II. a
3f ,;rm''^«Tfo\
il .j^ ^ij imsis^iniition et sa mémoire
^.icroi^^^giiée» fie la complication que ^iettt i^^^^ares de ces groupes, telles «jiio rèseii^^^ Mesis^ent , si à chaque figure corrps-
nos ^.***1'»^ fachy graphique , simple, facile à
^<i^^* /jeWendrait comme le pivot auquel la
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/ii'^ giJersiit à reconnaître, à distinguer chaque
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r!i^ mots écrits, considérés comme si^^nes di-
'^' des idées, n'offriraient plus un appareil aussi
^rrassant au sourd-muet, dans les opérations
/intelligence.
On se demandera peut-être s'il ne serait pas pos- Me d'imaginer pour le sourd-muet une tachjgrarthie particulière, dont les élémens conservassent quelque analogie avec l'écriture al ph;ibé tique, ('/est un problème à tente»»; nous craindrions cependant qu'il ne fut difficile d'obtenir une telle analogie , sans sacrifier plus ou moins cette simplicité (jui doit être le caractère essentiel d'un mstème scuiblable.
Nous n'avons pas besoin de remarquer, au surplus, (]u'iuie écriture abrégée ne sera de queltpie utilité au sourd-nniet , <laiis le commerce de la vie. que pour les relations avec les ptTstmnes qui seraient exrrcée.s à s'en servir connue lui; c'est dire, daiiâ Télal j>résent des tliosrs, qu'il ne s'en servirait gut'ir , sous IV rapport, que «lans ses entre-
tiens avec son maître; car, en traitant avec ses camarades , les signes mimiques continueront probablement à obtenir la préférence.
Les questions relatives à l'alphabet manuel vont peut-être se présenter maintenant sous un point de vue nouveau , et qui en rendra l'examen facile.
11 n'a jamais été question , il ne pourrait être question de chercher dans l'alphabet manuel une base pour l'instruction du sourd-muet, une méthode d'enseignement ; l'alphabet manuel ne peut être qu'un instrument, un instrument matériel, un instrument accessoire , et n'a jamais été autrement conçu. On a bien n^oins songé encore à y chercher les moyens de donner l'intelligence des idées, ou de suppléer aux explications, que dans la lecture sur les lèvres et l'alphabet oral. L'erreur commise par l'abbé de l'Epée, lorsqu'il a prêté un dessein aussi absurde à Bonet et à Péreire , quoiqu'elle ait pu être partagée par quelques uns de ses disciples, ne saurait aujourd'hui se reproduire. Il n'y a pas, comme on l'avait imaginé, parmi les instituteurs de sourds-muets, une secte de dactylologues; il n'y a pas, parmi les systèmes adoptés pour l'instruction des sourds-muets, une classe spéciale fondée sur la dactylologie. Presque tous les instituteurs, sans exception, ont employé ce procédé auxiliaire, et l'abbé de l'Epée, lui-même, en a donné l'exemple.
Tous les instituteurs ont considéré l'alphabet
388 i>E l'éducation
manuel comme un moyen de transporter récriture dans la conversation, en l'affranchissant de l'appareil qu'elle demande. Péreire parait s'être proposé d'en faire en même temps une sorte de tachy graphie, et de mettre ses signes en rapport avec l'articulation. L'auteur de la Dactylologie s/Uabique a transporté sa propre sténographie dans la dactylologie, remplissant ainsi , comme Péreire, mais mieux que lui, deux fins à la fois, celle de suppléer l'écriture et celle de la simplifier; mais il n'a pas fait un usage combiné de ces deux moyens à la fois, dans l'éducttion de son élève.
Ne serait- il pas possible, toutefois, de remplacer entièrement l'écriture elleHooénie par Palphabet manuel , pour un sourd-muet auquel une circonstance quelconque ne permettrait pas d'apprendre à lire et à écrire sur le papier? (Test ce qu'on ne s'est point demandé encore. Cependant , nous n'hésiterions pas i répondre par rafiirmative. Il est hors de doute que les formes tracées avec les positions et les mouvemens des mains et des doigts, peuvent devenir des signes directs et immédiats de la pensée, si l'on prend la peine de fonder , par des conventions expresses , des aaK>cia-> tioiis de ce genre. Ce sont les mêmes formes, c'est le même alphabet , dont le siège et la maUère différent. 1^ sourd-muet, instruit à l'aide de Féchtiin* et (In syllabaire dactylologique, associe éga-
DES SOUBDS-MUETS. PART. lïl , CHAP. IV. 389
lement ses idées d'une manière immédiate aux caractères de l'écriture et à ceux de la dactylologie ( i ). Cela vient de ce que la dactylologie, qu'il a été exercé à employer, n'a pas d'analogie avec l'écriture; dès-lors elle ne représente pas celle-ci dans la mémoire; elle n'emprunte pas le secours; de celle-ci poi^r exciter les idées; ce sont deux ordres de signes indépendans et parallèles. Mais ce phénomène, très remarquable, en achevant de confirmer ce que nous disions dans le chapitre précédent, sur l'alliance immédiate que l'écriture peut contracter avec la pensée , montre aussi que l'al-
(i) J'avais engagé restimable auteur du Syllabaire dactylologique y à interroger son fils sur ce point. Son fils lui répondit d*abord, que, lorsqu'il pensait seul et quil rêvait, il avait présens à l'esprit les caractères de l'écriture. Son père lui fit remarquer alors que souvent on lui voyait remuer les doigts, et faisant tout seul des signes dactylologiques. Il s'est rappelé alors que ces signes aussi lui étaient présens dans %e^ pensées et dans ses songes. Mais si, dans ses songes, il croit s'entretenir avec quelqu*un , alors il prête à chacun , et il imite en imagination à son tour, les signes spéciaux que , dans la réalité, il est forcé d'employer vis-à-vis de chacun d'eux : avec son père , il s'imagine voir et il exécute la dactylologie; avec son oncle, voir écrire, et écrire lui-même avec le doigt en l'air, ou siu: la table; avec sa mère, voir écrire avec la plume, ou écrire lui-même; avec des étrangers , voir faire et répéter des gestes. Ainsi , dans le songe , il se joue avec autant de langages divers qu'il en emploie lorsqu'il eA éveillé.
3go DE l'éditc^tioiv
phabet manuel lui-même peut obtenir un semblable privilège.
Mais , il n'y aurait rien d'utile à substituer ainsi la dactylologie à récriture; il est très utile, au contraire , de les allier l'un à l'autre , et de subordonner la première à la seconde. Ces deux ordres de signes parallèles et analogues se prêtent , pour le sourd-muet , par leur concordance et leur harmonie, une assistance semblable à celle que se prêtent, pour les personnes qui entendent, la parole et récriture : ils se fortifient mutuellemenl. D'ailleurs, en retraçant les mêmes figures, ils ont des offices différens. Le premier sert aux études solitaires , aux communications avec les absens , avec ceux qui ne sont plus ; le second est appelé à servir dans les entretiens familiers de la vie. Le premier se compose de tableaux fixes et immobiles^ dont chacun est embrassé d'un coup d'œil ; ils peuvent être considérés avec une attention suivie. Ijo second se compose de mouvemens successif, qui ne peuvent être aperçus simultanément. Cette dernière circonstance condamne la dactylologie à se mettre au service de récriture; car une idée s*associe toujours plus aisément et plus fortement k un ensemble de formes juxta-posées, qui, groupées entre elles, et s;ûsies à la fois par le regard, peuvent contracter ainsi une sorte d'unité artificielle, qu'à une série d(; formes fugitives, delàcIrvs, qui ifont point de liens eutre elles.
DES SOURDS-MUETS. — PART. III, CHAP. IV. SqI
La dactylologie alphabétique s'apprend facilement en quelques heures : elle peut être employée hors de l'enceinte de la classe , dans le cours ordinaire de la vie; elle peut, à l'aide du tact, agir encore , même dans l'obscurité; elle peut s'adresser à la fois à plusieurs personnes ;. c'est ainsi qu'elle supplée à l'écriture. Les signes dont elle se compose , affectant d'ailleurs des formes semblables à celles des élémens de l'écriture , les rappellent naturellement à la mémoire. Mais elle ne saurait jamais remplacer avec avantage l'écriture, toutes les fois que celle-ci peut-être mise en usage ; elle est d'une exécution plus lente; ses signes sont mobiles et fugitif, ne se développent que d'une manière successive ; ils ne peuvent composer un mot , par un regard instantané. Les élémens des mots ainsi composés sont donc moins bien étroitement liés , en même temps que ces mots sont séparés entre eux d'une manière moins distincte (i). Les mots tracés avec l'alphabet manuel ne peuvent se distribuer, conune ceux qui sont écrits , en tableaux propres à faire ressortir l'analogie, le contraste ou
(i) Il est digne de remarque, cependant, quq le sourdmuet auquel on débite un mot par Talphabet manuel , le dcrine souTcnt tout entier dès la première lettre. Rien ne confirme mieux ce que nous avons dit de la facilité avec laquelle les formes les plus compliquées parviennent à former un corps dans l'imagination du sourd-muet.
3gi DE l'éducatiow
la filiation des idées. Cet instrument est donc en tout peu favorable aux travaux de rintelligence et aux exercices logiques de l'enseignement.
D'un autre côté, son emploi est encore fort restreint. Il ne peut être mis en usage pendant le cours d'un travail manuel , du moins lorsque cette opération exige le concours des deux mains, sans forcer à le suspendre. Il condamne même à une semblable interruption la personne à laquelle le discours s'adresse , en captivant ses regards. L'infortuné sourd-muet ne jouira de cette ressource qu'avec un très petit nombre de personnes , avec son maître et ses camarades, pendant lecours de son éducation ; avec les personnes qui , vivant dans sa familiarité , lui portent une affection particulière , et lorsqu'il sera rentré dans le sein de sa Camille. Ses parens, son frère, sa sœur, voilà les seuls interlocuteurs qu'il obtiendra. Quelque facile que soit l'adoption de l'alphabet, quels sont ceux qui iront se donner la peine de l'apprendre, pour Tunique avantage de pouvoir communiquer avec le sourd-muet , lorsqu'ils viennent à se rencontrer? Enfin , il ne pourra , dans tous les cas , reaieilUr, de cette manière, d'autres discours que ceux qui lui seraient directement et exclusivement adressés; il ne pourra prendre part, avec cet instrument , aux entretiens ordinaires que lient entre eux les autres hommes; il ne sera pas pleinement introduit dans le commerce de la société;
DES SOURDS-MUETS, PART. III , CHAP. IV. 'igi
la triste exception qui pèse sur lui, qui l'afflige et qui rhumilie , continuera de se faire vivement sentir.
L'abbé de TÉpée a distingué trois genres d'alphabets manuels , et a préféré avec raison le plus simple. Il a adopté pour ce motif celui qui s'exécute avec une seule main ; celui qui emploie les deux mains à la fois, s'il ne peut être employé d'une manière aussi constante, a cependant l'avantage d'être plus rapide.
La dactylologie syllabique échappe au grave inconvénient que l'alphabet manuel ordinaire rencontre dans la lenteur de l'exécution. Elle est précisément à l'alphabet manuel, ce que la tachygraphie est à l'écriture alphabétique; elle marche presque d'un pas égal avec la parole, et peut suivre celle-ci lorsqu'elle n'est pas trop rapide. Une personne dévouée au sourd-muet pourrait lui traduire à l'instant même un discours dont il serait le témoin , sans qu'il perdît un mot. C'est un avantage considérable dans la pratique. Si l'on considère quelle fréquente répétition , quel usage habituel est nécessaire pour familiariser l'élève avec notre langue artificielle, combien le sourd-muet est arriéré sous ce rapport en le comparant avec l'enfant ordinaire, on ne pourra s'empêcher de mettre pour lui un prix singulier à l'emploi d'un instrument qui accélère autant ses entretiens, qui lui permet de prendre part à ceux qui ont
394 ^^ LEDITCATION
entre les autres. Non seulement il apprendra plus de choses en moins de temps; mais les niota s'allieront plus fortement aux idées , par des renoontres plus fréquemment réitérées ; ils se définiront mieux à l'aide de ces commentaires indirects qui résultent, dans l'usage, des emplois variés qu*un mot rerx>it , suivant les circonstances.
Mais la dactylologie syllabique , que nous appellerions volontiers la tachygraphie manuelle, adièle ces avantages par plusieurs inconvéniens. Elle est contrainte d'employer un plus grand nombre de signes élémentaires que l'écriture alphabétique; les signes élémentaires , correspondant aux syllabes, ne pourraient conserver quelque analogie avec les lettres, qu'en perdant la simplicité qui doit être leur caractère essentiel. Il suit de là que la dactylologie syllabique sera beaucoup plus difficile à apprendre, qu'elle exigera une beaucoup plus grande habitude, pour être employée et comprise sans hésitation.
Les signes de la dact}'lologie syllabique, eo perdant leur correspondance avec les formes de l'écriture alphabétique, perdent aussi Tavantage qui devait naître de cette concordance entre deux or- ' dres de signes qui s'appuient Tun sur l'autre Mais, il résulte aussi de là que les signes d'une dactylologie semblable peuvent devenir, par luie association directe, les roprésentans immédiats des idées « et nous en avons vu un i-xeniple dans l'élévo^iû •
tiens afec son maître; car, en traitant avec ses camarades, les signes mimiques continueront pro» biblemeni à obtenir la préférence.
Les questions relatives à Falphabet manuel vont peut-être se présenter maintenant sous un point ds vue nouveau, et qui en rendra Texamen facile.
U n'a jamais été question , il ne pourrait être question de cherdier dans l'alphabet manuel une base pour Tinstruction du sourdînuet, une méthode d'enseignement ; Taiphabet manuel ne peut être qu'un instrument, un instrument matériel ^ un instrument accessoire , et n'a jamais été autre* ment conçu. ()n a bien moins songé encore à y chercher les moyens de donner l'intelligence des idées, ou de suppléer aux explications, que dans la lecture sur les lèvres et l'alphabet oral. L'erreur commise par l'abbé de l'Epée , lorsqu'il a prêté un dessein aussi absurde à Bonet et à Péreire , quoi* qu'elle ait pu être partagée par quelques uns de ses disciples, ne saurait aujourd'hui se reproduire. Il n'y a pas, comme on Tavait imaginé, parmi les instituteurs de sourds-muets, une secte de dactylologues; il n'y a pas, parmi les systèmes adoptés pour Tinstruction des sourds-muets, une classe spéciale fondée sur la dactylologie. Presque tous les instituteurs, sans exception, ont employé ce procédé auxiliaire, et l'abbé de TKpée, lui-même, en a donné l'exemple.
Tous les instituteurs ont considéré l'alphabet
388 I>E L'^DUGA^TIOn
manuel comme un moyen de transporter l'écriture clans la conversation, en l'affrandiissant de l'appareil qu'elle demande. Péreire parait s'être proposé d'en faire en même temps une sorte de tachy graphie, et de mettre ses signes en n^port avec l'articulation. L'auteur de la Dtatfhîogie syUahique a transporté sa propre sténographie dans la dactylologie, remplissant ainsi , comme Péreire, mais mieux que lui, deux fins à h fins, celle de suppléer l'écriture et celle de la simplifier; mais il n'a pas fait un usage combiné de ces deux moyens à la fois, dans Téducatiflin de son élève.
Ne serait* il pas possible, toutefois, de remplacer entièrement l'écriture elle-même par Talphabet manuel , pour un sourd-muet auquel une circonstance quelconque ne permettrait pas d'apprendre à lire et à écrire sur le papier? Cest œ qu'on ne s'est point demandé encore. Cependant, nous n'hésiterions pas à répondre par Taffirmative. Il est hors de doute que les formes tracées avec les positions et les mouvemens des mains et des doigts, peuvent devenir des signes directs et immédiats de la pensée, si l'on prend la peine de fonder , par des conventions expresses , des asKxnations de ce genre. Ce sont les mêmes formes, c'est le même alphabet , dont le siège et la matière diffèrent. Le sourd-muet, instruit à l'aide de l'écriture et du syllabaire dactylologique, associe éga-
DES 80UBDS-MUBTS. PART. III , CHAP. lY. 3^9
lemfiDt ses idées d'une manière immédiate aux can^^res de l'écriture et à ceux de la dactylologie (i). CSsh vient de ce que la dactylologie , qu'il a été à employer, n'a pas d'analogie avec l'écrii; dès*lors elle ne représente pas celle-ci dans Ji mémoire; elle n'emprunte pas le secours^ de €dle-ci poi^ir exciter les idées v ce sont deux ordres de signes indépendans et parallèles. Mais ce phé^ nomene, très remarquable, en achevant de confirmer œ que nous disions dans le chapitre préoé* Jent, sur Falliance immédiate que l'écriture peiit contracter aveo la pensée , montre aussi que Tal-
(l) J'aTtis engagé Testimable auteur du SyUabaire ilactjrhhgique, à interroger son fils sur ce ytoint. Son fils lui répondit d*abord, qoe, lorsqu'il pensait seul et qu'il rêvait, il aTait présens à Tesprit les caractères de l'écriture. Son père lui fit remarquer alors que souvent on lui voyait remuer les doigts, et faisant tout seul des signes dactjlologiques. Il s'est rappelé alors que ces signes aussi lui étaient présens dans ses pensées et dans ses songes. Mais si, dans ^es songes, U croit s'entretenir avec quelqu'un , alors il prête à chacun , et il imite en inMgînation à son tour, les signes spéciaux que , dans la réalité, il est forcé d'employer vis-à-vis de chacun d'eux : avec son père , il s'imagine voir et il exécute la dactylologie ; avec son onde , voir écrire , et écrire Inî-méme avec le doigt en l'air, ou sur la table ; avec sa mère , voir écrire avec la plume, ou écrire lui-même; avec des étrangcrty voir laire et répéter des gestes. Ainsi, dans le songe, il se joue avec autant de langages divers qu'il en emploie lonqu'U e^ éveiUé.
DE L'ÉDUCiLTIOir
phabet manuel lui-ménie peut obtenir un sembb ble privilège.
Mais , il n'y aurait rien d'utile à substituer ainsi la dactylologie à l'écriture; il est très utile, aaamtraire , de les allier l'un à l'autre , et de subonionner la première à la seconde. Ces deux onbes de signes parallèles et analogues se prêtent, pour le sourd-muet , par leur concordance et leur harmonie, une assistance semblable à celle que se prêtent, pour les personnes qui entendent , la fxarole et l'écriture : ils se fortifient mutueOemeot. D'ailleurs , en retraçant les mêmes figures, ils ont des offices différens. Le premier sert aux études solitaires, aux communications avec lesabsens, avec ceux qui ne sont plus ; le second est appelé à servir dans les entretiens familiers de la vie. Le premier se compose de tableaux fixes et immoVûes, dont chacun est embrassé d'un coup d'oeil; ils peuvent être considérés avec une attention suivie. Le second se compose de mouvemens successif, qui ne peuvent être aperçus simultanément. Cette dernière circonstance condamne la dactylologie h se mettre au service de l'écriture; car une idée s'associe toujours plus aisément et plus fortement à un ensemble de formes juxta-posées, qui, groupées entre elles, et saisies à la fois par le regard, peuvent contracter ainsi une sorte d'umté artificielle, qu'à une série de formes fugitives, détachées, qui n'ont point de liens entre elles.
IlF.5 SOl'niJS-MUETS. — PART. III , ClIAP. IV. 3gi
1.1 dactylologie alphabétique s'apprend facile* Ment en quelques heures : elle peut être employée hors de î'enceinte de la classe , dans le cours ordinaire de la vie; elle peut, à l'aide du tact, agir encore, même dans l'obscurité; elle peut s'adresser i la fois k plusieurs personnes r c'est ainsi qu'elle supplée à récriture. Les signes dont elle se compose , affectant d'ailleurs des formes semblables k celles des élêmeus de l'écriture , les rappellent naturellement k la mémoire. Mais elle ne saurait jamais remplacer avec avantage l'écriture, toutes les fois que cellen;! peut-être mise en usage; elle est «Tuoe exécution plus lente; ses signes sont mobiles et ftigitife, De se développent que d'une manière successive; Us ue peuvent composer un mot, (mr un regard instantané. Les élémens des mots ainsi- Cfimposéft sont donc moins bien étroitement liés, en même temps que ces mots sont séparés entre eux d'une manière moins distincte (i). Les mots tracés avec l'alphabet manuel ne peuvent se distribuer, comme ceux qui sont écrits , eu tableaux propres à faire ressortir l'analogie, le contraste ou
(i) Il eit digne de remarque, ccpeodaDt, qti« le fomrdmnet auquel od débite un mot par l'alphabet nMnuel , le drrine «ouTcnt tont entier Hi la première lettre. Rien ne cBafirme nieui ce que noni arons dit de la beiliié avec U- ^•clle lei formea lea pliu compliqnéet parviennAit i fertMr ^ «arpi dsu l'iinagiaUwn du aourd-xiwl.
39» ,,zi'«'-^^'^^'
j^urs il/usions , ou asservis par
^'^L'h'^^rèn ^'^^^ ^^^ pouvoir, par queUjup
^' se f^^^fic p^^^^^ être, roniottre le sounl-
\'iHi'.^iyioii d'un priviU'Mrc scrablaljJe. Il
D V / M/^'' ''^'^'^^^^^^ ' y renoncer pour Jiii,
,ii<.; u^^^ >
hu^- ' r.tet(i?^ q^'il ^^^^ prlvr de l'ouie : car, /.-^.^^^-reinps quil sera prive' de louie, il >^^,^j point pour lui de parole véritable. Kn /'i^^j, articulant, il fera parvenir des sons aux *^',/ianjnies; en vain il aura rccouvn* la /ki- ^'!\ cette parole ne retentira que dans ror«*iJle r,itrui; elle sera morte pour lui; les sousations ^»il «éprouvera lui-même, soit en lisant mu- Ii'n .;tres de ceux qui lui parlent, soit on articulant ji son tour, n'auront pour lui rien île Ci»nuiuin ^vec lii parole , telle qu'elle existe pour nous ; elles appartiendront à lui ordre tout diflV-rent. Aussi est- il curi(*ux d'observer Tembarras ou •*♦• trouvent jetrs les instituteurs de sourds - muets encore pn'-occupés du préjugé qui prête .1 la paroli' c*'ttr vertu exilusive, i\v. les voir se debattri* contre des diiiicultrs insolubles, tomber, niali;rr eu\ . dans un*' contradiction (juils prévoient, i-i à lacpnTie ils ne peinent échapper. IVun côlt- . c'est iiifu aux sons de la voix buniame ijii'iU l'Utrndrut n'M*rver \v droit délre rnUerpri'lr naliui'l i\r la pensée; et de Tautre. ces nnini"» ^<uis. M leur est nécessaire de reconnaître que U
DES SOL'BDS-MCETS. PART. Itl , CHAP. IV. 3^3
la triste exception qui pèse sur lui, qui l'aniige et qui l'humilie, continuera de se faire vivement sealir.
L'abbé de l'Épine a distingué trois genres d'altdiabets manuels, et a préféré avec raison le plus simple. 11 a adopté pour ce motif celui qui s'exécatc avec une seule main; celui qui emploie les deux mains à la fois, s'il ne peut être employé d'ane manière aussi constante, a cependant l'avantage d'élre plus rapide.
Im dactylologie syllabique échappe au grave in- •Oiivénîent que l'alphabet manuel ordinaire rencoDtre dans la lenteur de l'exécution. £lle est précisément à l'alpbabet manuel , ce que la tachygraphîe est à l'écriture alphabétique; elle marche presque d'un pas égal avec la parole, et peut suivre celle-ci lorsqu'elle n'est pas trop rapide. Une personne dévouée au sourd-muet pourrait lui traduire à l'instant même un discours dont il serait le témoin , sans qu'il perdit un mot. C'est un avantage considérable dans la pratique. Si l'on considère quelle fréquente répétition , quel usage habituel est nécessaire pour familiariser l'élève avec notre langue artifidetle, combien le sourd-muet est arriéré sous ce rapport en le comparant avec l'enfant ordinaire « on ne pourra s'empâcher de mettre pour lui un prix singulier à l'emploi d'un instrument qui accélère autant ses entretiens, et qoi Un permet de prendre part i ceux cpii ont tien
P^ ,^ /^iiécessitt'? d'uii enseîgiieiiiein
'\i^' {ns«g^ ^^ chacun d'eux, coni- ^ * «îr ^Pf'^^^ ^*" n'appartient k auciii]
F (\,f b P^er, appartiendrait-elle à tous en
' son^^r^^^ '^^ mêmes conventtous, les
•^^^^ qui attachent certaines pensées à
t^ d0^ de la voix humaine, pour les ré-
cf^j^ les transmettre , ne transporteraient-iU
'^^^^ 1« même puissance k certaines forme5>
P^,jj^? Tous les objets que la nature pressente
*^'^i«gards ne deviennent-ils pas, même san>
^fention, et par Teffet d'une répétition frè-
^te, des signes auxquels s'associent et certains
^f enirs et certaines prévoyances ? Combien de
^gnes purement visibles les hommes n'ont*iU pas
institués entre eux , pour se communiquer sans
J'intennédiaire de la parole !
Qu'on nous pardonne^ si nous insistons encore une dorniôre fois sur une vérité si simple, qui semblerait n'avoir jamais pu être inconnue: mai5 \\ importe dVcarter pour toujours, des abords dv Tart , une illusion qui a souvent, même à leur insu, égarr les instituteurs; il importe de bien établir que cette prétendue parole, qui n'est pas même une parole, et qu'on croit restituer Siu sounl-muK, \\v lui est aucunement nécessaire : il restrra à savoir si elle lui est en effet utile, e1 jusquVi qu4*l point c*lie peut lui devenir utile. (Jue . s'il est possible de transporter à un ordn
DIS SOURDS-MCETS. PART. III, CnAP. IV. îgB
été instruit par un proccdé (le ce genre. Dés-lora, beaucoup plus simples que ceux de l'écriture, ces àgiies offriront à la pensée un pivot mieux délai'bé , un signal mieux déterminé , un point de ^llietnent plus saillant.
Pour qu'une dactylologie de ce genre rende tous le» services dont elle serait susceptible, il convieuiJrait qu'elle Kit cunihinée avec une tachygraphie dont elle serait la fidèle imitation. L'harmonie et le concours de ces deux procédés affaiblirait les ûicuovéïueDs particuliers à chacun , et accroîtrait les avantages qui leur sont propres. Nous n'oseniptisgitrautir eutiéreuient le succès d an essai de ve ^enre ^ avant qu'il ait été éprouvé par l'expérience; JBais nous pensons qu'il mériterait d'être tenté, (i )
11 ferait à craindre que les sourds -muets ne prissent pas de goîit à un genre de signes qui
(t) ITotu d^irons beaucoup voir le» résnltUs de l'intéreitant travail entrepris pir MM. Vilade, et dont nous a^oos ééjk en occasion de parler; et nous «ipéfoni d'heureux fmîts, li l'expérience det applîcaiioD» confirme le* avanta^ que ce travail nous a sentblé pronettre , d'apri* lldée générale qu'il nont a été poasible d'en prendre.
Nom aTODs en c«t instant mime *ons les jeax h plan d'un alphabet nnîfersel et siénograpbique, et d'nne mécanique i l'aide de laquelle on pourrait écrire et impriiner avec ■ne rapidité ^ale à celle 4c la parole, par M. Conti, de Kovam. Hais nnas n'avons pn encore en Cure U e I pow «u exprimer ici une opinion.
3g6 DE l'ÉDUCATIOIT
ne leur ofifrirait ni le charme de leur langage mimique, ni les avantage» d*un moyen général de communication avec les autres hommes. Mais s'ils pouvaient triompher de cette répugnance, renseignement prendrait pour eux une marcfae bien plus rapide ; les démonstrations par écrit deviendraient aussi promptes que par la parck.
n est un dernier genre d'alphabet manod, qui n'exige aucune étude de la part de cdui qui l'emploie , ni de la part de celui qui en est le témoÎD : il consiste à tracer les lettres dans l'air ou sur une table. Les lettres se présenteraient à reboars au spectateur, si celui qui écrit en Fair était placé en face de lui ; il faut donc prendre position dei^ rière le spectateur, et passer la main en avant de lui, ce qui est fort incommode, ou tracer les lettres en sens inverse, ce qui n'est pas Ëidle. On ne rencontre pas cet inconvénient en écrivant du doigt sur ime table ou avec une baguette sar le sol. Ces deux moyens peuvent, en beaucoup de cas, offrir une ressource utile au sourd -muet, lorsqu'il rencontre un étranger qui sait lire et écrire , et veut s'entretenir avec lui. Mais c'est ici , et en cherchant à faire usage d'un moyen si simple en apparence, que chacun reconnaîtra l'inconvénient de ces signes fugitifs, dont les divers élémens passent successivement sous les yeux. Ils échappent facilement à l'attention. ?oar peu qu'un mot soit compliqué, on aura assez de
DBS SOUHDS-MDETS. PART, ni, CBAP. IV, 397
peine & réunir, par la pensée , toutes les lettres
dont il se compose, et qui auront été figurées
hMir A tour. Il pourra se faire que quelques uns
f Jes mouvemens qui auront été exécutés soient déjà
■•ubiiés, avant que l'on ait fini d'écrire de la sorte
i totalité du mot. Dans tous les cas, il faudra
i moment de réflexion, pour attacher une idée
positive à une expression semblable. Ce moyen
serait donc trop imparfait pour occuper une place
essentielle dans les exercices de l'entendement; il
convient de le réserver aux circonstances dans les-
quoUni il est la seule ressource, ou du moins la
plus commode.
Au surplus, l'utilité relative des procédés dac- ^lolOgiquM se réduit beaucoup , si elle ne s'effux presque entièrement, lorsque le sourd-mnet est entré en possession de l'alphabet labial et oral : il retrouve, dans ce dernier mo^en de communication , presque tous les avantages qu'il en cherche dans le premier, et d'autres plu» précirax encore. i
i%f%fmr^'mfh~f^'^n^'»~'-\-~tr — *j^^^^mm^m/%
ne leur offrirait r
mimique, ni les
de communicat ^^^^^^ ^
s'ils pouvaient
^ ^ ^, Y sur les lèvres y et de la prononbien plus r . . ^
, . aation artificielle.
deviendraie
Ilestur ^ , „ 1 ,. , ,.
, . ^.r labial, ou lart de lire sur les lèvres,
>*Aetoral, ou la prononciarion artificielle,
, ' ^pondent mutuellement. Ces deux alpha-
,e supposent l'un Tautre , dans les entretiens
e sourd-muet lie avec les autres hommes : par av ' .
premier, il écoute des yeux; par le second, il ^ fait entendre. En s'étudiant d'ailleurs à observer les formes extérieures qui se dessinent sur les lèvres de ceux qui parlent, il se prépare et s'exerce en partie à les imiter, pour essayer de parler lui-même. L'examen de ces deux procédés <»st donc lié comme leur destinée.
Il est convenu, avant toutes choses, qii'ii ne saurait être question, en aucun cas, de réduire à ces deux procédés l'art d'instruire les sourdsmuets, comme on l'a si souvent et si mal à propos supposé ; qu'il ne saurait être question de faire du sourd -muet un automate parlant; qu'il s'agit seulement de lui fournir un instrument, de lui donner des signes; qne cet instrument, comme la parole dont il doit tenir lieu, demande
\ ^^.ySODBDS-Mifrrs. — p*nT. m, chap. v. 399 '^<lre mis en œuvre pour devenir ]e Tesprit ; qu'uinsi les deux procédés » parlons en ce moment ne peuvent être simple préparation , comme l'écriture elle- . C'est donc sous ce point de vue , et sous point de vue seulement , qu'il faut eu discuter
Or, Vinatrument adopté pour remplacer la parole pat appelé, comme elle , à remplir une double fonctioD : celle de réveiller les idées dans l'esprit, caile de les transmettre aux autres hommes; dou- Me fonction qui repose sur le même principe, l'asaoctation des idées aux mots. It doit ainsi remplir une double condition : les signes qu'il fbarnît doivent seconder les opérations de l'intelligence, et se préler aux communications les - plus &cite* et tes plus fréquentes. £n examinant donc le mérite des alphabets labial et oral, nous aurons à les considérer sous un double rapport, l'tra indmdael, Pautre social.
ïâ encore, qu'une première vérité soit irré- TOcablettMOt reconnue; ce doublé instrument, à t'aide duquel on espère restituer une sorte de parole factice au 8ourd<muet, quels qu'en soient d'ailleurs les avantages, ne lui est auciuietnent mtctteaipe; il n'est pomt la condition fondamen- ' Ide de aon instruction.
fia admttant, ce que nous ne saurions adnaettre, le mystérieux privilège que certains es-
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prits, entraînés par leurs illusions, ou asservis par leurs habitudes , ont voulu attribuer à la parole , on se flatterait en vain de pouvoir, par quelque procédé que ce puisse être, remettre le sourdmuet en possession d'un privilège semblable. Il £aut, de toute nécessité, y renoncer pour lui, aussi long -temps qu'il sera privé de Fouie : car, aussi long - temps qu'il sera privé de Touie , il n'existera point pour lui de parole véritable. En vain , en articulant , il fera parvenir des sons aux autres hommes ; en vain il aura recouvré la parole ; cette parole ne retentira que dans l'oreille d'autrui ; elle sera morte pour lui ; les sensations qu'il éprouvera lui-même, soit en lisant sur les lèvres de ceux qui lui parlent, soit en articulant à son tour, n'auront pour lui rien de commun avec la parole, telle qu^elle existe pour nous; elles appartiendront à un ordre tout différent Aussi est -il curieux d'observer Tembarras où se trouvent jetés les instituteurs de sourds - muets encore préoccupés du préjugé qui prête à la parole cette vertu exclusive, de les voir se débattre contre des difficultés insolubles, tomber, malgré eux, dans une contradiction qu'ils prévoient, et à laquelle ils ne peuvent échapper. D'un côcé« c'est bien aux sons de la voix humaine qu'ils entendent réserver le droit d'être l'interprète naturel de la peuM^e; et de l'autre, «es mêmes sons, il leur est nécessaire de reconnaître que k
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aoard-inuet n'en soupçonne pas l'existence, soit qu'on s'adresse à lui, soit qu'il articule lui-même. Onelle est donc cette parole, organe essentiel lié Fintelligence , qu'ils prétendent conserver au flourd^muet ? De quoi se composent ses élémens ? fls se composent de deux espèces d'impression , découvertes par le sourd -muet , qui n'existent que pour lui seul, et qui, à péù près ignorées des autres hommes, sont pour nous sans expression et sans valeur.
Ainsi cette hypothèse tombe d'elle-même, par les efforts qu'on lente pour l'appliquer ; l'illusion devrait se dissiper en présence des faits , en présence de ce sourd-muet que l'on instruit , malgré la privation complète de la parole. Mais nous sommes tellement accoutumés à penser avec les mots de nos langues artificielles ; l'association de ces sons et des idées est devenue si étroite , que nous finissons par les identifier, et nous nous obstinons encore à imposer la nécessité que nous avons subie, à ceux même qui n'ont pu contracter des habitudes semblables; et c'est ainsi qu'on se croit obligé de prêter vaguement, au sourd-muet lui-même, une sorte de parole, sans pouvoir se rendre compte de la nature réelle du présent quon veut lui faire.
Que, s'il ny a aucun lien naturel, direct, essentiel entre tels sons articulés et telles ou telles idées , ce qui est assez évidemment attesté par la variété