‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 3)Chapitre 11 sur 41 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Continuation du précédent. — MM. fFolke, etc.

L'alliance des signes mimiques avec la parole artificielle a été le système le plus généralement adopté en Allemagne par les écrivains et les instituteurs qui , dans les derniers temps , se sont occupés de Fart d'instruire les sourds-muets. Déjà nous avons vu que telle a été la marche suivie par MM. Eschke, May, Neumann et Venus. Nous pouvons y joindre M. Bauer (i), qui a associé ses travaux à ceux de M. Eschke ; M. Hassencamp {%) ; M. Aile qui, en traçant les moyens de former les sourds-muets à la moralité et de les introduire à la vie sociale, a réuni aussi les observations que son expérience lui a fournies sur leur caractère (3); et M. Wolke , qui a montré pour la destinée de ces infortunés le zèle le plus actif et le plus honorable. Le dernier de ces auteurs a pris son point de vue

(i) Ueber den unterricht der TaubStummen. Berlin, 1801.

(a) Ueber den unterricht welcher TaubStummen ertheUt verden ist, etc, 1800.

(3) Anleitung Taub - Stummen kinder^ etc, y zu unter^ richten , etc.

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pour Finstruction des sourds-muets, dans les prindpts généraux sur l'éducation. £n s'einparant des divers procédés connus , il y a joint des considé«» rations et des applications qui lui sont propres. Dans le but que nous no& proposons ici de recortllir, autant qu'U nous est poss&le, tous les e9iemples, les observations ^ lés indications qui peuvent nous être ntiles , noos^devons donc donner à sdD ouvrage une attention particolière. Cet ouvrage (i) est rédigé ai forme d'instruction ; il est adressé aux mères , aux institutrices en général , sus instituteurs des sourds-muets et des aveugles en particulier. H débute par une allocution toudiante aux mères qui ont des enfans sourds-muets; Touvrage tout entier respire la plus tendre et la plus aimable sollicitude pour ces infortunés. « Ob! « soyez semblables à une bonne mère qui se réa joiût à chaque goutte de lait que suce son cher * « nourrisson j à diaque mot qu'il apprend d'elle à « balbutier 1 dit-il aux instituteurs. Vous savez que c cette raére continue cette œuvre et le jour et la «nuit, et i chaque instant, sans en être jamRÎs c fatiguée ni découragée. » (2)

(i) ÀntPtisang vne Kinder und Stumme^ one zeitverlust umd auf naiargemacsse weise^ zum verstchen und sprechcn nnd lestn schreibtn oder zu und Spràchkentnùsen und Be- ^riffcn zm bringen sindj etc., von C. H. fVoike. Leipsîg . 1 8o/| .

à) Ihid,^ rhap. I", page H.

'JO Dl L'jéoUCikTIOlf

Disciple du yénérable Basedow, de Tami, do bienfaiteur de l'enCuice, M. Wolke s'est pénétré de son esprit, a propagé, appliqué, développé ses principes.; il a concouru de tous ses effiiHa à seconder cette révolution paisible et utile qHd tendait à substituer en Allemagne un syatèaie d'éducaticm libéral, philosophique, aux anciennts routines, et à conduif^ TenÊinoe à Tinstruotion et à la vertu par la voie du bonheur (i). C'eat de ce point de vue qu'il a considéré l'éducation da sourd-muet ; aussi son plan est vaste autant qn'U est coordonné : il embrasse également le mode d'instruction nécessaire & ceux qui^ sana être sourds , ont l'organe vocal embarrassé par tpid* que vice ;* il comprend renseignement des làngoel anciennes ou étrangères ; il s'applique àox adultes dont l'éducation a été négligée; il ft'A|kplique enfin aux enfans en bas âge; car VL Wolke est du nombre de ceux <ipi sentent toute rimportanoe de cette première éducation , laquelle ôommeace in» sensiblement dès le berceau; deœuxquidéplorant l'insouciance, l'incurie, l'ignorance, qui y président trop souvent; il a essayé, dans d'aûlrea écrits, d'y apporter un remède (2). Émule de Pestalozzi, il a

^i) Foyet Htemeyer, Grundsaetze der Brtiehung^ etc., tome K, p. 437, 440; tome n, p. 355; tome m, p* ^3.

(a) Beschreibung der loô etêmentartq/eln. Leipsig, 1780. =s Kurzen Erziehung-lehre , etc, i8o5.

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c&asuré cep^idanf avec sévérité quelques uns des travmix de cet instituteur, mais parce* qu'il n'y reconnaissait pas une fidâité ooostante 4 celle ÎBtaition «or laquelle PestaloÉâ a voulu iDiider sa métbode« (i)

Cdie que M. Wolke a àdoplét , qu'il s'eafc aj^ropnée par de$ vueè iKiuvrik% ^'il a repte-^^ dwtedane les dîterses farwiehet de TeùeigiieBtaBt^ dont il fiUt une applioation spédtele à Fédutttiina des sourdMOuets, tAt aussi la méthode d'intuif tiou, mais dans toute sa ptire(é« H la désigna sous le iKHU de inéihod^ fui remd far choses, set^!' sibles (a) ; et void le$ caractères essentiels d'après lesquels il la définit : € £Ue consiste, dit-il, à ez^ « pliquer tous les mots d'une langue inconnue, « sans le secours de la traduction , en sorte que « chacun d'eu» se £»sse c(»n{Mrendre par l'idée qui « lui correspond » (3). Or^ voici coaunent il y pâr^ vi^àt : U montre et nomme chaque objet, chaque propriété, diaque forme, chaque mouvement, chaque effet i et , lorsqu'il ne peut montrer la chose elle^némei pour expliquer le mot, et rendre compte de ae$ rapports avec les aufetes termeei il y supplée par la pantomime, les gestes, les

{%) Jntpeism^ wie Jfiimder and S$wnm€, etc. Appesdicc page 487.

(a) ^ojez rou^rrage ci-4twi» cité, chap. il, pa«c 33. 0) ibiéL, page 43.

ya DE r/^DUCATIOW

actions elles-mêmes, c'est-à-dire par les signes qu'emploient les sourds -muets pour communiquer leurs pensées, (i)

. M. Wolke prélude à cette marche par un système d'éducation pour les sens , et par une suite de préparations qui ont pour objet de former l'attention, d'exciter le désir d'apprendre, et de développer la &culté de concevoir. Il accoutume son élève, par mille exercices ingénieux et variés, qui sont pour celui-ci autant d'amusemens, à acquérir un coup d'oeil rapide et sûr, à décomposer, recomposer, à comparer les sensations diverses ; à discerner les plus subtiles, à apprécier les plus délicates, à les graduer; à reconnaître, par exemple, la pesanteur précise d'un objet par la sensation de la résistance qu'on éprouve en soulevant cet objet; à déterminer la distance d'un autre, d'après le volume qu'il ofi&e à l'œil; à juger la position, le degré d'élévation, les proportions; à remarquer ce qui blesse la symétrie; à découvrir promptement, parmi des objets semblables, comme des pièces de monnaie, quelqu'un qui n'en difiFère que par qudque détail peu sen»

(i) Voyez l'ouTrage ci-dessus cite, page 47*= ^* Volke loae U marche suiTie par les abbés de rÉpée et Sicard , et Tordre qu'ils ont introduit dans le développement des idées et Tcnchalnement des parties du discours ; toutefois , il pense qu'on trouvera une voie plus abrégée et également sûre.

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siUe, comme une l^re altération dans Tempieinte. Il donne aussi à son élève des leçons pratiques de perspective ; il lui £iit mesurer les distances à Tceil; il l'introduit aux notions les plus élémentaires de Tarithmétique et de la géométrie; fl Texerce à qudquea opérations simples de calcul. Ceat alors seulement quHl'Commende à'einployer le dessin comme moyen d'instruction ; car il croit nécessaire, il retoimnande de ne recourir à ces images qu'après avoir hit voir, autant qtm est possible, les réalités elles-mêmes (i). C'est alors que rélève peut comparer avec frniff des réalité avec leurs peintures reproduites par le dessin, d'abord dans les proportions naturelles, ensuite en miniature.

Cest donc sur le théâtre de la réalité que notre instituteur commence son enseignement. Conduisant son élève. au jardin, dans les champs, sur le bord de la rivière , dans la foret , etc. , armé d'un crajon et d'un cahier de papier , ils remarquent ensemble les objets , leur donnent des noms , et , restrés dans l'institut , y trouvent un texte à des explications plus étendues (a). Mais la salle d'étude elle-même devient, par ses soins, un théâtre d'observations; il en fait quelquefois une chambre

(i) royez rooTinge ci-dessus cité, p. 5o à 56, 84 à 102 1) Ibtil., page 48.

^4' ^S L'sDUCATIOlf

obscure ; il y place des dessins de tout genre. Les élémens de la géométrie et du calcul jouent us rôle essentiel dans tout Vensemble de celte pré* paratioD : l'instituteur y voit ua moyen effîcâca de former l'attention et le jugement , de finre apprécier exactement les rapporta, de donner aux idées une précision et une exactitude rigoi^reuse. (i)

La nomenclature des objets les plus fioniliera occupe la première période de l'enseîgnemtfit ^ dans le plan de M. Wolke; il débute par fûre obsenrer à Félève son propre corps et les diverses parties qui le composent, les vétemens qui le couvrent, les alimens dont il se nourrit, lea iit* strumens dont il fait usage, les objets qui sont placés sous ses yeux , les diverses personnes Avec lesquelles il vit; il lui enseigne à impoaer k csos objets et à ces personnes les noms qui Itar iq^pas^ tiennent (2). Les qualificaticms succèdent, mais en s'appliquant immédiatement au sujet défà connu ; en £sdsant subir au même sujet plusieurs qualités diverses , et promenant la même qiiwBlé sur divers sujets. L'interrogation lui sert à bif» comprendre FofiGice du verbe éire, comme Um de l'attribut au sujet, et à vérifier si cette vakur

(i) f^oyez Touvrage cMessus cité, page 107 < (a) Ibifi. , chap. IX , page 365.

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