‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 2)Chapitre 50 sur 84 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Vœux d'un ami des Sourds-Muets.

Messieurs et chers collègues,

J'ai terminé la tâche neuve et difficile que vous m'avez imposée , sinon de la manière la plus satisfaisante , au moins de la manière la plus consciencieuse, j'ose le croire. Les résultats auxquels j'ai été conduit ne sont sans doute pas aussi positifs que vous le désiriez, que vous aviez peut-être le droit de l'attendre ; mais les résultats de l'expérience ne m'ont point encore paru , je l'avoue, assez complets, pour pouvoir décider sur tous les points d'une manière absolue et complète; une juste défiance de mes propres lumières m'a d'ailleurs souvent interdit en plusieurs choses de donner à mon opinion personnelle une expression très affirmative. J'ai provoqué le perfectionnement de l'art, plus qu'il ne m'appartenait de prétendre l'opérer moi-même. Il est cependant quelques conséquences auxquelles nous pouvons maintenant nous confier avec quelque sécurité, si je ne me trompe. Nous pouvons admettre, par exemple :

i°. Que, parmi les instrumens mécaniques adop-

DES SOURDS-MUETS. CONCLUSION. (j/|5

tés pour mettre le sourd-muet en possession de nos langues, les caractères de l'écriture occupent le rang principal, essentiel; qu'à cet instrument doivent se rattacher tous les autres ; qu'il suffirait seul à la rigueur, étant convenablement employé;

2°. Que l'alphabet manuel , sous ses différentes formes, n'est qu'un instrument auxiliaire destiné à suppléer le précédent; auxiliaire d'autant plus utile que ses formes sont plus simples, son exécution plus rapide ; dont l'utilité serait fort précieuse pour un mode d'enseignement qui se concentrerait dans l'emploi de l'écriture alphabétique , mais s'affaiblirait aussi dès que le sourd-muet entrerait en jouissance de la parole artificielle ;

3°. Que l'art de lire sur les lèvres et d'articuler, d'après des procédés mécaniques , n'a point , pour l'instruction des sourds-muets, ce caractère de nécessité qui l'a fait regarder comme indispensable par quelques instituteurs ; mais qu'il a cependant un très haut degré d'utilité dans l'éducation du sourd-muet , non seulement pour lui rendre avec les autres hommes un commerce général, habituel et facile, mais aussi pour rendre son instruction plus complète et plus rapide ;

4°. Qu'il reste encore un grand parti à tirer du dessin et des estampes dans l'instruction du sourd-muet; que cependant l'emploi de ce moyen doit être sévèrement restreint dans de certaines limites ;

5°. Que la pantomime est, en général, un instrument du même ordre que le dessin , propre à rendre les mêmes services, exposé aux mêmes abus; que les signes mimiques apportés par le sourd-muet, sont un instrument précieux mis à la disposition de l'instituteur, dont celui-ci doit s'emparer avec empressement; qu'il doit employer avant toutes choses pour entrer dans une communication intime avec son élève , pour étudier son esprit et son caractère; qu'il doit réformer, étendre , en restant fidèle aux lois de l'analogie, aussi long-temps que cette analogie suffira pour donner à ces signes une expression précise et claire;

6°. Que cependant, après avoir employé ces signes pour établir une première voie de communication entre le maître et son disciple , en continuant de les employer dans le cours des explications, comme instrumens d'instruction , on doit s'imposer, dans leur usage, une certaine sobriété, une sobriété toujours croissante , pour laisser se développer et s'affermir l'habitude de la langue conventionnelle ;

70. Que les signes mimiques dans lesquels l'analogie ne peut plus conserver qu'un caractère imparfait , insuffisant , et qui ne s'expliquent point par eux-mêmes, n'ont qu'une utilité secondaire, semblable à celle des gestes de l'orateur ou des figures dans le style ; qu'ils ne doivent donc que

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