CHAPITRE VIII
^jÊQmiifUiaikm <fo préeéiitm. •mm Des Sigfies^ méêha^ f^ diques^ soU ftgunMlifi^ soit de rappel; soii ée , namendatum, êmi grammaHeauj:.
Lu langage mimique inalitué par le sourd-muel, et qu'il apporte luîrinéine avaat ion inslmctie», est extrêmement pauYre; îl n'a» d*aiUeura, dana ses
formes, aucune ressemblance avec nos langues artifidellei. Il ne peut, en effet, s'étendre au-delà du œrde très étroit des idées que le sourd -muet a pu acquérir , livré à lui-même , soit en observant , soit par la réflexion ; il doit porter l'empreinte de la manière de concevoir qui est particulière à son auteur. *-
On a donc ioiaginé de compléterx:e langage, en lui donnant de nouveaux signes pour exprimer toutes les idées qui sont représentées dans les dictionnaires de DOS langues, et de lui imposer de nouvelles formes qui le missent en rapport avec: notre syntaxe. De là, oe double ordre de signes artificiels, conçus par l'instituteur, auxquels Tabbc* (le rÉpée a donné le titre de Signes méttu>diques ^ dont les uns ont une valeur de nomenclature, 1rs. autres une simple valeur grammaticale.
DE L'ÊnUGATIOK
C'est le quatrième et dernier terme de I élaboration que subit le langage mimique. Mais on comprend que , dans cette élaboration , le langage mimique peut conserver ou perdre, plus ou moins. les traces de l'analogie , pour adopter des formes arbitraires et conventionnelles. On conçoit aussi que l'instituteur peut, en le créant, interroger encore plus ou moins ses élèves , se laisser guider par eux; ou bien instituer entièrement, d*apres ses vues personnelles, les signes dont il se compose. Ici donc une carrière en quelque sorte indéfinie, est ouverte pour l'institatear.
Pour apprécier avec équité et certitude le mérite d'un pareil système ,11 ne suffit pas de It* considérer dans les essais qui en ont été bits jusqu'à ce jour; il faut pouvoir aussi Tembrasser avec les perfectionnemens qu'il peut encore recevoir; et, pour prévoir ces perfectionnemens. pénétrer dans sa nature même, afin d^en explorer toutes les ressources.
Ainsi que tous les systèmes de signes que nous avons examinés jusqu'à présent, oe langage peut être considéré dans une double fonctioa, cummc instrument des • opérations de Tesprit , comrot' moyen de coniniunication entre les hommes^ Mais, coiisidén* comme moyen direct de cxmimnnicalion nilre les hommes, ses succès dépendront i\v la (idéiil«* ot de la riarté dr rimilatian quil
DE.^ SOURDS-MUETS. — PABT. in, CHAP. VII. 4^7
laîre acquérir; elle doit devenir pour lui ce qu'elle €•1 pour l'enfuit ordinaire, ce qu'elle est pour ÉfttOB : sa langue matemdle. Or, l'adoption de la lingue de son pays ne sera janbais plénum et sin^ #ère» s'il continue à n'y Voir que la traduction de MB propres signes; elle ne sera point sa langue ma* iernelle ; elle demeurera pour lui ce que sont pour nous les langues savantes. Donnant la préférence k Tidiome qu'il apporta y c'est dans cet idiome qu'il continuera de penser en secret Les disdonrs que nous lui adresserons n'auront point pour lui le même genre de valeur que pour nous ; ils ne s'adresseront pas immédiatement à son esprit. Il sera au milieu de nous comme un voyageur qui interprète sans cesse et tout bas, ce qu'il entend dire, et qui réfléchit à la manière dont il s'y prendra pour se faire comprendre dans un idiome qui n'est *pas le sien. L'association des idées aux mots sera moins étroite; les expressions seront moins rapides, moins vraies, moins correctes; les entretiens euxmêmes , moins familiers et moins intimes.
Il est une comparaison que nous croyons avoir > lie quelque part, et qui donne k l'observation que nous faisons id une évidence trop sensible pour que nous n'aimions pas à la reproduire. Un Pran> çais qui, pour apprendre l'anglais, prendrait nn maître d'anglais, mais continuerait d'habilef en France, et d*einployer la langue francise pendant le temps qui s'écoule hors des heures de ses leçons,
DBS soiiBitft-mrBT», — PAitT. m, rn\p. VIII. 4?^) '^11 nourd-mnet , comme au (h'but de celle qui est i-doonép à l'enfant en bns âge. il est nécessaire tif »urii' k quelques signes niiiniques. anz signes dicateurs. par exemple, et à quelques uns de , dunt l'expression est plus frappante, plus niliére, pour établir les premières conimunicans. Mais, b)ent6t,il &'offre divers autres moyens t a*Milendre ; et , supposer que chaque mot de la Ibn^ie ail besoin d'un signe mimique iitstitué ad f hoc, pour lui servir d'interprète, c'est aller contre \ llévidence des choses.
On insiste et l'on dit : « Les nutfes procédés ne m onndui&ant point par eux-mêmes aux idées, ne % peuvent mener à l'intelligence des mots ; cette
■ fonction est un privilège réservé au langaf^e mi-
■ mique. lo^ue) peint les îd^«s elles-mêmes. » Sans fUiule les autres p)-oci'xl(>s qui servenl uniquement à former les mots de nos langues, no conduisent point par eux-mtates aux idées. Et qui a januis prétesdu leur attribuer c« priril^? Ln mots de oœ Ungueft eUcs>mémeft ne ooaduÎMnt point aux idées; ila m font que les recueillir, s'y attacher, lonqu'elles s'en approdieot. C'est le propre de tout système de ùgnea coDTentianneb : n'ayant point de rapport direct et naturd avec lea moeurs qn'il* refirent, il laut bien que, par un Moyen qnelconqne, on famn aiûtre les idées qu'ils sont destinés k exprimer, qu'on mette ces idénen leur présence, et qu'on fonde alor», entre left idAea et
des situes iiiél' -.n^'fit les unir, i :\'^i /tm^
interposition * ^^ ^'^ \ > '^^^ngues articulées . rcfijn
ment indispe' ^.-^J^^'''^'^^^^ '"' confie. Sans ilauu
En effet, / ^'^y^^^^te ne conduisent pas p.n
nombre d'i K "^^^] ^' '^"^ *^*^" 4"^ '^^ '^'^''^ diverses ce Kf^ ^^^P^^^ ^^^ '"«^s. Mais quel sei ., adopté le ' '//^urquoi le langage mimique seranu témoi > nécessairement ce guide ? Depii.^ dépose f y^ *'o"^* mimiques sont - ils les seiil^ formel^ f /interpréter un mot, ou de faire app.t tellip i/ue idée dans Tentendement ? l^ pnVse/k» can' ifbje^ lui-même, et à défaut, son ima^'e rr»ur te dans un dessin, ne sont -ils pas di'/.i d»^^ f, >tes sûrs? Une idée ne peut-elle ps en excitti yiie autre, à Taidc de l'association qui les unit. ^ alors ne remplira-t-elle pas une foncliou semblable? Les circonstances dont le concours suïZpère une idée et la réveille, ne sufGsent-elles pa> pour la mettre ainsi en présence du nom qu'elli doit revêtir? Knfin, les mots dont la valeur r*>t déjà connue ne donnent-ils pas les élémens miv.ssaires pour constituer, ou l'idée complexe qui naîtra de leur cond)inais4m, ou la notion abstraiti qui se formera de ce que leurs valeurs oui ilr connnun, et ne fournissent-ils pas ainsi, avtn* au lant de précision que de certitude, la valeur ili. terme nouveau (|ue devra investir cette idtv *•» .'•ttc notion '
-Mais, si Va en al ion des Niques metliodiqui*> \\*<
DES SODHDS-MDETS, PART. III, CHAP. TIII. 48l
pas une condition indispensable pour introduire le fHJurti-inuct à l'intelligence de nos langues, n'est-elle pas du moins une combinaison utile? Quelle est la niture et la mesure de son utilité?
« Ui langue des signes méthodiques, nous ditK>n, « ftera utile comme \m moyen de traduction. « N'est-ce pas par la voie de la traduction, que n nous apprenons, de la manière la plus régulière a et la plus certaine, les langues étrangères, les •■ langues savantes, sous la direction d'un profes- < seur'-* Le langage mimique n'est-il pas la langue •> maternelle du sourd-muet? Qu'y a-t-il donc de o plus luiturcl, de plus raisonnable et de plus m. simple, que de lui enseigner nos langues aussi • par des traductions tirées de la sienne? Ne doit-on « pas s'étonner que cette idée ait échappé si long- « temps aux instituteurs de sourds-muets, et qu'il ■ y en ait encore qui se refusent à son évidence? » Nous concevons ce système, lorsqu'il s'agit de tirer parti des signes mimiques dont le sourdmuet est déjà pourvu-, alors, eu effet, la matière d'une traduction existe. Mais cette idée , quelque séduisante qu'elle paraisse au premier abord, est radicalement fausse, dès qu'on veut l'appliquera iio nouvel ordre de signes mimiques donnés au sourd-muet, pendant le cours de son éducation- Car, dans ce dernier cas, il faut, avant de traduire, créer d'abord une langue nouvelle, celle qui fournira le texte à la traduction. Dana l'enscignçment H. 3i
1119? est-elle même la première voie et la plus directe ? Non sans doute : il y a nécessairement une première langue qui ne s'enseigne point et ne peut ^Ipliseigner de cette manière ; il y a donc un autre pour l'enseigner. Traduire, c'est transporter , foire rejaillir sur une nouvelle langue , la luqui éclaire déjà les expressions d'une autre llttérieurement connue. La lumière est réfléchie, tmpruntée ; comment s'était-elle d'abord produite ? st pourquoi ne la ferait-on pas arriver directement lur'le point qu'on veut éclairer?
Les langues qu'on enseigne par la traduction , •ont les langues étrangères, les langues savantes. Celle qu'il s'agit d'enseigner au sourd - muet doit devenir, comme pour tous ses compatriotes, la Ipague maternelle. Les langues enseignées par la prenère de ces deux voies, ne contractent avec lu pensée qu'une alliance médiate. Celle qui iTcsseigne directement s'unit intimement à la
pensée.
Au reste, cet enseignement du professeur, à Taide de traductions et dans des leçons régulières, mx^on nous donne pour modèle , de quelle lenteur n'est-il pas atteint? Combien il est rare qu'il initie ^féritablenient et pleinement l'élève dans la coniMissance et Tiisage de la langue ? Placez , au contraire, l'élève dans une nécessité telle, qu'il soit contraint de comprendre cette langue, de la parler; que les circonstances, l'usage, l'exemple, de-
DES SUURDS-MUKTS. PART. III, CIIAP. VIII. 486
elle-même, il faudra que les conventions et Thabilude suppléent à ce qui lui manque , déterminent ce qu'elle laisse d'indécis , fixent avec précision la valeur des signes.
Les signes de la première classe sont des signes figuratifs; ceux de la seconde ne sont que des signes de rappel; ceux de la troisième réunissent, mais imparfaitement , ce double caractère.
De ces trois combinaisons, la seconde nous parait jugée déjà par ce qui précède, irrévocablement jugée. Cette création ne produirait qu'un appareil oiseux et embarrassant : car si les signes méthodiques qu'on prétend ajouter au langage mimique du sourd-muet , sont entièrement conventionnels, comme ceux de nos langues, quel genre de services pourront-ils rendre, en s'interposant entre nos langues et la pensée, si ce n'est d'en retarder, d'en affaiblir l'alliance? et si nos langues peuvent recevoir au même titre le dépôt des idées, |>ourquoi ne pas le leur confier directement.'^ à quoi bon cette voie détourpée? pourquoi ces deux langues parallèlement érigées, et dont l'une n'est cVaucun secours à l'autre? pourquoi des signes de rappel, particuliers au sourd-muet, quand il a, comme nous, les mots pour en remplir la fonction ? pourquoi ces signes Jt* prononciation de moU% comme on les appelle? Les mots n'ont pas besoin i\v signes, étant <léjà signes eux-mêmes. Ce ne sont pas \vs niotb (|iril s'agit dr reprrsenler dans le lan*
Ipnté» il les reproduira avec une singulière énergie, imi transmettra avec une sympathie puissante. S'il i'agît de décrire un phénomène , une action , fa 4wcription sera pleine de vie ; le spectateur sera Iraosporté sur la scène; l'imagination fortement ^fiipue, concevra sous les plus vives couleurs le tableau qu'on aura voulu lui fournir. L'élève sera par Umérne aussi plus fortement intéressé à l'étude; elle excitera en lui une curiosité toujours renaissante ; ce langage y mêlera de fréquentes émotions ; il en fera une sorte de drame.
Si le signe mimique peut , en conservant le ca* ractère d'une imitation suffisante, jouir aussi d'une certaine simplicité , il réunira la fonction de signe de rappel à celle de signe d'intuition. S'il parvenait à une extrême simplicité, il aurait, à cet égard, une supériorité marquée sur les signes de l'écriture et sur ceux des* alphabets labial et oral, lesquels présentent toujours au sourd-muet une certaine complication de formes.
I^ tableau exécuté à l'aide de ta pantomime , aura^ sur celui qui était exécuté par le dessin, cet avantage, que l'emploi pourra en être réciproque. Non seulement le sourd-muet se<*a continuellement en scène et en action, comme interlocuteur; mais plus habile que son maître dans l'emploi de ce pcnre de langage, il s'y portera avec ardeur. L'inaitnteur lui -même, s'il veut en effet, dans la cr<»aliou de ces signe> nouveaux, atteindr<^ à l'iiai-
DtS SOHBDS-MliKTS. PART. 1)1 , CIUV. YlII. ^QCj
aboiMlaiite lumière ; un simple crépuscule en a pris bl placf ; une lueur plus ou moins faible signale eocort! à nos regards une partie de ses contours. L'incertitude commence; l'erreur est possible.
La présence de cette espèce de signes méthodiques n'est plus suffisante pour tenir lieu d'interprétation. Il faut recourir à d'autres moyens pour achever d'expliquer le sens; il faut employer les mêmes moyen.s précisément qui servent à fixerdéfÎDttivenient la valeur des mots écrits ou articulé», moyens dont on contestait l'existence, ou du moins auxquels on voulait suppléer. Non seulement par là l'utilité du secours est restreinte, mais le secours peut devenir un péril. La méprise sera d'autant plus facile, et les conséquences d'autant plus graves. que, trompé par une fausse apparence, se confiant dans ce qu'on a entrevu, on croira bien connaître. Un signe entièrement arbitraire offre souvent bien plus de sûreté que ces expiessious dont la vague analogie, en semblant beaucoup promettre, ne peut recevoir une application précise : elles accoutument l'esprit à se contenter d'aperçus incomplets; elles l'exposent à confondre les choses qui diffèrent ; elles favorisent les fâcheuses dispositions qui entretiennent déjà trop ordinairement la légèreté et la paresse de notre esprit : et, ce que nous redoulcuis ici, ce ne sont pas seulement les illusions des élèves, ce sont celles du professeur luimènir : ahusé par l'image imparfaite qu'il a réow'
DES SOURDS-MUETS.-— PART, m, CHAP. VIII. 49^
lues ; elle doit être déterminée d'après ^expérience ;
«He^ doit se modifier d'après l'âge et la capacité du
^fl^jel auquel l'instruction est destinée, et varier par
ifionaéquent suivant les circonstances.
' L'utilité des signes méthodiques, comme flam-
! JÎnu d'intuition , diminue donc dans la même pro-
J #Mtion que l'imitation dont ils portent l'empreinte
t Wlevient moins rigoureuse ; les inconvéniens qu'ils
•peuvent occasionner croissent dans une proportion
semblable , et l'on ne saurait s'arrêter dans cette
rovkte lorsqu'on y est engagé une fois.
Dès qu'ils ne dispensent point d'une véritable explication ; dès qu ils en ont besoin eux-mêmes pour se défendre des écarts auxquels ils sont sujets, ils ne sont plus appelés à remplir dans renseignement qu'un rôle purement secondaire; ils deviendront, relativement à l'enseignement logique de la langue , ce que le débit e^t pour l'orateur ou pour Tacteur sur nos théâtres ; ce que les figures sont dans le style : un accessoire, un ornement, qui concourt à rendre plus vive l'impression produite dans l'intelligence par le discours, un préservatif contre le fléau des mots vides de sens. Mais on devra s'imposer chaque jour, dans leur usage, une sobriété plus grande, à mesure que l'élève avancera dans sou instruction, afin de laisser sa raison se fortifier, afin de laisser acquérir aux expressions de la langue la valeur qui doit leur devenir propre par l'usage. Maniteiiant, nous nous demandons quelle sera>
DES SOUnDS-MUETS. PART. III, CHAP. VIII. 493
où les signes méthodiques servent de moyens d'enseignement, avons-nous appris, je ne dirai pas à «en* exécuter quelques uns, mais à deviner leur • signification quand nous en sommes témoin (i)? Oette pantomime, dont l'expression devrait être û Traie et l'interprétation si naturelle , qu'elle réclamait le titre d'une langue universelle, n'est-elle pas une véritable énigme pour tous ceux qui n'en ont pas fait une étude assidue ? Ne voyonsnous pas des instituteurs de sourds-muets, accoutumés à converser avec ces infortunés, lorsqu'ils arrivent dans un Institut où régnent les signes méthodiques, être condamnés «ux-mémes à un noviciat de plusieurs mois, pour obtenir la clef de ce langage ?
11 y. a plus, et dans les divers Instituts où ce langage est adopté, ce ne sont point les mêmes signes qui sont en usage. Les élèves et les maîtres appartenant à des Instituts difïerens, qui viennent à se rencontrer, ne peuvent, avec ces signes seuls, s entendre les uns des autres. C'est ce dont nous
( 1 ) La vérité est ici notre bat ; la fraochite est povr nous iiD devoir impérieux , dans un travail que l'intérêt de l'huinanité a commandé. J'avouerai donc que pour ma part, depuis plus de treiic ans que j*ai l'honneur de siéger dans Tadministration de Tlnstitut royal des Sourds-Muets, je ne «uis point encore parvenu à comprendre un setd discours de nos élèves dans le langage mimique.
Ces signet tnétiiodiqiies ont-ils, même pour les •«Mtls - muets instruits avec leur secours , une Mpeur pleinement assurée, toujours égale? Une Mpémnce faite depuis peu en notre présence iMr le conseil de perfectionnement de l'Institut
SalfSur nos propres élèves, avec tout le soin irenable , a constaté le contraire d'une manière rréfragable. Un passage d'un auteur frapçais, ren- OTDant un trait d'histoire facile à décrire , fut lemis à l'un de nos répétiteurs sourds-muets les >lu»habiles , traduit par celui-ci à six élèves choisis parmi les plus instruits, lesquels furent alors invh ^ à leur tour, à restituer, dans un discours écrit, le texte qui leur avait été dicté en signes : aucune de ses versions n'est conforme aux autres; aucune f elles n'est entièrement conforme au texte fran- ;ais ; il n'en est aucune qui ne renferme quelque x>ntre-sens. Le texte présentait ces mots : La mort n'aura tout entier^ ou elle n'aura rien; parmi les ûx sourds-muets qui ont composé, il n'en est pas jn seul qui ait compris et rendu cette phrase.
Les élèves de l'abbé de l'Épée l'auraient, il est irrai, écrite mot à mot; mais, on en convient, sans [comprendre l'ensemble du sens. Nous voyons avec plaisir nos élèves traduire librement, et rendre la penst'*e du texte en d'autres termes, bien loin d'\ Irouver un motif de critique, parce que c'est uncî preuve qu'ils ont saisi en effet la pensée ; mais f*ncore faudrait -il qu'ils la saisissent toujours et
ni» SOURDS-MnSTS.— PART. Ill.CnAP. Vllt. ^(97
moins du développement qu'il reçoit dans les pan-
■omîmes exécDtées sur nos th^-àtres; nous avons
pu reconnaître, en assistant à ce genre de spec-
!* tede, IV-tendue de la sphère qu'il peut embrasser;
'' ooiu avons pu apprécier le vague dont ses exprès-
' sions dcfoeurent toujours empreintes. Nous avons
* une expérience plus concluante encore : celle des
> signes méthodiques eux-mêmes, tels qu'ils sont
' dans la main des instituteurs qui ont la plus haute
idée de la puissance de l'art : car enfin, pourquoi
CBS instituteurs n'auraient-ils pas en effet tiré de
rùnitation toutes les ressources qu'elle peut offrir,
dans If langage mimique, pour satisfaire aux bc-
soins de leur mission? Ou pourquoi n'auraient-ils
pu y réussir, après en avoir fait leur principale
étude, aidés, comme ils l'élaient, d'un nombreux
concours de sourds - muets , c'est-à-dire par les
collabonàteurs les plus habiles dans la création
et l'emploi des gestes }
Il suffit , au reste , d'étudier les conditions sur lesquelles reposent les idées de l'esprit humain , pour reconnaître que, dès qu'elles commencent à s'élever au-dessus de la sphère des objets sensibles et simples, dles ne se prêtent plus à être peintes
Vimtpair, \'un, le multiple, Uulroitr, Il gauche, U repw, Ir mouvemtMi, ledireei, \teoarlre, eu.? Élément de In Déeaée pft/tagtma'enite. ( Ari>lo(e , Métapftjrtii}ue, 1 , 5. ss 2>e Caelo, XI , 1 3. = Sestui Enq>. , Ad*-. MaOtem, , X , S- 385. )
toE» SOUnOS-MUET».— PAËT, Ill.CIUP, Vlll. Jjgfj
I des sens, plus elle devient inaccessible k une itni> I talion sonsible, laquelle n'a pour les peindre que
de» mouveinens et des formes.
, Voyer en effet la marche que suit renseignement gnidé par le langage mimique. Les objets qui, pour être nommd-s la première fois au sourdmuet, n'ont besoin de lui être désignés que par uu ge&te simple, qu'il recnnnait à l'instant par ce I' tfeatc, sont en très petit nombre. Pour lui retracer ' Viroage des autres , lorsqu'on veut leur imposer un nom, on a recours d'abord à une description mimique; c'est la description mimique qui remplit véritablement l'office d'interprétation, d'explication. L'objet imc fois bien connu, cette description se restreint par une abréviation , une syncope; les détail» s'éliminent ; la réduction s'opère : de cette réduction sort le signe méthodique; il tire de son origine une valeur qu'il n'aurait point eue par lui-même; il devient signe de rappel; et, s'il doit encore quelque chose à l'imagination , il doit encore plus à la mémoire.
Nous ne saurions donc nous flatter d'obtenir par le langage mimique artificiel, qu'une analogie toujours décroissante, toujours plus imparfaite, pour l'ordre des notions qui a précisément le plus besoin d'être déterminé par des explications précises et rigoureuses. Il nous apportera d'autant moins de lumière, que la lumière, devenant plu» nécessaire, aurait plus de prix îi nos
DES SOBBDS-MCETS. — PART. III , CHAP. VIII. Sti*
dus fecilement et plus rapidement que le langage
lent conventionnel, et s'apprenne aussi avec
a plus de plaisir ; le sourd-muet surtout y trou-
I eus deux avantages d'une manière très sen-
ble. Mais le langage des signes méthodiques n'en
ivra pas moins être appris , avant qu'on s'occupe
! le traduire; il y aura ainsi ileui études à faire
jhn lieu d'une. Si le mot nouveau qu'd s'agit d'ex-
llîquer peut être exactement défi ni par d'autres
Itoots déjà connus, cette dernière voie sera plus
abrê^^c et plus directe que la précédente.
Supposons enfinqu'on fût cependant parvenu à revêtir ce langage de la certitude, de la clarté, de la |irécision qui lui manquent, serait-il même alors utile et convenable d'eu faire un usage constant dans rinslnictioii du si^iird-iiiucl. de l'invLKiuir à r:)ppui d« toutes les idées qu'il s'agit de faire passer dans la langue, et quels que fussent les progrès déjà obtenus par rélève? Si nous nous reportons aux con< sidérations qui nous ont déjà frappé, en traitant de l'emploi des estampes, des signes mimiques naturels au sourd-muet , et des descriptions mimiques, nous reconnaîtrons que cette question doit être résolue d'une manière négative, et que l'usage de ce langage pittoresque doit se restreindre toujoursde plus en plus dans le cours de renseignement. On ne s'approprie véritablement une langue, «Ue ne devient un instrument direct pour Tesprit, que par l'usage le plus fréquent, le plus i
DES SODRDS-MUÏTS. PAHT. III , CH»!*. TIII. 5o3
coDtÏBuel et obligé , il u'en fera pas m^e aujourd'hui à beaucoup prés l'usage qu'en fuut les autres adolescctis. Et voyez, en effet, combien les élèves formés par !a voie îles sigoes méthodiques se trouvent encore gènes daus la langue de leur pays! c'est toujours avec une sorte de fatigue qu'ils mettent par écrit leuni réflexions et les réponses aux questions qu'on leur adresse; ils conservent certaines locutions qui leur sont propres ; ils manquent fréquemment à certaines des formes de la laoguc; ils ne se familiarisent point avec ces tours qui donnent au style sa pli ysionomie et son empreinte. Ce n'est point sur les mois de nos langues, que se fondent les opérations de leur esprit ; les signes mimiques seuls se retracent à leur esprit dans Ipur^ méditations solitaires, comme dans leurs songes. Mais ce qu'il y a de plus âdieox, ils s'accoutunftnt peu à la lecture; ils prennent peu de goût poor cet exercice qui devrait être cependant leur principal moyen d'instruction , qui devait les mettre en état d'en achever par euxmêmes la partie la plus essentielle. Un grand nombre d'entre eux ne sont pas en état de lire couramment un livre quelconque; presque to\u montrent de l'éloignement pour les livres, quand ils sont abandonnés k eux-mêmes.
L'originalité qui nous frappe dans les réponses des sourds-muets, lorsqu'on letur demande certaines déBnitions imprévues, vient en pytie da "
p DM SOIIRUS-MITETS. PiBT. III , CHAP. Vlir. 5o5
b aiguillon salutaire pour exciter l'activité intellec- ■ tuelie (lu sourd-muet. Mais nous sommes forcé de Il vaeoQDaître aussi que ce système de signes ne peut :g jmttfier ses prétentions au titre de langage naturel ,9 et universel ; que le sourd-nauet ne peut y trouver ^ BO instrument habituel et général de comraunica- ^ lion avec les autres hommes; que, même dans la ^ Sphère de l'enseignement, l'emploi de ce moyen ^ d'ÏBterprétatiuQ peut être sujet ù quelques abus, exposé à quelques dangers; que l'emploi constant et prolongé de ce langage, dans les rapports du sourd -muet avec les instituteurs et ceux qui reiitoureut, retarderait considérablement l'étude d« la langue usuelle, et ne permettrait jamais au sourd-muet de s'approprier cette langue d'une manière véritablement intime. Nous remarquerions que le secours des signes mimiques ne prête pas un secours également favorable à tous les ordres d'idées; que ses analogies , propices à l'expression oes images sensibles ou des idées qui se rapprochent des sens, deviennent téméraires, imprudentes à mesure qu'elles abordent des notions plus relevées, et que les analogies capables de marquer les traits constitutif des combinaisons foudées sur une ardûtectore régulière, deviennent vagues et confuses lorsqu'on leur demande d'esprimer des mélanges formés d'élémens bétérogèoes, aasemblés sans aucune symétrie ; que le longige mimique, en tant que langage figuratif, ft
DBS Sourds-muets, — paeit. iir, ciiap. viii. Swj doit être uu peu abandonnée à la sagacité de l'in* lilUuteur. En lui donnant ce pouvoir, il est vrai, nous le supposons capable de quelque chose de pliu que de faire des signes : nous le supposons capabk d'être juge de leur opportunité et des li- Jliite& où elle s'arrête.
Mous le confessons , au reste , l'expérience , k laquelle il appartiendrait de prononcer définitivement sur cette question , ne nous paraît pas encore avoir pu la décider d'ime manière assez pufilive ni assez concluante. U faudrait, en cfîet, pouvoir comparer exactement les succès obtenus dims les deux systèmes opposée, l'un qui admet , Tautre qui rejette ce genre d'instrument, en tenant compte du temps employé, des autres moyens aoce-'uKiire^ de l'âge et des dispositions des élèves, et déterminer avec précision les progrès de ces «levés. Don leulfinent dans iQmpioi de. ta langue de letir pay», mais aussi dans le «kreloppedoent inteUcetuel, comparaison qui n'a point Mioorc.été éUblie d'une nwnière exacte «l authentique^ .
La quflRtionohatigerait de nature, on l'aperçak GMâletnent, s'il s'avisait d« l'instractiOB àa soardrouet qu'une infirHÙti^|)articulière de l'or§Uie< vocal ou que toute autre droonstanoa aanitipnvé de» reuourcea quiop peut.trouvarilaM-lAproBewBatiou ailiâcMile. et.qtii n'aurai, fnurrM* connaii'vications, d'autre iasaument que récriture. Le langage nimique acquerrait, dans cette bypoÉbèw
ItES
on àeyn vnge, pour tut tode que l'cleve «cnl porter pw son pn>|w.
raitrail enbcrement b àmb eniste aujourdlmi, él signes mimiques
qui sont dunn^ far k «dkttjlr •
De serait que U sinle d le 4
«tbaucbe, encore i
sourd-muet apporta avcclH^aaai^ct^te
rectifi^Se k soo arrivée.
On 6xers le ikue»^ d» s^im» iTftfA^^.rnt«F en loi donnant un tvpc orrte'^ h-
ftnnation ré^nbere, de ■onéere ^n» k» rt«ni — instituts qui oat adopté ce «"«uaiL . ««■■aHAtM du HHHDS, et s'acmiifat snr b hmov #im ÊMn-
Mais, poor raaptir txOt doidbAe 0!*AiiSB. J sera nécessaire, anat tout. 4 arrM^cr <« bwMt- 1 l'espèce de mjstcrc dou il s «k- iMMfcypw p^ qu'à ce moment, de k prvdur* as ^sah^ /i«v. de l'asseoir sur des dfimyîMW fKiMbM*^ ^ «»nière à ce qu'il ne npotc p^u» trUimmi^ mm h» traditions inténetircs iwmt ixfÀiCt ■ être connu, étudié de Im» les veulent l'empkner. «t des I pourraient coDtnLupr * wj« { par leurs critiques-
DKS 50DBDS-MXiIÎTS, PART. Itl , CBAP. TIII. 5i I
tableau de ta pensée, ils ne rapp^lteotqiie les , coDiIitions piiremetit matérielles de la syntatti! On , ne peiit donc les considérer, eu quelque sorte > , que comme des abréviations destinées à rem- . placer, dans un langage manuel , les noms que ■OU& avons donnés aux diverses parties du discour». C'est à une fonction aus^îi limitée et au^ secondaire, que parait se liumer toute l'atilité qu'on peut attendre de ce genre de signe».
Pour remédier à la mobilité des lignes mimiques , pour faire jouir le langage mimique de Tavaiitage que la parole a trouvé dans le secours de IV-critnre, conviendrait-il de donner aussi à ce langage une sorte d'écriture qui en oonservftt les élémens dans des formes tracées et permanente» ? Cette question , comme nous l'avons remarqué déjA, est entièrement subordonnée à celle (lu rùii- (jue le langage Kiîinique lui-même devra remplir dans l'enseignement. Si , comme nous lé pensons, ce rôle doit être fort limité; s'il doit, de jour en jour, se restreindre à mesure que l'élève avance; si le langage mimique ne peut servir de type général et constant pour l'enseignement de la langue , une écriture destinée k en conserver les empreintes n'aurait aussi qu'une utilité secondaire. Dans l'hypothèse contraire, et si la langue mimique devait i-emplir, dans l'enseignement, une fonction essentielle et principale, il serait nécessaire encore qu'il eîit subi les perfectionnemens
VtS SOUBDS-MUÏTS. PART. (Il, CliAP. VIII. 5o3
oïDtÎDiiel et obligé , il n'en fera pas même atijoiiA U'bui H beaucoup près l'usage qu'en font les autres adolesceus. Et voyez , en effet , cumbicn lus élèves fermés par la voie «les signes méthodiques se trouvent encore gênés dans In langue de leur pays! c'est toujours avec une sorte de fatigue qu'ils ttctteut par écrit leurs réflexions et les réponses aux questions qu'on leur adresse; ils conservent O^taines locutiuus qui leur sont propres ; ils manquent fréquemment k certaines des formes de la langue ; ils ne se familiarisent point avec ces tount qui donnent au style sa pbysionomie et son empreinte. Ce n'est jKiiitl sur les mots de nos langues , que se fondriit l(« opérations de leur esprit; les sîgDes mimiques seuls se retracent k leur esprit dans leurs méditations solitaires, comme dans leurs songes. Mais ce qu'il y a de plus Acfaeiix , ils s'accoutunftnt peu à la lecture; ils prennent peu de goût pour cet exercice qui devrait être cependant leiu* principal moyen d'instruction , qui devait les mettre en état d'en achever par euxmêmes la partie la plus essentielle. Un grand nombre d'entre eux ne sont pas en état de tire couramment un livre quelconque; presque tous montrent de l'éloignement pour les livres, quand ils sont abandonnés k eux-mêmes.
L'originalité qui nous frappe dans les réponse* des sourds-muets, lorsqu'on leur demande cef^ laines définitions imprévues, vient en p^Ttw du '
Df» sounus-nUETS. — part. in,CH&p. viii. 5o5 aiguillon salutaire pour exciter l'activité intellectuelle (lu sourcl-muel. Mais nous sommes forcé de reouunaitre aussi que ce système de signes ne peut justifier ses prélentioDs au titre de tangage naturel -•t universel ; que le sourd-muet ne peut y trouver tBi instrument habituel et général de oommunkation avec les autres hommes; que, mèeœ dans la sphère de renseignement, l'emploi de ce inojen d'interprétation peut être Bujet » qi;ie}ques dms, expo»; k quelques dangers; que Vetoploi constant et prolongé de ce langage, dans les rapports du sourd- muet avec les instituteurs et eem cpii IVuloureut, retarderait considérablement l'étude de la langue usuelle, et ne permettrait jamais au BQUrd-muet de s'approprier cette langue d'une manière véritablement intime. Noua remarquerions que le secours des signes mimiques ne prête pas un secours également favorable k tous les ordres d'idées; que ses analogies , propices à l'expression des images sensibles ou des idées qui se rapprochent des sens, deviennent téméraires, imprudentes à mesure qu'elles abordent des notions plus relevées, et que les analogies capables de marquer les traits constitutifis des combinaisons fondées sur une ardiitectnre régulière, deviennent vagues et confuses lorsqu'on leur demande d'exprimer des mélanges formés d'élémena hétérogènes, assemblés sans aucune symétrie ; que le langage mimique, en tant que langage figitratif, a
DES SOUHDS-HDBTS. PART, lit , CUAP. VIN. 5o7
doit être un peu abandonnée à la sagacité de l'instituleur. Eii lui donnant ce pouvoir, il est vrai, nous le supposons capable de quelque chose de } que de faire des signes : nous le supposons iapable d'être juge de leur opportunité et des li- JÀt/oi où elle s'arrête.
'. Mous le confessons, au reste, l'expérience, à lai4)Qcdlc il appartiendrait de prononcer d^fînîtivemeiit sur cette question , ne nous paraît pas encore avoir pu la décider d'une manière asseï pOMtÎTC ni assez cunduaute. Il foudrail , en effet , pouvoir comparer exactement les succès obtenus dans les deux systèmes opposés, l'un qui admet, l'autre qui rejette ce genre d'instrument, en teuant compte du temp» employé, des autres moyens acce&Miirt:», de Tâ^e et des disposition» des élèves, et déterminer avec précision les progrès de ces ^ves , dop aeuleaient dans l'emploi de. h tangue da ieiir payt, mai» aussi dans le développement ftliteUeetuel,coaiperai«oD qui n'apoiat •noorcété éUbUe é'uae numière exacte«l.aulhentiqiiei
La quflRtion changerait dénature, oa l'aperçoit fiMUetnent , s'il s'avisait da l'inatraction db so«rdmuet qu'une infirmt4|)articulière de Vorganc' vocal ou que toate auta«.cirooiistanoe aanitipiM daa reaaourcesL qulon pautJrouver dans- k pnmoaàaliou actificieJIe, el.qiii n'aurfùt^ fo«r aet connaur nicatÏMia, d'autre instrument que l'écriture, ht langage roimique acquerrait, dana cette bypotbèae
Ï>ES SOrRBS-MniiTS. PAUT. III, CHAP. VUl. 5oC\
t on devra examiner, corriger sans cesse son ou-
I vrage, pour lui imprimer un caractère d'exacti-
^ Ivde que l'élève serait en outre peu capable d'y
lorter pur son prapre jugement. De la sorte dispa-
dtrait entièrement la distin ction trop sensible qui
iste aujourd'hui, dans quelques instituts, entre \es
;ues mimiques fournis par le sourd-muet , et ceux
UÎ sont donnés par le maître; le système entier
B serait que la suite et le développement de cette
Kluche, encore imparfaite et grossière, que le
sourd-muet apporta avec lui en venant , et qui fut
rectifiée h son arrivée.
On (txera le langage des signes méthodiques en lui donnant un type certain, uniforme, une formation régulière, de manière que les différens instituts qui ont adopté ce système, s'entendent du moins, et s'accordent sur la manière d'en faire usage.
Mais, pour remplir cette double condition, il sera nécessaire, avant tout, d'arracher ce tangage k l'espèce de mystère dont il a été enveloppé jusqu'à ce moment, de le produire au grand jour, de l'asseoir sur des descriptions positives « de manière à ce qu'il ne repose plus seulement sur les traditions intérieures d'une école , mais qu'il puisse être connu, étudié de tous les instituteun qui veulent l'employer, et des hommes écbirés qui pourraient contribuer à son perfectionnement , par leurs critiques.
DF5 SOnilDe-HtlKTS. PART, tll , CIIAP. IX. âa I
) celle coordination systématique et régulière ? Mais I oe serait mettre en doute l'existenoe même des nces philosophiques , ce serait se montrer ft^traugcr à leurs premiers nidimens! N'ont-elies ta, en effet, déterminé les règles fondamentales I pn'-sidcnl à la génération de l'esprit humain:* »ue reste-t-il, si ce n'est d'exécuter, en forme de Iteblenux, ce qu'elles ont établi un principe, ce ■ dont elles ont déjà produit un grand nombre ' il*appltcatioiis dans les exemples? Sans doute ce& ubicaux seront d'abord plus ou moins imparfaits: mais, une fois tentt'>s, ils se perfectionneront de fouren jour par la réilexiun, par l'expérience, line sorte d'instinct philosophique n'indique- 1- il pas aux bons esprits l'enchainemeut dans lequel les idées doivent se succéder, pour s'éclairer les unes les autres, toutes les fois qu'il s'agit d'exposer une doctrine quelconque? L.'art de la logique, qu'est-il autre chose, si ce n'est la fidélité i se rendre compte des rapports qui lient les idées entre elles, el à suivre la trace de leur formation 1* Que demandons-nous de plus à l'art d'instruire les sourdsmueLs, si ce n'est qu'il observe une semblable manière de procéder, dans toute la suite de ses op^-rations? Plusieurs instituteurs de sourds^nuets, nous l'avons vu, sont déjà entrés dans cette voie; ils ont donné d'utiles exemples. Un bon dictionnaire philosophique, ou Ws idées seraient classées d'après le» rapports de l'analogie , serait le meil-
Ht* SOrRltS-MllFTS, —PART, III,CnAP. IX. 5a5
monter jusqu'aux perception» véritablement simples et indivisibles, ce serait retarder \a marche àfi l'ciuteifînement , en prenant inutilement un poiiit ÙP départ trop éU>ign«^.
Il n'existe pas, poiir 1e$ idées, uti mocle de «ordination absolu, unique; les id^s ]>TOvent ' Are claïwées en autani de manières diCfi^rentes qu'elles ont de rapport» vari^-s entre elles. Non seulement l'institutnir est libre de cboÎMr; mais il chungera liii-m^me quelquefois, dans la pr^fi> renée qu'il accordera k l'un ou l'autre mode, et "■«uivant la disposition de son (^li've; qtielqnefoîs aussi il en r<>uiiir:i pinceurs h la fois, pour confirmer par l'un les effets de l'autre.
La coordination qui sera établie entre tes idée» primitives, pour faire mieux rensortir le^ trarts caractérisliqaes de chacrine, peut être fondée sur chacun des rapports suÏTans :
Cem du tout et de ses parties , de manière à fairt remarquer les liens qui unissent ces parties entre elles et l'ensemble ;
Ceux de l'espèce et des individus . qui feront
la pcMDleur et la darvU, la fome, qui peut étr« fott complexe cllfsniéDie. Mai* lliabilude d'aitocicr et de gnwftr tan* ce» détail* en un «enl iaiiceaii , cit déji telle dan* l'itnaginaiion du «oard-muel , que l'on peut, uni inconvénienl . ronaîd^r pour lui le* idif* itr rei ohjtt» COSHUC làMen-
l IIHS SOURDS-MIIFTS. PART. lU , <"IIA 1*. IX. 5a5
A '^rimpliqiini , conçus tlniis cet espiit , et trnccs
«raprcs les vues d'une saine logique. I.'instituteiir
g du moins les composera d'avance pour ses leçons ,
. avec ratlention la plus rtl-fléchie; il les variera
r suivant les circonstances, saisissant parmi les nom-
^Atrux rapports d'aftltiation qui existent entre les
^^B4cs,ceux que ses élèves sont le mieux dispos«'-s
^ktaÎAir, et exerçant ensuite les élèves à replacer
^Ebaque terme dans le cadre d'où il dépeud. dans
^■Bran^ qui lui appartient. Chacun de ces tableaux
synoptiques sera comme un arbre généalogique
d'une famille d'idt'es.
Procéder du connu à l'inconnu, du simple an composé , du particulier au général , du sensible à Tabstrait ; telles sont les règles simples , posées depuis long'temps par la philosophie, proclamées par les instituteurs de sourds-miiels eux-m^mes. souvent appliquées parlielli'meni par eux. et qu'il reste seideraent h appliquer d'ime manière plus rigoureuse, ph» universelle et plus constante, pour Texposition des idées déduites, et l'explica- "lion des mots qui les représentent.
Si , ooraine les nomenclatures de ces iîdi«s et belles sciences qui oonvertisseot U contemplation (fe la nature en une étude r^)iér«, nM langues aftificielles n'avaieet qu'à enr^tetter sucoeasivenent les dénominations imposées à,d«8 êtres réels, manifestes aux tens, à des substances distinctes, revêtues de caractères qui se prêtent à une dassi-
ces suiistaoces douf^M d'une exisleiice distincte, el
^i ae caractérisa iL-nt par leurs qualités , les objet» '
dent l'idée doit venir investir les mots, ne constitue-
. ront souvent que de simples relations fugitives, CDlerpusées entre «tes choses qui n'ont puint de corps par elles-mèines, et souvent des relations de
'scctiml. de troisième degré, etc., c'est-à-dire se référant à d'autre» relations encore : c'est ainsi qii'apifs l'idée de Tubjet que présentent séparément ou l'effet ou la muse , on devra saisir et exprimer l'action même de la cause sur son effet ; qu'après deux ou plusieurs phénomènes qui se surccdrnl, on devia exprimer la succession ellemême; c'est ainsi surtout que, en vertu des lois qui soumettent la volonté et l'intelligence de l'bomme aux impressions venues du dehors, qui donnent aussi à l'intelligence et k la volonté une lû f;rande puissance sur la matière, comme sur les êtrt» moraux. In langue sera ^ippelée k une foule de relation!» délicates, qui naissent soit eutrn hrs êtres moraux , suit entre la nature morale et la niw turu sensible. Au heu de ce» composés homogènes *
qui servent de matière aux opérations du cfticult et qu'on pourrait compar«r aux quantités diverses, d'un même fluide , les idées complexes qu'il s'agitii V. de tixf-r djiiis fe> mois, «tiorit estrémenieiit mixte» et emprunteront leurs élémens aux sources kft plus diverses. Au lieu de celte architecture métlii< dique qui préside aux vastes édifices élevés par !••
IIES SOCRDS-MDETS. PART. III , CHAP. IX. SlO ■
en action pour les «'lèves ordinaires; elle leur est i ttiseignée sur la scène elle-même de la vie réelle, I présence des choses et des événemens , penlant que tous les mouvemens d'une macliine aussi ipliquée que la société humaine, non seulement s'ent^cutenl autour de lui , mais l'embrassent, 'Élleignent et l'entraînent. Au contraire, cette même portion de langue n'est enseignée au soùrd- Duet que d'une manière purement didactique et ■ spéculative ; c'est un tableau détaché , qui ue sert I que de matière à une étude scolastique. A lâté des avantages que cette situation procure à l*instituteur du sourd-muet, pour disposer plus librement du sujet de l'enseignement, et pour le soumettre par là à un dessin plus systématique , •e trouve (loue cependant aussi la privation d'un utile secours. Tandis que, dans l'enseignement de In bnguc, l'atlrnlion de Télèvc sourd-muet n'est exdlée et entretenue, au milieu d'une classe, que par une vague curiosité , du même genre que celle qui réunit les auditeurs dans un cours, l'attention de ri-JéTc ordinaire est impérieusement (Mimmandûe par un intérêt positif, par If Li^soijj, la nécessité peut-être : il doit donner à ses paroK-s la force convenable pour obtenir ce qu'il deoDande ; .il doit prévoir les conséquences des paroles qu'on loi adresse ; les résultats du discours se conierliront en réalités qui le touchent. Pendant que l'élève ordinaire, .luquel un mot est enseigné, au mi>- ■ I. 34
■ DES SOUBUS-MDETS. PART. Ml , CHAP. IX. 53 1
M l'imagi nation et à la mémoire, si elle se trouve
p un&i étroitement liée a une scène de la vie active ,
i) si die fait partie intégrante de l'appareil d'instni-
I meus qui sert à satisfaire nos besoins.
II Nous pouri-ions comparer cet enseignement ,, tx professo de la langue, qui se donne ordinairei ment dans l'enceinte décelasses, à ces démonstra- , lions auatomiques qui se font sur le cadavre, et
qui ne peuvent faire connaître les organes que dans l'état de mort; et l'enseignement de ta langue, qui M donne sur la scène des applications réelles, aux observations que l'art médical recueille sur l'organisation vivant<> et animée, où toutes les ioDCtions s'accomplissent.
Voici donc une seconde tâche que nous denuudoDs i l'instituteur du sourd-muet, tAche non moins difficile que la première. Pendant que, tout à l'heure , nous voulions qu'il s'élève avec son disciple à toute la hauteur de la science , maintenant nous exigeons de lui qu'il redescende de ces mêmes sommités, pour rentrer dans les habitudes vidgaires de la vie commune. Les formes de l'enseignement, les conditions auxquelles il est soumis, les lieux, les temps, s'opposeront le plus souvent à ce qu'il puisse ainsi mêler ses leçons « la scène du monde réel; la coordination même dont il s'est fait une loi , contrarierait seule ce dessein : car les événemens ne s'arrangent pas dans un plan svmétriqiic correspondant à l'enchaine-
DE» sottHiis-Mtrrrs. — pabt< m, cbap. ix. Si? mouler jusqu'aux pf>rce|rtion5 véritsbkment simple» et iiiclivJMhles, ce serait rQlHil«r Ift nmvhe de runs^igomieiit, en prenant knitilvéuirt un point df départ trop t'-loign^.
Il n'existe pas, poiir les idées, utl (Dode et ODordination absolu, unique: Ità iHu pComt être L-)ii!»iées «Il autant de nianières tttflfireittes qu'elles ont de rapporta variih entre 'cttOL Mon seulement l'iiistitutriir est libre de choisir; maU il changera lui-mùne qnelqiidfoil', (lanv \U préférence qu'il accordem it l'un on r«itre lilode, et «uivant In disposition de hou élève; (friMquefSis aussi il en Réunira plusieurs k )a fois, pour c6nfirmer par l'un le» eÉfets de Vnutre.
la cuordinatioM qui sera i-tablie entre les idées primitives, pour faire miens ressortir les trths rarael^-riKtiques de chnctitie, peut être faïKlée sur chacun des rapports sutrans :
Ceux du tout et de ses parties, de manière à foire remarquer les liens qui unissent ces parties •ntre elles et l'ensemble ;
Ceux de l'espèce et des individus qui feront
ta pcuaiear ei la d*itti , la fomc , qui peut etr« fort campl«i« clle-mène. Mai» lliabitade d'iHocier et de grouper tout r» dérailt ea un Mol biircau, e«i déjà (elle daoi l'imaginaiion do «oard-muel , qnr l'ou pcni , Mat 1ncon*énteni , rontid^r pour lai lei nlét-* dr tn objri> toMnc Atecn-
OtS SOURD»-MDIîT9. — PART. III, TH
^yiioptiqiiP!! , coii<;iin dans cet esprit . et tracrs tl'aprt-s les vues d'une saine logique. L'instituteur au muiiis les composera d'avance pour ses leçons. avec l'attention la pins rt'Qéchie; il les varier» suivant les circonstances, saisissant parmi les nom- •eux rapports d'affiliation qui existent entre les , ceux que ses élèves simt le mieux dispost's laisir, et exer<;ant ensuite les élèves à replacer que terme dnns le cadre d'où il dépend, dans Vrnng qui lui appartient. Chacun de ces tableaux nopttques sera comme un arbre généalogique
? famille d'idées.
^Procéder du connu A TiDconnu. du simple au composé . du particulier au général , du sensible 'n r«b&trait ; telles sont les règles simples , posées depuis long-temps par la philosophie, proclamée* par les inslituteurs de sourds-maels eux-mimes, sguvent appliquées partiellement par eux. et qu'il reste seulement k appliquer d'une manière pliiK rigoureuse, plus universelle et plus constante, pour Texposition des idées, déduites, et l'explication dci niots qui les repn'-sentent.
Si, comme les nomenclatures de ces riches et belles sciences qui convertissent la contemplaliuu de la nature en une étude régulière, nos langues artificielles n'avaient qu'A enreftatrer sucoeasive- Rient les dénominations impostS^i ùdes être» r^ls, OMnifestes aux »en.s, à des substances dislnirte«. reréliies de caracti'res qui se prêtent k une cla««-
DS8 SOlTRt)»-MlIBTS.— PART. lU, CHAP. IX. £37
A«uitstances douiV-s d'une pxiMeuce dtstîncle, et li M caracttTÛaient par kiirti qualitil-s, tes objfis m l'idée doit venir invesLir les mots «c constitua • pt souvent que de simples relations fugitives, Iterpo^ées mtre des choses qui n'ont point de H par elles-méiKies , et souveot des relations de [I. de troisième degré, «te.. c'cst-À-<lîrR sr nt à d'autres reiatioub encore : c'est aiitM n'api'fs l'idée de l'objet que pi-ésentent séparrt au l'effet ou la cause , un devra saisir et exritii«r l'action niùnie de b rauK sur son effet; H^aprés deux ou plusieurs phénomène» qui se c^eiit, on devia exprimer In .succession ellenième; c'est ain» surtout que, eu vertu des lois qui souroettiuit la volonté et l'intelligence de rbointue aux impressions venues du dehnnt, qui donnent aussi à Tinte! ligcnce et à la volonté une Û gnude puissance sur la matière, comme sur les é/bft» moraux, la langue st-ra appelée k luie foule de r^bons délicate-s, qui naissent soit entre It^s Mn» moraux , ^oit entre la nature morale et la niiture sensible. Au lieu de ces composés homogènes qui servent de matière aux opérations du calcul, et qu'on pourrait comparer aux quantités diverses d'un même fluide , les idécK complexes qu'il s'agira de fixer diins les mots . seront eilrémement mixtes et emprunteront leurs élémeiis aux sources le» plus diverses. Au lieu de cette arrhiteclure méthodique qui pr^ile attx vMst^ édifices él«vé« par le
DES SOUBIIS-MIFFIS. — PART, in, CHAP. X. 539
. eucoi'c à l'esprit, qu'on mettra l'esprit en mesure
I àc Vcure^istrvr dans le langage.
^ Mais, si l'ohjet auquel l'idée se refera est d^À
I manu . quoiqu'il n'nit ptùnt «icore reçu de déno-
I wùuition dans la langue ; s'il ne s'agit phu de le
f, fiiire apparaître pour la prenière fois , mais scule-
) ment d'en rcKSiisciltir le souvenir, la diaocuns ne
pourra-t-U pas, en retraçant le tablemi des mènes
orconstances au milieu desquelles il se présenta
-dans l'origine, qui lui serrent de cortège, qui lui
sont enchaînées, faire revivre aiosi inifirectement
A<m ima^? Que l'ohjet ainsi reconnu se détecbe
ikii M-iii (lu croupi' qui l'environne, et reçoive alors
la dénomination qui lui est destinée!
C« n'est pas tout : il est deux ordres d'idées , à l'égard desquels les mots déjà connus remplissent eux-mén»es l'office de circonstances excitantes , si €:ette expression nous est permise , afin de procurer la connaissance elle-même qui manque encore, et de feire non Beulement apparaître , mais naître en réalité, l'objet de cette connaissance. Ce sont les idées que nous nous formons des modifications de notre volonté, et des opérations de notre entendement. En effet , s'il est certain qu'on ne pourrait jamais définir par le discours un mouvement de r&ine , une passion qu'on n'aurait jamais ressentie , parce qu'on ne pourrait en concevoir ta ootîon , n'rst-il pas rerlaiii aussi qu'à l'aide du discours, on peut . pdur la première fois , faire éprouver ces
HKS SyVRDS-MtlETS. -^PAIIT. III, Cn&P. X. S^l ile lii iiiaiiierp qui correspond au genre ci'opot ration qui engendre l'idée déduite. Ce mode de I pfooéder suppose cependant , comme on le re> . marque sans que nous ayons besoin de le dire, que l:i valeur des mots connus soit en eflel certaine, exacte, bien détennîtiée, bien circonscrite: autrement toute la suite des opérations sera viciée. Mai» comment prévenir ce» abus? comment s'assurer qu'ils n'ont pas élô commis ? En ne se confiant point aveuglément à ces organes qui peuvent être trompeurs, en ne se bornant pas exclusivement m l'emploi de ces instrumens, en ramenant encore ici l'élève autant qu'if est pos* siUe en présence des objeti euk-mémes.
Promener le sourd -muet sur le grand théâtre de la nature et de la société , lui faire voir, observer les choses, le faire réfléchir sur ce qu'il a vil et ressenti, faire agir son intelligence, tdle est donc la condition rigoureusement indispensable pour lui faire acquérir les idées du premier ordre, et arec elle» les noms qui en sont l'expression : et telle est encore la précaution utile pour aider à lui faire mieux concevoir les idées du second ordre, pour vérifier si en effet elles ont été bien conçues. Mais un emploi bien entendu des termes de la langue déjà connus, sera en même temps aussi , et un secours fevombte pour l'acquisition du premier onire d'id<>es, et le moyen principal (mur proairiT l'acquisition du second ordre.
, DES SOtmDS-MtJKTS. — PART. III.CDAP. X. 543
^ nulioii. Or, cvUc furniatioti s'exécutera dans Yen- „ tendement titi iîoiird-niiiet, comme dans celui des „ autres liooimes; car il est doué des mêmes facultés. MaÎA . pour cela , il faut le conduire à penser comme nou&. à voir les choses du même point àe vue, à emprunter notre manière de concevoir, et, pour cela au&si. il faut qu'il emprunte déjà notre langage. AinH , k mesure qu'il est initié dans notre langue . ce qu'il en a déjà appris vient lui servir loujoiirii ilavanlage à apprendre ce qu'il en ignore
Qti entend dire souvent « qu'il est facile de M comprrndn* conmient le aourd-muct apprend B la biij,'iie (les idées Keii»ibk<s ; mnis (jiir ce qui ■ paraît étonnant, inexplicable, c'est qu'il puisse « atteindre aux notimis abstraites et purement spï- « rituelle». > C'est ce singulier préjugé qui aurait droit lui-même k nous étonner; et toutefois il a été partagé par l'un des plus célèbres instituteurs de sourds-muets, par Heinicke. Ce préjugé, d'où vient-il i* De ce qu'on n'a pas réQéchi k la manière dont nous avons obtenu nous-roênies ces acquisitions, de ce qu'on se représente les deux régions, l'une nialërielle, l'autre spirituelle, comme aéparées par lui rempart , comme placées k une telle distance qu'il faille une aorte de ràvotution, une métamorphose subite et générale dans l'esprit, |M)ur franchir ce passage; de ce qu'on suppose enfin que les notions de l'ordre supérieur se tnUM-
a Cette op«^ration imparfaite, qui d'ailleurs ne s'é- ■ lève pas encore au-dessus de la région des seDs . , Ml ptutàt l'effet d'une sorte de confusion, que ■, d'une vTHi.i abstraction : tous les individus sont , les nirnic-s k ses yeux , parce qu'il n'a point encore remarqué les traits spéciaux qui les distinguent. Celte ébauche, néanmoins, est un premier apprentissage (lu travail qui l'attend sous la direction j d'un maitre digne de ce titre; il n'aura qu'à con- < tiauer la'mémf opération, en y portant plus de soin, en multipliant les comparaisons dans un ordre méthodique et progressif. Il en est de même des retours qu'il a pu faire sur lui-même, des rai- M>nncmcn& qu'il a commencé à lier : ce ne sonl encore que les essais informes de l'enfance; mais cette i-nfaucr (.-st celle de rinlelligence humaine, qui tend d'elle-même à se convertir en adolescence, en jeunesse, en &ge mûr, sous des influences Givorables.
Quelle ne serait pas en effet la surprise, la joie d'une intelligence qui, captive jusqu'alors dans les liens de la matière , verrait s'ouvrir tout k coup pour elle les portes du monde moral, verrait briller H ses yeux la lumière céleste et pure du bon , du beau et du vrai ! Avec quels transports elle entrerait dans cette nouvelle vie , elle se recoonaitrail elle-même, elle découvrirait d'autres intelligences ■ceurs de la sienne , et , dans une intelligence suprême, contemplerait la soiirrc infinie de toute H. 35
PI DKfi SOli»l)S-MllBT&. PART. III , CHAP. X. l'clcve doit faire tous les frais , dont on oe peut lui * fuirnir les résultats tout élaborés. C'est une étude iiti 9usi dans laquelle il avance de jour en jour. L'instip iVteur, quelque habile qu'il soit, ne peut faire plus Cl quede disputer les chosessuus le point de vue le plus ir £|vombte, préparer son disciple au calme, l'exercer ■ A la persévi^rancc , éloigner de lui les distractions, i. faire naître surtout quelque intérêt puissant qui I' lui commande de satul-iires retours sur soi, comme I lorM|tie l'expérience lui enseigne, par exemple, à «eutir le» coubCquence» des ju|>emcns de son esprit, ou des détennJiiatiun» de sa volonté. ■ ije voilà, disons-nous, en face de lui-même; ses rc^aj'd», jusqu'alors errant vaguement au -dehors, ont enfin commencé à se replier au-dedans. D'épais nuages, sans doute . couvrent encore pour lui re monde intérieur; mais quelqut» rayons du lumière cependant -j pénétrent : il suffit. Déjà U' (-rand mystère commence h se dévoiler: la cuHACience morale fnit aussi briller les prenière* étincelles du feu sacr(^ tt où résident-ils IcA éléniens primitifs des notions morales, si ce ti'tj&t dans ce lUUKtuaire intime, où Us furent dépt^sés \i3Lt la main du Créateur i* V a-t-il dans la int*ralr rîeu de factice? n'csl-elle pas la plus puissante, la plus éloquente instruction donnée i IliDnune par ta nature? Une voix seiïréte, une voix intime va enseiguer ces premiers rudimena; ■I sufTira de la savoir entendre Ia'. sourd -muet
DES SOIBDS-MCETS. PART. III, CHAP. X. 549
[d'autnii. Ell«s se géoéraliseront facilement, car ■■ le& notions du devoir ont ce caractère admirable, t> Ml'elles prennent la forme d'une loi aussi univerb a^e que constante. Gardons -nous donc de. les ■ {bnder sur une aveugle imitation, sur une obéis- Pl mkcc toute passive, sur la crainte des châtimeus, ^ ou sur l'espoir des récompenses matérielles! que j, )efi exemples soient une lumière et non une au- , torité ! défendons-nous aussi d'une habitude trop commune dans l'éducation ordinaire, celle de présenter les exemples des fautes, de préférence \ ceux des bonnes actions, parce qu'on attend des premieni une impression plus vive, parce qu'il est plus facile d'exciter l'indignation que de faire naître l'admiration! Le mal n'est qu'une déviation, une exception, et ne doit jamais être connu que comme tel : c'est le bien qui est la règle, le vrai luodélu. La vérité iloit être aperçue, pour qu'oit puisse juger l'erreur : le beau doit être apprécié, pour qu'on puisse prononcer sur le difforme. D'ailleurs, le spectacle fréquemment répété du bien est d'une douce et salutaire influence sur le coeur; la vue habituelle du mal le centriste , te décourage , pourrait le corrompre. Montrons à l'élève ce qui est élevé au-dessus de lui, pour l'engager à y gravir; ce qu'il y a de meilleur, pour l'inviter i s'améliorer lui-même; découvronslui ta morale comme un génie bienfoisaot et tutélaire. A mesure que notre sourd-muet deviendra
de la manière qui correspond au genre d'opértîti^n qui engendre l'idée déduite. Ce mode de pMcéder suppose cependant, comme oiiFlè^retàtatqae sans que nous ayons besoin de le dire, i|lie la valeur des mots ocmnus soit en effet certÊÂDe-, exacte , bien déterminée, bien circonscrite : âmlrement toute la suite des opérations sera viciée. Mth comment prévenir ces abus? comment s'assurer qu'ils n^ont pas été commis? En né se confiant point aveuglément à ces organes qui peuvent être trompeurs, en ne se bornant pas exclusivement à Temploi de ces instrumens, en ramenant encore ici l'élève autant qu'il est possiUe en présence des objets eux-mêmes.
Promener le sourd - muet sur le grand théâtre de la nature et de la société , lui faire voir, observer les choses , le faire réfléchir sur ce qu'il a vu et ressenti, faire agir son intelligence, telle est donc la condition rigoureusement indispensable pour lui faire acquérir les idées du premier ordre, et avec elles les noms qui en sont l'expression : et telle est encore la précaution utile pour aider à lui faire mieux concevoir les idées du second ordre, pour vérifier si en effet elles ont été bien conçues. Mais un emploi bien entendu des termes de la langue déjà connus, sera en même temps aussi, et un secours fevorable pour l'acquisition du premier ordre d'idées, et le moyen principal |H)ur procurer l'acquisition du second ordre.
il Dits SOURDS-MUETS. PART, lu, CIUK X. 553
vj lui enseignera ii les diriger aussi vers l'auguste
jtî bienfaileur où elles trouveront leur plus digne
C'est ce qu'on parait avoir très bien coni-
0 pris et Aiîvi dans plusieurs instituts de l'Alle-
iKUigne. (i)
A. cMk de la voie de l'induction et de celle de ranalogu-, il s'en présente une fort attrayante pour rinslituluur , qui parait plus naturelle et plus simple que les deux précédentes : c'est celle des allégories et des métaphores. Cette voie fut celle que suivit le genre humaîu lui-iDêtoe, dans lacréa-
(l) Le Conseil d'admiBUlMlion de l'Itislttut royal des Soordt'Muet» de Pari», a eu ilcrnicremcnt l'occaiion d'iii- TÎler mesdames les institulrices des aonrdcs-mnenes , à lui rendre cnmpte btcc qiielqae di-raîl de la manière dont elles proeèdcnl, poar enseigner à leiira élèves le« premières vérités inuralm et religieuses. Cti dames uni donné d'aiiord, de TÏVe Toîi, eiunite par icril, sur cet impoiUnl sujet , dct rctueîgaemen* dn plus hant intérêt , que non* regrettona de ne poavoir consigner ici ; renseigoemens auasi féconda en coaaéqneDcea , galion orablei ponr les intlitniricef qni remplissent si dignement la pluï belle partie de leur miaaion. Il en résulte que , dé* la première année de leor Mncalion , lea él^ei sourdes-muettes commencent déjà à prendae iia« idée plus nette de leurs principani deyoira , à concevoir celle de la ProTÎdcnt-e divine , i comprendre Ja pensée eaaentiellc du colle que la créature rend au Créateur, et que ces connaissances se développent ensuite de jour en jaiir , k la favCnr d'un enseignement bien dirigé, qui développe lêi beultéi ^ cOMr, de concert avec celles de l'inlclligence.
* DIS NOLiItl>S-MCET&. PART. III , Cil «P. K. 5^7
" l'clcve ttuit faire tous tes frais, dont on oe peut lui B fournir l«s résultats tout élaborés. C'est une étude > aussi dans laquclk il avanctt de jour en jour. L'insti* K tuteur, quelque habile qu'il .soit, ne peut faire plus ri quedc disposer lesciiosesMtuftlepoiut de vue le plus t Gkvorablv, préparer son disciple au calme, l'exercer I i U ]K-ntévérancc , éloigner de lui les distractions, faire naître surtout quelque intérêt puissant qui lui corainande de salutaires retours sur Koi, coninie lor&que l'expérience lui enseigne, par exemple, à «cnitir te» conséquences des jugemcns de son esprit, ou des déterminations de sa vuloulé. - 1* voilà, disons-nous, en face de lui-mèrae; ses regards, jusqu'alors errant vaguement au-dehors, ont enHn couinwucé à sv replier au-dedans. O'épaLs nuages, sans doute, couvrent encore pour lui ce monde intérieur; niais quelques rayons de lumière repetulant -y pénètrent : il suffit. D^jÀ \v grand mystère i-ommei>ce » se dévoUer; la conficieiici! morale fait aussi briller les preoiiéres étincelle» du feu sacré. Et où ri'-sident<i(s les élémens primitifs des notions morales, si ce u'cai dauA et: louctuairc intuui:, ou i\s liircjjl déposés par la main du Créateur? Y a-t-H dans la ■lorale rieu de factice ? n'est-elle pas la plus puisaaote, la plus éloquente instruction donnée à llionune par la nature ? Une voix secrète , une voix intime va enseiguer ces premiers rudiaoeos; il suffira de la savoir eiilendre. I^e sourd -muet
DES SOCBOS-MUBTS. PABT, III , CUAP. X. 55^
efois au contraire, et plus souvent qu'on ne aise, devançant son maître, il se montrera d*j» lourvu des connaissances qu'on allait lui inailquer avec effort, il invoquera des vues nouvelles auxquelles i) se trouve tout pr<^paré; l'instilutenr n'aura plus qu'à lui répondre.
Quatre exercices principaux concourront à développer les idées du sourd-muet, et k lier ce d^- Tcloppement k l'étude approfondie de la langue. Ici nous n'anuODçDDS rien de neuf; non» ne faisons que rassembler les exemples d*^jà donnés par plusieurs instituteurs de sourds-muets, pour en for< roer un système complet , et indiquer les conditions propres A rendre ces divers exercices aussi fruo tueux qu'il est possible.
Le premier consiste i multiplier et k varier, inoesKuninent les observations que l'élève sourdmuet peut être k portée de faire sur le théfttre de la sature et sur celui de la société. Il ne suffit pas de lui fournir l'occaMon de voir les chosea-,' il Cuit lui enwigner à les bien voir, les lui fiûre remarquer sous toutes les faces , dans leurs rapports divers , dans leuB enchaînement; i les comparer, à les coordonner entre elles. Les idées ne sont qua la représentation des bits, ou les réflexions exécutées à leur sujet; c'est toujours sur des cou qu'elles doivent reposer. L'instituteiU' d muets ne doit donc point rester enfiBnBé.aTec ses élèves dans les murs de sa classe; U faudrait qa'il
LOF* sutiitDS-MUtia. — PART. 111, r.ii*p, X. 559 dant toute sa dun-c. Les deux derniers ne peuvent commencer qu'à une époque intermédiaire; l^ÛB il e&t important d'accélérer, autaat qu'il se P«ut, l'époque H laquelle l'élève pourra s'y livrer. ..iÀi deux derniers exercices se correspondent directement i'un à l'autre. L'un a pour objet de former le s»urd-muct à rédiger sa pensée parécrit ; l'auti-e, de l'appliquer k des lectures méthodiques. ' La manière ta plus facile, la plus simple et la " pluA DÙre d'apprendre à rédiger sa pensée par • écrit , est de noter des souvenir* rècens encore et ' pTWcns it l'esprit. Ce travail fournit l'occasion de ' ramener la réile^xiou sur ce qu'on a vu, sur ce qu'on I a fait; ce qui a un double avantage, l'un iutellec- I tnel, l'autre moral : c'est comnie un miroir oflîerl i )• raison pour s'observer et se juger. On ne peut donc tropapplaudir Àl'idéf de faire tenir,par l'élève sourd-muet, dès qu'il en e^t capable, une espèce de petit journal où i\ consigne en quelque sorte sa propre histoire, l^a rédaction de lettres simples el familières remplira encore le même but Car les sourds-muets ont un penchant naturel à remplir les premières lettres qu'Us écrivent, par le récit de ce qui les a le plus frappéa; ainsi , en cherchaot k rendre compte aux autres de ce qu'ik ont remarqué et éprouvé , ils se trouvent conduits à s'en reii> dre compte k eux-mêmes, et sont plus bcilement portés à le faire. Ce journal, ces lettres, devieuneot à leur tour un texte sur lequel l'instituteur tranùlle
V Des snuBDs-MUETs. — paut. m ,ciiap. x. 56 i kà i'atde de l'ensemble; il apprendra ;i connaître b-lfordre et la liaison des idées; il embrassera des ta- ■tBtoux plus étendus; parcourant, dans un même ■ «{Wce de temps, une bien plus grande multitude l»cl& roots que dans les entretiens, il se familiarisera davantage avec la valeur de» mots; il sera à portée Ktdb parcourir la variété presque inûnie des tours de I, la langue; quelquefois il apprendra h apprécier g ces effets du style qui sont comme un second langage dans la langue elle-même.
A la suite de ses lectures , le sourd-muet devra reprendre de nouveau la plume ou le crayon , pour noter d'abord la substance de ce qu'il a lu; et phistard, torsqu'd en sera capable, les réflexions que le sujet lui a suggérées : c'est le seul moyen de s'approprier véritablement ce qu'il n eu occasion de connaître, et de donnera l'activité spontanée de rc«prit l'énergie dont elle a besoin.
Deux conditions sont nf^cessaires encore punique le sourd-muet profite de rederincrordred'eser- -cicea : îl faut qu'il j prenne t^oùt-, il faut qu'il y trouve des sujets de lecture à sa portée. >
C'est un fait généralement observé, que lea ■ourd»-fliuets iiutruitâ par ta voie des signes méthodiques, ont un éloignement marqué pour le genre d'études qui se fait dans les livres. Nous voyons un bienfiùt signalé «le la Providence en Civeiir dii aourd-iDUet, dans cet instinct de coriosîté, qili le rend avide d'apprendre; mais encore fiint<4l qoe, II. Mi
■ OFA SOCRWS-MUPTft. PART. III, CHKP. \. 563
I Le» livres composés pour les eiifaiis ordinaires * seront sans doute les premiers qu'on mettra entM les ni.tiiis drs sourdtr-muets, et uouh voudrions que , daii.s toux le» instituts , it y eût une petite bibliothèque de ce genre, lornii'^e avec discernemefit, à laquelle les uiaitrG.s pussent recourir pour fournir lin aliment à ceux de leurs élèves qui bont capable» de s'en nourrir. 1^ France, nous sommes contraint de nous l'uvouer, a beaucoup encore à envier, sous ce rapport, à l'Allemagne, à la Hollande, a l'Angleterre, «oit pour le nUmbre, soit surtout pour te m/^rite de c<; genre de productions; copendaiit une heureuse inifiulsion .semble donnée parmi nous <iux travaux cuucus dans ee but (i). Mais Les lectures , quel qu'eu soit le mérite , ne satisliiiit point pleineincuL aux besvîns du sourdniuet , ne s'adapteut )>as bien à sa condition. Il faut reprendre avec lui les choses de plus haut, du noins en ce qui concerne l'usage de la langue. Les eniaiis ordinaires entre les mains deiqueb on met ces petits livres, sont déjà familiarisés avec la oonstniction du discoure, et avec une foule «le locutions que le sourd-muet ne saisirait qu'avec |>einc. Chez l'enfant onbBaire, les mots que Moa cesse U entend et répèle sont surtout appelés dans ces lectures pour former les idées i jphec le
(il C*tt nifttmt nmt ttfom it l» SoeiAé po*r tVutrmâlbM it^tcJiiAirw qo 'cm Aia ortie N»fi«l>ian. ""-'
IH'S SOl'HDS-MUETS. PAKT. III,CHAP.X. 565
1^ exemple a été suiv^avec la plus louable émulalion. ^ Les ùlévps de M. Watson lui ont la même obligaj, tioa en Angleterre. Ces premières tentatives ne ^^ demandent plus qu'à être cootinuées, complétées, d'apré» un plan bien entendu , et dans des formes appropriées au genre de chaque langue. ( i )
Il faudrait pouvoir se Caire en quelque sorte !tourd-muet soî-ménic. pour devenir un bon auteur de livres destiDés aux sourds-muets, comme il faudrait aiivi prendre leur place quand on veut devenir leur maître, et c'est là ee qui donne un si grand avantage aux sourds-muets instruits, pour devenir à leur tour les maîtres de leurs camarades. Le maître entendant cl parlant qui enseigne aux enlans ordinaires, a été enfant comme eux; il peut se le rappeler; et c'est par ces propres souvenirs qu'il apprendra à se mettre à la portée de ceux qu'il doit instruire : mais il n'a plus le même guide eD s'adressant k des élèves sourds- muets : les sourd»-muet6 déjà instruits peuvent seuls avoir un souvenir semblable. Eux seuls coniiaiftsent pleinement les secrets de cette manière de concevoir par-
(i) 1^ &>Qteii d'admiaUtraiion de l'inttitui royd d» Sottrd»-Hii«l» de Pari*, ■ oITcrt demiiremrat i réwolaiioii de HH. Ici inttitulcur* el da meidaniea lea inatitatricca de cet éubliueiDciil , ce but bien digoe de leur lèle , et a onvarl entre eni un concoark pour la rédaction de leclurca deatîa^ei aui élé*e* qui cununcncent.
Dut suL'Ru&-uijrr8. — VAUT. III, ciup. XI. 56^
y CHAPITRE XI.
kl
y jle fenseignement de ta Grammaire : de ta Nomenclature et da la Sjrniaxe.
'' RiKN ne s'éloigne davantage du grand principe de ' coordination, sur lequel repose essentiellement l'art d'instruite les suurils-rnueLs, que ces nomeiicJature» parortlrit ulpliabélique,que nous voyons subsister encore et être employées dans quelques iafttittits de sourds-muets. La .succession qu'elles établissent entre les ternies étant purement fortaitet ne permet pa.4 de suivre l'analogie des idées; •Iles peuvent introduire le désordi'e et la confusion ilaiis l'esprit. 11 n'en est pns moins utile de «mpprocfaer entre eux les mots dont U formation est semblable, quand ils ont un sens analu^e, afin de faire mieux ressortir dans l'esprit et dans la mémoire, le rapport qui existe entre les conceptioDs, à l'aide de celui qui existe entre les formes dont leur eipressiun est revêtue. Mais, dans le» langues dérivées, cumme la langue frauçaise, on doit se défier beaucoup des étyinologies, empruntées souvent aux langues mortes. I^es radiaux ont pris, dans les combinaisons des idiomes modernsa, uaa valeur nouvelle, et les indications <|a'ell0B.four- Dissent seraient souvent trompeuses, i moins d'être
\ DES SOUnDS-lftJKTS. PART. III, CUAP. XI. 56g
qu'ils rempiissciit dans le discours? N^est-ce pas compliquer sans molif le travail de l'étude, se créer des dilTicultt^s à plai&ir, que de vouloir faire embrasser à In fois , par un esprit encore novice , et tout l'euAcmble du tableau de la pensée , et ses élémciu, et leur corrélation, avec les formes qui les repré^ntcnl dans la langue ! Des autorités imposantes, des exemples depui» long- temps répétés semblent confirmer cette manière de voir. Mais , en y réflécliissant davantage , en considtant aussi l'expérience, on se trouve conduit peut-être il une opinion dififërpnte. I^ nomencbture enseignée d'avance, isolée de toute proposition, n'estelle pas ^quflquc soin qu'on prenne, atteinte d'une aécfaeresse qui ouïra beaucoup au début de l'enseignement , k ce début qu'il importait au contraire d'eDvirouuer de charmes autant qu'il était possible? L'élève ooDcevra-t-il un grand attrait pour l'étude de mots ainsi détachés , dont il ne voit point encore l'emploi , et qui ne sont que des pierres d'attente , lorsqu'on les accumulera devant lui ? Quel serait l'agrément que nous trouverions nous-mêmes dans la lecture suivie des pages d'un dictionnaire , si nous y étions condamnés? el n'est-ce pas une étude semblable qu'on demande au sourd-muet? Ces mots se fixeront-ils bien hAlement et bien fortement dans la mémoire , lor»qu'ils ne se rallacberont à aucun cadre, k aucun ensemble, et n'auront dans res|Mit qu'une cxi»*
nss soriBDS-MtrETS. — pabt. m, ciiap. xi. 571 » substance qui ne soit revêtue de quelque qualité , k aucun attribut qui ne revêtisse aucune substance, aucun objet réel qui ne soil dam tin certain état , I ou qui ne change d'otat , il n'existe également I dans l'esprit aucune image qui, cumnie copie de ; oe tableau extùrîmir, ne renferme aussi la même I orrnibinaison d« sujet, d'attribut, d'existence réelle ^ ou fictive , slabk' ou changeante. C'est donc déjà par une abstraction, que nous séparons la notion dtt sujet, eu lui donnant un signe spécial. Mais, aera-t'clle naieux conçue, arraché*; violemment du faisceau auquel elle appartient? ne luira-t-e!Ic pas mieux, contemplée dans l'intégrité même de la pensée où elle a sa plac«^, éclair**e par le reflet qui lui vient dus autre» notions en regard desquelles elle t'y trouve située 1 En vain nous Toulon» confiner Fcaprit du sourd-muet dans la valeur des substantifs; malgré noas, il achève taeittanent le discours que nous voulions mutiler; en dâpit de DOS méthodes, il conçoit l'idée de l'attribut, de l'action, que nous lui interdisons At nommer; et la proposition que noua refusons à reconnaître existe àè'jà pour lui. Sans doute on ne peut donner à la fois l'interprétation de diacnn des élémens du discours, et il faut bien procéder par le* détails pour arriver à xaisir l'eiMemble. Mais, lorsque l'un de ces termes est déjà compris, combien ne peut-il pas aider k faire comprendre l'autre? C'est ainsi, par exemple, que le mému
k t>ki SOPROS-MUrTS. — PART. III, CIIAP. XI. ^73
tnefuilont il fera usage. Elle servira k rinsUtuteiir |>ûur lui uffrir, d'une manière stable, Ir type de U cuurdÎDatioQ des idées, conçu d'après leur gén^lo^e. et doit le ^lider dans le plan général de son enseignement. Il en détachera successivement les élémens divers, dans l'ordre où ils seront placés, jxiur les faire entrer dans le cadre «lu discours.
■Ce u'esl point assez que l'instituteur trouve dans cet arsenal une provision de noms substantifs: il y doit trouver également un vocabulaire d'adjectifs, de verbes, d'adverbes, classés d'après les même» principes. Il conviendrait que ces quatre ordres de termes, placés sur quatre colonnes. offrissent , en regard les uns des autres, les mol» qui se correspondent, qui appartiennent à la même Camille . et qui ne sont souvent qu'une transformalion mutuelle. Ce serait comme les archives de la langue, on seraient niiiservées les généalogies des expressioDS qui les composent.
Ce qu'il faut au sourd-muet Itii-niéine , ce sont des tableaux synoptiques détachés, dont chacun présente à ses regards une famille tout entière de mots, dans l'ordre suivant lequel ils dérivent les uns des autres. Panni ces familles, il en est de fort nombreuses, que le sourd-muet débutant n'a pas encore besoin de connaitre dans toutes leurs ramifications; il y a surtout des dérivés qui appartiennent quelquefois à des abstractions trop HéK-
I HES SOtHOS-MUtTS. PAMT. III , CHiK XI. 5^5
t- qu'il a nppri.s. et son niattrt! est k portée de juger ) s'il « bîpn conçu la leçon. Quoique ces exercices I paraissent purement gnininiaticaux, iU se combineront parfaitement avec les exercice» logiques I dont nous parlions tout k J'beure (i). En préi>entant k Tt-léve le nom d'uu ohjel, on lui fera parcourir U<s principales qualités qui le caractérisent, les elTets ou \et, habitud«:i qui lui sont le plus habituelles; le^ eflets qu'il produit ou ceux qu'il éprouve le plus ordioaireinent, etc.
IiM loémeit rnutif» qui nous paralMeut devoir fiure rejeter l'unftei^neuient st^paré de la numcu' clature, anlc-rirurenn-nl à iV-tude de la proposiboD, nous senibk-nt coiidainiier, à quelques «égards »uft»i, la pn^féience exclusive que tx^rtains instituteurs donnent, pendant la première période, à l'emploi des propositions éuoncîativea , dans le»quelles le verbe est sert de lieu à uo sujet et k son attribut C^ propositions, quelles qu'en soient la simplicité et l'utilité logique, ne sont cependant que de vraies définitions qui oH'rent peu d'intérêt à l'élève, qui donnent peu de mouvement à l'inatruction, qui ne se lient guère aux besoin^ de la vie active. C'est une erreur des grammairiens, erreur dont Aristote, au reste, il &ut en convenir, a donné l'exemple , et que son autorité a nurtout
(i) foyn ei-danyit, ch*p- IX, page SS-j.
IIÏS SOtJBDS-MUnS. ^ PART, m, CHAP. XI. ll^-J
Fqu'on n'aille pas se bâter de vouloir conjuguer ce " verbe.
f Oe même qu'il faut se borner à adopter, en dé- '^ butant, le cadre de la proposition la plus simple, ' il faut so contenter aussi de présenter d'abord le» '' verbes dans les trois temps absolus de l'indicatif, ' à l'impt-ratif et k l'infinitif absolu. Les autres temps I et les autres modes ne pourront s'expliquer que •^ons la proposition complexe.
I<es propositions complexes peuvent être di!*~ tribune» en deux échelles successives.
La première partira de la proposition à deux termes , admettra d'abord trois termes . le sujet , le verbe actif et le régime d^ct; puis joindra un attribut à chaque substantif, un adverbe au verbe, et enfin appellera des prépositions destinées k marquer les régimes indirects, c'est-à-dire les rapports secondaires qui se lient à Taction.
Comme le verbe et la préposition sont le lien des propositions qui appartiennent à cette première échelle, les conjonctions sont le nœud de la seconde.
Ia seconde commencera par la combinaison la plus simple, celle dont la conjonction et, ainsi que ses analogues, produisent la formation, qui se bornent à associer plusieurs propositions semblables , souvent en abrégeant leur expression commune. I«s conjonctions déduites des corré* lations de temps, de causalité, qui expriment les 3,
type des formes imprimées au discours; qu'ils méditent parmi nous, les écrivains de Port-Royal, fes de Brosse, les Condillac, les Dumarsais,^Ies (SfiB'WailIy ; mais qu'ils étudient surtout leurs élèves, M qu'ils s'instruisent par leurs propres essais. ^ Faisons , avant tout , dans nos idiomes , la part des formes purement arbitraires , qui ne doivent Hen qu'aux conventions , et celle des formes qui mit leur motif et leur cause dans les opérations de ^intelligence, dont elles doivent retracer l'image et satisfaire les besoins. Ne nous consumons point en vains efforts pour donner aux premières des explications dont elles ne sont point susceptibles; mais empressons-nous aussi de découvrir l'esprit dans lequel les secondes ont été conçues, et de le révéler à notre élève; de faire comme lorsqu'on remet un instrument à un ouvrier; de lui montrer le but qu'elles se proposent.
C'est à la grammaire générale que nous demanderons le flambeau qui doit nous éclairer dans cette route, comme la grammaire générale à son tour emprunte à la philosophie celui qui vient l'éclairer elle-même.
Cela veut-il dire que nous devions fonder, pour le sourd-muet , l'enseignement relatif aux fonc* tions des divers élémens du discours et à la construction de la phrase , sur des définitions théoriques; que nous devions convertir pour lui les rt»glps en formules techniques, lui en développer
DES SOt^IlDS-MUETS. PART, lll,CHAP. XI. 58l
de l'esprit , c'est en faisant naître ces vues dans l'esprit, à l'iiide (le circonstances propres à lei délermîmer, qu'on pourra conduire naturellement l'élève à concevoir le motif de ces modifications que subit la langiif . Sans doute, ces inductions seroat fournies À l'esprit pur des exemples particuliers ; mais il ne les tirerait que trop waparfaitement et trop lentement d'exemples étalés seulement sous ses yeux; cvemples muets, inactife, que l'élève ne sifurait iiiteiToger et pénétrer. Il fout plus : il faut que l'exemple se mette en mouvement, que Félève y entre comme un personnage en scène. 11 ne suffit pas ijue YvU'm: lise; il faut qu'il crée à son tour l'application, qu'il soit contraint à la chercher, à la découvrir. Son maître sera en quelque sorte aux prises avec lui, pour lui faire produire, dans Je langage, ce qui est présent à sa pensée, et ce qu'il ne sait pas assez bien y démêler encore. C'est sa pensée donc qu'il faut torturer en quelque sorte, pour lui faire subir la décomposition dans laquelle elle doit se dévoiler tout entière. Cette espèce de joute entre la raison de l'instituteur et l'intelligence de l'élève est ce qui répand tant de vivacité et d'in* térèt sur le Cours d'instruction de l'abbé Sicard; car un y voit la fidèle peinture de la lutte elletnéine , plus encore que ses résultats réduits en doctrine. Nous trouvons d'utiles modèles de ces exercices dans les ouvrages de MM. Wolke.VeDutt, dans la métho<le suivii' à llerlin. et surtout dans
Mite questiou, dont la solution indécise semble lifiacn en deux brandies difFérentes les écolcis de WêêêÛê moets; si notis voulons opter entre ce <le procéder qui réunit pour le sourden un seul et même cours, les deux enseis établis pour l'^ye ordinaire , l'un usuel , r«ilre dassîque, et cet autre mode de procéder consiste à enseigner la langue au sourd-muet à TenCant ordinaire, en deux périodes dts- , la question ne se trouvem-t-elle pas résolue l quelque sorte d'eUenneme par les considéra*tioDS qui précèdent ?
£n effet, si quelques instituteurs de sourds- ■iuets s'étaient crus dans la nécessité de transporter les théories métaphysiques et grammaticales sur le pérystile même de l'instruction élémentaire de la langue , n'était-ce pas parce qu'ils avaient senti que le sourd-muet n'est plus à portée d'accomplir, sous la seule influence du concoui*s fortuit des circonstances, ce long apprentissage qui initie l'enfant ordinaire à la connaissance de nos idiomes, et qu'il faut découvrir pour lui une voie plus directe et plus abrégée? Que cherchait-on lorsqu'on confondait en un seul cours l'enseignement classique des règles et l'enseignement pratique des usages , si ce n'est précisément à faire en sorte que la connaissance exacte de la valeur des mots fut obtenue de prime abord , par la seule énergie de l'exposttion didactique?
iliâlors aussi , la seconde période de l'enseignefitet*, celle qui sera réservée aux élèves qu^attenpHlt pins tard les études scientifiques , sera elleipuie bien mieux à sa place ; elle sera ce qu'elle IJÉt être , une revue analytique et réfléchie des inbructions recueillies pendant la première période ; Ile réduira en préceptes généraux ce qui aura léjjr été compris dans les appKcations.
Dans cette manière de procéder, les deux ensei- ;iiemens successifs n'offiriront même plus un conraste aussi marqué que dans l'éducation ordinaire: 'enseignement pratique empruntera aux exercices isuels des enfans ordinaires ce qu'ils ont de famiier^ de simple , les rapports qui les unissent à la ie active , sans participer au désordre aveugle qui m rend les fruits si tardifs et si incomplets : il !mpruntera d'avance à l'enseignement classique les lirections qui doivent rendre capable de traduire idèlement la pensée, sans se charger des difficulés qui sont propres à Texposition des principes ibstraits. Le premier conduira graduellement au econd , et finira par s*y confondre.
Quand on ne retirerait d'autre résultat , en pro- '^dant de la sorte, que d'accélérer le moment où >ourra commencer pour le sourd-muet l'usage ha- )ituel de la langne, ce serait déjà un avantage très onsidérable. Car, d'un coté, plus on tarde à le aire jouir de cet usage , et plus aussi se confirment es mauvaises habitudes du sonrd*muet, et par
■ DES SOURDS-MUETS. PART. 111 , ClIAP. XII. 687