‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 2)Chapitre 37 sur 84 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De l'art de lire sur les lèvres, et de la prononciation artificielle.

L'alphabet labial, ou l'art de lire sur les lèvres, et l'alphabet oral, ou la prononciation artificielle, se correspondent mutuellement. Ces deux alphabets se supposent l'un l'autre , dans les entretiens que le sourd-muet lie avec les autres hommes : par le premier, il écoute des yeux ; par le second , il se fait entendre. En s'étudiant d'ailleurs à observer les formes extérieures qui se dessinent sur les lèvres de ceux qui parlent, il se prépare et s'exerce en partie à les imiter, pour essayer de parler lui-même. L'examen de ces deux procédés est donc lié comme leur destinée.

Il est convenu, avant toutes choses, qu'il ne saurait être question, en aucun cas, de réduire à ces deux procédés l'art d'instruire les sourdsmuets, comme on l'a si souvent et si mal à propos supposé ; qu'il ne saurait être question de faire du sourd -muet un automate parlant; qu'il s'agit seulement de lui fournir un instrument , de lui donner des signes ; que cet instrument , comme la parole dont il doit tenir lieu, demande

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ensuite à être mis en œuvre pour devenir le ministre de l'esprit ; qu'ainsi les deux procédés dont nous parlons en ce moment ne peuvent être qu'une simple préparation, comme l'écriture ellemême. C'est donc sous ce point de vue , et sous ce point de vue seulement, qu'il faut en discuter le mérite.

Or, l'instrument adopté pour remplacer la parole est appelé, comme elle, à remplir une double fonction : celle de réveiller les idées dans l'esprit, celle de les transmettre aux autres hommes ; double fonction qui repose sur le même principe , l'association des idées aux mots. Il doit ainsi remplir une double condition : les signes qu'il fournit doivent seconder les opérations de l'intelligence, et se prêter aux communications les plus faciles et les plus fréquentes. En examinant donc le mérite des alphabets labial et oral, nous aurons à les considérer sous un double rapport, l'un individuel , l'autre social.

Ici encore, qu'une première vérité soit irrévocablement reconnue ; ce double instrument, à l'aide duquel on espère restituer une sorte de parole factice au sourd-muet , quels qu'en soient d'ailleurs les avantages , ne lui est aucunement nécessaire ; il n'est point la condition fondamentale de son instruction.

En admettant, ce que nous ne saurions admettre, le mystérieux privilège que certains es-

prits, entraînés par leurs illusions, ou asservis par leurs habitudes, ont voulu attribuer à la parole, on se flatterait en vain de pouvoir, par quelque procédé que ce puisse être, remettre le sourdmuet en possession d'un privilège semblable. Il faut, de toute nécessité, y renoncer pour lui, aussi long -temps qu'il sera privé de l'ouïe : car, aussi long - temps qu'il sera privé de l'ouïe , il n'existera point pour lui de parole véritable. En vain, en articulant, il fera parvenir des sons aux autres hommes ; en vain il aura recouvré la parole ; cette parole ne retentira que dans l'oreille d' autrui ; elle sera morte pour lui ; les sensations qu'il éprouvera lui-même, soit en lisant sur les lèvres de ceux qui lui parlent, soit en articulant à son tour, n'auront pour lui rien de commun avec la parole , telle qu'elle existe pour nous ; elles appartiendront à un ordre tout différent. Aussi est- il curieux d'observer l'embarras où se trouvent jetés les instituteurs de sourds - muets encore préoccupés du préjugé qui prête à la parole cette vertu exclusive , de les voir se débattre contre des difficultés insolubles , tomber, malgré eux, dans une contradiction qu'ils prévoient, et à laquelle ils ne peuvent échapper. D'un côté, c'est bien aux sons de la voix humaine qu'ils entendent réserver le droit d'être l'interprète naturel de la pensée; et de l'autre, ces mêmes sons, il leur est nécessaire de reconnaître que le

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sourd -muet n'en soupçonne pas l'existence, soit qu'on s'adresse à lui, soit qu'il articule lui-même. Quelle est donc cette parole, organe essentiel de l'intelligence, qu'ils prétendent conserver au sourd-muet? De quoi se composent ses élémens? Ils se composent de deux espèces d'impression , découvertes par le sourd - muet , qui n'existent que pour lui seul, et qui, à peu près ignorées des autres hommes, sont pour nous sans expression et sans valeur.

Ainsi cette hypothèse tombe d'elle-même, par les efforts qu'on tente pour l'appliquer ; l'illusion devrait se dissiper en présence des faits , en présence de ce sourd-muet que l'on instruit, malgré la privation complète de la parole. Mais nous sommes tellement accoutumés à penser avec les mots de nos langues artificielles; l'association de ces sons et des idées est devenue si étroite, que nous finissons par les identifier, et nous nous obstinons encore à imposer la nécessité que nous avons subie, à ceux même qui n'ont pu contracter des habitudes semblables; et c'est ainsi qu'on se croit obligé de prêter vaguement, au sourd-muet lui-même , une sorte de parole , sans pouvoir se rendre compte de la nature réelle du présent qu'on veut lui faire.

Que, s'il n'y a aucun lien naturel, direct, essentiel entre tels sons articulés et telles ou telles idées, ce qui est assez évidemment attesté par la variété

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des idiomes, et par la nécessité d'un enseignement pour apprendre l'usage de chacun d'eux , comment la prérogative qui n'appartient à aucun son en particulier, appartiendrait-elle à tous en général ? Pourquoi les mêmes conventions , les mêmes usages qui attachent certaines pensées à certains sons de la voix humaine , pour les réveiller et les transmettre , ne transporteraient-ils pas aussi la même puissance à certaines formes visibles? Tous les objets que la nature présente à nos regards ne deviennent-ils pas, même sans convention , et par l'effet d'une répétition fréquente, des signes auxquels s'associent et certains souvenirs et certaines prévoyances ? Combien de signes purement visibles les hommes n'ont-ils pas institués entre eux, pour se communiquer sans l'intermédiaire de la parole !

Qu'on nous pardonne, si nous insistons encore une dernière fois sur une vérité si simple , qui semblerait n'avoir jamais pu être inconnue ; mais il importe d'écarter pour toujours, des abords de l'art, une illusion qui a souvent, même à leur insu , égaré les instituteurs ; il importe de bien établir que cette prétendue parole, qui n'est pas même une parole , et qu'on croit restituer au sourd-muet, ne lui est aucunement nécessaire : il restera à savoir si elle lui est en effet utile, et jusqu'à quel point elle peut lui devenir utile.

Que , s'il est possible de transporter à un ordre

de signes visibles, le pouvoir de réveiller et de communiquer par là même les idées , il est d'autres prérogatives vraiment inhérentes à la parole, inhérentes même en général aux sensations de l'ouïe, et dont la jouissance disparaît avec celle-ci. Hélas ! l'infortuné sourd-muet n'entendra jamais les délicieux accords de la musique; il n'entendra point le murmure des eaux , le gazouillement des oiseaux , les concerts des instrumens , toutes ces voix éloquentes qui disent à l'âme mille choses pour lesquelles nos langues n'ont point de mots; il n'entendra point ce chant dont la mélodie excite ou calme toutes les émotions, attendrit, encourage , crée d'inépuisables rêveries , transporte la pensée dans une région idéale, et semble être quelquefois une sorte de révélation supérieure! Et combien d'expressions encore , soit dans la seule déclamation , soit même dans le ton qu'admettent les entretiens familiers, dans ces accens qui se modulent sur l'infinie variété des dispositions de celui qui parle, qui suivent tous les mouvemens de l'esprit et du cœur ; combien d'expressions, dis-je, qui sont perdues pour lui! Tout se tait, et ce silence est aussi continu qu'universel. Et, ce que nous déplorons ici, ce n'est pas seulement de voir cet infortuné inaccessible aux charmes de ces jouissances qui ennoblissent et épurent la vie, en l'embellissant; nous regrettons aussi pour lui les fécondes inspirations qu'elles

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devaient faire naître, le pouvoir qu'elles auraient eu pour imprimer un nouvel essor à toutes les facultés intellectuelles; nous regrettons pour lui cette poésie vivante, animée, qui, par une secrète sympathie, devait communiquer une nouvelle énergie à l'élan spontané de la pensée. Perte immense ! perte irréparable pour le sourd-muet ! perte qui cependant ne paraît point avoir assez fixé l'attention de ceux qui s'intéressent à lui ! perte que nous devons signaler ici, parce que, si elle ne trouve aucune, compensation dans les deux instrumens dont nous examinons en cet instant l'usage, elle demande peut-être des compensations d'une autre sorte, que les instituteurs de sourds-muets ont trop négligé de chercher, et que plus tard nous essaierons de faire entrevoir! Les sons de la voix humaine répandent, sur l'expression des idées , une suavité qui les fait accueillir et reproduire avec une sorte de volupté. Celui qui est privé de l'ouïe aurait besoin , pour la remplacer, de répandre sur ses signes, et les nuances et les parfums des fleurs. Les sons ont entre eux des rapports intimes qui leur permettent de former les associations les plus étendues comme les plus étroites : devenus signes des idées, ils transportent cette propriété aux idées ellesmêmes. Voyez avec quelle facilité on récite un poëme entier, et combien il est plus aisé de fixer dans la mémoire des vers, que de la prose! Voilà

des prérogatives réelles, que l'on cherchera vainement dans l'art de lire sur les lèvres , et dans la prononciation factice d'un sourd.

A défaut de ces avantages, voyons du moins les services que peut rendre cette espèce de simulation de la parole que le sourd-muet parvient à obtenir, en lisant sur les lèvres, et en proférant des sons qu'il n'entend pas; et, pour cela, examinons avec quelque détail le mécanisme de chacun de ces deux instrumens.

On a peine à supposer la prodigieuse perspicacité qu'acquièrent, chez un individu privé de quelque sens , les perceptions de ceux qui lui restent. L'aveugle discerne les contours des couleurs au simple toucher : l'infortuné Mitchell (i), privé à la fois de l'ouïe et de la vue, distinguait, à distance, par l'odorat, les personnes qui entraient dans l'appartement. Le regard du sourd jouit d'une singulière pénétration : si son attention est fixée par quelque intérêt puissant , il démêle les moindres détails dans les formes visibles , avec une rapidité dont nous serions incapables. C'est ainsi que des personnes, atteintes de surdité pendant le cours de leur vie , pressées du besoin de conserver les relations sociales , sont parvenues d'elles-mêmes à comprendre encore,

(i) Voyez ci-devant, ac Partie, chap. XVI, tome II,

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par le seul mouvement des lèvres , les discours prononcés en leur présence. Cet exemple a dû frapper les instituteurs de sourds- muets, et les en fans atteints d'une surdité de naissance ont pu acquérir, à l'exemple des précédens, cette facilité qui nous étonne.

Il est douteux cependant que cette seconde espèce de sourds trouve , dans l'alphabet labial , les mêmes avantages que la première. Celui qui est devenu sourd par accident, conserve encore plus ou moins vivement, plus ou moins longtemps , la mémoire des sons qu'il ne lui est plus donné d'entendre. Ce souvenir, réveillé par le mouvement qu'il démêle sur les lèvres des interlocuteurs, s'unit à cette seconde perception, se confond avec elle , la relève , lui donne une sorte d'énergie et d'éclat dans le domaine de l'imagination, si ce n'est dans celui des sens : c'est encore sur l'image des sons , que sa pensée continue de s'appuyer. De plus , exercé comme il l'est à connaître la composition des mots, leur signification, la contexture et l'ensemble des phrases , il peut aisément suppléer, dans le discours, un terme; dans le mot, une lettre qui échappe à son regard, lorsqu'il veut lire sur les lèvres d'autrui. Un fragment de l'expression lui suffit pour concevoir la pensée entière; c'est ensuite la pensée elle-même qui, à son tour, lui fait supposer le surplus des formes qui appartiennent à l'expression. Rien de

tout cela n'existe pour celui qui est sourd de naissance, ou qui a été atteint de cet accident dans son bas âge. Il ne devine point la parole, laquelle lui fut toujours inconnue. Il n'existe pour lui , dans l'alphabet labial, que des figures dessinées, que des mouvemens exécutés sur les lèvres de celui qui parle; figures très subtiles, mouvemens très rapides, figures et mouvemens très complexes, qui d'ailleurs ne se lient à rien, ne rappellent rien, ne font rien prévoir, ne peuvent se compléter, ne peuvent être suppléés, lorsqu'ils ne sont pas remarqués.

Pour former des mots avec ces figures et ces mouvemens, le sourd-muet a deux opérations à accomplir : il faut d'abord qu'il distingue nettement entre eux les mouvemens et les figures qui correspondent à la production de chaque lettre de notre alphabet; il faut ensuite qu'il groupe ces traits élémentaires, pour en constituer des mots séparés entre eux, et pour imprimer à chacun un certain caractère d'unité. L'idée exprimée arrivera ensuite lentement et péniblement, après ce double et difficile travail.

En quoi consiste donc proprement ce mode de suppléer à la parole , telle qu'elle s'offre à ceux qui l'écoutent, et peuvent l'entendre? C'est une sorte d'écriture mobile, qui a son alphabet à part; alphabet dont les élémens correspondent à peu près à ceux qui servent d 'élémens à nos langues.

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mais sans eu imiter la forme, comme sans en emprunter la matière. Les mots composés par cet alphabet nouveau, spécial et singulier, peuvent sans doute s'associer aux idées, les rappeler; mais sont certainement très inférieurs aux mots articulés; ils n'en ont ni l'éclat, ni la simplicité, ni la netteté, ni les analogies cachées, ni l'harmonie, ni les inflexions variées , éloquentes; ils ne peuvent s'échapper de l'âme pour pénétrer directement dans l'âme; ils sont pâles, dépourvus de toute espèce de chaleur. Comparés aux mots de notre écriture alphabétique, ils leur sont, à quelques égards, inférieurs; ils sont beaucoup moins faciles à distinguer entre eux; leurs élémens sont beaucoup plus subtils, leur séparation moins prononcée; surtout, loin d'avoir la même fixité, ils sont singulièrement mobiles et fugitifs. D'un autre côté, ils peuvent avoir cependant, sur l'écriture, quelques avantages : leur émission est plus rapide; leurs formes sont plus simples; ils se groupent donc mieux ; les mots qui en résultent contractent mieux cette unité nécessaire à un signe pour devenir le pivot de la pensée.

C'est surtout à l'aide d'un exercice assidu et répété, que le sourd-muet parviendra à se mettre en possession de l'art de lire sur les lèvres, et cet exercice sera d'autant plus instructif, que, comprenant mieux les fruits qu'il en peut attendre, il s'y portera avec plus d'ardeur. Bonet avait quelque

raison de dire que cet art n'avait pas de règles précises : cependant on peut réduire à une série déterminée de types , les figures qu'affectent et les mouvemens qu'exécutent les lèvres en prononçant chaque lettre. A ces types se bornera la théorie de Fart. Mais , s'ils peuvent obtenir quelque précision lorsqu'ils se rapportent aux voyelles et aux consonnes appelées labiales, et à la production desquelles les lèvres ont la part principale , combien ces types ne deviennent-ils pas délicats , difficiles à déterminer, lorsqu'il faut reconnaître les voyelles ou les consonnes qui se forment entièrement dans l'intérieur de l'organe vocal , comme les gutturales, par exemple?

Le sourd-muet de naissance n'est muet que parce qu'il est sourd. C'est une observation faite , dès l'antiquité , par Aristote (i) et par Pline , et qui se découvre sans peine, comme elle s'explique naturellement. Les enfans qui- perdent l'ouïe dans un

(i) « Tous ceux qui jouissent des organes de la voix, dit « Aristote, ne jouissent pas pour cela-de la parole; ceux « qui sont sourds de naissance, sont aussi muets par là même; « ils possèdent la voix, mais ne peuvent parler. » (Histor. Animal. , IV, 9. ) Comment donc le savant et judicieux docteur Itard a-t-il pu dire : « La liaison nécessaire de la « surdité avec la mutité , a échappé à la sagacité d'Hippo- « crate, au génie d'Aristote : un Bénédictin l'a remarquée Je « premier »? (Dictionnaire des Sciences médicales, tomeLII, au mot Sourd-Muet.)

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âge encore tendre, perdent bientôt aussi l'usage de la parole. Les uns et les autres sont privés de ce guide, de ce régulateur que l'ouïe donne à la parole articulée; ils ignorent les sons qu'ils produisent. Cependant, lorsque l'organe vocal est demeuré intact, ils sont encore capables de produire les sons qu'ils ne sont pas capables d'entendre. Il suffit de trouver, pour les diriger dans cette production, des moyens artificiels qui remplacent pour eux l'instinct naturel de l'imitation. Comme ils ne peuvent plus jug«r de l'effet, on leur fera observer la cause.

Quel est celui de nous qui se rend compte, lorsqu'il parle, des circonstances du jeu qui s'opère dans les organes de sa voix, qui connaît même les conditions de cette admirable mécanisme? Voilà cependant ce que le sourd-muet doit étudier, doit parfaitement connaître, pour apprendre à parler.

Il a appris à parler ; il répète des mots articulés. Le but semblera atteint aux yeux du vulgaire. Le sourd-muet n'a-t-il pas recouvré la parole? Sans doute , les mots qu'il prononcera seront entendus et compris des autres hommes , comme ceux qui sont proférés par les individus pourvus de l'ouïe. Ceux qui l'écoutent pourront y attacher leurs propres idées. Mais , que se passera-t-il chez le sourdmuet lui-même? Pendant que d'autres entendent le son qu'il profère, quelle sensation éprouve-1-il ?

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Gomment cette sensation peut - elle servir de signe à ses propres idées? Comment peut-il attacher à ce signe particulier une signification , une valeur égale à celle que les autres hommes attribuent à ces sons qu'il ignore?

La sensation que le sourd-muet éprouve en prononçant, n'est autre que celle du jeu intérieur de l'organe vocal, autant qu'il peut se faire sentir lorsqu'on prononce. Chacun de nous peut reconnaître, vérifier cette sensation , quoique probablement il ne l'ait guère remarquée jusqu'à ce jour. Elle n'a aucune ombre d'analogie avec celles que les sons font parvenir à l'ouïe; elle est entièrement dans le domaine du tact : c'est un tact intérieur; c'est le contact de deux organes, dont l'un, du moins, est sensible. Heinicke a cru y avoir découvert, ou a prétendu y avoir introduit une sensation de saveur : le second ne paraît pas probable ; le premier serait une erreur.

Cette sensation peut être comparée à celle que l'impression en relief fait éprouver aux doigts de l'aveugle : c'est une nouvelle sorte d'alphabet , un alphabet singulier, un alphabet tactile; c'est un clavier dont les touches s'étendent depuis la poitrine jusqu'à l'extrémité des lèvres.

Quelles peuvent être les propriétés de ces sensations pour devenir des signes d'idées? Sans doute, elles peuvent revêtir cette fonction , comme les formes de l'alphabet labial , comme celles de

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l'impression en relief. Elles formeront aussi des mots; mots bizarres dans leurs élémens alphabétiques , mais qui suivent d'ailleurs , dans leur formation , un mode de combinaison parallèle à celui dont se composent les termes de nos langues. Ces mots recevront un sens, de la même manière que ceux de nos langues articulées.

Pour nous qui sommes accoutumés, en pensant, et dans les méditations les plus solitaires, à nous retracer constamment l'image des sons qui servent de signes à nos pensées, et à entendre la parole retentir encore dans notre imagination , mêlée et confondue avec la pensée elle-même, lui prêtant sa vie , sa chaleur , son charme , nous avons peine à nous faire une idée juste et précise de ce qui doit se passer dans l'esprit du sourd-muet , lorsque ses idées ne trouvent d'autre point d'appui que ces sensations tactiles qui viennent d'être définies. Tous ces signes , il faut en convenir , sont comme ceux de l'alphabet labial, bien inférieurs à ceux de la parole ; ils sont, comme ceux de l'alphabet labial, inférieurs , sous plusieurs rapports , à ceux de l'écriture; ils semblent, cependant, offrir des élémens plus nombreux, plus variés, plus faciles à discerner que ceux de l'alphabet labial ; ils se groupent mieux que ceux de l'écriture et de la dactylologie. Peut-être la sensation sur laquelle ils se fondent a-t-elie quelque chose de plus intime que celle dont l'œil est l'organe. Peut-être le jeu organique

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qui produit cette sensation a-t-il un rapport plus immédiat et plus étroit avec les mouvemens de l'âme : ce qui porterait à le croire , ce sont les cris involontaires qui échappent dans la joie, la douleur et la surprise. Une circonstance qui est du moins toute particulière à cet ordre de signes, c'est qu'il est le seul qui se répète réellement pendant les opérations solitaires de la pensée. En effet, lorsque l'homme, seul, en silence, se livre à ses propres idées , les sons de la parole, les caractères de l'écriture ne se retracent à lui qu'en image : le sourd - muet qui est doué du talent de parler continue à parler réellement en pensant; ce qui a fait dire à M. Eschke que les sourds-muets mâchent en pensant. Quoiqu'il ne fasse plus entendre aucun son, il peut ressentir encore, par les mouvemens que l'organe vocal exécute , les mêmes impressions que lorsqu'il s'entretenait avec les autres. Il s'opère alors chez lui ce qui aurait lieu pour celui d'entre nous à qui il arrive de parler tout seul à haute voix. Ceci nous explique le phénomène observé par Arnemann et par Arnoldi , savoir, que les sourds-muets qui ont appris à parler, fréquemment prononcent des paroles en dormant, pendant leurs songes.

Les deux instrumens qui consistent dans l'alphabet labial et oral , ont un dernier inconvénient qui leur est commun , ou plutôt réciproque.

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Lorsqu'une personne douée de l'audition parle ou écoute, c'est toujours le même signe qui vient pour elle servir d'interprète à la pensée. Il en est de même des signes écrits ou imprimés , soit qu'on écrive ou qu'on lise. Actif ou passif, dans la question et dans la réponse, l'esprit retrouve toujours, pour la même pensée, le même langage. Il n'en est pas de même de l'alphabet labial et de l'alphabet oral. Leurs signes n'appartiennent point au même ordre de sensations : l'un ressort de la vue , l'autre du tact (i). Il s'opère donc alors quelque chose de semblable à ce qui aurait lieu, par exemple, pour un homme qui serait muet, sans être sourd, et qui ne pourrait s'exprimer que par écrit, en supposant qu'il n'eût jamais occasion de lire. Il doit résulter de là que chacun des deux ordres de signes, affectés aux mêmes idées qui alternent ainsi , contracte avec ces idées une association moins puissante.

On doit le reconnaître : l'alphabet labial, l'alphabet oral, considérés dans leur fonction de

(i) Ce n'est pas que, le mouvement des lèvres étant une partie du jeu de l'organe vocal destiné à émettre un son articulé, il n'y ait, comme nous l'avons remarqué, quelque analogie entre la vue de l'un et l'ensemble des sensations qui se rattachent à l'autre : mais cette analogie est fort incomplète, si ce n'est en ce qui concerne la production des voyelles et des consonnes labiales.

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signes destinés à seconder les opérations de l'esprit, sont des instrumens imparfaits, très inférieurs à ceux de la parole. Mais ils ne sont point des instrumens inutiles, lorsque celui de la parole vient à manquer; ils peuvent la remplacer au besoin, en tenir lieu à quelques égards.

«Mais, disent les adversaires de l'articulation « artificielle, cette voie ne correspond point par « elle-même aux idées, ne peut mener à l'intelli- « gence des mots. » Nous répondons : En quoi les signes de la parole ordinaire, que cette articulation est destinée à remplacer, conduisent - ils plus directement aux idées ? en quoi mènentils mieux à l'intelligence des mots? Dans tout système de langage conventionnel, les signes ne conduisent point par eux-mêmes aux idées : les idées et les signes se rencontrent à l'aide de la convention ; c'est l'idée qui va chercher son signe. Il suffit que la convention soit claire, précise et sûre. Sans doute l'articulation ne conduit point aux idées par elle-même : mais elle y ramène, comme instrument de rappel, en vertu des associations établies, et il suffit; car tel est précisément l'office de nos langues. Il restera à savoir s'il n'en est pas d'autres qui remplissent mieux le même office, et si, dans tous les cas, en les réunissant à quelque autre instrument, on ne peut pas trouver quelque avantage dans leur alliance.

Mais si nous considérons ces deux instrumens

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dans l'exercice de la seconde fonction à laquelle ils sont appelés, ils s'offrent à nous sous un nouvel aspect.

L'alphabet labial et l'alphabet oral, à l'aide de la correspondance qui s'introduit entre eux, font rentrer le sourd-muet dans le commerce des entretiens ordinaires; ils permettent au sourd-muet de recueillir ce qui se dit, de se faire entendre lui-même par les moyens accoutumés. Les communications du langage deviennent pour lui aussi rapides que constantes et générales ; elles ont lieu pendant ses repas , ses travaux , ses jeux , avec toutes les classes de personnes.

En se plaçant dans ce point de vue, c'est, pour la destinée du sourd-muet , un avantage immense que d'avoir retrouvé les moyens de cultiver les relations sociales aussi librement que chacun de nous. Le but de l'éducation qui lui est donnée n'est-il pas précisément de lui rouvrir les portes de la société du sein de laquelle il fut exilé , de le rendre à la famille humaine, comme un membre actif et utile ? Quelle que soit la profession qu'il embrasse , il aura besoin sans cesse , pour l'exercer, de se ranger comme auditeur dans le cercle de ceux qui écoutent en commun un discours, d'assister, comme témoin, aux entretiens familiers qui ont lieu entre les hommes, d'y prendre part, comme interlocuteur, de transmettre librement, promptement sa pensée; à chaque in-

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stant, il en aura besoin, pour veiller à ses intérêts, pour satisfaire à ses affections , pour remplir ses devoirs.

Sans cloute le sourd-muet exercé à lire et à écrire transmet ses idées, conçoit celles de ses semblables; mais ces communications sont lentes; elles ne peuvent s'ouvrir qu'en certains lieux, en certains temps, sous certaines conditions; elles sont très restreintes; elles ont toujours quelque chose d'individuel, de direct, d'officiel, si on peut dire ainsi. Le sourd-muet ne pourra saisir ce qui se dit à d'autres en sa présence ; il ne pourra saisir ces paroles fugitives, négligées, abandonnées, dont le torrent s'écoule sans cesse dans les relations de la vie.

Mais , par cette raison même , l'éducation qu'il recevra demeurerait nécessairement fort incomplète ; car c'est dans la fréquence et l'intimité des relations sociales, que se développent les sentimens moraux. Aimer, c'est vivre en autrui; aimer, c'est apprendre tout ce qui est bon. Ouvrons donc le plus largement qu'il est possible le passage par lequel les âmes peuvent se confondre.

C'est un fait généralement remarqué : le sourdmuet qui sait prononcer et lire sur les lèvres, reprend plus de confiance , d'abandon et de dignité en même temps. Il ne se voit plus exclu de la communauté humaine ; il ne se considère plus comme une exception; il a vu tomber les barrières de ii. 27

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séparation; car il se figure qu'en écoutant et en parlant , nous éprouvons clés sensations à peu près semblables aux siennes. Il se fait une heureuse illusion sur ce qui lui manque. L'adoption sociale est célébrée, accomplie, consommée : le voilà devenu l'un des nôtres.

En s'associant aux entretiens familiers , par les deux instrumens dont nous parlons , le sourd-muet obtiendra , avec une éducation plus entière , une instruction plus riche. Combien de chosess'apprennent par les traditions humaines , et combien les idées s'étendent, se rectifient par une comparaison sans cesse renaissante avec les idées différentes ou contraires des autres hommes? Varier et multiplier les échanges , c'est enrichir l'intelligence. La langue elle-même s'apprend d'autant mieux qu'on en peut faire un usage plus constant et plus rapide; les associations des mots aux idées se consolident et se fortifient en raison de la fréquence des répétitions ; la valeur des mots se détermine d'autant mieux qu'ils sont plus souvent employés dans des combinaisons diverses.

Ajoutons une dernière considération qui n'a peut-être pas été assez remarquée, ou du moins dont l'importance n'a pas été assez sentie. Un des grands avantages de la parole, et qui n'appartient qu'à la parole seule, c'est qu'on peut avec elle s'exprimer en agissant, non seulement sans être en rien détourné de l'action accomplie, mais au con-

traire, en liant la parole à l'action. Voilà ce que le sourclmuet obtient aussi, en apprenant à prononcer et à lire sur les lèvres. Quel grand et solide moyen d'instruction élémentaire que cet emploi du langage, qui peut concourir avec les actions réelles et ordinaires de la vie, les accompagner, les précéder, en devenir le moyen ou le résultat ! Dans ce mélange des paroles aux actions , l'élève est animé d'un intérêt beaucoup plus vif et plus puissant pour bien concevoir; il subit une épreuve beaucoup plus décisive pour juger s'il a bien conçu : les idées s'expliquent par les actes ; elles prennent un caractère positif : les termes se définissent par leurs effets; ils deviennent de véritables instrumens de l'industrie; ils ont besoin d'être, comme ceux-ci, exaltés et appropriés à leur objet. Les entretiens qui se mêlent aux travaux, aux jeux mêmes, forment un véritable enseignement, où tout atteint nécessairement son but, dans lequel l'erreur est ou prévenue ou corrigée, où l'instruction sortant de la vague région de la curiosité, prend des racines profondes. Les faits deviennent caution du discours. L'intuition est plus claire; les souvenirs ont plus de consistance.

Ce n'est pas tout encore, et il ne faut pas oublier que l'éducation de l'homme se continue même après qu'il a quitté l'école et lorsqu'il est séparé de son maître ; qu'elle se continue dans le monde , pendant le cours entier de la vie; que cette seconde

éducation , moins remarquée , est peut-être la plus positive.

Ces considérations sont décisives : elles résolvent la question avec toute l'autorité de l'évidence. Il n'est pas permis de refuser au sourd-muet, dès qu'on peut les lui procurer, deux instrumens qui doivent lui apporter de si nombreuses et de si importantes compensations dans son malheur.

Ne nous dissimulons point, cependant, que l'infortuné sourd-muet, même doté des deux instrumens que nous venons de* lui accorder, ne participera encore que d'une manière assez imparfaite aux avantages que nous venons de décrire. Il ne peut lire que sur les lèvres des personnes placées en présence de lui, et à quelque proximité. Ses regards, préoccupés par cette lecture, sont détournés d'un travail qui les réclamait peut-être; sa parole manque d'expression, d'harmonie. Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, les sensations qu'il éprouve en articulant ne sont point les mêmes que celles qu'il éprouve en écoutant avec ses yeux ; il ne lie point aux mêmes signes les idées qu'il exprime et celles qu'il prête aux autres hommes. Cette circonstance doit nuire , si nous ne nous trompons , d'une manière cachée, mais inévitable, aux. effets de la sympathie. Pour nous qui sommes dotés de l'ouïe , la parole des autres hommes est semblable à la nôtre ; ce sont les mêmes accens qui interrogent et se répondent ; le véhicule de la pensée est

le même, comme la pensée : c'est un écho extérieur qui redit les sons, pendant que l'écho intérieur de l'âme redit les sentimens ouïes idées. Cette identité de l'expression aide singulièrement à retrouver l'identité du sens : on se comprend mieux; on fait plus que comprendre; les esprits se confondent presque l'un dans l'autre. L'intimité de ces relations ne peut exister pour le sourd-muet , parce que les deux instrumens qu'il emploie tour à tour sont trop étrangers l'un à l'autre.

Remarquons d'ailleurs qu'il est un assez grand nombre de sourds-muets chez lesquels l'organe de la voix ne peut point acquérir, ou n'acquiert du moins que très faiblement la souplesse et la mobilité nécessaire pour l'articulation.

Ceci nous conduit à une observation essentielle , relativement à la marche de l'art.

C'est par l'exercice et par l'action que les organes se développent ; cet exercice et cette action lui sont nécessaires surtout dès le premier âge ; il importe donc de commencer de très bonne heure sur l'enfant atteint de surdité , l'essai des procédés qui lui apprendront à articuler. Plus on tardera , et plus l'organe de la voix contractera l'habitude de l'engourdissement ; la langue demeurera épaissie , embarrassée ; et , d'après une observation faite plusieurs fois , elle n'acquerra pas même son volume ordinaire ; le jeu de toutes les parties ne s'exécutera plus avec la même facilité.

D'un autre côté, il y aurait des inconvéniens sensibles à commencer cet apprentissage de l'articulation factice, sans commencer à y joindre en même temps l'explication des mots prononcés : cette explication , à son tour, pour l'enfant sourdmuet, exige déjà quelque développement de l'intelligence.

Gomment concilier ces conditions diverses? A quel âge fixer le début de l'instruction , sans que l'une de ces deux branches nuise à l'autre?

C'est une question qui mérite d'être méditée par les instituteurs, qui ne nous paraît pas suffisamment résolue. Nous avouons que nous n'avons pas nous-même une collection de faits assez complète pour la résoudre.

Les avantages d'un commerce plus général, plus assidu, plus étroit avec les autres hommes, ne sauraient être sans doute trop chèrement achetés. Cependant le temps , les efforts qu'exige l'enseignement de l'alphabet oral et de l'alphabet labial , doivent être comptés pour quelque chose. Ces exercices usurpent du moins une part assez considérable de ce qui devait appartenir à l'instruction intellectuelle ; quelquefois ils peuvent détourner en partie aussi l'attention qui est due à celle-ci ; quelquefois ils causent une sorte d'illusion aux instituteurs eux-mêmes, qui présument facilement avoir donné des idées, lorsqu'ils n'ont encore donné que des paroles.

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Ce qui , dans ces exercices , retarde encore la marche de l'enseignement , c'est que , dans les commencemens du moins, ils exigent, de la part du maître, des leçons individuelles. Les élèves ne peuvent être réunis sous une direction commune, que lorsqu'ils sont déjà en état de prononcer séparément chaque lettre.

Enfin , le sourd-muet ne pouvant corriger luimême sa prononciation, ne peut veiller également à la conserver dans sa pureté. Il est donc exposé à la voir s'altérer; et, remarquez qu'en la laissant s'altérer, il laisse dénaturer aussi les signes sur lesquels ses idées reposent.

Il resterait à examiner quels sont les procédés préférables pour mettre le sourd-muet en état de jouir de la parole factice. C'est essentiellement à Inexpérience qu'il appartient de prononcer à cet égard. Il serait nécessaire de comparer la prononciation des sourds -muets qui ont appris à parler par des procédés différens, et la durée du temps qui aura été nécessaire pour procurer cet avantage à chacun d'eux. Ces comparaisons ne paraissent pas suffisamment établies.

L'étude du mécanisme de la parole, obtenue par l'anatomie, à l'aide des préparations en cire, de gravures, de machines parlantes, sera très utile à l'instituteur du sourd-muet pour le guider dans ses opérations : mais elle n'est pas nécessaire au sourd-muet lui-même ; elle lui sera peu utile. Les

moyens les plus simples sont pour lui, à nos yeux, les plus convenables. Nous préférerions, sans hésiter, ceux qu'emploie M. Watson, s'il est prouvé qu'ils soient aussi expéditifs et aussi sûrs qu'ils sont naturels.

Nous espérons que le grand et long procès qui s'était élevé entre les partisans exclusifs de l'articulation artificielle et ses adversaires est enfin terminé par une entière réconciliation ; car les préventions contraires çuii les avaient empêchés de s'entendre , doivent avoir cessé sans retour. D'un côté, les adversaires de ce procédé ne supposeront plus qu'il s'agisse de suppléer, pour le sourdmuet, à l'instruction intellectuelle par une simple prononciation mécanique; ils reconnaîtront que cette prononciation peut remplir, à beaucoup d'égards , l'office de la parole véritable , celui de l'écriture , et même un office plus étendu que cette dernière. D'un autre côté, les partisans de ce procédé ne s'obstineront plus à vouloir retrouver dans la prononciation factice du sourd, dans les figures qu'il lit sur les lèvres, une parole de la même nature que la nôtre, douée des mêmes avantages ; ils reconnaîtront que les signes des alphabets labial et oral, donnés au sourdmuet , ont un caractère entièrement spécial , absolument différent de celui qui appartient aux sons articulés; qu'ils ne sont aucunement nécessaires

DES SOURDS-MUETS. PART. III, CHAP. V. [\tâ

pour le rappel des idées, et pour servir d'intermédiaires entre la pensée et l'écriture. Les uns et les autres se trouveront d'accord pour admettre que l'alphabet labial et oral sont des signes arbitraires et conventionnels, utiles au même titre que ceux de l'écriture, pour lier et rappeler les idées, utiles surtout, et plus utiles que l'écriture, pour suppléer à la parole, dans les communications habituelles entre les hommes.

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