‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 2)Chapitre 41 sur 84 · II · texte numérisé non relu

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avec une rigoureuse exactitude dans un langage mimique. Déjà, dans l'expression d'un objet sensible qui offrirait quelque complication, la fidélité de l'imitation nécessaire pour en rendre l'intelligence prompte et infaillible, serait incompatible avec la simplicité des formes indispensable pour que la représentation mimique devienne un signe de rappel. Les combinaisons régulières et formées d'élémens homogènes , comme les notions des quantités , peuvent encore recevoir des signes de rappel sur lesquels reste empreint le sceau de l'analogie, et qui indiquent le mode de leur formation. Mais il n'en est pas de même des combinaisons mixtes et irrégulières, formées d'élémens hétérogènes. Les notions abstraites présentent à la raison une sorte de simplicité logique; mais elles n'atteignent à cette simplicité tout idéale, que par un grand nombre d'épurations qui les détachent des images sensibles; et les signes mimiques ne pouvant les représenter par leurs conditions intégrantes et constitutives, seraient contraints , pour les définir, de remettre sous nos yeux la matière dont elles ont été tirées , pour les en faire sortir. Ces notions abstraites, à leur tour, entrent dans des combinaisons nouvelles où elles se mélangent en mille manières, et où le langage mimique ne saurait les suivre sans abdiquer toujours de plus en plus les prétentions à une imitation évidente. Plus une notion s'éloigne de la région

des sens, plus elle devient inaccessible à une imitation sensible, laquelle n'a pour les peindre que des mouvemens et des formes.

Voyez en effet la marche que suit l'enseignement guidé par le langage mimique. Les objets qui , pour être nommés la première fois au sourdmuet, n'ont besoin de lui être désignés que par un geste simple, qu'il reconnaît à l'instant par ce geste, sont en très petit nombre. Pour lui retracer l'image des autres , lorsqu'on veut leur imposer un nom , on a recours d'abord à une description mimique; c'est la description mimique qui remplit véritablement l'office d'interprétation , d'explication. L'objet une fois bien connu, cette description se restreint par une abréviation , une syncope; les détails s'éliminent; la réduction s'opère : de cette réduction sort le signe méthodique; il tire de son origine une valeur qu'il n'aurait point eue par lui-même; il devient signe de rappel; et, s'il doit encore quelque chose à l'imagination , il doit encore plus à la mémoire.

Nous ne saurions donc nous flatter d'obtenir par le langage mimique artificiel, qu'une analogie toujours décroissante, toujours plus imparfaite, pour l'ordre des notions qui a précisément le plus besoin d'être déterminé par des explications précises et rigoureuses. Il nous apportera d'autant moins de lumière , que la lumière , devenant plus nécessaire, aurait plus de prix à nos

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yeux ; et , si les instituteurs qui ont fait tant d'efforts pour ériger ce langage au rang d'un langage naturel , universel , évident par lui-même , ont si peu réussi à lui en donner le caractère , c'est qu'ils luttaient contre la réalité même des choses.

Quoiqu'une imitation incomplète, dans la peinture retracée par les signes mimiques, ne jette sur les idées qu'un jour insuffisant, et n'apporte à la raison qu'un secours encore incertain , et quelquefois trompeur, cependant, l'intelligence du sourd-muet y trouve, paV l'exercice de son activité spontanée , une occasion dont l'influence, sous ce rapport , ne nous paraît point avoir été remarquée. La nécessité d'achever un tableau qui n'est encore que simplement ébauché, de ressusciter l'ensemble d'après un seul fragment, et de suppléer à ce qui manque , par le fonds de ses propres idées , exige de la part de l'élève un travail intérieur que nous pourrions appeler une sorte de gymnastique intellectuelle. Son imagination , sa mémoire , sa réflexion même est mise en jeu. Ce sont comme autant de petits problèmes qu'on lui présente. Qu'il s'essaie à les résoudre : il se trompera sans doute plus d'une fois dans la solution ; mais il aura agi par lui-même.

Quelque imparfait que soit le caractère de l'intuition , dans un système de signes méthodiques , il suffira qu'il y reste encore quelques traces d'analogie, pour que ce langage s'apprenne beaucoup

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plus facilement et plus rapidement que le langage purement conventionnel , et s'apprenne aussi avee bien plus de plaisir ; le sourd-muet surtout y trouvera ces deux avantages d'une manière très sensible. Mais le langage des signes méthodiques n'en devra pas moins être appris, avant qu'on s'occupe de le traduire ; il y aura ainsi deux études à faire au lieu d'une. Si le mot nouveau qu'il s'agit d'expliquer peut être exactement défini par d'autres mots déjà connus, cette dernière voie sera plus abrégée et plus directe que la précédente.

Supposons enfin qu'on fût cependant parvenu à revêtir ce langage de la certitude, de la clarté, de la précision qui lui manquent, serait-il même alors utile et convenable d'en faire un usage constant dans l'instruction du sourd-muet, de l'invoquer à l'appui de toutes les idées qu'il s'agit de faire passer dans la langue, et quels que fussent les progrès déjà obtenus par l'élève? Si nous nous reportons aux considérations qui nous ont déjà frappé, en traitant de l'emploi des estampes, des signes mimiques naturels au sourd-muet , et des descriptions mimiques, nous reconnaîtrons que cette question doit être résolue d'une manière négative, et que l'usage de ce langage pittoresque doit se restreindre toujours de plus en plus dans le cours de l'enseignement. On ne s'approprie véritablement une langue, elle ne devient un instrument direct pour l'esprit, que par l'usage le plus fréquent, le plus assidu,

le plus varié : il faut que les termes qui la composent contractent entre eux, contractent avec la pensée, par cette répétition familière, l'alliance la plus intime. Or, nous allons précisément contre ce but, si, à chaque instant, pendant le cours même de l'enseignement , nous allons , sans nécessité , mettre un obstacle continuel à cette espèce d'hyménée intellectuel, en interposant le signe mimique entre l'idée et le mot; si nous allons, à chaque instant, isoler le mot, de la famille à laquelle il appartient, en l'expliquant par un signe mimique , au lieu de le définir par les transformations de la langue elle-même. La facilité que trouvent nos sourds-muets dans l'usage de la pantomime, le charme qu'ils y goûtent, le droit de propriété qu'ils se croient sur elle, lui fera toujours obtenir la préférence auprès d'eux, lorsqu'ils seront libres de s'en servir. Que sera - ce donc si elle domine encore dans l'enseignement du professeur? De quelle défaveur ne sera pas atteinte la langue qui devait devenir sa langue maternelle? A quelle distance ne sera-t-elle pas repoussée? Que serat-elle jamais autre chose, si ce n'est une langue morte? Le sourd-muet saura et maniera le français, à peu près comme un de nos écoliers parvient à savoir et à manier le grec. Loin de réparer les années déjà perdues, celles précisément que la nature semblait avoir destinées à être employées pour l'apprentissage de la langue, par un usage

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continuel et obligé , il n'en fera pas même aujourd'hui à beaucoup près l'usage qu en font les autres adolescens. Et voyez, en effet, combien les élèves formés par la voie des signes méthodiques se trouvent encore gênés dans la langue de leur pays! c'est toujours avec une sorte de fatigue qu'ils mettent par écrit leurs réflexions et les réponses aux questions qu'on leur adresse; ils conservent certaines locutions qui leur sont propres ; ils manquent fréquemment à certaines des formes de la langue ; ils ne se familiarisent point avec ces tours qui donnent au style sa physionomie et son empreinte. Ce n'est point sur les mots de nos langues , que se fondent les opérations de leur esprit; les signes mimiques seuls se retracent à leur esprit dans leurs méditations solitaires, comme dans leurs songes. Mais ce qu'il y a de plus fâcheux, ils s'accoutument peu à la lecture; ils prennent peu de goût pour cet exercice qui devrait être cependant leur principal moyen d'instruction , qui devait les mettre en état d'en achever par euxmêmes la partie la plus essentielle. Un grand nombre d'entre eux ne sont pas en état de lire couramment un livre quelconque; presque tous montrent de l'éloignement pour les livres, quand ils sont abandonnés à eux-mêmes.

L'originalité qui nous frappe dans les réponses des sourds-muets, lorsqu'on leur demande certaines définitions imprévues, vient en partie du

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peu d'habitude qu'ils ont d'employer la langue.* et d'étudier les rapports qu'ont entre eux les termes qui la composent ; elle vient aussi de ce qu'ils conservent encore une manière de concevoir qui leur est propre, et de ce qu'ils voient les choses dans un autre point de vue. Lorsque nous les interrogeons , ils traduisent d'abord intérieurement notre question en langage mimique; le langage mimique leur donne aussi le texte de la réponse qu'ils traduisent de nouveau dans notre langue, pour nous satisfaire. Pendant ce circuit, il est vrai, ils découvrent la chose elle-même d'une manière plus ou moins prochaine ou éloignée, claire ou obscure; et, s'ils répondent moins correctement qu'un élève ordinaire, ils répondent certainement moins machinalement que beaucoup d'autres élèves. Leur mémoire agit moins; leur imagination opère davantage.

En cherchant à résumer nos remarques, à fixer définitivement notre opinion sur l'utilité des signes méthodiques de nomenclature, nous nous trouverions également éloigné, et des préventions de ceux qui ont cru devoir les proscrire absolument , et des exagérations de ceux qui ont voulu leur assujettir entièrement l'instruction du sourd-muet. Nous y trouverions un auxiliaire précieux pour seconder quelquefois la marche de l'enseignement, en facilitant les explications , en répandant sur les leçons la vie et l'intérêt ; nous y apercevrions un

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aiguillon salutaire pour exciter l'activité intellectuelle du sourd-muet. Mais nous sommes forcé de reconnaître aussi que ce système de signes ne peut justifier ses prétentions au titre de langage naturel et universel ; que le sourd-muet ne peut y trouver un instrument habituel et général de communication avec les autres hommes; que, même dans la sphère de l'enseignement, l'emploi de ce moyen d'interprétation peut être sujet à quelques abus, exposé à quelques dangers; que l'emploi constant et prolongé de ce langage, dans les rapports du sourd -muet avec les instituteurs et ceux qui l'entourent, retarderait considérablement l'étude de la langue usuelle, et ne permettrait jamais au sourd-muet de s'approprier cette langue d'une manière véritablement intime. Nous remarquerions que le secours des signes mimiques ne prête pas un secours également favorable à tous les ordres d'idées; que ses analogies , propices à l'expression des images sensibles ou des idées qui se rapprochent des sens, deviennent téméraires, imprudentes à mesure qu'elles abordent des notions plus relevées, et que les analogies capables de marquer les traits constitutifs des combinaisons fondées sur une architecture régulière, deviennent vagues et confuses lorsqu'on leur demande d'exprimer des mélanges formés d'élémens hétérogènes, assemblés sans aucune symétrie ; que le langage mimique, en tant que langage figuratif, a

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donc un domaine marqué dont on ne peut franchir les limites , sans voir ses avantages diminuer et ses inconvéniens s'accroître. Nous en conclurions que les signes méthodiques de nomenclature ne doivent point être proscrits; qu'un instituteur habile pourra, surtout au commencement de l'instruction , en tirer un parti utile pour répandre sur ses leçons une lumière plus abondante ; mais qu'on ne doit point en faire le pivot de l'enseignement lui-même ; qu'on n'en doit user qu'avec une certaine sobriété; qu'on doit en restreindre l'emploi chaque jour de plus en plus, à mesure que l'éducation avance; qu'enfin on doit, dans cet emploi , se régler d'après la capacité relative de l'élève, les besoins du moment et l'indication des circonstances.

La solution que nous proposons ici n'a, il est vrai, rien d'absolu; mais c'est que la question elle-même ne nous paraît pas susceptible, en effet, de l'une de ces solutions rigoureusement déterminées, qui plaisent tant aux esprits étroits. Il en est de l'emploi des signes mimiques figuratifs, comme de celui des estampes; tous deux ont le même but, le même genre de mérite; tous deux sont de puissans auxiliaires, mais dont il ne doit être usé qu'avec discrétion, et suivant le besoin des circonstances. Ni l'un ni l'autre ne peuvent servir de cadre général et constant à l'enseignement. La juste mesure de l'emploi de tous deux

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doit être un peu abandonnée à la sagacité de l'instituteur. En lui donnant ce pouvoir, il est vrai, nous le supposons capable de quelque chose de plus que de faire des signes : nous le supposons capable d'être juge de leur opportunité et des limites où elle s'arrête.

Nous le confessons , au reste , l'expérience , à laquelle il appartiendrait de prononcer définitivement sur cette question, ne nous paraît pas encore avoir pu la décider d'une manière assez positive ni assez concluante. Il faudrait, en effet, pouvoir comparer exactement les succès obtenus dans les deux systèmes opposés, l'un qui admet, l'autre qui rejette ce genre d'instrument, en tenant compte du temps employé, des autres moyens accessoires, de l'âge et des dispositions des élèves, et déterminer avec précision les progrès de ces élèves , non seulement dans l'emploi dé la langue de leur pays , mais aussi dans le développement intellectuel, comparaison qui n'a point encore été établie d'une manière exacte et authentique.

La question changerait de nature , on l'aperçoit facilement, s'il s'agissait de l'instruction du sourdmuet qu'une infirmité particulière de l'organe vocal ou que toute autre circonstance aurait privé des ressources qu'on peut trouver dans la prononciation artificielle , et qui n'aurait , pour ses communications, d'autre instrument que l'écriture. Le langage mimique acquerrait, dans cette hypothèse

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particulière, une utilité nouvelle, pour rendre plus rapides , plus faciles et plus constantes les relations de l'élève avec son instituteur, et avec les personnes qui seraient initiées à l'usage de ce genre de signes.

En supposant que les signes méthodiques de nomenclature dussent occuper un rôle essentiel dans l'enseignement des sourds-muets , et même pour que dans tous les cas ils puissent convenablement remplir cet office, il resterait encore, à notre avis , deux choses importantes à exécuter. Ces signes auraient besoin d'être perfectionnés ; ils devraient être fixés.

On perfectionnera le système de ces signes, en les assujettissant à de plus judicieuses et de plus rigoureuses analogies, surtout en choisissant ces analogies dans les conditions propres et constitutives des choses. On prendra pour modèle , autant qu'il sera possible , ces méthodes naturelles qui ont été introduites avec tant de bonheur et de succès dans les sciences physiques. On fondera les signes méthodiques sur de légitimes classifications. On évitera les métaphores, plus propres à être un jeu de l'esprit qu'une instruction. Sans doute on consultera le sourd-muet lui-même dans cette création, en lui donnant même l'initiative, quand ce ne serait que pour exercer l'activité spontanée de son esprit; mais on devra diriger ses observations vagabondes; mais

des sourds-muets. — part, m, chap. vni. 5oo, on devra examiner, corriger sans cesse son ouvrage, pour lui imprimer un caractère d'exactitude que l'élève serait en outre peu capable d'y porter par son propre jugement. De la sorte disparaîtrait entièrement la distinction trop sensible qui existe aujourd'hui, dans quelques instituts, entre les signes mimiques fournis par le sourd-muet, et ceux qui sont donnés par le maître ; le système entier ne serait que la suite et le développement de cette ébauche, encore imparfaite et grossière, que le sourd-muet apporta avec lui en venant , et qui fut rectifiée à son arrivée.

On fixera le langage des signes méthodiques en lui donnant un type certain, uniforme, une formation régulière , de manière que les différens instituts qui ont adopté ce système, s'entendent du moins, et s'accordent sur la manière d'en faire usage.

Mais, pour remplir cette double condition, il sera nécessaire , avant tout , d'arracher ce langage à l'espèce de mystère dont il a été enveloppé jusqu'à ce moment, de le produire au grand jour, de l'asseoir sur des descriptions positives , de manière à ce qu'il ne repose plus seulement sur les traditions intérieures d'une école , mais qu'il puisse être connu, étudié de tous les instituteurs qui veulent l'employer, et des hommes éclairés qui pourraient contribuer à son perfectionnement , par leurs critiques.

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Il nous resterait à discuter le mérite des signes méthodiques grammaticaux ; mais nous cherchons en vain quels sont les avantages notables qu'on espère en retirer, pour compenser, du moins en partie, les mouvemens qui leur sont communs avec les signes de nomenclature. Les signes méthodiques grammaticaux ont été imaginés pour transporter sur la langue mimique les formes grammaticales de nos langues artificielles et conventionnelles , formes absolument étrangères à ce langage, formes qu'il repousse; ils ont été employés comme des moyens de dictée ; ils ont été conçus dans la supposition que le langage mimique devait devenir d'abord, pour le sourdmuet , la contre - épreuve de nos langues , afin d'introduire à l'étude de nos langues par la voie de la traduction. L'utilité qu'on espérait en recueillir s'évanouit donc avec le faux point de vue dans lequel on s'était placé. Il est digne de remarque que les sourds - muets , réunis entre eux, se hâtent de rejeter les signes grammaticaux dont ils faisaient usage sous la direction de leurs instituteurs, et se contentent des signes de nomenclature , pour se faire entendre les uns des autres. Ces signes , d'ailleurs généralement arbitraires et conventionnels , ne parlent presque jamais à l'intelligence : à l'exception d'un petit nombre de cas où ils peuvent indiquer, avec assez de bonheur, les rapports qui unissent les élémens du

tableau de la pensée, ils ne rappellent que les conditions purement matérielles de la syntaxe. On ne peut donc les considérer, en quelque sorte, que comme des abréviations destinées à remplacer, dans un langage manuel, les noms que nous avons donnés aux diverses parties du discours. C'est à une fonction aussi limitée et aussi secondaire, que paraît se borner toute l'utilité qu'on peut attendre de ce genre de signes.

Pour remédier à la mobilité des signes mimiques , pour faire jouir le langage mimique de l'avantage que la parole a trouvé dans le secours de l'écriture, conviendrait -il de donner aussi à ce langage une sorte d'écriture qui en conservât les élémens dans des formes tracées et permanentes? Cette question, comme nous l'avons remarqué déjà, est entièrement subordonnée à celle du rôle que le langage mimique lui-même devra remplir dans l'enseignement. Si, comme nous le pensons, ce rôle doit être fort limité; s'il doit, de jour en jour, se restreindre à mesure que l'élève avance; si le langage mimique ne peut servir de type général et constant pour l'enseignement de la langue, une écriture destinée à en conserver les empreintes n'aurait aussi qu'une utilité secondaire. Dans l'hypothèse contraire, et si la langue mimique devait remplir, dans l'enseignement , une fonction essentielle et principale, il serait nécessaire encore qu'il eût subi les perfectionnemens

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qu'il attend; qu'il eût obtenu, par des conventions distinctives , la fixité qui lui manque, avant qu'on dût songer à en faire une sorte de calque par l'écriture : alors cette mimo graphie aurait l'avantage d'en déterminer les formes, de les maintenir invariables; mais encore faudrait-il qu'elle sût se mettre , avec le langage dont elle reproduirait l'image, dans des rapports étroits et réguliers d'analogie.

Au surplus, le principal service que nous attendons des signes mimiques, celui de fournir à l'instituteur de sourds - muets les moyens de se mettre dans une relation intime et directe avec l'élève qui arrive , de le bien étudier, de pouvoir se faire connaître à lui, ce service ne recevrait qu'une faible assistance d'une mimographie quelle qu'elle fût; car ce service est passager, momentané. Les signes propres au sourd-muet sont généralement individuels, et varient d'un sourd-muet à l'autre. Mais la mimographie pourra servir à guider l'élève sourd -muet, dans la réforme qu'il doit faire subir à ses signes; comme aux instituteurs de sourds -muets, pour se mettre en accord sur les signes qu'ils emploient, et pour se les transmettre les uns aux autres.

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