3) A Discourse pronounced by request qf the Society for the Deaf and Dumb , in New-York ; by Samuel L. Milchill. New-York, 1818 , etc., etc. ps Sermon an the opening qf the Connecticut azylum, etc.; by Rev. Th. W. Gallaudet. Hamtford , 1817, etc., etc.
remarquons avec une satisfaction qui pourrait être une sorte de légitime orgueil , celui que M. Clerc a composé pour l'Institut qu'il dirige d'une manière si honorable, (i)
La littérature américaine a donné le jour à un genre de production dont nous n'avions point encore l'exemple dans celle de la vieille Europe : c'est un poème sur les sourds-muets, dont l'auteur est M. Mossey Scott. (2)
(1) La traduction de ce discours a été imprimée en français. Genève et Paris, 1818.
[%) New-York, 1820,
Note I, page 189.
Exemple d'une personne sourde-muette et aveugle dans l'Institut royal de sourds-muets de Paris.
Nous avons , à l'Institut royal , une demoiselle fort intéressante , mademoiselle Morisseau , qui a le malheur detre à la fois sourde-muette et aveugle. Elle est devenue sourde, et par conséquent muette aussi, dès l'âge le plus tendre ; mais elle n'est devenue aveugle qu'à l'âge de treize ans. On avait déjà pu commencer à lui enseigner à écrire , à lire et à connaître la valeur de quelques mots, quand elle a été frappée de cécité ; mais alors son éducation a été négligée pendant quelque temps; elle a oublié à peu près ce qu'elle savait. Plus tard, Massieu devint son maître : elle se rappela en partie les connaissances qui s'étaient effacées de sa mémoire, en acquit de nouvelles, en partie à l'aide de caractères imprimés en relief, tels qu'on les emploie dans l'Institut royal des jeunes aveugles, en partie à l'aide d'entretiens qui ont eu lieu avec elle par les signes mimiques et à l'aide du tact. Elle exprime sa pensée par des signes ; en plaçant la main dans sa main, on lui fait sentir les formes de l'alphabet manuel. Son instruction religieuse a reçu un assez grand développement et a exercé sur sa destinée la plus heureuse influence. Depuis qu'elle a fait sa première communion , la sérénité et même la joie règne ordinairement sur sa physionomie; elle dit elle-même qu'elle est heureuse, et un jour qu'une de nos institutrices lui en demandait la cause : « Je pense à Dieu , ré- « pondit-elle; il est si bon ! » L'image de l'immortalité
future occupe sa pensée, sourit à son cœur. Elle est d'un caractère facile, doux, communicatif. Fort curieuse d'ailleurs, elle entretient un commerce assidu avec ses compagnes; elle ne s'ennuie point : dernièrement, on l'invitait à s'aller coucher; elle s'étonna que l'heure en fût déjà venue : le temps passe si vite! dit-elle. Cette infortunée est un monument vivant de la puissance des sentimens moraux et religieux sur la destinée de l'homme. Nous aimerions à décrire ici avec détail ce phénomène, qui mérite presque d'exciter une sorte d'admiration. Ce motif du moins nous servira d'excuse, pour nous être arrêté un instant sur un sujet étranger au cadre de notre trava il
Note J, page 190.
Notice sur Dalgarno, auteur du Didascalocophtis.
Nous ne connaissions point l'existence de l'ouvrage de Dalgarno sur l'art d'instruire les sourds-muets , nous ne l'avions vu cité nulle part, lorsque nous avons découvert, dans le curieux mémoire de M. Dugald Stewart, des détails du plus haut intérêt sur cet écrivain. Nous croyons donc devoir réparer ici l'omission involontaire que nous avons commise dans le deuxième chapitre de cette Partie, où il eût dû trouver son rang, et nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que de rapporter textuellement ce qu'en dit le respectable philosophe écossais.
« Après avoir ainsi payé le tribut de mon sincère respect aux travaux éclairés d'un célèbre étranger, je me sens appelé à saisir l'occasion qui se présente à moi pour
arracher à l'oubli le nom d'un auteur écossais dont le mérite a échappé à ses contemporains et à ses successeurs. Celui dont je veux parler est George Dalgorno, qui , il y a plus de cent trente ans, fut conduit par sa seule sagacité à adopter a priori , sur l'éducation des muets, la même conséquence générale dont la découverte expérimentale et l'heureuse application ont, de notre temps , jeté un éclat si mérité sur le nom de Sicard. J'ai déjà fait mention de Dalgarno dans une note ajoutée à la philosophie de l'esprit humain , comme auteur d'un traité très ingénieux intitulé Ars Signorum, ce qui fait croire incontestablement qu'il fut le précurseur de l'évêque Wilkins dans les spéculations conçues par ce dernier à l'égard d'un caractère réel et d'un langage philosophique; il me paraît maintenant également clair, d'après une connaissance plus étendue des fragmens abrégés qu'il a laissés après lui, que s'il n'a pas tracé la route aux essais du docteur Wallis pour enseigner aux muets à parler, il a conçu des vues qui, se rapportant aux moyens de les instruire , sont beaucoup plus profondes et plus étendues qu'aucune de celles que nous rencontrons dans les ouvrages de ce savant écrivain , antérieurs à la date des publications de Dalgarno. Je me dispense de m'étendre sur ses droits dans ces deux exemples; mais je ne peux pas renoncer au plaisir de transcrire quelques paragraphes pour justifier ce que j'ai déjà avancé , par rapport à la coïncidence remarquable qui existe entre quelques unes de ses déductions théoriques et les résultats pratiques de l'académicien français. »
« Je conçois ( ce sont les paroles de Dalgarno ) que « d'heureuses instructions puissent être données à un
DES SOURDS-MUETS. PART. II, CIIAP- XV f. I 99
« muet, même au berceau, lorsqu'il commence risu cog- « noscere matrem , si la mère ou la nourrice a une main « aussi agile qu'elles ont communément une langue : par « exemple, je ne doute pas que les mots main, pied, « chien, chat, chapeau, etc., bien écrits et souvent pré- « sentes aux yeux de l'enfant muet, et montrant du « doigt les mots et les choses, et vice versa, comme l'en- « fant aveugle les entend prononcer, ne puissent être « connus et retenus par l'un aussi bien que par l'autre ; « et comme je crois les yeux aussi dociles que l'oreille, « je ne vois aucune raison pour ne pas rendre la main « aussi traitable que la langue, et amener la première à « former des lettres, sinon bien nettes, du moins lisi- « blés , comme la seconde imite les sons articulés et « l'écho qui les répète.
« Les difficultés pour apprendre à lire sont si grandes « dans un plan ordinaire, qu'on s'étonne justement com- « ment l'enfant parvient à les vaincre L'enfant sourdre muet, sous la direction de sa mère, passe avec sécurité « sur tous ces écueils. La distinction des lettres , leurs « noms, leur pouvoir, leur ordre, les mots divisés en « syllabes , leurs combinaisons ; ajoutez à cela le ton et « l'accent; aucune de ces subtilités embarrassantes ne
« met obstacle à ses progrès Il est vrai qu'après être
« sorti de la discipline de la nourrice, et lorsqu'il arrive « à apprendre grammaticalement, il est obligé d'étudier « les lettres écrites par leurs formes , leur nombre et « leur ordre , etc. , etc. »
« Le même auteur remarque ailleurs, ajoute M. Dugald Stewart, que l'âme peut exercer son pouvoir par le ministère de chacun des organes; et cependant, lors-
qu'elle est privée de ses premiers secrétaires, la vue et l'ouïe, elle est obligée de se contenter du service de ses laquais et de ses derniers domestiques , les autres sens qui ne sont pas moins vrais et fidèles à leur maîtresse que la vue et l'ouïe, mais pas aussi prompts dans leurs fonctions.
« Je n'ajouterai plus qu'une autre citation, par laquelle mes lecteurs seront capables de voir, sans aucun commentaire de ma^part, avec quelle sagacité et quel succès ce philosophe original a anticipé sur les conclusions expérimentales les plus subtiles d'un siècle plus éclairé. »
« Mon dessein, dit Dalgarno, n'est pas de donner un « système méthodique des règles grammaticales , mais « seulement des instructions générales par lesquelles un « précepteur industrieux peut amener son élève sourd à « l'usage vulgaire et on d'une langue; qu'il puisse être « ainsi plus capable de recevoir l'instruction dans le « h' on des règles de la grammaire, lorsque son juge- « ment est assez mûr pour cette étude. Ou , plus claire- « ment, mon intention est de tracer la route pour ensei- « gner à un homme sourd à lire et à écrire, se rappro- « chant autant que possible de la manière dont les enfans « apprennent à parler et à comprendre leur langue ma- « ternelle. »
« En poursuivant cette idée générale, il a traité, dans un chapitre très concis, d'un dictionnaire a V usage d'un homme sourd; et dans un autre , d'une grammaire pour des personnes sourdes ; toutes les deux contiennent (avec le désagrément d'un style pédantesque et affecté), un choix de vues précieuses , dont , si je ne me trompe , on peut tirer des lumières utiles et praticables , non
DES SOURDS-MUETS. PART. II, CHAP. XVI. O.Ol
seulement pour ceux qui entreprennent l'instruction d'un Mitchell ou d'un Massieu, mais pour tous ceux qui s'occupent de l'éducation des enfans pendant le premier période de leur âge.
« L'ouvrage dont ces citations sont extraites est un très petit volume intitulé Didascalocophus , ou le Précepteur du Sourd -Muet, imprimé à the Theater in Oxford , en 1680. Comme je n'ai jamais rencontré la moindre mention de cet écrit dans aucun auteur postérieur, j'en ignorais complètement l'existence, lorsqu'un exemplaire acheté dans une boutique ambulante, à Londres , me fut envoyé il y a quelques années.
« L'obscurité dans laquelle vivait Dalgarno et l'oubli complet dans lequel son nom est tombé, ne sont pas peu surprenans, quand on considère qu'il nomme au nombre de ses amis; John Wilkins, évêque de Chester; Seth Ward, évêque de Sarum, et John Wallis, professeur d'astronomie à Oxford. Il est encore plus surprenant qu'il n'y ait aucune notice sur lui dans les ouvrages de Wilkins ni dans ceux de Wallis ; tous les deux ont dû puiser des secours très importans dans ses spéculations. (1)
« Les indications de Dalgarno concernant l'éducation
(1) Le nom de Dalgarno (ou Dalgarus, comme on l'écrit quelquefois) n'est pas tout-à-fait inconnu sur le continent. Son Ars signorum est cité par Leibnitz dans plusieurs occasions , et aussi par Fontenelle dans son éloge de Leibnitz. Ses idées concernant l'éducation des muets paraissent n'avoir attiré aucune autre notice. La vérité est qu'elles étaient trop subtiles et trop lumineuses pour être justement appréciées au siècle où il écrivait.
des muets ne furent pas entièrement inutiles à Wallis, ce qui sera aisément constaté par ceux qui prendront la peine de comparer sa lettre à M. Beverly ( publiée dixhuit ans après le traité de Dalgarno), avec son Tractatus de Loquela^ publié en i653. Dans cette lettre, on trouve plusieurs remarques précieuses sur la méthode de conduire le muet à la signification des mots ; et cependant le nom de Dalgarno n'est pas prononcé une fois à son correspondant.
« J'ai désiré de rendre justice, même à la distance d'un siècle, à la mémoire d'un homme ingénieux, négligé par ses contemporains , et déjà exposé à être oublié totalement par la postérité. Pour ceux que la curiosité porterait à étudier son ouvrage , l'originalité de ses conceptions et l'application évidente qui peut se faire de plusieurs de ses principes dans les cas particuliers que nous avons sous les yeux , forment par elles-mêmes une apologie suffisante. »
Les faits dont on vient de lire l'exposé doivent occuper désormais un rôle essentiel dans l'histoire de l'art. Je me félicite d'être redevable d'une découverte aussi importante et aussi curieuse à un illustre et respectable ami , envers lequel j'ai déjà contracté tant d'obligations, soit pour les lumières que j'ai puisées dans ses ouvrages , soit pour les témoignages d'affection que j'ai reçus de lui.
DFS S017RDS-MT1TTS. PATIT. Tï , CITAI1. XVI. 9.o3
Note K, page 194.
Comparaison des signes mimiques des sauvages du nordouest de l'Amérique, avec ceux des sourds-muets.
Ce parallèle peut offrir aux observations du philosophe un sujet aussi neuf que curieux ; on aimera peutêtre à en trouver ici quelques élémens. M. Akerly a comparé les signes des sauvages à ceux qui sont employés dans l'Institut des sourds-muets de New-York, d'après les exemples de l'abbé Sicard. Nous les comparerons ici, i°. à ceux que les sourds-muets inventent euxmêmes et apportent à leur entrée dans notre Institution ; 20. aux signes artificiels ou méthodiques obtenus par la réduction, qui sont employés dans notre Institution. Pour abréger, nous désignerons ceux des sauvages américains par la lettre A; ceux qui sont propres aux sourdsmuets par S. -M. ; ceux de réduction par R.
Pierre. (A.) — La main droite fermée donne plusieurs petits coups sur la gauche.
(S.-M.) Deux signes diffêrens. — Le premier signe se fait en représentant la rondeur d'une boule : on figure un cercle avec les deux mains ouvertes , et on feint de la lancer en l'air. Deuxième signe : Imiter l'action de celui qui taille des pierres, et superposer alternativement les deux mains l'une sur le revers de l'autre , pour imiter l'action de bâtir.
(R.) — Comme le signe des sauvages.
Eau. (A.) — La main formée en creux , élevée vers la bouche, passe un peu en avant, sans toucher la bouche.
(S.-M.) — Voyez chap. IV, p. 101.
2o4 de l'éducation
(R.) — Signe de pluie et de boire.
Cheval. (A.) — La main droite, le bras tourné en bas, les doigts joints, le pouce en repos, s'étend en avant.
(S.-M.) — Voyez chap. IV, p. 100.
(R.) — Voyez chap. IV, p. 112 , n° 1.
Feu. (A.) — Les deux mains à moitié fermées se portent près de la poitrine , ensuite s'éloignent et se rapprochent l'une de l'autre. Les doigts s'étendent, et les mains, un peu plus séparées, font un mouvement comme pour imiter la crainte de la flamme.
(S.-M.) — Ils imitent les mouvemens d'une personne qui met un genou en terre pour se chauffer; ils avancent la main, puis la retirent promptement en secouant les doigts , comme s'ils ressentaient une brûlure.
(R.) — Signe de rouge; puis les deux mains rapprochées , les doigts courbés en haut , se lèvent et s'abaissent l'une après l'autre, en agitant les doigts, pour imiter la mobilité de la flamme.
Air. (A.) — La main droite levée perpendiculairement et portée en avant, avec un mouvement de vibration , en passant devant la figure.
(S.-M.) — Agiter l'air devant la bouche en respirant fortement.
(R.) — La main droite étendue verticalement, le revers en dehors, imite le mouvement d'un éventail devant la bouche qui souffle.
Froid. (A.) (Sensation de froid.) — Le signe d'air; mais la main droite fermée , tenue vis-à-vis de l'épaule en imitant un tremblement.
(S.-M.) — Voyez chap. IV, p. n4, n° 2-
(R.) — Voyez chap. iv, p. n4, n° 1.
Printemps. (A.) — Le signe de froid , auquel on ajoute celui $ achevé. {Voir ci-après.)
(S.-M.) — N'a pas été reconnu chez eux.
(R.) — La main droite, les doigts réunis par leur extrémité , sort plusieurs fois entre le pouce et les autres doigts de la main gauche, en s'ouvrant pour indiquer la végétation.
Large, grand. (A.) — Les deux mains ouvertes, placées de chaque côté du corps , font un mouvement en avant.
(S.-M.) — Les deux mains placées en avant de chaque côté du corps s'écaitent par un mouvement subit.
(R.) — Idem.
Voir. (A.) — L'index partant de l'œil se dirige vers l'objet.
(S.-M.) — Idem.
(R.) — Idem.
Clair. (A). — Les mains élevées et étendues s'avancent toutes deux en partant du visage.
(S.-M.) — Ouvrir à la fois les deux mains et les deux yeux.
(R.) — Voyez Partie II, chap. IX, p. 582.
Dormir ou nuit. (A.) — Les yeux fermés, la tête inclinée sur la main. (Le signe se répète autant de fois qu'on veut marquer de nuits.)
(S.-M.) — Idem pour dormir, et pour nuit, voyez chap. IV, p. 106.
(R). — Les doigts écartés , courbés et dirigés vers le haut de la figure, descendent en se réunissant par leur
2o6 DE L'ÉDUCATION
extrémité; les yeux se ferment et la tête se laisse tomber en avant. Pour nuit, voyez chap. IV, p. n3, n° i.
Lune. (A.) — Le pouce et le doigt formant un crochet , sont élevés vers l'oreille.
(S.-M.) — Voyez chap. IV, p. n3, nos 2 et 3.
(R.) — Voyez chap. id., p. id., n° 1.
Mois. (À.) — Signe de la lunaison.
(S.-M.) — Un de ces élèves porte l'index collé avec le pouce au col de sa chemise, pour marquer qu'on en change le dimanche; puis il compte autant de dimanches qu'un mois en contient.
(R.) — Le pouce de la main droite parcourt, de haut en bas , la longueur de la main étendue pour figurer un calendrier.
Achevé, fait. (A.) — Les deux mains parallèles l'une à l'autre, perpendiculairement dans le sens de leur largeur, la droite en avant, imitent l'action de couper quelque chose.
(S.-M.) — Idem.
(R.) — Idem.
Maison, loge. (A.) — Les deux mains se touchent, les doigts en haut , en figurant un toit.
(S.-M.) — Voyez chap. IV, p. 102.
(R.) — Comme le signe des sauvages.
Homme. (A.) — Le doigt levé verticalement.
(S.-M.) — Signe de grand, auquel certains d'entre eux ajoutent celui de barbd
(R.) — Voyez chap. IV, p. n4, n° 1.
Mort. (A.) — L'index se jette de la position perpendiculaire dans la position horizontale, vers la terre, le revers de la main en bas.
(S.-M.) — Ils laissent tomber leurs bras ; la tête se penche sur lepaule droite, les yeux à demi fermés restent immobiles , et la bouche est entr ouverte.
(R.) — La main droite en descendant , trace une croix en avant du corps.
Frère. (A.) — Signe d'homme; placer ensuite dans la bouche le bout de l'index et du médius ensemble.
(S.-M.) — Les deux index joints l'un à l'autre.
(R.) — Le précédent, accompagné du signe de masculin.
Crainte, être effrayé, causer de F effroi. (A.) — Les deux mains tournées vers les côtes, les doigts ouverts, se tournent ensuite en dehors en tremblant, comme pour représenter le cœur qui tremble.
(S.-M.) — Ils tournent la tête du côté gauche, et tressaillent comme s'ils apercevaient un animal dangereux; la physionomie achève le reste.
(R.) — Les mains tremblent , ainsi que le reste du corps. Si l'on veut exprimer causer de F effroi , on ajoute le signe de cause, en jetant la main fermée en avant, et l'ouvrant.
Bon. (A.) — La main, placée horizontalement, le revers en dehors, décrit avec le bras une courbe horizontale extérieurement.
(S.-M.) — La main étendue s'applique sur la bouche , puis s'en éloigne.
(R). — Idem.
Joli. (A.) — Signe de bon; les doigts et le pouce, se réunissant en forme de courbe, passent sur la figure, en la touchant presque depuis le front jusqu'au menton.
(S.-M.) — Voyez chap. IV, p. io5.
(R.) —Idem.
Vérité. (A). — L'index, dans la position d'indiqué, trace une ligne un peu courbée dans le haut, à partir de la bouche, et se dirigeant droit devant soi; les autres doigts soigneusement fermés.
(S.-M.) — N'a pas été reconnu chez eux ; mais ils emploient une affirmation plus prononcée par un mouvement de tête. *
(R.) — Voyez Partie II, chap. IX , p. 585.
Mensonge. (A.) — L'index et le médius répètent deux ou trois fois le signe précédent; mais, réunis à la bouche, ils se séparent en s'éloignant pour indiquer que le mot dévie.
(S.-M.) — N'a pas été reconnu chez eux.
(R.) — L'index horizontal passe devant la bouche de droite à gauche.
Non; rien; je n'ai pas. (A.) — La main , la paume en dehors, passe et repasse devant la figure.
(S.-M.) — On secoue la tête.
(R.) — Pour non, on secoue la tête; pour rien, le pouce et l'index prennent le bout des dents incisives et s'en détachent avec force. Pour/e n'ai pas, on souffle sur le plat de la main qui passe devant la figure de droite à gauche.
Maintenant; présentement. (A.) — Les deux mains formant chacune un creux , se réunissent l'une à côté de l'autre et se meuvent de haut en bas.
(S.-M.) — Idem.
(R.) — Idem.
Beaucoup. (A.) — L'intérieur de la main droite frappe légèrement à plat sur le revers de la gauche, et ce mouvement se répète en proportion de la quantité plus ou moins grande.
(S.-M) (volume). — La main droite ouverte, le revers en haut, s'éloigne de la gauche en montant; les joues se gonflent,
(Quantité). Les doigts des deux mains s'ouvrent à plusieurs reprises.
(R.) — Idem.
Mon ; a moi. (A.) — La main fermée et levée ensuite devant les yeux.
(S.-M.) — Le plat de la main s'applique plusieurs fois sur la poitrine.
(R.) — Idem.
Fous. (A.) — La main ouverte , se tient en dehors obliquement , se dirigeant en avant.
(S.-M.) — L'index se dirige vers la personne à laquelle on s'adresse.
(R.) — Idem.
Il; lui; un autre. (A.) — Les deux index étendus, les mains fermées , les doigts se posant l'un sur l'autre ou se touchant très près et se séparant ensuite par un mouvement modéré.
(S.-M.) — Si la personne est présente, on l'indique, si elle est absente , on répète le signe qui lui est. affecté en forme de nom propre.
(R.) — Le pouce , les autres doigts fermés , se porte en dehors à droite.
Quoi? que dites-vous ? {h..) — La paume de la main
ii. 14
en haut s'avance par un mouvement circulaire et se baisse.
(S.-M.) — Idem , avec le signe d'interrogation connu de tout le monde.
(R.) — Idem.
Nous avons emprunté une partie de ces signes aux exemples donnés par le major Long , et une partie à la nomenclature de M. William Dumbar.
On remarquera que les sauvages ont des signes mimiques pour les pronoms considérés dans une fonction générale , signes qui manquent aux sourds-muets ; cette circonstance annonce chez les premiers un système de langage où l'art de l'analyse est porté beaucoup plus loin.
DES SOURDS-MUETS. PART. Il, CIIAP. XVII. 9.1 1