CHAPITRE IV
Des diçerses espèces d^ Écriture abrogée, ei de
la Dactylologie.
S'il n'est aucun instituteur de sourds-muets qm n'ait recouru à l'écriture comme à riDstrument naturellement indiqué pour rendre ao sourdmuet l'usage de nos langues conventionnelies, il n'en est aucun également auquel la raison et l'expérience n'aient fait regretter rextrémeienteur avec laquelle cet instrument s'emfdoîe, et Fimpossibilité où l'on se trouve d'en fiùre un usage continuel. Plus il est nécessaire de réparer, pour le sourd -muet, le temps déjà perdu, plus iiesl désirable de trouver, pour ses communications , les moyens les plus expéditifs, les plus faciles, ceux qui se prêtent à l'emploi le plus général.
Ce motif, qui a puissamment oonoouru à £iire adopter les procédés de la lecture lalnale et de la prononciation artificielle, a suggéré aussi Vidée de l'alphabet manuel , et en a rendu Vusage à peu près universel dans les Instituts de sourdsmuets.
Avant d'examiner le mérite de cet instrument et les perfectionnemens qu'il peut recevoir, nous serions tenu* do nous demander s'il nV aurait
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pas d'autres moyens, des moyens plus directs AiAublir au moins Tinconvénient que récriture fittéprouTer^ dans la pratique, pour Tinstruction éa sourd-muet ? Les réflexions que cette question nous suggérera, si dles n'amènent pas à la ré- SMidre d'une manière pasilive, trouveront du moins , dans l'examen de Valphabet manuel , quelques applications utiles.
Les anciens se servaient, comme on sait, de notes abfiéviatives poor écrire : Cieéron employait et perfectionna, dit -on, les notes tironiennes; mais chacune de œs notes représentant un tnot entier, c'était proprement un autre genre d'écriture, qui n'avait plus rien d'alphabétique , ou plu* tèt dont l'alphabet, différant de celui de la langue parlée, avait autant de caractères élémentaires qu'il y avait de mots dans la langue. Ce système avait le double inconvénient, de ne conserver aucim rapport df analogie ni avec la parole , ni avec récriture ordinaire; il avait de plus celui d'exiger un nombre prodigieux de signes élémentaires. Le sourd -muet n'y rencontrerait pas le premier de ces trois inconvéniens ; il y rencontrerait même un avantage particulier, celui de posséder, pour le rappel des idées, un genre de mots écrits, d'une extrême simplicité, dépouillé des combinaisons introduites dans notre écriture pour en fiûre la représentation de la parole, propriété k laquelle le sourd -muet ne peut attacher aucun
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les mêmes principes de combinaison. Les Japonais qui ont reçu une éducation libérale en font usage 1 kl fois, sans les confondre, (i)
Vers la fin du siècle dernier, de nombreux es* sais ont été tentés pour créer une écriture abrégée. Taylor en donne -rexemple dans sa sténographie; M. Beitin la transporta en France; M. Emilio Amantà en Italie. La suppression des intonations dans l'écriture fut le moyen essentiel d'abréviation auquel ik eurent recours. Cette suppression en-* traîne des incertitudes et des équivoques inévi* tables, non seulement pour roreiDe , ce qui serait indifliérent pour le sourd -muet, mais aussi pour la signification des mots, ce qui est, pour le sourdmuet , une conséquence très fâcheuse, (a)
M. Coulon-Thevenot , dans sa tachy graphie , a évité cet inconvénient; il reproduit à la fois et les consonnes et les voyelles, mais par des formes si simples, ^uHl économise les deux tiers du temps nécessaire pour écrire : vingt signes élémentaires lui suffisent; celui de la consonne réuni à celui de la voyelle, ne constitue pas, à beaucoup près, une forme aussi compliquée que celle de la plupart de
(l) y(^ez y Explication des Syllabaires japonais , en tête àe% Êlémens de la Grammaire japonaise.
(i) Voir le jodieienx rapport fait par M. Jomard à la Société ^ Encouragetneru pour t industrie nationale^ le i a U- ▼ner 1817, n** cuv des Mémoires de cette Sociéti^.
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DOS caractères alphabétiques : ces signes observent d'ailleurs entre eux une analogie régulière, qui est inconnue à notre alphabet. Cette tachygraphie nous paraît avoir atteint la solution la plus heureuse du problème relatif à l'abréviation de récriture.
Mais cette tachygraphie, ayant été calquée sur la parole, et s'attachant à rendre les sons bien plus qu'à rappeler les lettres écrites, se détourne du but que nous cherchons pour le sourd -muet; elle veut parler aux oreilles , et nous ne devons parler qu'aux yeux.
M. Barbier, dans son Expédiographie, a combiné la tachygraphie avec la sténographie, en prenant la première pour base. M. Tcisaonière a apporté quelques modifications dus Tordre auquel M. Coulon-Thevenot a soumis la série de ses signes.
M. Blanc, dans son Okygrapliie^ a pris pour modèle la notation musicale; par ce moyen ingénieux, la position seule des caractères en fait varier la valeur, mais tellement que trois signes suffisent pour repn'^senter seize consonnes et huit voyelles. Mais les difficultés de l'exécation compensent ce qu il y a de simple dans l'idée principale.
I«a nouvelle Sténographie pn^sentée par Fauteur du Syllabaire dactjrlologique , à F Académie de Troyes« exit^ie, comme le proccnlé de M. Blanc « du papier réglé d'avance. I /auteur emploie un Mune rlt'uieiit.iire. non seulement» comme M. Cou-
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lon-llieTeiiot , pour chaque . consonne et cfaaqne yfojMt de notre alphabet, mais aussi pour les consomiet et les voyelles composées , c'est-à-dire Msodées deux à deux ou trois à trois , suivant les groupes les plus ordinairement usités dans nos langues 9 et même poor les terminaisons les phis fréquentes. H se contente ainsi de cent trente notations «impies, qui se combinent d'ailleurs iFadlement entre elles. Ses signes élémentaires sont donc plus nombreux que ceux de la dactylologiç. Ils ont Tinconvénient d'être isolés , et de ne pas sa prêter aux ligatures. Les valeurs assignées aux différences de position peuvent facilement exposer i des équivoques, par Terreur ou la négligence de la main qui tracera les caractères. Mais ces signes auraient, sur la tachy graphie , un avantage précieux pour Tusage du sourd-rouet : ils ne s'asservissent point aux sons, ils s'asservissent à l'orthographe des mots écrits , dont toutes les lettres sont, pour le sourd -muet, un élément essentiel de l'expression.
Toutes les abréviations dont nous venons de parler ont cela de commun entre elles , que , comme notre écriture elle-même, elles ont constamment en vue la parole ; c'est sur elle qu'elles se règlent; ce sont ses élémens qu'elles veulent peindre, séparer, combiner ensuite. Le point de vue qui a présidé à leur construction est donc entièrement étranger au sourd -muet : pour lui
384 ^£ l'édvcation
il n'y a point de syllabes ; la classe des voyelles ne diffère en rien de celle des consonnes : dans les unes, comme dans les autres, il ne voit qu'une
forme.
Toutes les abréviations dont nous venons de parler ont également cela de commun, qu'elles nv conservent aucune analogie avec les caractères de notre écriture alphabétique ; ce ne sont point des réductions de nos lettres écrites, ce sont des lettres d'une nature toute différente. Ceci est pour le sourd -muet im inconvénient très grand; car c'est toujours à notre écriture alphabétique qu'il est contraint de se référer pour composer les mots qui doivent représenter ses idées.
La plupart de ces systèmes d'abréviation sont plus ou moins infidèles à l'orthographe. Uinconvénient a peu d'importance pour les personnes qui entendent, parce qu'il suffit pour elles de rappeler fidèlement les mots tels qu'ils se prononcent; une fois reconnus dans la région de la parole, ils reprendront facilement leur orthographe dans Vê* criture ordinaire. Il en est bien autrement pour le sourd-muet : l'orthographe n'est pas pour lui un simple accessoire : comme il associe directement ridée au groupe qui forme l'ensemble du moi écrit , la lettre qui constitue ce que nous appelons l'orthographe, n'est pas pour lui moins essentielle 4|ue les autres.
Nous regrettons cepeiulani qu'on n'aie pas eu-
core frit, pour le sourd-muet, l'essai de quelque procédé d'écriture abrégée , spécialement de la tadbgrgraphie de M. G>ulon-ThéYenot , avec les per- £BCtioDnemens ultérieurs qu'elle a reçus, et que M. Recoing n'ait pas lui*méme essayé la sténographie dans l'éducation de son fils. L'expérience feule peut indiquer jusqu'à quel point il serait fitdie au sourd-muet déjà exercé à l'usage des caractères alphabétiques, d'adopter ceux de la tachygraphie , et d'en user avec facilité, sans hésitation. ' Nos syllabes ne seraient, il est vrai, pour lui que des groupes dessinés ; cependant , comme ces groupes se combinent toujours pour former les mots , on peut les considérer comme une sorte d'élémens constitutifs : chaque signe tachygraphique représenterait pour le sourd-muet Vun de ces élémens , et substituerait à un groupe composé une forme plus simple. Si , comme on peut l'espérer , un tel essai venait à réussir, il en résulterait une grande économie de temps dans l'enseignement du sourd-muet ; l'élève pourrait mieux tracer et conserver le résumé des leçons qu'il a reçues ; il obtiendrait un avantage très sensible pour ses études et ses travaux solitaires; sa plume, alors pour lui, suivrait plus rapidement sa pensée.
Sans doute, il faudra toujours qu'en pensant il
se retrace l'image du groupe qui correspond à
notre syllabe , puisque c'est à l'écriture ordinaire
que ses idées se sont attachées ; mais , nous serions