CHAPITRE VI
Des ressources que peut offrir V emploi tlu dessin
et des estampes.
ApRJ'.s avoir passé en revue les instrumens purement mécaniques qui appartiennent à la première classe, instrumens alphabétiques ou syllabaires^ qui ont uniquement pour objet de rendre au sourd -muet les mots de nos langues, dans une matière et sous une forme compatible avec la privation qu'il éprouve, venons maintenant aux instrumens de la seconde classe, aux instrumens d'interprétation ; c'est-à-dire à ceux qui ont pour objet de remplacer les mots eux-mêmes par un autre ordre de si^^nes, ou du moins de préparer l'adoption des mots de nos langues, eo s'interposant pour les mettre en rapport avec les idt^s.
Cette nouvelle classe d'instrumens se divise ou deux branches, dont l'une comprend les diver>es ressources que l'on peut tirer du dessin , Tautncelles que peut offrir la pantomime.
Jetons d'abord les yeux sur les diverses productions <le Tart du dessin : car les observaliou> qu'elles nous suggèrent s appliqueront ensuite au langage minii(iue^ vi rendront plus facile la so-
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I hilioii des questions que l'emploi du dernier a fait >« WÊÊm. Le dessin et le langage mimique ont éga- * Jiiirm pour objet de retracer et de mettre en sous nos yeux, à Taide de l'imitation, Timage choses que leur éloignem^nt ou leur nature ne lettait pas d'apercevoir.
ïjn plupart des instituteurs de sourds-muets^ védoits à instruire leurs élèves dans l'intérieur dPone salle, et ne pouvant les promener sur la ibèBe de la nature » pour leur fûre observer Ibs objets, ont été naturellement conduits à recourir au dessin, dès leurs premières leçons, pour ntracer les contours des objets sensibles qu'ils n'avaient pas sous la main , et dont ils voulaient enseigner le nom à ces enfians; mais la plupart aussi , se sont contentés de cet essai , et n'ont point prolongé au-delà du début , l'emploi de cette ressource. Cependant Bulwer et Joachim Pascha avaient, dès l'origine, à ce qu'il parait, fondé essentiellement l'art sur un moyen de ce genre , l'un dans sa théorie, l'autre dans sa pratique. Mais le détail de ces procédés ne nous est point connu. Vers le milieu du siècle dernier , le père Vanin suivit cet exemple; mais nous ne sommes guère plus instruits sur sa manière d'opérer. Il parait seulement, d'après le témoignage de l'abbé de l'Épée , et les récits de Saboureux de Fontenay, que les résultats en étaient au moins très incomplets. Kerger, Amoldi, MM. Wolke, Walson,
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séparation ; car il se figure qu'en écoutait et en parlant, nous éprouvons des sensations à peu près semblables aux siennes. Il se fiait une heureuse illusion sur ce qui lui manque. L'adoption socUe est célébrée, accomplie, consommée : le wnli devenu l'un des nôtres.
En s'associant aux entretiens £amilien, pir les deux instrumens dont nous parlons , le sourd-nnuft obtiendra, avec une éducation plus entière, une instruction plus riche. Combien de chosessVippreBnent par les traditions humaines , et comlwen les idées s'étendent y se recti&ent par uneoompvûson sans cesse renaissante avec les idées difièrentes ou contraires des autres hommes? Varier et multiplier les échanges, c'est enrichir Fintalligenoe. La langue elle-même s'apprend d*autuit mieux qu'on en peut faire un usage plus constant et phu rapide; les associations des mots aux idées se consolident et se fortifient en raison de la firéqaenoe des répétitions; la valeur des mots se détemine d'autant mieux qu'ils sont plus souvent empbjés dans des combinaisons diverses.
Ajoutons une dernière considéfatkm qui n'a peut-être pas été assez remarquée,' ou du moins dont l'importance n'a pas été assez sentie Un des grands avantages de la parole, et qui n'appartient qu'à la parole seule , c'est qu'on peut avec elle s'exprimer en agissant , non seulement »*i« être en rien détourné de l'action accomplie, mais aaoon-
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tnîrey en liant la parole à Faction. Voilà ce que le aourd-muet obtient aussi, en apprenant à prononcer et à lire sur les lèvres. Quel grand et solide moyen if instruction élémentaire que cet emploi du lan* ipige, qui peut concourir avec les actions réelles et oïdinaires de la vie, les accompagner, les précéder, «n devenir le moyen ou le résultat ! Dans ce mé* lange des paroles aux actions , l'élève est animé d'un intérêt beaucoup plus vif et plus puissant pour bien concevoir; il subit une épreuve beaucoup plus décisive pour juger s'il a bioi conçu : les idées s^ezpliquent par les actes ; elles prennent un caractère positif : les termes se définissent par leurs effets; ils deviennent de véritables instrumens de l'industrie ; ils ont besoin d'être , comme ceux-ci , ezahés et appropriés à leur objet. Les entretiens qui se mêlent aux travaux , aux jeux mêmes , forment un véritable enseignement, où tout atteint nécessairement son but, dans lequel l'erreur est ou prévenue ou corrigée, où Tinstruction sortant de la vague région de la curiosité, prend des racines profondes. Les faits deviennent caution du discours. I^'intuition est plus claire; les souvenirs ont plus de consistance.
Ce n'est pas tout encore, et il ne faut pas oublier que l'éducation de l'homme se continue même après qu'il a quitté VécSole et lorsqu'il est séparé de son maître ; qu'elle se continue dans le monde , fiendant le cours entier de la vie; que cette seeonde
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occasion où le besoin de l'enseignement le rendn nécessaire. On ne conduira point à l'objet par sod dessin ; mais , par son dessin , on rappellera l'objet connu. Le besoin peut s'en faire sentir à diaque instant, pour vérifier et confirmer les significaCioiis déjà données , et pour en tirer les oonaéqaeaoes : alors le nom de l'objet inscrit sur la plandie noire ou sur le papier, à côté, à l'entour de l'image , an milieu même de l'image, s'il se peut, s'incorporera avec elle; le nom et l'image, mariés enaeinble, tracés de la même main, sur la même surfiioe» dans le même plan, avec le même instrument et la même matière, contigus l'un à l'autre, s'unissent intimement devant le regard, et s'uniront aussi étroitement dans le mémoire; ainsi que nous l'avons déjà remarqué , le mot écrit subsiste, comme une sorte de vestige de l'image dleméme , alors que le dessin a disparu.
Si nous cherchons, en rentrant en nous-mêmes, à nous rendre compte du mode sous lequel les images des objets absens apparatssenl à notre esprit , nous remarquerons que c'est généralement par celles de leurs qualités sensibles appartenant au domaine de la vue , qu'elles se représentent à notre pensée ; ce qui s'annonce assez par la dénomination d'image que nous donnons à ce genre de phénomène* : celle iVitlée a aussi une origine semblable. Nous disons également que les objets se peignent dans notre entendement. Or, parmi les
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le Biène, conunè la pensée : c^est un édio esiérieur ^fn redit les sons, pendant que Tédio intérieur de Mme redit les sentimens ou les idées. Cette identité 9e l'expression aide singulièrement à retrouva ndentité du sens : on se comprend mieux; on fcit plus que comprendre; les esprits se confon» dent presque Tun dans l'autre. L'intimité de ces relàticms ne peut exister pour le sourd-Htnuet, perce que les deux instrumens qu'il emploie tour à tour sont trop étrangers l'un- à l'autre.
Remarquons d'ailleurs qu'il est un asses grand nombre de sourds-muets dhez lesquels l'organe de la Toix ne peut point acquérir, ou n'acquiert du moins que très faiblement la souplesse et la mobilité nécessai^ pour l'articulation.
Ceci nous conduit à une observation essentieUe , rdativement à la marche de Fart
C'est par l'exercice et par l'action que les organes se développent ; cet exercice et cette action lui sont nécessaires surtout dès le premier âge; il importe donc de commencer de très bonne heure sur l'enfant atteint de surdité , l'essai des procédés qui lui apprendront i articuler. Plus on tardera , et plus l'organe de la voix contractera l'habitude de Tengourdissement ; la langue deiyeurera épaissie, embarrassée; et, d'après une observation faite plusieurs fois , elle n'acquerra pas même son volume ordinaire ; le jeu de toutes les parties ne s'exécn* fera plus avec la même facilité.
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qu'il a vu, à le considérer avec suite, à décomposer un tout en ses parties. Dès-lors il classera les objets d'après leurs analogies, les opposera par leurs contrastes; il pourra se former une sorte de galerie distribuée avec ordre; ces exercices le disposeront à mieux saisir la propriété essentielle de nos langues, celle qui en fait de véritables médiodes de classification. C'est un genre d'influence qui manque à la pantomime essentiellement mobile, et dont les signes ne se déploient que d'une manière successive.
L'emploi des figures dessinées et gravées, pour renseignement de la nomenclature de la langue . lorsqu'il s'agit seulement d'expliquer les noms des objets visibles qui se caractérisent par des formes simples, est trop bien indiqué de liû-mème pour donner lieu à aucune observation. Alais déjà cet instrument demandera des combinaisons plus difficiles, lorsque les caractères essentiels des objets reposeront sur des propriétés d'un autre ordre. Cependant, on peindra encore le monvemenr, on peindra les qualités qui se dérobent au regard, par leurs effets ou par leurs causes, si œuz-ei peuvent s'offrir du moins sous un costume que le crayoo soit habile à imiter. C'est ainsi qu'il nous bit concevoir et l'ardeur du feu et la chute du torrent. Mais c'est lorsqu'il s'agit de franchir les limites du monde matériel, que l'instituteur, quoique possédant encore , dans l'emploi du dessin , de grandes
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ressources, y rencontrera cependant aussi de graves dangers , et «]ue toute sa sagacité deviendra néiire pour tirer parti des unes, sans s'exposer c autres. Loin de nous la pensée de refuser aux s du dessin le pouvoir de servir d'organes cerns et vrais aux phénomènes de l'ordre intellecpel et moral! Se^ chefs-d'œuvre, qu'ont enfantés j ciseau du sculpteur et le pinceau du peintre, seraient ta pour nous démentir. Ils peuvent peindre l'attitude de l'homme, ses actions; ils peuvent rendre la vie à sa physionomie, comme à toute sa personne; ils peuvent donc représenter ses sentiinens et ses pensées, à l'aide des expressions que leur donna la nature elle-même. Us feront plus encore : ils atteindront à un idéal que la réalité n'offrit point à nos regards, quoiqu'il nous soit permis de le concevoir; et, de même que de tous les traits épars de la beauté , ils composeront une tète céleste; dans les expressions de cette tëte, ils feront respirer aussi une paix, une majesté presque divine. Sans doute nous ne nous flatterons point de faire comprendre au sourd-muet encore novice l'Apollon du Belvéder, ou la Communion de saint Jérôme; mais oserioDS-nous lui enseigner, lorsqu'il n'n point encore réfléchi sur lui-même, les termes de nos lances qui expriment les plus profonds secrets de l'esprit et du cœur ? Il faut qu'il soit devenu capahie de remarquer ce qui appartient aux modifications intérieures de son âme, pour lui en
ni, toujours un certain vague , et ne parmt. guère ^au tdegré de précision que de* bjl!inttrpr6tatioadea termes de nos langues^ <)lie peut-on deinander aux arts du dessin I bien >p€tit nombre de définitions pour rmes^l|in appartiennent à rordi*e des senti- »jaK>rata, et bien moins encore pour eeux ippartieiinent à' l'ordre des notions intellect Qii» JMi qa*on s^lève dansiréchelle des absipis^déaque les idéesrse compliquent par ides maisons ^ariées^ Je&mrts du destin n'ont pins ^lation exacte avec les objets qu'il s'agit de concevoir. C'est alors qu'ils recourent du s aux allégories , aux symboles , aux fictions ^us genres ; l'imagination ne leur en refuse : ; elle a osé peupler de ces créations hardies amp de la morale ; elle a osé , dans l'enfance science, les fiûre servir d'emblèmes aux phébnes et aux lois de l'univers ; elle a porté la rite jusqa'à les introduire dans l'ordre méfne refîtes religieuses. Ici le danger serait, pour urd-muet , d'autant plus sérieux que , moins oit encore , l'élève serait plus accessible à YiU n. li>in de lui rendre sensibles les notions séureê qu'on espère mettre à sa portée , dn les srait pour la vie, dans leur essence même, d'élever sa pensée i la région intellectuelle, lelérialiserait pour lui , et on avilirait ainsi ce e héritage dont un jour il doit entrer en pos-
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sens des prépositions dans le discours. De même qu'an peul figurer tour à tour un autmal gras ou noigre.un arbre petit ou grand, etc., on peut I dunger la position respective de deux corps, P>-.M6 directions marquées au mouvement, ce qui Itepliquera les mots avant, après, vers, à, de, etc. Hfe fonction peut s'étendre encore à représenter p un proposition entière , et à faire en même temps anatj'ser ses élémens constitutils : car on pourra peindre une action, signaler les divers personnages, l'aulvur. les témoins, l'eFTet produit, l'inslruinent qui »ert à le produire, la matière qui y e»t employée, les circonstances qui la modifient ou qui l'accompagnent. L'institiiteur fera lire dans une estampe, mot à mot» les phrases suivantes: /? loup mange fafjneart , /*■ hiicherrtn coupe le bois avec ta hache. Ces descriptions s'arrêtent en présence des pures conceptions de l'esprit, lorsqu'il s'agit d'exprimer ou les rapports qui existent entre les idées, ou ceux qui s'établissent entre les mouveinens de la volonté et les opérations de t'esprit. Cependant , quelles ressources ne peut pas se créer encore le génie de l'instituteur, même pour l'explication des termes de nos langues qui expriment seulement une manière de concevoir , lorsque H. Bébiau a su emprunter aux esUmpes un procédé assez ingénieux pour faire comprendre le but de l'article ^et la transformation que subit, dans le substantif absti-ait , la notion de la qualité!
pnrm lui donner Viêée de plantes, d'animaux, ^Éli inniini , ^'il n'aurait point encore aper* pL^BitDtôt le oevcte da Finstruotion s'étendra i il rhorome ^ k société ; les principaux ii& de Fl^îs^râ^ se dérouleront comme ma une» sorte de galerie ; les saintes vérités de la orale seront ense^éea di^^ eoLemples, avant être rédigées en préoeptca^ tas p^odoctions du BÉipD enseigneront à notre élène les divers ra^ arts qui le Hent à sesaemblabhs. Le genre dévie M'ies élèves réunis mènent dans les instituts per^ let si peu d'excursions au dehors, et entraîne ne telle uniformité, qu'on ne peut attacher assez B prix à promener du moins leur attention sur sa scènes fugitives qui peuvent leur retracer par rance les détails du monde réel dans lequel ils oivent vivre un jour. Tâchons de les préparer insi aux relations qu'ils doivent avoir avec les hoses, en même temps qu'aux communications u'ils doivent avoir avec les hommes ! ne néglieons rien pour les garantir de cette tendance naurelle qu'a l'enseignement à se convertir en un aio appareil de formules !
Si nous pouvons puiser dans l'emploi, du dessin \es secours favorables pour les méthodes d'intuiion , nous lui emprunterons encore une influence Doins positive, moins directement liée aux intérêts le l'enseignement, mais asses puissante « fcepenrlant, sur les secrètes opérations de l'esprit. Ifoiis
W ors SOtmoS-MUKTS. — PAKT. III, CHW. VI, 44'
son esprit, lui causer d'aimables illusions , te jeter, s'il se peul , dans de douces rêveries ! A celte ]>relaiére poésie , à cette poésie adolescente qui , quoique empruntant le langage des beautés seaaibit» , les ennoblit , les épure , et sait déjà retentir L/^ns notre àme, viendra s'associer bientôt une K poésie plus relevée; celle qui, s'adressant directe- ^ meut à l'âme, emprunte l'éloquence des aHections, et puise ses charmes aux sources sublimes de la TÎe momie. Les arts du dessin n'out-ils pas aussi le pouvoir d'évoquer ces beautés invisibles? Le sourd-muet, à mesure que son cœur s'éveille et commence à battre pour de nobles sentimens, ne commencera-t-il pas à comprendre ce langage? sa pensée ne viendra-t-elle pas se rencontrer avec la pensée de Tartiste ? ramenons-le alors , ramenonsle de nouveau dans les galeries où régnent les chefs- d'ceuvre de nos arts! que ces admirables productions soient pour lui comme autant de |>oëmes dont la présence viendra émouvoir toutes les puissances de son âme! Il ne lui est plus permis que de voir; mais du moins il lui est encore donné de voir. Tirons donc pour lui, des jouissances delà vue , tout ce qu'elles peuvent lui donner de bonheur, de jeunesse, de force, de facultés nouvelles ! cai-, c'est toujours pour donner eu nous un nouvel essor à l'être moral , que te bonheur nous est accordé, dans les bienfaisantes- dispensations de la Providence.
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cours; les objets devraient être classés avec ordre, réciproquement éclairés par leurs similitudes ou leurs contrastes. L'exécution en6n devrait être asMK nette, assez précise, pour ne laisser jamais aucun vague sur la véritable idée qu'elle devrait hàn concevoir, pour la déterminer également et la détacher de celles avec lesquelles elle pourrait se confondre.
I^ variété des nuances donnerait quelquefois, lion seulement plus de vérité aux images, mais ries expre^ions nouvelles dont on pourrait tirer quelques valeurs.
En regard de chaque gravure, on placerait les mois de nos langues qui expriment les mêmes idées et les formes grammaticales qu'il s'agirait d'expliquer, de manière cependant à ce qu'on put auaai voiler Tun ou l'autre terme de comparaison auK yeux de l'élève.
Ce ne sera point, encore assez pour l'Instituteur de sourds -muets d'avoir à la main un recueil semblable: nous voudrioos, avec Arnold! , qu'il sût dessiner lui-même, avec habileté et promptitude, pour ^e, dans roccurrence et suivant le besoin de son enseignement, il pût placer sous les yeux de ses élèves, une explication visible de œ qu'il voudrait leur fiiire entendre. Témoins de son travail, les élévfcs prendraient encore nn intérêt phis marqué à l'objet de la leçon ; l'attente pxcilerait leur curioûté; le développement pro-
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flaii-1 l'emploi des peintures même les pins fidèles. Celte prodigalité entretiendrait dans l'esprit une aorte de mollesse, en le retenant dans l'oisiveté et dans des habitudes puériles. 11 ne faut pas tonjours montrer les choses; il est nécessaire aussi d'exercer à les concevoir. Il ne faut pas toujours exposer tous les détails; il est nécessaire d'apprendre à les suppléer. i.es yeux ne doivent pas usurper sans cesse les fonctions de l'iniagiDation et de la mémoire. I/enseignement de la langue demande aussi que les mots, encbatoés entre eux, s'expliquent les uns par les autres, et se renvoioit réciproquement !a lumière. C'est surtout l'enfance de la raison qui a besoin de ces secours : mais, à mesure que l'esprit de l'élève se fortifie et roûrit , l'instituteur s'imposera une réserve et une économie toujours croissante dans l'emploi de ces procédés figurati£i.
11 n'est pas besoin de faire remarquer que l'emploi du dessin est nécessairement limité aux leçons pendant lesquelles se donne une instruction ré^lière ; qu'il ne peut concourir à cette autre instruction familière qui résultera des entretiens suggérés par les circonstances. C'est ici que la pantomime viendra heureusement en suppléer, en étendre l'usage.
On pourrait se demander cependant s'il ne serait pas possible, pour rendre à l'emploi du dessiit, dans l'instruction du sourd-muet, ces facilités qui
lui manquent , de le délivrer de la lenteur d'exécution, des savantes études, de Tappareil qu'il exige, de le réduire à un simple trait rapidement esquissé, d'en faire ainsi une sorte d^écriture parlante aux yeux, telle que sans doute fut œlle des Chinois à son origine, tels que furent les hiéroglyphes : ce serait tout ensemble et un dessin ébauché, et une écriture idéographique, qui conserveraient quelque vestige de l'imitation primitive.
Sans doute une création de ce genre serait possible , s'il existait un peuple de sourds-moets qui vécût à part, ayant ses institutions, ses OMKurs, son langage. Cette création lui serait utile, éroinenunent utile; elle serait celle qu'il Eiudrait lui donner : elle remplacerait avec aisantage pour lui notre écriture alphabétique ; les analogies méthodiques qui pourraient y présider, lui donneraient même un caractère philosophique qui manque trop k nos idiomes.
Maïs il ne faut jamais perdre de yue que c'est au sein de notre société, que le sonnUpuet est appelé il vivre; que c'est à cette société qa'îl doit être rendu , pour s'unir avec elle par les rapports les plus intimes. L'écriture alphabétique art celle qui est adoptée pour le commerce de cette aociilé : quelque incommode qu'elle soit pour le aourdmuet, il doit donc l'accepter telle qu'elle est Uae (Triture figurative, faible vestige d'un devin û
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irfiit, ne hii readraît aucun service pour ses ^tioiis Jtvec les autres honnnes. Les produeticms l^i^kssin adoraient donc perdu pour lui la prolété qui en fusait un instrunient d'intuitibn^ toaaoqpiérir celles qui en pourraient faire un in» hnnent de communication. Au lieu de oes images fisQiles qui devaient guider ses premiers,pas,:il y ireirouverait plus que dest raablèmes énigmaqoesydont le sens aurait besoin d^tre fixé^^pour !S «iourds-niiiels eux-mêmes, par déstconvMidns expresses; il ne serait fuère en >état'd'japrécier ces analogies abstraites cl lointainefty ni seules y présideraient encore. Phis on aurait lerché à simplifier les formes , plus les analogies rimitives s^effaceraient et deviendraient difficiles saisir. Ces débris des figures dessinées ne pourlient d'ailleurs servir à peindre un ordre d'idées , jquel les figures entières ne pouvaient elleslémes atteindre. Ainsi ce langage philosophique e pourrait servir d'organe aux notions dont la hilosophie se compose, et rendrait obscures les lées sensibles, sans rendre accessibles les idées bstraites. Les tentatives aussi hardies que maleureuses de Wilkins et de ses émules, récemleut renouvelées encore par MM. Demaimieux et ^olke , ont confirmé , par Texpérience , ce qu'il X facile de démontrer â priori ^ que les notions roduites par une longue suite d'élaborations de intelligence, ne pouvant être représentées idéo-
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pourra lui donner fidée d« plantes, d'animaux, d'iiulrumens , qu'il n'aurait point encore aper^ çus. Bientôt le cercle de l'instruction s'étendra : il efnbni»»era l'homme ^t la société; les principaux événeiot^ns de l'histoire se dérouteront comme dans une sorte de galerie; les saintes vérités de la momie seront enseignées dans des exemples, avant d'être rédigées en préceptes; les productions du douiii enseigneront i notre élevé les divers rapports qui le lÎÉtnt à ses semblables. Le genre de vie que les élèves réunis mènent dans les instituts per- »«t &i peu d'ûxcuruuutt au dehors , «e entraîne une telle uniformité^ qu'on ne p^it attacher assez de prix k promener du moin» leur attention sur oea acènei fugitives qui peuvent leur retracer par avance les détails du inonde réel dans lequel îU doivent vivre un jour. Tichons de les préparer ainsi aux rdations qu'ils doivent avoir avec les choses, en iDéroe temps qu'aux oummunicatioDs qu'ils doivent avoir avec les hommes ! ne négligeons rien pour les garantir de cette tendance naturelle qu'a l'enseignement ji se convertir en un vain appareil de formules!
Si nous pouvons ptuser dans l'emploi, du dessin fies secours Êivorables pour les méthodes d'intuition , nous lui emprunterons encore um infioenoe moins positive, moins directement liée aux intérêts de l'enseigneiDent , mais assex puissante, cependant, sur les secrètes opérations de l'esprit. Nous
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L'instituteur peut rectifier ces mêmes signes, mais sans en altérer la nature. '
L'instituteur peut les grouper, pour en former de nouvelles scènes complexes et descriptives.
Enfin l'instituteur peut instituer lui-même à son tour de nouveaux signes mimiques élémentaires, soit pour enrichir la nomenclature de ce langage , soit pour lui donner les annotations grammaticales qui lui manquent.
Parcourons rapidement ces quatre ordres de signes, pour nous rendre compte du mérite de chacun, de l'emploi qui peut en être &it, des avan* tages et des inconvéniens qui peuvent j être attachés, suivant la partie de l'enseignement ou la classe d'élèves à laquelle on prétend en appliquer l'usage.
La plupart des controverses ne sont nées peutêtre que de ce qu'on n'a pas assez distingué , soit ces quatre ordres de signes , soit les applications spéciales que chacun d'eux doit obtenir.
Les gestes remplissent, dans renseignement de la langue, pour un enfant encore au berceau, uo rôle nécessaire et plus considérable que nous ne le supposons : ils servent à imposer les premiers noms aux objets. Car il faut, pour établir la convention en vertu de laquelle ces noms sont imposés, avoir déjà un moyen de s'entendre; et, quoi qu*oii endise* nommer im objet, ost, (Mitre l'enfant et sa nour-
rice, une vraie convention, dont la nourrice fait kl proposition et les avances. Mais ils sont protûpte- Élent d[>andonnés , dès que la provision des mots «oqais suffit pour établir une première voie de communication entre l'enfant et ceux qui Tentoulent. Le même moyen se présente , également nécessaire , mais plus considérable encore , au début de Tinstruction des sourds-muets. L'élève ici arrive pourvu d'un riche appareil de signes. C'est un avantage dont tous les instituteurs ont dû être lîrappés, qu'aucun d'eux n'a eu garde de négliger : ils sont unanimes sur la convenance de s'emparer de cet instrument déjà confectionné , et qui fournit une base si large pour les conventions futures. Biais s'est-on bien défini la vraie nature du secours qu'on en peut retirer? a-t-on déterminé la juste mesure dans laquelle il doit être renfermé ? a-t-on suffisamment examiné et comment on peut ou quelquefois en abuser, ou le rendre plus utile?
Dès que le sourd-muet possède un signe pour représenter un objet, il n'est rien déplus simple, pour lui enseigner le mot correspondant de nos langues artificielles, que d'associer ce mot et ce signe l'un à l'autre. Si donc le sourd *muet avait des signes semblables pour toutes les idées que les termes de nos langues expriment, Tart se réduirait à une suite de traductions. Voilà le premier genre de secours qu'on peut tirer de cet instrument. En obtient -on, en effet, tous
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les avantages qu'on en pourrait attendre? Nous sommes loin de le penser. Dans un institut où le sourd-muet reçoit un enseignement collectif, il n'est même guère possible de laisser à Télève la liberté de produire toutes les ressources qu'il possède. Car la plupart des signes dont il est pourvu lui sont spécialement propres; ils lui sont individuels; il doit donc bientôt les abdiquer; il £aut qu'il entre, dès le premier jour, dans les voies communes. Le maître est plus empressé de lui montrer, que de l'interroger. Dans les instituts même où le langage mimique sert de base à renseignement, ce sont des signes nouveaux, en usage dans le commerce général de rétablissement, qui viennent remplacer ceux que l'élève arrivant avait apportés avec lui. 11 s'opère donc, pour lui, une double traduction : celle de sa pantomime particulière en celle qui est commune à ses camarades; celle de la pantomime commune en la langue qu'on lui enseigne. I^ première de ces deux traductions , il est vrai , est aussi facile que rapide; on s'en aperçoit à peine. De plus , TinsCituteur peut retirer de la provision de signes apportée par son élève, un second avantage non moins conûdërable que le préa^dent, moins apprécié, toateiMy d bien moins mis à profit : c'est h lumîiii ^fM aurait à puiser dans ces témoignages Thnupt pow pénétrer dans le cœur et l'esprit de l'^lèlMittii^ mais confié à ses soins, et qu'il lui ettwk^tl0jill0kkiê
ée bien connaître. Les signes propres au sountnoet, lorsqu'ils sont le produit de sa création in^dnrîduelle et spontanée, produisent en relief^ mettent en scène tous les secrets de l'état intellect toel et moral auquel U est parvenu , secrets ignojnés de lui-même , et dont en vain on lui demanderait compte. Us nous offrent l'image et la garantie tout ensemble , des dispositions du sourd-muet , la mesure de sa capacité présente. Avec eux, nous dresserons l'inventaire des idées que le sourd-muet a déjà acquises ; nous découvrirons par quels liens ces idées s'unissent entrS elles, sous quels rapports l'enfant a considéré les objets, les déductions qu'il a su déjà concevoir ; nous découvrirons la marche et la tendance de son esprit, et ce qui constitue sa manière de penser , en tout si peu semblable à la nôtre. Pour recueillir toutes ces lumières, les signes qu'il faut consulter , ce ne sont pas , comme on le voit, ceux qu'il acquiert par des échanges, dans l'institution où il vient recevoir un enseignement collectif : ce sont ceux qu'il possédait en y entrant. Ce qui nous porte à penser qu'on n'a pas pris encore assez de soins pour les noter, les observer, les enregistrer, c'est qu'aucun recueil de ce genre, quoique bien propre à piquer la curiosité, n'a été publié jusqu'à ce jour.
Il est un troisième avantage dont le prix sera senti par les instituteurs exercés à connaître les vrais ressorts dont dépend le succès de l'enseigne-
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ment : c'est qu'à l'aide des signes dont le sourdmuet est Fauteur, on peut, dès le débat, lui faire prendre une plus grande coopération à sa propre instruction; on l'appelle à agir, à se produire; on le met en scène. L'élève alors vient au-devant de son maître ; il questionne , et on lui répond ; c'est lui qpi demande les mots, plutôt que ce n'est l'instituteur qui les donne.
Pendant que ce concours actif, par lequel il coopère à l'enseignement , excite l'élève , renoourage, l'adoption de sou propre langage par le maître qui le reçoit , lui* inspire envers celui-ci bien plus de confiance : il sait qu'il en est mieux compris ; il s'établit entre eux des rapports plus intimes. L'un s'ouvrant à l'autre avec on plus entier abandon , obéit en retour avec moins de résistance et moins d'efforts, aux directions qu'il en reçoit.
Ces quatre genres de secours se présentent, comme on voit , dans la première période de l'éducation du sourd -muet; mais ils lui sont spéciaux; ils cessent à peu près avec die. L'utilité qu'on peut trouver à eu conserver l'usage dans les périodes subséquentes, dépend d'un autre ordre de considérations. Ici , nous devons étudier , eiaminer jusqu'à quel point leur emploi habituel peut contribuer au double succès des opérations de l'esprit et à l'étude de la langue; nous devons pénétrer par conséquent dans les propriétés qui tériscnt la pantomime comme un système de sij
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Oq ne saurait attendre sans doute du langage inique institué par un pauvre sourd-muet livré les seuls efforts , une régularité , une exactitude li suppose, soit des observations faites avec in et méthode sur les objets qui l'entourent, it des réflexions profondes et délicates sur ce li se passe en lui-même. Mais, moins il peut ettre d'art dans cette création , plus on se flatte ^ le trouver du moins fidèle aux indications de
iiatore. Cette attente pourrait bien n*étre pas itiérement satisfaite.
Le langage mimique institué par le sourd-muet >lé, est en partie le produit de la nature, en urtie celui des circonstances. Tout ce qu'il doit à tte première origine aura un caractère universel
constant : ce sera un langage fondé sur l'intuion elle-même. Tout ce qu'il empruntera à la semde origine sera fortuit, par conséquent mobile, icertain , spécial ; ce sera un langage fondé uni- Liement sur l'habitude particulière à celui qui emploie.
Faisons la part de ce qui doit être rapporté à ss deux origines.
Il y a trois ordres d'élémens dans la pantomime :
IjC premier comprend ces phénomènes extéeurs répandus sur nos organes, par l'effet sponiné des phénomènes intérieurs de l'âme; il com^ rend l'attitude , certains gestes involontaires , expression générale des traits, celle qui se peint
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sur le fronl, se dessine sur les lèvres, mais surtout cette indéfinissable vertu du regard qui semble ouvrir le passage aux rayons qui s'échappent, en trails rapîàesy du foyer de l'intelligence. Ces sifmes fureot des signes, avant même que celui qui les prtKluit songeât à leur donner ce caractère. Ils appartiennent en entier à la nature ; car ils sont fondés sur les lois de notre organisation elle^ même; ils révèlent notre pensée à notre insu, et quelquefois même contre notre volonté réflédiie. Mais ils ont, en général, quelque chose de vague et d'indéterminé ; il est rare qu'ils rappellent une idée spéciale, précise, circonscrite : ils expriment plutôt une disposition, une émotion, un sentiment, qu'une conception proprement dite.
I^ second ordre d'élémens comprend une espèce de copies que la pantomime peut exécuter, en s*em* parant des formes et des mouvemens qui appartiennent, soit aux objets, soit aux actions , lorsqu en effet les uns et les autres se caractérisent par des formes et des mouvemens que les gestes peutent imiter. Ici la réflexion commence déjà k prendre ime part dans l'institution du signe; ce signe a êtt* choisi à dessein : il a fallu observer, imiter, avec Tintention de se faire entendre. Cependant on peut dire que ce langage est en quelque sortr suf;<;rré par la nature, puisque c'est elle-ménif qui a pliiir on nous Tinstinct de l'imitatioii : îl est d ailU^urs on partie autorise* par la nature, entant
du moins que l'imitation sur laquelle il repose a,?emprunté ses modèles à la réalité, et en tant i que les formes ou les mouvemens qu'elle a dans la réalité, sont bien en effet les cajmclères généraux et constans des choses. Mais «e second ordre de signes est en partie aussi le produit des circonstances : car, entre les mouTeinens et les formes qui pouvaient être imités, il est fieut un choix; ce choix, souvent irréfléchi, fiait au hasard, dépend de l'aspect sous lequel un objet s'est offert, des dispositions dans lequelles se trouvait celui qui l'observait, du lieu, du temps, des accessoires; souvent même ces formes, ces mouvemens, n'appartiennent point eu propre au modèle de la prétendue imitation : quoique fidèlement copiés, ils ont été saisis d'après un accident passager. Les copies qui constituent cette espèce de signes sont nécessairement incomplètes , et d'autant plus incomplètes , qu'elles sont plus simples et plus abrégées ; car l'imitation de la pantomime n'a de pouvoir que pour reproduire une portion très limitée des propriétés des objets.
Ije troisième ordre d'élémens, enfin, comprend les métaphores : c'est celui à l'aide duquel la pantomime cherche à faire supposer et concevoir, du moins, ce qu'il lui est refusé de peindre par l'imitation. C'est ainsi qu'elle fait concevoir la cause , par son effet ou son instrument , le tout par ses parties, rantéccdent par le conséquent, le contraire
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I quoique avoués par la nature, demeurent encore I inooiDplets , et dont la signification ne s'achève g qu'svec le secours d'une réflexion très attentive. ou d'une certaine habitude, ou de quelques accessoires propres à l'expliquer. Nous avons des ^nemples connus de ces deux genres de signes mi- ■■iniques. Nous retrouvons le premier dans les gestes qu'un voyageur emploie pour se faire comprendre dans un pays dont la langue lui est inconnue ; nou& les trouvons dans ces scènes de pantomime qui sont quelquefois exécutées sur nos théâtres. Nous observons coottouellement le second, dans le ftébit des orateurs, des acteurs, dans les gestes qui accompagnent le discours chez les gens du peuple, et les paroles chez les personnes à imagi- ■Mtion vive ou animées d'une passion forte. Le premier genre de signes s'exphque subitement, et par lui seul : le second ne peut que servir de cortège k la parole; il s'identifie avec elle; il l'anime, comme il en est éclairé; il la commente, pendant qu'il est à son tour interprété par elle. Que si la pantomime, alors même qu'elle est avouée par la nature, n'a souvent qu'une valeur incomplète , qu'un effet incertain ; si elle a souvent besoin alors d'être achevée par le discours , que sera-ce de celle qui n'a son origine que dans tes circonstances, ou du moins qui a, dans les ÔKonstaoce» , sa source principale? Ce sera un langage plus ou moins arbitraire , dont 1a valeur
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5*. Il est souvent indéterminé : car le caractère jfaàf dans un objet, a frappé le regard de l'inven- Ipr, peut bien n'être pas spécial à cet objet , ou pfi^nir également à d'autres.
•• jS^. n est ordinairement plus propre à frapper ilDagination qu'à éclairer l'esprit : car les obserptions dont il est le fruit ont été inévitablement rèft superficielles ; et les traits qui auront été saite dans un objet appartiendront plutôt à ses apifo^nces sensibles, qu'à ses propriétés réelles et xmstitutives.
7^. Le dictionnaire du sourd - muet sera très lauvre : il ne peut avoir plus de signes qu'il n'a icquis de connaissances, ou fait de réflexions sur ui-méme.
8*. Ce dictionnaire ne formera point un ensemble systématique : il sera sans méthode, sans ^lan; il ne sera point composé d'après un ordre constant cl'analogie.
9®. Le langage mimique du sourd-muet est peu malytique : la pensée n'y est pas décomposée en »es élémens; les propositions sont représentées par LUI seul terme.
Une extrême ambiguité doit donc rester empreinte dans la nomenclature mimique que le K>urd-muet s'est instituée, surtout aux yeux de :eux qui, ne vivant point avec lui, ne peuvent k'étre associés à ses habitudes. Les imitations seront incomplètes, les métaphores équivoques, les
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associations arbitraires ou fortuites. C*est en effet ce que confirme l'expérience journalière.
Le langage mimique du sourd-muet a certainement sa syntaxe : car souvent il exprime un tableau, en détaillant successivement les diverses parties qui le composent. Mais cette syntaxe ressemble plus à la combinaison qui produit nos périodes , qu'à celle dont résultent nos propositions. Elle est d'ailleurs très imparfaite, sans lien grammatical. L'ordre et le concours des scènes y marquent seuls leurs fonctions.
Dans cette syntaxe, l'inversion prévaudra toujours : car notre ordre direct de construction se fonde sur des rapports métaphysiques que te sourd-muet ne peut soupçonner. La mardie que nous appelons inversive est celle qui s'offre la première , celle que suggère l'élan de Fimagination , lorsque seule elle préside encore au langage, il en est, à cet égard, du sourd-muet comme des enEans, comme de tous les peuples dans le premier âge de la civilisation.
Cette syntaxe sera fort elliptique : car le sourdmuet, peu exercé aux communications du langage, suppose que ce qui lui suffit à lai-même^ pour ra|v peler tout l'ensemble d'im tableau quiini est fiunilier, suffit pour le représenter aux antres.
I^ syntaxe propre au langage du sourd-mnel est donc aussi éloignée qu'il est possible des conditions philosophiques, et cela devait être ainsi.
Les imperfections que nous venons de signaler dans le langage mimique que le sourd-muet livré àtloi-méme a pu se créer par ses seul^ efforts, inotrent assez combien il serait peu utile de le con- Mnrer, sous cette forme, au-delà de la première péilode de son éducation ; elles font découvrir aussi in réformes que ce langage doit subir pour de- 'venir , dans l'instruction , un instrument favorable. Mais il faut se garder, en corrigeant, de dénaturer 09 langage, de lui faire violence, de lui enlever sa physionomie originale. Il faut aussi, autant qu'il est possible, conduire le sourd-nniet à le rectifier de lui-même, plutôt que de donner la réforme toute fiûte. C'est en conduisant Vélève à mieux observer, à mieux réfléchir, qu'on lui fera achever et perfectionner son ouvrage ; en apprenant à mieux voir, à mieux se rendre compte de ce qu'il a vu, il apprendra naturellement à en donner une peinture plus fidèle. Ainsi rectifiés, les signes mimiques du sourd-muet redeviendront plus conformes à la nature, qu'ils ne l'étaient à leur première création. Ce n'est pas le seul exemple où les ouvrages de l'art sont plus fidèles à la nature, que ceux de l'irréflexion et d'un aveugle instinct qu'on prend pour l'inspiration de la nature elle-même.
Ainsi rectifiés, les signes mimiques pourront rendre deux sortes d'office à l'intelligence : ils favoriseront, à quelques égards, l'intuition; ils porteront dans l'imagination un principe de vie.
primer leur valeur; ils seront connue le coin à Taide duquel sera frappée cette monnaie de Tin tell^gence , qui doit circuler dans le commerce de la Mcîété, et dont l'empreinte doit en garantir le bon aloi.
La pantomime ne peut avoir ni la délicatesse Bi la richesse du dessin; elle ne peut, comme lui, déployer à la Ibis sous nos yeux un groupe de formes variées : mais elle a une puissance qui manque au dessin, celle de pouvoir reproduire le mouvement, et cela lui donne sur l'imagination une énergique influence. Le mouvement est, dans la pantomime, l'expression de la vie; c'est lliomme lui-même qui est en action et en scène. Toutes les idées qui ont l'homme pour objet y sont exprimées d'une manière directe; les autres mêmes y sont personnifiées. Celui qui parle , devenu actif, s'anime par son propre feu, et cette chaleur se communique à ceux qui Técoutent. Le. spectateur se met à sa place, entre dans ses impressions , s'identifie avec lui : car il retrouve, dans cette active d<*monstration , ce qu'il ferait lui-même en une situation semblable. Le regard , la physionomie entière accompagne les attitudes, les gestes s'adressent immédiatement à l'âme, en trahissant les secrets de l'âme. L'instinct de la sympathie entraine le spectateur à imiter et à reproduire, en quelque sorte, par la pensée, Vaction dont se compose la pantomime dont il est témoin. Ce ne sont plus Il 3o
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seulement les idées de l'acteur qu'il conçoit ; ce sont ses dispositions elles-mêmes , ses sentiraens , ses émotions, auxquels il s'identifie. De \k irient que le langage d'action est empreint d'une si puissante éloquence. Si les productions des arts do dessin doivent restituer au sourd-muet la poésie cachée de la parole émise par la voix humaine , la pantomime lui restituera Téloquenoe dont les accens de cette voix étaient doués , lorsque , par leurs modulations diverses , ils devenaient l'interprète des mystères du cœur.
Mais , une fois que les mots de noa langues correspondant à cet ordre de signes mimiques auront été donnés aux sourds-muets, qn'ils auront été monétisis par cette vigoureuse emprainle, serat-il nécessaire , sera-t-il utile que les mêmes signes mimiques continuent à trouver place dans ses entretiens ordinaires ? Pourquoi alors fenùt-il exception ? pourquoi joindrait-il un second langage à celui qui lui est commun avec nous , et auquel il a été initié ? Pourquoi continuerail-il à imaqwaei ce langage primitif qui lui était prapis, 'entre b pensée et les langues conventionneitas? Poorquoi ne lui suffirait-il pas, comme à nous, dTi désormais directement celle-là àcellcsci, les liens qui les unissent sont formes el reconam? Rappelons-le sans cesse : il faut que le amud^nnsl rentre dans nos rangs ; qu'il redevienne Vxm des nôtres. C'est la langue de son pajra qu'on mul M
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du moins que rimitation sur laquelle il r^ose a emprunté ses modèles à la réalité , et en tant aussi que les formes ou les mouvemens qu'elle a puisés dans la réalité, sont bien en effet les calactères généraux et constans des choses. Mais ce second ordre de signes est en partie aussi le produit des circonstances : car, entre les mouTemens et les formes qui pouvaient être imités, il est fait un choix; ce choix, souvent irréfléchi, fait au hasard, dépend de Taspect sous lequel un objet s'est offert, des dispositions dans lequelles se trouvait celui qui l'observait, du lieu, du temps, des accessoires; souvent même ces formes, ces mouvemens, n'appartiennent point eu propre au modèle de la prétendue imitation : quoique fidèlement copiés, ils ont été saisis d'après un accident passager. Les copies qui constituent cette espèce de signes sont nécessairement incomplètes , et d'autant plus incomplètes , qu'elles sont plus simples et plus abrégées ; car l'imitation de la pantomime n'a de pouvoir que pour reproduire une portion très limitée des propriétés des objets.
I^ troisième ordre d'élémens, enfin, comprend les métaphores : c'est celui à l'aide duquel la pantomime cherche à faire supposer et concevoir, du moins, ce qu'il lui est refusé de peindre par l'imitation. C'est ainsi qu'elle fait concevoir la cause , ))ar son effet ou son instrument , le tout par sas l^artics, raiitécédent par le conséquent, le contraire
DE i/kIHTCATION
nous représente le soiird-miiet conserrant l'usage (le ses signes, en apprenant la langue conventionnelle de son pays. Si le premier veut apprendre promptement la langue anglaise, se l'approprier réellement , il passera en Angleterre, il s'enfermera dans une famille, dans une société, où cette langue soit seule en usage. Il faut que le sourd-muet ait le courage de s'interdire souvent le langage qu'il s'était fait, et presque de l'oublier momentanément , s'il veut être véritablement initié k oeloi qui est en circulation parmi ses semblables. Sans doute, il y a, entre le langage mimique du sourd-muet et nos idiomes conventionnels , one distance bien plus considérable que celle qiû existe entre les deux langues anglaise et française : mais c'est précisément ce qui rend plus difficile encore au sourdmuet l'adoption franche et entière de nos idiomes; c'est ce qui lui rend plus nécessaire les exercices propres à rapprocher notre langue conventionnelle du tableau de la pensée. Pour le &milîariser avec notre langue, il Êiut le fiunilianser avec notre manière de concevoir, dont il est détourné par le langage qui lui est propre.
On peut, du reste, en être certain : les aounbmuets, réunis entre eux, n'abdiqueront poôrt. dans leurs mutuels entretiens, ce langage miaùqiif qui leur est justement cher , qui est cehii de kar première enfance , qui est si rapide et ai aaimé. Le maître lui-même continuera d'y recourir quel-
|uefois, lorsqu'il aura besoin de réveiller vive- MDt une idée assoupie , de porter la lumière sur point trop obscur, de s'assurer s'il a été bien ris ; mais , il en usera cbaque jour avee une |j|pB grande sobriété , à mesure qu'il avancera dans jl* ouvrage.
^ Nous venons de voir comment l'instituteur s'empsre des signes mimiques apportés par son élève , »t comment il concourt à en opérer la rectification ; il va en £ùre l'objet d'une troisième opération : il ni s'en servir pour composer des scènes mimiques , plus ou moins développées , qui seront eVnployées, somme autant de définitions , pour expliquer les BMts de nos langues.
Lorsque nous ne trouvons pas le mot d'une idée présente à notre esprit et que nous voulons exprimer, nous employons une périphrase. Nous usployons une périphrase encore, lorsque, tradui- HUit un texte, nous rencontrons une expression le la langue savante, qui n'a point de corrélatif dans la notre. L'extrême pauvreté du langage que le sourd-muet apporte avec lui , le place continuellement dans un situation semblable; il n'a pas de signe correspondant à la plupart des mots que rinstituteur voudrait lui enseigner; il n'a pas même les idées exprimées par ces mots. La pantomime» là'offre (|ue pour un nombre très circonscrit d'idées simples ot familières, des signes dont l'intellifencr snii iiifiiilliblc , prompte, générale et con-
^no DB l'éducation
stante. Que fera Finstituteur pour expliquer et traduire lé nouveau mot? il emploiera une périphrase mimique. Dans cette périphrase , tous les «gnes élémentaires , nous le supposons du moins ea ce moment , seront exclusivement empruntés an langage propre du sourd-muet ; leur assemblage seul sera Touvrage du maître. Le premier aura Cdunii les matériaux ; le second sera rarcfaitecte.
Ce sont ces périphrases, ces descriptions, ces scènes mimiques qui composent généralement le dictionnaire auquel l'abbé Sicard a donné le nom de Théorie des Signes. Mais elles pemreDt varier jusqu'à l'infini, suivant le génie de œlm qui les emploie, et les dispositions de celuianqHfll elfess'adressent. Souvent elles ne sont point pranws m l'avance : elles sont suggérées k l'instituteur, pendant le cours même de ses leçons, suivant les obstacles qu'il rencontre dans l'esprit de son élève, selon TefieK qu'il produit, les perspectives qui s'offrent à lui. C'est alors une sorte d'improvisation à laquelle la présence même de l'élève , et les impraskms qu'il reçoit donnent quelquefois les foruMS fes plus heureuses.
Ces descriptions, en l'absence des objets eus* mêmes , en labsence des dessins qui poumîsal les remettre sous les yeux, viendront au meanÊn des esprits faibles encore et peu exercés; elles sei-ont des définitions vivantes. AcoompngmmC ks t xplicaliuns logiques elles-mêmes, etlm eu
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cout le oommentaire; elles rempliront un rôle ppmMihlr à oelitî que, dans reoseigoanent classi* ifffi^ qsdimin y dans nos 4isQ0urs mêmes «t nos ^iprils» jouent les xx>mparaîsoiiSY les eumples tt Im uiétaphores : elles répandront sur l'étude les k^
b^MJwresde l'intuition; eiles soutiendront rattentîoil;
l ^)ef prêteront des teintes plus vives nus images ; «lias animeront et orneront ranaeignemeat ; elles remédieront à la sécheresai. des exer«ik)es ; elles swvîront encore d'épreuve eide oenti^lé poor le fll«oès des démonstrations^ On pourra y avQii^ r^ cours 9 pour reconnaître si J'élève a bien éaîaî' le véritable sens des expressions de nos langues , en ramenant son esprit à la contemplation réelle des i:t>oses. Elles lui serviront de préservatif contre le lltpger de cette illusion si commune et si fâdieuse à laquelle renseignement ordinaire ne nous expose que trop , celle de croire que nous pensons et raiaopoons réellement, quand nous ne faisons que oombiner mécaniquement des roots dans notre mémoire.
Cependant, ces périphrases mimiques seront elles-mêmes sujettes à plusieurs imper£Bctions. Les descriptions seront souvent incomplètes ; les définitions générales, prenant la forme des exemples particuliers, se trouveront quelquefois trop res<> treiiites; les allégories auxquelles on aura recours pour soumettre à une description sensibk des notioii.s iiiaccessihU*)» aux sons, seiont fréquemment
h sâtîsâisante pour les besoins d'une instruction sé- I rkuse, c'est entreprendre au-delà de la puissance r #rart.
r' -4- lorsqu'une expression de la langue , encore in- ^^ Mnnue k l'éléye , et dont on veut lui expliquer la àfllgiiificatian , peut être définie à l'aide de mots PHéMîà connus, il convient souvent d'eAployer en F effet ceux-ci , pour dcHuner Fintelligence de celle-là. Cette marche est utile pour confirmer de plus en pkn la valeur déjà imprimée aux termes dont rélève est en possession, pour laiaire recotitiaitte, la rectifier au besoin , en retrouvant ces mêmes termes dans des combinaisons nouvelles et variées; elle est utile pour familiariser l'esprit avec les divers rapports qui unissent entre elles les expressions de nos langues, d'après l'analogie des rapports qui existent entre les idées correspondantes. C'est à l'aide de ces exercices que la langue formera, pour rélève, un tissu étroitement lié, que les mots s'appelleront réciproquement, que l'esprit deviendra capable d'exécuter ces transformations qui, soit par les combinaisons, soit par les analyses, s'opèrent continuellement dans l'emploi que nous faisons de la langue. Les mots doivent naître les uns des autres , pour que leur consanguinité soit établie : moins cette consanguinité est marquée par l'analogie des formes, dans nos langues conventionnelles , plus il est nécessaire qu'elle soit reconnue par de fréquens rapprochemens qui accoulumcnt
/|'^4 ^^ l/fOUCiLTION .
Tesprit à les distribuer en familles, d'après leur enchainemeiit logique.
Nous serions enclin à penser que remploi des descriptions mimiques dans les dernières périodes de l'éducation, doit en général être plutôt indiqué par des conseils, que prescrit par des règles positives; qu'il doit être abandonné à la sagacité de l'instituteur. C'est lui seul qui , placé en présence de son élève, peut bien juger le moment où il est nécessaire de remonter aux premières origines , de ramener sur ses explications la lumière empruntée à la réalité des choses.
DES SOURDS-MUCTS. — PART. Ilf , CHAP. VIII. 4?^